ET POLITIQUE
Sommaire : Coup d'ceil sur le Bresil et ses instkutions politiques. — Etendue territoriale. — Sa population en 1840 et en 1888. — Division territoriale. — Climat. — Richesse. — Commerce. — Constitution politique du Bresil. — Fonctionnement des pouvoirs. — Gouvernement parlementaire. — Eligibility des Strangers naturalises et non catholiques. — Administration des provinces. — Mot de M. Jules Ferry. — Elections. — Liberte religieuse. — Liberie de la presse. — Un mot du due de Wellington sur les ingytitutions du Bresil. — Un passage de M. Ed. de Grellc.
Voila done un souverain de quinze ans^ a la tete d'un empire immense, d'un peuple qui naissait a peine, comme son jeune empereur, a la vie politique, et qui, naturellement, devait passer par les periodes de toute formation : laborieuses periodes pour une nation inexperimentee et, par consequent, livree a mille perils.
44 l^OM PEDRO 11.
Des le debut de son regne, Dom Pedro II eut une triple devise, dont il ne se departit jamais, pour le bonheur de son peuple et pour sa propre gloire :
(( Progres, Liberte, Patriotisme ! » Progres intellectuel et social ; liberte sagement reglee par la loi ; patriotisme fecond en devouement, en moralite, en dignite.
Son premier soin, en montant sur le trone, fut de pacifier son empire.
A Tombre seule de la paix, pouvait fleurir un sage gouvernement.
Que de laborieux efforts pour calmer des esprits effervescent^ et indisciplines, pour retablir Tordre', sans lequel tout gouvernement est impossible !
Mais, comment fonctionnait alors le gouvernement de ce vaste empire? Comment fonctionne-t-il encore aujourd'hui? Quelles sont ses institutions?
II est important de les connaitre, ftiaintenant que nous sommes arrives a la majorite de Dom Pedro II et qu'il se trouve a la tete du gouvernement, bien jeune encore, mais avec une precocite d'inteliigence et une superiorite d*instruction, auxquelles les premiers hommes d'Etat de cette epoque ont pu rendre hommage devant le parlement.
Le Bresil est un des plus vastes empires de la terre.
Au point de vue de Textension territoriale, il vient apres Tempire Britannique, la Russie, la Chine et les Etats-Unis de TAmerique du Nord.
II est seize fois plus grand que la France.
Sa superficie est, selon les meilleurs calculs, de 8,337,218 kilometres carres.
II avait, en 1840, une population de cinq millions d'habitants, dont plus de deux millions d'esclaves negres (1).
(i) Selon Von Roon, cite par le prince Adalbert de pRussE (Travels, t. I, page 269), la population du Bresil
Aujourd'hui , il possede plus de quatorze millions d'habitants; et, empressons-nous de le dire, il n'a plus d'esclaves, depuis le i3 mai 1888.
En 1840, il se divisait en dix-huit provinces. Deux provinces ont ete creees depuis lors. C'est bien peu, car il faudrait accroitre dans ce vaste empire les centres d'activite gouvernementale. Une division administrative defectueuse est un danger pour Tunite nationale. Apres notre grande Revolution franfaise, nous avons tue le provincialisme en cream la division departementale. Au lieu des Normands, des Bourguignons, des Provencaux, des Languedociens, comme on s'intitulait alors, nous avons fait un seul peuple : le Peuple francais.
Au Bresil, la province de Sergipe est quarante-sept fois plus petite que TAmazonas, et
sans compter les Indiens sauvages, se composait a cette epoque de 5,i25,ooo habitants, dont 1,780,000 libres et 3,345,000 esclaves.
Minas-Geraes a trente-sept fois plus (inhabitants que le Matto-Grosso (i).
Plusieurs de ces provinces, telles que TAmazonas, le Para, le Matto-Grosso, le Minas- Geraes, sont aussi vastes que les plus grands royaumes de TEurope.
Quant aux climats, ceux du Bresil sont les plus divers, selon la latitude et Paltitude des differentes regions. En general, le climat est chaud, sur la cote ; mais, au sud du tropique, les provinces de Parana, de Santa-Catharina et de Rio-Grande du Sud , jouissent d'un climat tempere, meme sur le littoral.
Dans rinterieur du pays , meme entre le tropique et I'equateur, la chaleur n'est pas exageree, en ete; en hiver, le froid est sou vent
(i) Voir Tarticle Bresil, qui vient de paraitre dans la Grande Encyclopcdie^ ecrit par MM. Levasseur, de I'lnstitut, le BARON DE Rio-Branco , Eduardo Prado, le
BARON DE OUREM, E. TrOUESSART , PaUL MaURY Ct ZaBO-
RowsKi. Nous recommandons surtout le tirage a part de cette monographic, Le Bresil, ou plusieurs crreurs qui avaient dchappe ont ete corrigecs.
assez vif. II neige meme quelquefois a Minas- Geraes et a Sam Paulo. Cela tient a ce que rinterieur du pays est forme, presque partout, par des plateaux eleves (i).
Le savant Agassiz a trouve dans TAmazonas, sous la ligne equinoxiale, des endroits ou la temperature moyenne rappelait celle du midi de la France.
(i) Le D*" SiGAUD, Franfais qui a longtemps exerce la mddecine a Rio de Janeiro, commence ainsi son ouvrage du Climat et des maladies du Bresil (Paris, 1844) • — ** ^-^ climat du Brdsil est repute avec juste raison le plus beau des principales contrdes du globe. II est pour le continent des deux Ameriques ce que celui de Tltalie est pour I'Europe. »
Cependant, au mois d'octobre 1849, la fievre jaune fut introduite a Bahia par un brick americain arrive de la Nouvelle Orleans et le premier cas de cette maladie se presenta a Rio de Janeiro le 27 decembre de la meme ann^e. Depuis cette date plusieurs epidemies ravagerent les grandes villes du littoral, mais la maladie n*a jamais pdnetrd dans I'interieur, ou le terrain est dleve, derriere les chaines cotieres.
En Europe on a exagdre beaucoup les ravages de la fievre jaune. Ce sont surtout les agents d'emigration, au service d*un pays voisin du Bresil, qui menent en Europe cette campagne de diffamation. Pour rdtablir la verite ,
Le Bresil est un beau pays, plein de richesses naturelles qui, pour etre entierement exploitees, n'attendent que des capitaux et le travail de rhommc.
nous donnerons ici les chiffres des victimes de la fievre jaune dans la ville de Rio de Janeiro, qui est celle ot les dpidemies ont fait le plus de ravages :