‹ DomfrontChapitre 11 sur 14 · O H A^IV S O IV · texte numérisé non relu

O H A^IV S O IV

Sur la Mort de Mong-ommery (1]

(Sur le chant : Do Capitaine Loroe).

Combien est oublieux, qui se fie à fortune !

Kncor plus malheureux, qui par trop l'importune !

En sont souventes fois, les princes et les roys en grand meschef et honte inoy très bien le congnois, qui naguères estois (le Mongomraery comte.

Fortune m'a esté favorable en jeunesse ; mais elle m'a contristé, arrivant en vieillesse :

la France m'a cogneu Chevalier bien reçeu

(1) Dans toutes les éditions anciennes le t du mot Montgommery se trouve supprimé. Elles orthographient Mongomery avec une m ou 2 mm.

monté en fort bon ordre (1) et l'un des plus subtils ; aussi estois-je fils du capitaine Lorge.

De Henry nostre Roy gentilhomme de la chambre, j'estois en bel arroy, adroict de corps et membre ; bien jouer je scavois de lances et longs bois, piques et halebardes.

Aux jouxtes et tournois l'on me lenoit pour choix (2) capitaine des gardes.

Par un fatal destin le Roy voulant s'ébattre me dist par un malin qu'à moy vouloit combattre ; par son commandement, fus armé promptement (3).

Sans penser mal ne vice (4), de ma lance un éclat ,•

(1) Leroux, de Lincy var. comme Sainet George. (3) Ler. de L. rar : l'on me prenoil pour chois. (3) Ler. de L. var : visloiieat.

('») id. var : sans penser à nul vice.

roide, pointu (1) et plat le tua dans la lice (2).

Le Roy, par testament, prononça à voix haute que n'avois nullement envers lui commis faute.

Toutes fois j'eus trémeur, en craignant la rigueur du sang Royal et l'ire, et par bonne raison à Ducé (3) ma maison soudain je me retire.

Quand je fus à Ducé, bien-tost en grande vitesse, le prince de Condé m'envoya autre adresse.

Alors je commençay en pensant m'avancer, à lever des gens d'armes :

prestres en tous quartiers moines et cordeliers sentirent mes alarmes.

(*) Leroux delincy var : pointe.

(2) id. var : sa lice, c'est-à-dire dans sa course.

Je fus trop rigoureux à Rouen, bonne ville, par un séditieux Monsieur de Mandreville ; car j'eus le cœur si haut, que j'attendis l'assaut (1) du Roy et de sa mère :

en Yoyant leurs efforts, que n'estions les plus forts passâmes la rivière (2).

Sans faire long séjour, sur la mer prins mon erre.

Me donna du secours la Royne d'Angleterre :

tost je repassay l'eau (3), vins battre le chasteau (4) de Caen, aussi la ville.

Par un subtil hazard, je tuai Renouard (5), un capitaine habille.

(1) Ed. de 1699, var : que n'attendis ce qui donne nn sens très- différent.

(2) Ler. de L., var : sailly sur la riTièref

(3) Nous rappelons que ce rers n'existe pas dans les éditions de 1624, 1670 et 1699. — On nous a encore indiqué la variante : et saillant du batean.

(4) L'éd. de 1699 dit vins combattre.

(5) Ed. de 1699 : j'en tire.

Vire scait bien comment j'avois grande puissance.

Leurs moines et couvents, je mis en décadence :

bourgeois mal entendus qui ne s'estoient rendus, fis estrangler et pendre.

Leurs images doréez au feu furent jeltéez et leurs thrésors fis prendre.

Du pays Navarrois bientost je prins la voye et point je n'espargnois ne Biard (1), ne Biscoye.

Abbayes, prieurez, et leurs joyaux dorez, mettois en ma valisse (2) :

et mesme mes soldats n'estoient pas trop couards à piller mainte église.

Du prince Navarrois à Paris fus aux nopces,

(t) Var. de 1699 : ny Bearn, ni Biscaye. (2) Var. de 1699 : en mauvalise.

mais tousjours je craignois qu'il n'y eut playe ou bosse.

Ainsy le cas advint (1) que i'admiral (2) fut prins, et maints grands capitaines, dix mille hommes tuez, et leur sang épanchez, souffrant de mort les peines.

Estant bien adverly du banquet et festage, soudain je suis party, laissant tout mon bagage ; sus ma belle jument chevauchay vistemenl, trente lieues tout d'un erre, craignant les poursuivans, avec femme et enfans, passay en Angleterre.

D'un très mauvais conseil j'eus la teste estourdie, et sans grand appareil revins en Normandie.

(1) Var. de 1699 : le cas advint ainsy. — Le vers suivant exige une rime masculine au mot prins.

(2) L'amiral de Coligny.

A Sainct Lo j'arrivay, Coulombiers y trouvay, tenant fort dans la ville.

Pour me penser happer (1) Matignon fit camper (2) bien des soldats dix mille.

Sans avoir sauf conduict,

quand la nuict fut fort brune (3) ;

sans mener aucun bruict

je poussay ma fortune.

Le camp j'ay traversé,

sans y estre blessé ;

fis longue chevauchée.

Jeudy cinquiesme may

mis Mortaing (4) en esmoy,

où fis briève couchée.

Le vendredy malin de Dam-front prins la voye, pensant avoir butin tant d'or que de monnoye.

(1) Happer, attraper, atteindre.

(2) Var. vint camper.

(3) Ed. de 1699: lors que la nuit fut bruge.

(4) L'éd. de 1699 dit Matignon en esinoy. Le sens de la phrase oc fis brieve coocbée exige évidemment le mot Mor- TAi.N, ville par laquelle dut passer Montgoramery.

Tant de jour que de nuict Matignon me suivit, vestu de ses armures.

Dix raille hommes de front, campa devant Dam-front, le dimanche à sept heures (1)

Las ! Je ne pensois pas, si tost avoir la chasse, desjà pressois mes pas (2), pour prendre aucune place (3).

Peu de gens nous estions, et si point nous n'avions pièce d'artillerie, tant d'en bas que d'en haut, nous soutînmes l'assaut, en faisant grand tuerie.

A force de canons ont battu la muraille, et de plusieurs cantons, soldat vint à l'escaille (4) :

(1) Ed. de 1590. Var.: d'abord puis à sept Mures.

(2) Ed. de 1590, var.: déjà prenois repas.

(3) Ed. de 1699 var.: quelque place.

(4) Var. de 1699 : gens vinrent à l'escalade. Ce dernier mot ne rime pas avec muraille.

Devroyeni avoir grand deuil (1), pour prendre un homme seul, de faire tant d'alarmes :

dans ce camp Dom-frenois (2), je vis le long d'un bois, bien dix mille gens d'armes.

Mais voyant leurs efforts, je ne fis résistance, appréhendant la mort, je fis obéissance.

Au noble chevalier, me rendis volontiers, de face gracieuse.

A Sainct Lo m'ont mené et puis m'ont ramené à Paris, ma haineuse.

Là, je pensois trouver de mon bon Roy la grâce, la mort m'en a gardé, ne l'ay point veu en face:

je n'ay trouvé en court que bien peu de secours,

(1) Var. de 1699 : ils devroient estre honteux. — Houleni ne nme pas non plus avec seul.

(2) Var. de 1699 : Damfrontois. — Autre Donfernois. — La leçon de 1699 se rapproche davantage du nom aciuel des habitants de Domfront.

et cruelle justice.

Dessus un eschafîault, mon chef bailler me fault (1); c'est mon dernier supplice.

Comtes, barons, marquis, a moi (2) prenez bien garde, l'honneur que j'ay acquis, ma mort point ne retarde.

Quand songerez à moy jugez, seriez vous vray (3) :

Qui vous donne à cognoistre qu'il ne faut point vouer (4), Encor moins se jouer jamais contre son maistre.

(1) Ed. de 1699, var.: porter me faut.

(2) Ed. de 1699, var.: ah prenez. '

(3) 1699, ?ar.: juges, serez pour vray.

(4) 1699, var.: jouter. Vouer est dans le sens de faire serment, jurer ; jouter ne serait qu'une répétition du mot suivant jouer ; ce serait répéter deux fois la même chose.

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