II
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Report... 12.673.
Cc tableau est extrait de Touvrage de M. Emile Allain, Rio de Janeiro (Paris, 1886). Nous ajouterons que, selon le recensement de 1849, ^^ ^^^^^ ^^ ^^^ avait alors 2o3-2o6 habitants (le Municipe Neutre 266.466) et que deja en 1884 la ville comptait plus de 35o.ooo habitants.
Son sol est d'une fertilite incomparable. La vegetation des tropiques etale, au Bresil, toute sa majeste, et, dans les parties elevees du centre ou un peu eloignees de la cote, de meme que dans les provinces du Midi, toutes les cultures de TEurope reussissent parfaitement (i).
Son exportation, qui augmente de plus en plus rapidement, consiste principalement dans
(i) On sait qu'une lettre du celebre navigateur florentin Amerigo Vespucci, dont la memoire a ete rehabilitee par les travaux de Humboldt et de rhistorien bresilien Varnhagen, est le premier document qui ait parlea TEurope des beautes de la nature bresilienne. Cette lettre, ecrite en i5o3 de Lisbonne a Laurent Pierre de Medici, a ete traduite en plusieurs langues et publiee souvent depuis 1 504. « Dequelli paesi, » disait Vespucci, « la terra e molto fertile c amena e de molti colli, monti e infinite valle e de grandissimi fiume abondante, e de saluberrimi fonti irrigua... Arbori grandi li senza cultori pervengano, de le quale assai fructi sonno al gusto delectabili c ali humani corpi utili... Tuti li arbori li sonno odoriferi, e cadauno da se gummi, o vero olio, o vero qualche altro licorc mandano, dei qualli si a nui le proprieta note fosseno, non dubito che ali humani corpi salute seriano : e certamente si el Paradiso Terrestro in qualche parte de la terra sia, non lontano da quelli paesi esser distante
les produits de Tagriculture et de ses forets admirables : le cafe, dont Texportation bresilienne represente aujourd'hui plus de la moitie de la production totale du globe, le sucre, le coton, le tabac, le cacao, le caoutchouc, les bois de teinture et d'ebenisterie.
Plusieurs provinces exponent aussi des diamants et de Tor. On sait que les diamants du Bresil sont les plus beaux du monde.
Au point de vue politique, le Bresil est une monarchie constitutionnelle representative.
II est regi par la Constitution du 25 mars 1824, par TActe Additionnel du 12 aout 1834, qui a etabli Tautonomie provinciale, et par la loi reglementaire du 12 mai 1840, qui a interprete plusieurs dispositions de TActe Additionnel.
Nous avons vu que la Constitution de 1824
existimo... El cielo elaireuna gran parte del anno sonno sercni c vacui de grossi vapori... El cielo e ornato dc bellissimi segni c figure, in nelequale io ho notato da cercha XX stelle de tanta chiareza de quante alcune volte habiamo veduto Venere c Jove... » (Edition de Vicencc, iSoy).
fut Toeuvre de Dom Pedro I" et de ses conseillers d'Etat, parmi lesquels il faut citer Villela Barbosa (marquis de Paranagua), Carneiro de Campos (marquis de Caraveiias), Maciel da Costa (marquis de Queluz), Nogueira da Gama (marquis de Baependy), Carvalho e Mello (vicomte da Cachoeira) et le baron, puis marquis de Santo-Amaro.
La Constitution du Bresil est vraiment liberaie. Elle reconnait quatre pouvoirs : le legisiatif, le moderateur, Texecutif et le judiciaire.
Les lois sont votees, avec la sanction de Tempereur, par une Chambre de deputes, elue pour quatre ans, et par un Senat. L'empereur a le droit de veto. Ce veto n'est d'ailleurs que suspensif , mais Tempereur n'en a jamais fait usage. La meme proposition, votee de nouveau par deux legislatures consecutives, devient loi.
Les senateurs sont nommes a vie par Tempereur qui les choisit sur une liste de trois noms, presentes par les electeurs. Le Senat
ainsi compose, est bien une des creations les plus sages de la Constitution bresilienne.
Chacun de ses membres est un elu du peupie; mais, une fois entre dans cette Chambre, il devient completement independant, n'ayant plus a courtiser ni le pouvoir, ni les electeurs, ni les chefs de parti (i).
D'ailleurs, pour etre senateur il faut avoir quarante ans, et la statistique demontre que dans Tespace de cinq ou six ans, le renouvellement de la majorite du Senat bresilien s'operepar la mortalite (2).
D'apres des lois recentes, les etrangers naturalises Bresiliens et les non-catholiques peuvent etre elus deputes et senateurs.
L^initiative des impots, du recrutement et
(i) Un autre pays de rAmerique, le Canada, possede aussi un Senat dont les membres sont inamovibles. Mais au Canada les senateurs (au nombre de i8o), ne sont pas pre. sentes par des electeurs comme au Bresil ; ils sont nommes par le gouverneur general au nom de la Reine.
(2) En 1 832, lorsqu'il a ete question des reformes constitutionnellcs, on a voulu abolir Tinamovibilite des senateurs. Hcureusemcnt pour le Bresil, cette proposi-
54 t)OM PEDRO II.
le choix d'une nouvelle dynastie, appartiennent a la Chambre.
Uempereur exerce le pouvoir moderateur, en nommant les senateurs; en convoquant en reunion extraordinaire les deux Chambres, quand rinteretdePEtatrexige; en sanctionnanr les decrets et les resolutions des deux Chambres, en prorogeant ou en ajournant le parlement ; en dissolvant la Chambre des deputes, quand le salut de Tfitat le commande; en nommant et en renvoyant les ministres; en suspendant les magistrats y dans les cas prevus par la Constitution; en faisant grace, en moderant les peines, en accordant Tamnistie.
L'empereur est irresponsable. II est le chef du pouvoir executif et il Texerce par ses ministres, qui sont responsables.
Les magistrats sont inamovibles. lis sont
tion a ete repoussee, et ce rdsultat a dte dd en grande partie a un depute de Bahia, Reboucas, un vrai patriote et un vrai liberal.
nommes par rempereur. Les membres des coursd'appelsontchoisis parmiles quinze juges les plus anciens. Ceux de la cour supreme se recrutent parmi les membres des cours d'appel, par rang d'anciennete.
Chaque province est gouvernee par un president, nomme par Tempereur, et possede une « Assemblee legislative provinciale » qui a des pouvoirs tres etendus : elle vote le budget et les impots provinciaux et municipaux, fixe TeiFectif de la gendarmerie ou corps milltaire de police, prend des resolutions sur les travaux publics, Tinstruction, la division territoriale, etc. La decentralisation administrative est tres largement appliquee au Bresil.
II y a pres d'un an, dans un banquet, a Paris, M. Jules Ferry en apprenant de la bouche d'un ancien ministre bresilien, le baron de Mamore, quelles sont les attributions des Assemblees provinciales au Bresil, s'ecria : « Mais c^est un empire federal, que le Bresil ! »
II avait raisori. Depuis i834, le Bresil est une veritable federation. Eile differe de celle des Etats-Unis, ou les gouvernements sont electifs; mais elle se rapproche beaucoup de la federation imperiale britannique (i).
Le systeme representatif existe au Bresil,
(i) Dans Le Bresil (monographic deja citee) nous avons lu avec plaisir le passage suivant du chapitre Histoire, signe par MM. le baron de Rio-Branco et E. Levasseur : « Pour donner satisfaction aux lib^raux monarchistes, partisans de Tautonomie provinciale, des reformes constitutionnelles (Acte Additionnel) furent votdes en 1834. Les federalistes demanderent alors que les presidents de province fussent electifs ou choisis par le gouvernement central sur des listes presentees par les assemblies provinciales; mais la majorite eut la sagesse de repousser ces propositions (12 juillet) qui auraientbrise Tunite nationale et seraient devenues la cause de luttes semblables a celles qui ont entrave les progres de plusieurs Etats hispano-americains. » — Nous avons exprime a M. le baron de Rio-Branco le desir de connaitre son opinion sur cette question de I'autonomie provinciale.
Le choix des presidents fait sur des listes presentees par les provinces, nous a dit M. de Rio-Branco, a plus d'inconvenients encore que I'election de ces fonctionnaires. D'abord, la liste peut etre composee de noms qui nc meritcnt pas la confiance du gouvernement central; ensuite, ceux qui ne seront pas nommes deviendront tr^s probablement, dans les provinces, des mecontents et des
k tous les degres de la hierarchic des conseils deliberants. Le municipeou la commune, la
adversaires du pouvoir central, au grand prejudice de Tunion nationale. Les presidents ^lectifs ameneraient certainement des conflits entre le gouvernement central et les gouvernements provinciaux. Chaque president, homme de parti, n'ofFrirait aucune garantie a Topposition, et preparerait toujours I'election de son successeur. L'opposition n'aurait qu'un moyen de vaincre : ce serait de se revolter. M. de RioBranco est tres partisan de Tautonomie provinciale, mais il trouve qu'ellc existe deja dans les provinces les plus riches et populeuses, que c'est surtout I'organisation feddrale des possessions anglaises qu'il faudrait imiter, et que cela peut etre fait dans les limites de TActe Additionnel. Selon lui, il suffit de creer dans les provinces les plus importantes deux Chambres et le gouvernement parlementaire. Le president serait toujours nomme par le gouvernement central, pour une periode de quatre ans. II gouvernerait avec des ministres provinciaux (interieur et instruction publique, commerce, agriculture et travaux publics, finances) pris dans la majorite parlementaire. Le president pourrait etreremplacd avant Texpiration de la periode gouvernementale si les deux Chambres de la province, ou les deux tiers de la Chambre des deputes en faisaient la demande au gouvernement central. Les senateursseraientelus, mais inamovibles. Le president aurait le droit de dissoudre la Chambre des deputes. On trouvera dans le Colonial Office List^ livre public tousles ans en Angleterre, des renseignements trds precis sur I'organisation speciale de chaque possession britannique.
province et Tempire ont leurs representants elus.
Les elections etaient a deux degres, jusqu en 1881. Depuis cette annee, uneloi, dont les promoteurs furent un liberal, M. Saraiva, president du conseil, et le baron de Cotegipe, chef des conservateurs , etablit Telection directe.
Les ministres sont choisis parmi les membres de la majorite parlementaire de la Chambre des deputes et parmi les membres du Senat.
La religion catholique est la religion de TEtat. Mais la Constitution proclame la tolerance religieuse. Toutefois, jusqu'a nos jours, les temples des religions non catholiques ne doivent avoir a Texterieur aucune apparence confessionnelle. L'annee derniere (1888) un projet de loi votee par la chambre a supprime cette interdiction, peu compatible avec les sentiments liberaux d'un peuple si eclaire.
Les citoyens de toutes les religions sont libres dans leur culte, de meme qu'ils sont tous
electifs et aptes a exercer tous les emplois, qu'ils soient catholiques ou non catholiques.
Telles sont les principales dispositions des lois fondamentales de Tempire bresilien.
Ajoutons que la liberte de la presse et la liberte de la parole dans les reunions publiques, sont entieres au Bresil. La liberie de la presse y degenere meme souvent en licence.
Charles Reybaud raconte qu'en i85o le conseiller Marques Lisboa, ministre du Bresil a Londres, parlait devant le vieux due de Wellington de la situation de Tempire et de la vitalite de ses institutions qui lui avait permis de traverser, sans bouleversement, la penode si orageuse d'une regence de dix annees. Le due medita quelques instants, puis, d'une voix lente et grave, et comme pesant ses paroles, il repondit : « Oui, vous avez raison, vous pouvez etre fier de votre Constitution et de votre pays; je ne connais pas en Europe un seul Etat qui aurait resiste a une pareille epreuve. »
Go DOM PEDRO n.
Terminons ce chapitre par un passage de M. Edouard de Grelle, ministre de Belgique a Rio de Janeiro.
Ce diplomate, eleve dans un pays vraiment libre, qu'il represente si dignement a i'etranger, a envoye recemment a son gouvernement un rapport rendu public (i).
Voici ce qu'il dit du Bresii sous Dom Pedro II :
« Sur la terre bresilienne, au milieu de la plus belle et plus riche nature du globe, fleurit la vraie liberte.
« A la faveur d^un regime monarchique constitutionnel, il regne au Bresii un sentiment de democratic, de nivellement des classes sociales , d'independance dans toutes les manifestations du libre arbitre, bien autrement prononce que dans beaucoup d^autres Etats, meme de forme republicaine. »
(i) Ed. de Grelle, Ministre de Belgique a Rio de Janeiro, Etude sur le Bresii (rapport officiel), Bruxelles, 1888 (page 20).
DOM ipiiDRo n. 6 1
PACIFICATION DE l'eMPIRE.
Sommaire : Commencement du gouvernement de Dom Pedro ( 1840). — Pacification du Maranhao. — Revolutions a Sam' Paulo et a Minas (1842). L'ordre y est retabli. — Pacification du Rio-Grande du Sud (1845). — Revolution a Pernambuco (1848). Victoire des partisans du gouvernement ( 1849). — ^^^ victoires de la loi et de Tunite Rationale ont 6t6 toujours suivies de la plus complete amnistie. — Un passage de Charles de Ribeyrolles sur Dom Pedro II.
Nous avons vu que Dom Pedro II avait pris les renes du gouvernement le 23 juillet 1840, k une epoque agitee, et apres neuf ans de guerres civiles. « Les debuts du regne, dit Charles Reybaud, ne pouvaient etre tout a fait exempts d'agitation et de troubles. On ne passe pas sans transition du desordre a Tor-
dre. Mais aussi un pays se discipline d'autant mieux qu'ii a plus longtemps souffert du mepris de la regie. »
Le jeune empereur commenca son gouvernement avec les liberaux. HoUanda Cavalcanti (vicomtede Albuquerque), senateur de Pernambuco, Aureliano de Souza (vicomte de Sepetiba), de Rio, et les deux freres Antonio Carlos et Martim Francisco d'Andrada, deputes du Sam Paulo, faisaient partie de ce cabinet.
Des divergences au sein du ministere amenerent, quelques mois apres, Tavenement des conservateurs (2 3 mars 1841) avec le marquis de Paranagua (Villela Barbosa).
La province de Maranhao fut pacifiee ( 1 84 1 ), comme nous Tavons dit, par le general Lima, plus connu sous le titre de Caxias, qu'il commenfa a porter des cette date.
Mais, Pannee suivante, une autre revolution eclata dans les provinces de Sam Paulo et de Minas-Geraes, ou I'ordre fut retabli par le
DOM PEDRO ir
meme general, apres la bataille de Santa Luzia (23 aout 1842).
Apres le ministere Paranagua, vint celui de Carneiro Leao (depuis marquis de Parana), organise le 20 Janvier 1843. Ce cabinet donna sa demission le 3i Janvier 1844, par suite du manque d'accord avec Tempereur.
Un autre chef conservateur, Costa Carvalho (marquis de Monte Alegre), fut appele, mais il s'excusa; et un liberal, Almeida Torres (vicomte de Macahe), fut alors charge de former le nouveau ministere (2 fevrier 1 844) .
Le gouvernement des libera ux dura jusqu'au 29 septembre 1848, avec le ministere dont nous venons de parler, et ceux du 5 mai
1846 (vicomte de Albuquerque), du 22 mai
1847 (Alves Branco, vicomte de Caravellas), du 8 mars 1848 (vicomte de Macahe), et du 3 1 mai de la meme annee (Paula e Souza).
C^est pendant le gouvernement des liberaux, que le general de Caxias, nomme par I'administration precedente commandant en chef de
rarmee de Rio-Grande du Sud, parvint a pacifier cette province {i^^ mars 1845). La meme annee, commencerent ies demeles du Bresil avec TAngleterre, a propos du bill Aberdeen^ dont nous parlerons au chapitre VII.
Deux ministeres liberaux ayant ete renverses, la meme annee, par la Chambre des deputes, Dom Pedro II chargea un des chefs du parti conservateur, Tancien regent marquis d'Olinda (Araujo Lima), d^organiser un nouveau ministere (29 septembre 1848). Ce cabinet fut constitue avec un ancien membre de la seconde regence, le marquis de Monte- Alegre (Costa- Carvalho), aviec Eusebio de Queiros , Rodrigues Torres (vicomte d'ltaborahy), et M. F. de Sousa e Mello.
Une nouvelle revolution eclata a Pernambuco. EUe etait dirigee par Ies deputes du parti liberal de cette province. Plusieurs combats eurent lieu, et, le 2 fevrier 1849, Tarmee revolutionnaire , par un mouvement rapide , essaya de s'emparer de la capitale, Recife, que
I'energique president Tosta (marquis de Muritiba) sut defendre avec des volontaires et des gardes nationaux, appuyes par des troupes de la marine. L'arrivee de la petite armee du general Coelho, au milieu du combat, assura la victoire du gouvernement.
Ce fut la derniere revolution au Bresil, et, comme celles de 1842, une revolution locale.
EUe avait eu comme resultat d'augmenter enormement dans toutes les provinces la force du parti conservateur, car les classes dirigeantes et la population en avaient assez de toutes ces agitations et de ces guerres intestines.
Dom Pedro II gouverna avec des ministeres conservateurs , jusqu'au 3 septembre i853.
Le 6 octobre 1849, le marquis d'Olinda, en divergence d'idees avec tous ses collegues et avec Tempereur, au sujet de la politique a suivre vis-a-vis du dictateur argentin Rosas, quitta le cabinet et fut remplace, dans la presidence du conseil, par le marquis de Monte-
Alegre. Le conseiller Paulino de Souza, plus tard vicomte d' Uruguay, fut nomine ministre des affaires etrangeres. Des le 23 juillet, le conseiller Tosta, arrive de Pernambuco, avail pris possession du portefeuille de la marine.
G'est avec ce ministere que Dom Pedro II reussit, en 1 85o, a supprimer la traite des noirs, et, par Tintervention armee de i85i et i852, a assurer Tindependance de PUruguay et du Paraguay, et a affranchir d'une tyrannic odieuse les peuples de la Plata.
En 1 852, le cabinet presenta sa demission a Tempereur, se trouvant reduit a un seul depute, par Pentree de plusieurs de ses membres au Senat.
Le vicomte d'ltaborahy, ministre des finances, fut nomme president du conseil, et reorganisa le ministere avec deux de ses collegues du cabinet precedent et trois nouveaux ministres (i i mai i852).
A ce nouveau ministere conservateur succeda, en i853, celui du marquis de Parana,
qui inaugura la politique de « conciliation » dont nous parlerons plus loin.
Des 1 849, nous venons de le voir, le jeune empereur, aussi habile que courageux, avait assure Tordre partout.
II rendait ainsi a son empire un immense service, celui de mettre fin a Tanarchie.
Ce premier bienfait de Dom Pedro II est, certes, inappreciable; mais, il etait surtout glorieux pour Tempereur-, car, ces victoires de la loi et de Tunite nationale etaient toujours suivies d'une amnistie generale.
Jamais des persecutions ni des executions capitales ne furent permises par Dom Pedro II.
II faisait toujours grace aux crimes politiques. II etait persuade, justement, que Tinsurge de la veille peut devenir, s'il est gracie, le serviteur le plus devoue du lendemain.
II fit d'ailleurs, lui-meme, Texperience de cette verite gouvernementale, que si peu de souverains ont le bon sens de comprendre et rhabilete de mettre en pratique.
Dom Pedro II ne voyait dans Tinsurge qu^un homme egare qu'il fallait ramener a la raison.
N^etait-ce pas avoir de la dignite humaine le sentiment le plus juste, tei que le concoivent les vrais philosophes, les esprits ies plus eleves?
Un emigre francais du temps de Napoleon III, Charles de Ribeyrolles, ami de Victor Hugo, a pu ecrire les lignes suivantes, dans son ouvrage Le Bresil pittoresque ( i ) :
cc Apres son installation et son couronnement, il y eut des troubles dans la province de Minas, des troubles a Sam Paulo. Sur certains points, on en vint aux luttes, a ces tristes luttes de famille qui font saigner la palrie, pleurer la mere.
« L'insurrection fut vaincue, et les cours judiciaires s'ouvrirent.
c< Mais il n'y eut pas cette fois-ci place au bourreau.
(i) Rio de Janeiro iSSg, t. 1% pages 140-141.
« Par un decret d'amnistie du 14 mars 1 844, les prisons se viderent et, Tannee suivante, prit fin, a Rio-Grande du Sud, une vieille petite guerre qui avait dure dix annees, comme le siege de Troie.
a En 1848, grande date et pour les idees et pour les peuples. La commotion de i^Europe oscilla jusqu'aux mers du Sud... Au Bresii, il y eut agitation d'idees, mais les bras resterent au repos; il n'y eut bataille qu'a Pernambuco, et, cette fois-la, cela dura treize heures !
« EUe a bien souffert cette vieille cite de la Revolution tant de fois meurtrie, jamais lassee, et cette derniere crise lui couta cher, trop cher. Mais on a cicatrise depuis les blessures, et voila longtemps qu'il ne reste plus un vamcu dans les ge61es. Combien celles de TEurope gardent bien mieux la douleur !
cc Cela paraitra peut-etre phenomene, excentricite, scandale, aux politiques d'outremer, qui jugent en droit romain des empires
yO DOM PEDRO 11.
et des empereurs. Mais, au Rresil, depuis des annees, il n'y a plus ni proces politiques, ni prisonniers d'Etat, ni proces de presse, ni conspiration, ni transportation. La pensee n'y est point justiciable de la police, saisie en douane, suspecte, marquee. L'ame est libre dans toutes ses confessions, et le citoyen dans tous ses mouvements. La raison d'Etatch&me.
« Et cela pourquoi ? parce que Dom Pedro II a mis la Majesty non dans la prerogative, non dans la personne, maisdans lecaractere, dans les oeuvres ; parce que Tesprit general du pays est tolerance, conciliation, sociabilite; parce que le catholicisme lui-meme, quoique ayant privilege d'Etat, n'ose plus y jongler de Tanatheme et de la foudre. »
Paroles ecrites par un republicain francais, par un exile qui avait trouve asile sur la terre hospitaliere du Bresil et qui y est mort en i860 (i)!
(i) La presse de Rio de Janeiro s'est mise a la tete
Dom Pedro II pouvait-il recevoir un plus touch ant hommage ?
Pou vait-on mieux glorifier son regne ?
d'une souscription pour clever un monument a la mdmoire de Ribeyrolles dans le cimetiere ou il a etd enterre, et Victor Hugo a envoye les vers suivants qui ont etd graves sur cette tombe :
II accepta I'exii, ii aima les souffrances; Intr^pide, il voulut loutes les d^livrances; II servit tous les droits par toutes les vertus, Car ridee est un glaive et TSme est une force;
Et la plume de Wilberforce Sort du meme fourreau que le fer de Brutus.
GUERRE DE l85l A l852.
Sommaire : Guerre de [85i a i852 contre Rosas, dictaleur de BuenoS'Aires. — Antecedents. — Les crimes de Rosas. — Intervention de la France el de I'Angleterre, — Le Br^sil alli^ aui peuples de la Plata contre le tyran Rosas. — Combat de Tonelero. — BatailLe de Monte Caseros. — Chute de Rosas.
Apres avoir pacific son empire, Dom Pedro n, malgre son vlf amour de la paix, fut force d'intervenir dans les affaires de la Plata, en presence des provocations du ce- Icbre dictateur Rosas, de la Confederation Argentine.
L'honneur et les interets du Br^sil, autani que sa mission civUisatrice dans la partie orientale de TAmerique du Sud, exigerent cette intervention armee.
Rosas avait eu des demeles avec la France eE I'Angleterre.
Son nom a acquis une triste celebrite chez nous, par les discussions des Chambres et de la presse pendant le regne de Louis-Philippe.
Une premiere fois, du 28 mars i838 au 29 octobre 1840, les Francais (amiraux Leblanc, Dupotet et de Mackau) avaient bloque les cotes de Buenos- Aires, et protege le gouvernement de Montevideo et le general Lavalle, chef de Tarmee des unitaires^argentins, en lutte contre Rosas.
Tous les documents officiels de ce tyran, chef du parti fe'deral argentin, commencaient ainsi : « Vive la Confederation argentine!
Mort aux sauvages unitaires ! »
II gouvernait depuis 1829 par la terreur.
Tout ce que la Confederation argentine possedait de plus illustre dans la politique, dans les lettres, dans Tarmee, tous les liberaux argentins avaient emigre a Montevideo, au Bresil et au Chili (1).
(0 Dans la r^publique argentine, comme partout, le drapeau des vrais liberaux est celui de I'unitarisme. Lord
74 r)OM PEDRO II.
Dans les batailles de ces terribles guerres civiles, les officiers prisonniers etaient egorges ou fusilles, d'apres les instructions de Rosas.
Derby vient de le dire tres bien (Janvier 1889) a Ashtonunder-Line, dans un discours remarquable, rempli de citations historiques : — « Well, I will not multiply examples, but I lay it down, and I challenge Home Rulers to show the contrary, that as a rule, throughout the civilized world in modern times, wherever in any country the attempt has been made to weaken the central power of the State in order to strengthen that of some particular province, the Liberal or progressive party has been found on the opposing side. »
Le parti unitaire a fini par triompher completement dans la republique argentine en i860, grace au general
Mitre, I'illustre homme d'Etat qui a eu la gloire de continuer I'oeuvre interrompue du grand Rivadavia. Les unitaires n'ont pas reforme la constitution en supprimant les gouverneurs electifs parce que I'influence du gouvernement central sera encore pendant longtemps tres grande dans ce pays qui, jusqu'a present, ne possede qu*un port : celui de la capitale. Mais cette reforme les Argentins la feront certainement un jour, pour mettre un terme a la necessite ou le gouvernement national s'est trouve souvent d'intervenir amain ?ivmtQ [intervencion nacional) pour vaincre les resistances et les rdvoltes des gouverneurs provinciaux. Alors la rdpublique argentine fera ce que la Colombie vient de faire apr^s une longue experience de federalisme, et elle n'aura plus des gouverneurs de province qui trahissent devant Tennemi, comme en 1827 et en 1 863, la cause nationale.
Voici quelques documents que nous prenons au hasard dans un chapitre tres emouvant des Memoires de Garibaldiy ecrit par Alexandre Dumas pere :
« Quartier general au Ceibal, 14 septem-
bre 1 84 1 Parmi les prisonniers s'est trouve
le traitre sauvage unitaire, ex-colonel Borda, (\\i\fut execute a Vinstant mente avec d'autres pretendus officiers^ tant de cavalerie que d'tnfanterie... — (Signe) Manoel Oribe. »
« Catamarca, le 29 dumois de Rosas 1841.
— A son Exc. M. le gouverneur D. C. A.
Arredondo. — Apres plus de deux heures de feu, et apres avoir passe au fil de Tepee toute rinfanterie, a son tour la cavalerie a ete mise en deroute, et le chef seul s'est echappe avec 3o hommes; on le poursuit, et sa tete sera bientot sur la place publique, comme y sont deja les tetes des pretendus ministres Gonzales, Dulce et celle d'Espeche. Vive la federation ! Signe : M. Maza. »
Suit une liste des prisonniers fusilles : un
colonel, sept commandants, cinq capitaines, quatre adjudants, un lieutenant.
Passage d'une lettre ecrite apres la bataille d'Arroyo-Grande par le colonel Geronimo Costa (le meme qui commandait a Martin Garcia lorsque les Fran9ais ' prirent cette lie) :
(( Nous avons prisplus de ibo chefs etqffi^ ciers, qiiifurent executes a Finstant. »
Nous pourrions multiplier a Tinfini les citations en puisant dans les ecrits des Argentins Florencio Varela, Rivera Indarte, A. Wright, Marmol, Sarmiento, et de TUruguayen Andres Lamas, le premier des diplomates de la Plata.
Pour exterminer ses ennemis, Rosas crea la fameuse societe nommee Mas hovca, c'est-adire encore des potences.
« A cette societe de la Mas horca, » dit Alexandre Dumas, « etaient affilies par ordre superieur : le chef de police, les Juges de paix, tous ceux enfin qui devaient veiller au maintien de Tordre public ; de sorte que, lorsque
les membres de cette socrete forcaient la maison d'un citoyen pour piller cette maison ou assassiner le citoyen, celui dont la vie ou la propriete etait menacee avait beau appeler a son aide, personne n'etait la pour s'opposer aux violences dont il etait Tobjet. Ces violences etaient faites au milieu du jour comme en pleine nuil, sans aucun moyen de s'y soustraire. »
Ces faits odieux, dit Alfred de Brossard (i), « ont ete releves sur les publications memes du gouvernement argentin par Florencio Varela, dans une lettre eloquente qui rappelle les plus energiques pages de Junius, et qui n'a jamais ete refutee. »
Florencio Varela, qui redigeait le Commer- CIO del Plata a Montevideo, — ville hero'ique, qui ne s'est jamais rendue a Rosas, — y fut lachement assassine par des agents du dictateur.
(i) Considerations historiques et politiques sur les republiques la Plata, par Alfred de Brossard, ancien attache a la mission extraordinaire de France. (Paris i85o, i vol. in-S^.)
Rivera Indarte a estime a plus de vingtdeux mille personnes le nombre des victimes de Rosas, de 1829 a 1843. Et ce tyran continua son oeuvre encore pendant neuf ans!
Void le compte des victimes dans la periode etudiee par Rivera Indarte (i) :
Empoisonnds 4
Egorges ^,765
Fusill^s 1 ,393
Assassinds 722
Morts en actions dc guerre.... • 14,920 Fusilles pour desertion, tues en
escarmouches, etc i ,600
Le gouvernement bresilien, des 1844, avait voulu faire cesser cet etat de choses, sachant du reste, que le dictateur se preparait a lui faire la guerre aussitot qu'il aurait vaincu la
(i) Rivera Indarte, Rosas y sus opositores, Montevideo 1843 (reimprime a Buenos-Aires, i853). Voir aussi Andres Lamas, Apuntes historicos sobre las agresiones del dictador argentino Rosas (2« edition, Buenos- Aires, 1877), et A. Wright, Apuntes historicds de la defensa de la Repuhlica, Montevideo, 1845.
resistance de la ville de Montevideo, assiegee depuis 1842 par une armee argentine sous les ordres du general Oribe.
Le* dictateur desirait, d'abord, faire la conquete de la republique de TUruguay et de TEtat du Paraguay. II avait proteste contre les demarches que le Bresil avait faites en Europe pour obtenir la reconnaissance de rindependance du Paraguay, independance conquise par ce pays en 1 8 1 o.
Dom Pedro II avait charge, en 1844, un de ses plus illustres hommes d'Etat, le marquis d'Abrantes (Calmon Dupin) d'appeler Tattention de TAngleterre et de la France sur la situation de la Plata, sur la necessite de defendre Tindependance de TUruguay et de retablir Tordre et la paix dans ces contrees.
Le marquis d'Abrantes reussit dans sa mission. L'Angleterre et la France prirent la resolution d'intervenir, mais elles commirent
la faute d'exclure le Bresil de toute cooperation. Lord Aberdeen etait le ministre des af-
faires etrangjeres,en Angleterre, dansle cabinet de sir Robert Peel; Guizot etait president du conseil en France. « Les deux cabinets, » dit de Brossard, « penserent qu'il etait plus prudent de ne pas engager Tempire du Bre'sil dans une lutte avec ses voisins, d'eviter ainsi pour Tavenir de nouveaux motifs de rivalite entre la cour de Rio de Janeiro et les republiques belligerantes; ils jugerent que Tintervention, ou pour mieux dire la mediation arm4e^ a laquelle ils s'etaient arretes, ofFrirait aux parties interessees plus de gages de sincerite et d'impartialite, lorsqu'elle serait exclusivement conduite par des Etats evidemment etrangers, par leur situation geographique et par leur puissance acquise, a toute espece de pensee ou de necessite d'agrandissement territorial. Ces motifs bien plus apparenls que reels (car le refroidissement survenu entre les cours de Londreset de Rio, aToccasion de la repression de la traite des noirs, fut un grand element de decision), ces motifs, disons-nous, n'e-
taient pas, neanmoins, sans valeur. II est facheux, cependant, qu'ils aientprevalu, car, en les adoptant, les puissances mediatrices se retirerent leur auxiliaire le plus immediat, le plus economique, et, partant, le plus puissant , le concours des troupes de terre que leur ofFrait le Bresil. Elles se reduisirent ainsi elles-memes a Temploi de leurs forces navales, et au futur contingent fortincertain, et, des lors, fort inefficace, des troupes de debarquement venues * d'Europe. »
Le blocus des cotes de Buenos- Aires fut etabli des le i8 septembre 1845, par les amiraux Laine et Inglefield. La meme annee, les commandants Trehouart et Hotham remportaient la belle victoire d'Obligado, dans le Parana, en s'emparant des batteries defendues par le general Lucio Mancilla, beau-frere de Rosas.
Deux ans apres(i5 juillet 1847), TAngleterre, comprenant qu'elle n'arrivait a aucun
resultat par le blocus, retira son escadre et
traita avec Rosas. L'amiral francais Lepredour continua seul le blocus jusqu'au 1 1 juin
A partir de cette date, la France se borna a allouer au gouvernement de Montevideo 40,000, piastres par mois, pour les besoins de la garnison et de la defense de la place , ou plusieurs de nos compatriotes s'illustrerent dans la legion francaise, composee de volon-
taires commandes par le colonel Thielbault.
Garibaldi commandait la legion italienne.
En i85o,le gouvernement franfais diminua les subsides qu'il payait au gouvernement de Montevideo. Le gouvernement bresilien commenca alors a fournir les sommes necessaires a la defense de la place, des le i®^ juillet de cette annee. Le 2 3 septembre, le general Guido, ministre argentin a Rio, demanda ses passeports, qui lui furent envoyes le 3o. A son arrivee a Buenos* Aires, la Mas horca fit eclater, dans les rues, des cris de mort contre les Bresiliens et le gouvernement imperial. Le mi-
nistre des aifaires etrangeres, Arana, publia, le 1 3 octobre, une depeche qu'il avait adressee le 2 du meme mois au general Guide, en le felicitant d'avoir « quitte unpqys dont le gouvernement deloyal etperfide etait un ennemi degoiitant [enemigo asqueroso) de VAmerique ».
Tel etait le langage de la chancellerie de Rosas \
Un ecrivain a dit du dictateur argentin :
« II etait toujours entoure de fous et de paillasses, et , au milieu des affaires les plus serieuses, il gardait ce singulier entourage. »
Son ministre des aifaires etrangeres devait etre assurement de ce nombre.
Le 25 decembre 1 85o, un traite d'alliance fut signe entre le Bresil et le Paraguay contre Rosas. C'est alors que le Bresil envoya a TAssomption et a Humaita plusieurs officiers qui furent les instructeurs de Parmeeparaguayenne. Le general Bellegarde, officier du genie, ne au Bresil, le commandant Leverger, ne Franfais, depuis contre-amiral, Porto-Carrero et Villa-
gran Cabrita , etaient au nombre de ces officiers.
Nous aurons a parler des trois derniers, en nous occupant de la guerre commencee en 1 864 par le dictateur du Paraguay contre le Bresil.
Le 16 mars i85i, le ministre Paulino de Souza annonfait au representant de la Republique Orientale de TUruguay, que le Bresil avait pris la resolution de defendre le gouvernement de Montevideo contre Tarmee du general Oribe.
Cette attitude du gouvernement imperial decida les generaux Urquiza (3 avril) et Virasoro (3o avril), gouverneurs des provinces ou Etats d' Entre-Rios et de Corrientes, a rompre avec le chef de la Confederation (i).
Le 29 mai, un traite d'alliance ay ant ete signe a Montevideo entre le Bresil, la Repu-
(i) Les dates : 16 mars (declaration du gouvernemfint imperial), et 3 (aii^r// (resolution prise par Urquiza de rompre avec Rosas), repondent aux observations de Don Justo
blique de TUruguay et TEtat d'Entre-Rios, le general Urquiza commenca a etre malmene dans les documents officiels de ce curieux gouvernement de Rosas.
Nous reproduirons seulement, comme piece a Tappui, un passage de la loi du 20 septembre, votee par le congres de Buenos-Aires (Honrada Sala de Representantes).
Ce document commence ainsi :
c( Vive la Confederation Argentine ! Mort aux sauvages et degoutants unitaires ! Mort a Urquiza, fou, traitre et sauvage unitaire! »
L'article 4® de la loi ordonnait ce qui suit :
« Dans les documents publics de la province de Buenos-Aires, il est defendu de donner au traitre Justo-Jose de Urquiza le titre de general-, dans tou§ ces documents, il sera traite do-
Maeso, qui se trouvent a la page 427, tome II, de sa tra- *iuction d'un ouvrage de W. Parish {Buenos Aires y las Provincias de Rio de la Plata), Nous pouvons dire comme Maeso : « Esto no admite diidas, »
renavant par les titres honteux de fou , traitre et sauvage unitaire (i). »
Une armee de 20,000 Bresiliens, sous la conduite du marechal de Caxias, penetra dans la republique orientale, tandis que Tescadre imperiale de Tamiral Grenfell mena9ait Buenos- Aires et protegeait le passage des troupes de Tarmee alliee.
Oribe capitula (19 octobre), a Tarrivee de Tarmee de TEntre-Rios, apres avoir fait pendant dix ans le siege de Montevideo, cette « nouvelle Troie », comme Ta appelee Alexandre Dumas, alors qu'elle resistait et qu^elle paraissait devoir succomben
Le 2 1 novembre, un autre traite, en vue des operations contre Rosas, fut signe entre le Bresil, TUruguay, TEntre-Rios et le Corrientes.
La premiere armee des allies marcha sur
(i) Du temps de Tintervention anglo-francaise les Francais, les Anglais, le roi Louis-Philippe et nos ministres etaient traites de la sorte a Buenos-Aires.
Buenos- Aires •, Grenfell for9a le passage de Tonelero que Mancilla ne reussit pas a defendre {17 dec. i85i), et la guerre se termina par la bataille de Monte-Caseros (3 fevrier i852), gagnee par le general Urquiza, qui avait sous ses ordres, outre les corps d^armee de PEntre-Rios et de Corrientes, la division bresilienne du general Marques de Sousa (comte de Porto- Alegre) et une petite division uruguayenne (i).
(i) Dans cette bataille le general Urquiza avait sous ses ordres 25, 206 hommes (18,545 Argentins, 4,020 Bresiliens, et 1,641 Uruguayens). Le mardchal de Caxias avait dans son camp de Colonia 16,000 Brdsiliens.
L'armde de Rosas a Monte Caseros etait de 23,ooo hommes. La resistance devant Tattaque des allies a ^te faible. La perte des Argentins d'Urquiza a ete de 25o tues et blesses. Voici celle des Bresiliens et Uruguayens : — Bresiliens : 2 officiers et 1 6 sous-officiers et soldats tu^s ; i o officiers et 59 sous-officiers et soldats blesses (87 hommes hors de combat ; un des officiers est mort de ses blessures) ; — Uruguayens : pas de tues; 2 officiers et 17 sous-officiers et soldats blesses (19 hommes hors de combat; i officier et 3 soldats sont morts par suite de leurs blessures). Nous donnons ici ces chiffres, parce que Tediteur des Memoires du general Cesar Diaz a oubli^ de les publier.
L'intervention du corps principal de rarmee bresilienne, qui se trouvait campe aux environs de la villede Colonia de Sacramento, pret a s'embarquer pour Buenos- Aires, ne fut pas necessaire.
Le dictateur Rosas prit la fuite. II alia se refugier a bord d'un navire anglais qui le conduisit en Angleterre.
Les allies ne firent leur entree dans la ville de Buenos- Aires que le i8 fevrier.
Ce fut un jour de fete. Sarmiento a raconte (i) Tenthousiasme de la population et les temoignages de reconnaissance qu'elle donna aux Bresiliens.
UAnnuaire de la Revue des Deux-Mondes, de 1 852, a apprecie en ces termes le role du Bresil :
a On ne saurait meconnaitre Thabilete et la vigueur que le cabinet de Rio de Janeiro a mises a conduire cette affaire. G'est pour lui
( I ) Sarmiento, Campana del Ejercito grande aliado, 1 85 2, p. 179.
DOM PEDRO il. 89
un incontestable succes, d'autant plus flatteur pour Tesprit national , que le Bresil a la ressource de se dire qu'il a re'ussi la ou les gouvernements les plus puissants de T Europe ont echoue. »
go DOM PEDRO II,