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QUATRIÈME PARTIE

La Chanson de Monlgontniery.

L'hislorien Caillebotte avait copié, à la suite du Manuscrit de François de Boispitard, « une chanson sur la mort de Montgommery. » D'après ses indications, il l'avait tirée du i< Trésor des Chansons nouvelles du XVI' siècle. »

Elle nous a paru mériter de l'intérêt el elle a surtout excité notre curiosité. Quelques recherches nous ont bientôt démontré que quoique très peu connue, elle avait cependant été souvent reproduite.

Nous avons eu néanmoins beaucoup de peine à la retrouver, car elle élail enfouie dans des recueils tellement rares que la Bibliothèque nationale elle-même ne les possède point. Mais nous y avons mis d'autant plus de persévérance et de ténacité que nous l'avions déjà signalée dans notre propre réimpression de La prime de Montgommery (Domfront, F. Liard, 1868, p. 10), et nous avons pu enfin en constater l'existence positive dans neuf rééditions successives, entières ou partielles, dont nous donnerons une nomenclature peutêtre incomplète, quoique nous y ayons apporté la plus minutieuse attention.

1* Premier recueil de toutes les chansons nouvelles. — Troyes, 1390, iu-32. — Page 40. — Bibliothèque de l'Arsenal, n» 8,736, B.

2° Trésor et triomphe des plus belles chansons et airs de cour, par les S" de Sainct Amour et de Sainct Esiienne. — Paris, Rolin Baragues, 1624, in-32.

3° Le trésor des plus belles chansons et airs de cour, tant pastorales que musicales, par le S' de Saint Amour, et antres beaux esprits de ce lem|>s. — Paris, v' de Jean Promë, 1670, petit in-12.

Un exemplaire en maroquin bleu de ce livre assez recherché, a été vendu 70 fr. (vente Veinani), quoique d'autres aient été donnés plus d'une (ois pour moins de 12 Ir. (Brunet, Man. du libraire, t. v, v' Saint Amour).

i" Le trésor des plus belles chansons et airs de cour, tant pastorales que musicales, propres à danser et jouer sur toutes sortes d'instruments, par le S' de S' Amour et antres beaux esprits de ce lemps. — Troyes, Jacques Oudot, 1699, in-:^2. — pages 37 — U. ~ Bibliothèque nationale Y'. 6403 / 36, 730. — Bibliothèque de l'Arsenal, n" 8,738.

C'est une réimpression de l'édition donnée par la veuve Promé, Un exemplaire en maroquin rouge s'est vendu 73 fr. (Vente Duplessis). (Brunet, man. du libraire, t. 3, v' Saint Amour).

3° Recueil de chants historiques Français, par M. Leroux de Lincy.— 2' série, xvi* siècle. — Tome II, p. 214. — Paris, Charles Gosselin, 18Î2, in-t2.

M. Leroux de Lincy déclare à la page 386 s'être servi de l'édition de Troyes, 1300. Il y a ajouté une courte notice historique.

6" Chanson nouvelle de Montgommery. — Avec un préambule de M. DuplesSÎs. — Chartres, Garnier, I8i3, in-12.

A la mort de M. G. Raiet Duplessis, qui avait donné ses soins à celte réimpression, ciiacun des soixante exemplaires du tirage

qu'il etj avait fait fut vendu 28 fr. (Brunet, manuel du libraire, 18G0, 6° éd. t. 1, v» chanson, col. 1784).

C'est la seule fois que cette chanson ail fait l'objet dune édition spéciale.

M. Dupk'ssis avait également réimprimé « une Chanson historique de Jeanne d'Arc; une autre d'un Soudart faisant la sentinelle sur les remparts de Metz] enfin une dernière sur 51M. Cinq Mars et de Thou. .)

7° Recherches archéologiques sur l'Histoire militaire du château et de la ville de Vire. — Par Dubourg d'Isigny. — 1837, in-8°.

Reproduction de la 9" strophe seulement, composée de 10 versets : Vire sait bien comment etc.

Dubourg d'Isigny qualifie cette chanson du titre de ballade.

8" Annales religieuses, civiles et militaires de l'Avranchin, par l'abbé Des Roches.— -Caen, iD-4% p. 374.

Cet auteur a évidemment copié le précédent. Il ne répète que la même 9' strophe et l'on en doit conclure qu'il ne connaissait que cela ; il n'était pas dans ses habitmles de faire grâce d'un iota lorsqu'il savait quelque chose.

9° Histoire du protestantisme en Normandie, par M. G, Lo Hardy. — Caen, Legost- Clerisse, 1869, p. 269.

A son tour, celui-ci a transcrit le pareil couplet, d'après l'abbé Des Roches, selon son aveu.

M. Le Hardy appelle cette pièce de poésie populaire un Vau-de-Vire.

Enfin, celte chanson avait été signalée dans la Bibliot. hist. de la France, par le P. Le Long, n° 18,224, t. 2, p. 267 et elle se trouvait dans le cabinet de M. Fevrel de Fonlette, conseiller au parlement de Dijon.

Malgré toutes ces reproductions, la chanson de Moutgoinraery est restée à peu près complètement ignorée. Nous pouvons donc, dans les conditions que nous indiquons, la considérer comme une œuvre nouvelle.

Quant à vouloir en faire ressortir ou en analyser la valeur littéraire, ce n'est point notre affaire : nous dirons seulement qu'elle porte l'empreinte et le cachet de son époque. C'est l'une des compositions les plus anciennes de ce genre : on pourrait même croire qu'elle a servi de modèle à quelques autres qui eurent une certaine vogue populaire et qui sont aujourd'hui oubliées comme elle.

Pour nous, nous avons fait choix, aussi bien que MM. Leroux de Lincy et Duplessis, de l'édition de 1390 (1). Comme étant la plus ancienne, sinon l'édition priuceps, c'est elle qui devait être suivie et mériter toute préférence. Saint Amour et les autres ont cependant adopté diverses variantes, dont nous avons cru devoir tenir compte et que nous indiquerons en notes.

Cette chanson historique, à notre estime, ne devra pas déparer notre recueiletcontribuera, nous l'espérons, à son succès.

HippoLYTE SAUVAGE.

(U l.a copie manuscrite de Cailiebolte reproduisait, au contraire, l'édition de 1699, qui est dcfecluouso et à laquelle il manque un verset du 8e couplet.

L'histoire du comte de Monlgommery est trop connue pour que nous la répétions Ici, même en abrégé, quand la chanson populaire que nous réimprimons la donne avec tant d'exactitude et de naïveté. Nous nous contenterons de déplorer, comme nous l'eussions fait peut-être au xvi' siècle, si nous eussions été plus raisonnable qu'on ne l'était alors, de déplorer, disons - nous, que Monlgommery n'eût pas mieux compris, dans son intérêt, qu'après son meurtre involontaire, ce qu'il avait de plus prudent 5 (aire, c'était de chercher à se laisser oublier de la veuve irritée d'Henri II. Mais nous en parlons bien à notre aise, nous qui vivons à trois cents ans environ de cette époque où la religion prenait chez la plupart des hommes énergiques du temps la couleur et l'allure d'une passion violente et implacable, qui les conduisait souvent aux plus cruels excès. L'excuse de Monlgommery est donc à la fois dans son époque et dans son caractère vil', belliqueux et turbulent, si toutefois ce peut être là une excuse.

Celte chanson populaire, contemporaine de l'événement, nous a paru digne d'être tirée de l'oubli, et nous l'avcms réimprimée à 380 exemplaires.

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