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DÉPÊCHES

Du Roi Charles IX et de la Reine Catherine deMéiiicis

sa mère, expédiées à l'occasion du siège de

Domfront, en 1574,

ACCOMPACilVÉES

De Correspondances diverses et de documents contemporains, qui concernent la prise d'armes du comte Gabriel de Montgommery, et sa capitulation.

Lettre du duc d'Etampes adressée à la Reine Catherine de Médicis.

Pour bien faire apprécier la situation militaire de la Basse-Normandie dans les années qui précédèrent le siège de Domfront, en 1574, voici le fragment d'une lettre écrite par le duc d'Etampes à Catherine de Médicis, et datée d'Avranches, le 1 1 septembre 1562:

« Entendant que, oultre le doubte des « Anglais, il vient au conte de Montgom- « mery six enseignes de Rouen et du Havre

« de Grâce avec huict pièces d'artillerye, et « qu'il se fortifie tous les jours de ceulx « du pays du Maine et d'Anjou, dont la « plupart laissent leurs maisons et biens « pour le venir secourir, il me semble que « les aultres devraient, comme vous leur « avez commandé, venir se joindre à moi ; « mais il n'en est encores venu ung seul. Je « vous envoie l'ordonnance que fait le « conte de Monlgommery, par où vous ver- « rez comme il use de ses forces en ce pays ; « il m'a écrit des lettres dont je vous en- « voie copie et de ma response. Le capi- « taine de vostre chasteau de Dom front « m'est venu trouver et m'a remonslré que « ledict chasteau n'estait point fermé et n'y « avait nulle seureté, par quoy je craignais « que le conte de Monlgommery, le scachan t, « y allast ou envoyast pour prendre l'arlil- « lerye qui y estait ; je passeray par là et la « prendray pour nous en servir.

« Depuis ma lettre écrite et à ce soir, « Monsieur de Matignon et le grand Prieur « sont arrivés en ce lieu ; eslans tous en- « semble nous aurons meilleur moyen en « faire quelque chose pour vostre ser- « vice. » (1).

(1) Bibliothèque impériale de St-Pelershourij, v. LXXXVIII (original). M. de la Ferrière, la Normandie à l'Elranger, p. 7 et 8.

Dépêche du Roi Charles /A', du 20 a'oril 1574.

Original. — Bibliothèque nationale. Fonds Français, n» 3,255, folio 12, noQ. (1).

A Mons"" de Fervacques, chevalier de mon ordi-e et cappitaine de cinquante hommes d'armes de mes ordonnances.

Mons' de Fervacques,

J'ai entendu avec grand plaisir ce que vous mavez mandé de l'heureux succès qui eu Yostre première rencontre avec les trouppes du conte de Montgommery qui me faict espérer qu'elle sera suivye de quelque autre bon exploict et que vous et les autres gens de bien que jay par de là me ferez ung si bon service allenconlre dudict Montgommery que non seullement mon pays de ^Normandie sera deschargé des oppressions qu'il en reçoyt mais cela donnera aussi réputation à mes alTaires aux autres endroicls de mon royaume. Va\ (juoy je scay bien que vous avez tant d'alïection qu'il n'est poinct de besoing que je vous prie davantage des soins à y employer ni que je vous lasse la présente plus longue que pour supplier le

(11 Cette dcpêctie a été publiée en partie par la Société des Bibliopliiies normands, sous le no m, p. 7.

Créateur, Mons' de Fervacques qu'il vous y ayt en sa garde.

Escript au Bovs de Vinciennes le XX® jour d'avril 1574.

Charles.

Contresigné : Bholart.

Dépêche du Boi Charles IX, du 29 avril 1574.

Original. — Bibliolhèque nationale. Fonds Français, n» 3,255, folio 15, n* 12.

A Mons'' de Mallignon, chev' de mon ordre, cappilaine de cinquante lances de mes ordonnances et mon lieutenant général en Kormandye.

Mons"" de Mattignon,

J'ay advisé pour accroistrc et augmenter les forces qui sont près de vous vous envoyer les quatre compaignics de gens de guerre a pied de deux cens cinquante hommes qui sont chacune soubs la charge du s"" de Lusse les quelles jay faict conduire par le s"" du f.yon, commissaire ordinaire de mes guerres. De quoy je vous ay bien voullu adverlir alTin que avec les autres forces que vous avez, vous puissiez tellemcmt et si bien a propos les exploicter que jcn puisse

tirer le service que je me suis toujours promis (l'îcelles et n'estant la présente a cesle fin je prieray Dieu, Mons"" de Matignon, vous avoir en sa saincte et digne garde.

Escript au chasteau du Bois de Vincyennes, le XX IX* jour d'avril 1574.

Charles.

Contresigné : Fozé.

Dépèche du Roi Charles IX, du 29 avril 1574.

Original. — Bibliothèque nationale. Fonds Français, n» 3,255, folio 15 bis, n» 13. (1).

A Mons"" de Mattignon, chevalier de mon ordre, cappitaine de cinquante lances de mes ordonnances et mon lieutenant général en Normandye.

Mons'" de Mattignon,

J'ay advisé pour accroistre et augmenter les forces qui sont près de vous vous envoyer les quatre compaignies de gens de guerre à pied de deux cens cinquante hommes chacune qui sont soubs la charge du s"" de Laverdin les quelles jay faict con-

(t) Cette dépèche a été publiée par la Société des Bibliophiles Normands. 1871.

duire par le s'' de Quillard, commissaire ordinaire de mes guerres. De quoy je vous ay bien vouliu adverlir affin que avec les autres forces que vous avez vous puissiez tellement et si bien à propos les exploicter quejen puisse tirer le service que je me suis tous jours promis et n'estant la présente à autre fin je priray le Créateur, Mons"" de Matlignon, vous avoir en sa saincte et digne garde.

Escript au Chasteau du Bois de A'incyennes, le XX IX"" jour d'avril 1 574.

Charles.

Contresigné : Fczé.

Lettre de la Reine Elisabeth d'Angleterre

adressée à Isabeau de la Touche,

comtesse de Montgommery, du

6 mai 1574.

Record Office, State Papers, France, vol LYII. — M. de la Perrière, la Normandie a l'Etranger, p. 231.

Après s'être servie jusqu'à la fin du bras de Montgommery pour agiter la France, la reine Elisabeth crut sans doute avoir beaucoup fait, lorsqu'elle écrivit quelques lignes de banale consolation à la malheureuse

femme qui (levait bientôt être veuve. Sa lettre est sèciie et peint bien la femme et la reine qui devait plus tard ordonner le supplice de l'infortunée jMaric Stuart : ce qu'elle regrette en Montgommery « c'est qu'il avait «autant de dévotion envers elle que s'il « était son naturel subject. »

Madame la Contesse,

Ayant entendu par vos lettres le grand danger auquel est Mons"" le conte vostre mary, j'ay receu ung très grand des plaisir, tant pour l'ennuy que je scay avez de le voir en sy périlleux estât, comme aussy pour scavoir en angoisses celuy que je congnois m'eslre sy fidellement affectionné et avoir tant de dévotion à mon service, comme s'il estoit mon naturel subject. Mais, Madame la Contesse, une dame chreslienne et sage comme vous estes, et si bien nourrye et exercée es afflictions, doibt porter cela avec constance et générosité qui par avant vous ont esté familiers, scacliant assez qu'il faull lenir bon, et que la vertu se fait congnoistre au besoing. Vous avez veu et gouste la bénignité de Dieu en tant de délivrances passées de ce paouvre Seigneur, qu'elles vous doibvent asseurer que celuy qui l'a délivré par avant n'a point le bras accoursy. Et quant à mon endroict, je porte tel desplaisir et fay tant de cas dudict affaire, que

j'employeray de très bon cœur ce que je scauray y profficler, et, Dieu aydant, je cuyde que bien tost vous pourrez entendre combien ma bonne vollonlé et affection à sa délivrance y prouffitera, que je désires estre bien tost pour vostre consollation et allégement, et pour satisfaire au désir que j'y ai. Je prie Dieu, Madame la Contesse, qu'il vous envoyé sa saincte consolation.

De Grenouviche, ce sixiesme jour de raay mil ¥<= LXXIIII.

Elisabeth.

Dépêche du Moi Charles IX, du 7 mai 1574.

Original. — Bibliothèque nationale. Fonds Français, n° 3,255, folio 18, n» IC.

AMons'" de Matignon, chevalier de mon ordre, cappitaine de cinquante hommes d'armes de mes ordonnances et mon lieutenant général en basse Normandie.

Monsieur de Matignon,

Je vous envoyé le s"" de Fournemond, commissaire ordinaire de mon artillerie présent porteur auquel j'ay baillé commission pour ordonner et commander au train de bande d'icelle artillerie en l'armée que vous avez par de là pour mon service m'as-

seurant qu'il s'en scaurabien et fidellenient acquicler comme il a faict par cy devant es charges honorables qui luy ont esté commises en son dict estât de sorte que j'ai eu occasion de contentement qui est cause que je lay bien voulu accompaigner de la présente pour vous prier de l'avoir en recommandation. Il meyne avec luy quelque nombre de canons sans ceulx que vous avez par de là et lesquels ont esté payés pour ce moys. Je donneray oidre qu'ils le seront pour ceulx advenir et n'estant la présente à autre efïect je prieray Dieu,Mons'' de Matignon, qu'il vous ait en sa saincte et digne garde.

Escript au Boys de Vincennes le YIP may 1 574.

Charles.

Contresigné : Fuzé.

Dépêche de la Reine Catherine de Médicis, du 12 mail 574.

Original. — Biobliothèque nationale. Fonds Français, no 3,25S, folio 19, n" 17. (1)

A Mons*" de Matignon, chevalier de l'ordre

(1) Cette dépêche a été publiée par la Société des Bibliophiles normands.

du Roy, cappitaino de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances et son lieutenant général au gouvernement de Normandye.

Mons" de Matignon,

Nous estions en peine d'eslre si longuement sans entendre de vos nouvelles quant nous avons receu vostre depesche du VIII de ce moys. Ayantle Roy Monsieur mon fils grandement loué la résolution que vous avez prise sur l'advis qui vous a esté donné du partement de Mongommery de le suivre de près à la charge que si vous ne le pouvez joindre et combattre dedans peu de jours de vous en retourner au siège de Saint Lo ou vous avez laissé tous les gens de pié et de laisser à sa suite le s"" de Vassey, nous avons de deçà donné ordre a tout ce qui a esté possible en adverlissant sur les passaiges de la rivière de Seine et de Loire et envoyant le sieur de Sanssac avec les corapaignies de gendarmerye du costé du Perche pour le poursuivre. II seia besoing que vous ayez une bonne intelligence avec luy pour l'advertir de temps à autre ce que vous entenderez du dicl Mongommery. Suppliant le Créateur, Mons' de Matignon, qu'il vous ayl en sa saincte garde.

Escript au chasteau de Vincennes le XIP jour de may 1574.

Catherine.

Contresigné : Brclart.

Dépêche du Roi Charles IX, du 15 mai 1574.

Original. — Bibliothèque nationale. Fonds Français, n" 3,266, folio 90, no 56. (1)

A Mons''De Matignon, chevalier de mon ordre, cappitaine de cinquante hommes d'armes de mes ordonnances et mon lieutenant général en Basse normandye.

Mons' de Matignon,

Jeviens présentement de recepvoir voslre lettre duXIIIdece mois non sansgrandejoye et plaisir de ce que vous avez sceu si bien enfermer Montgomery dedans Dompfi'ont ou je ne suis que bien ayse que vous soyiez arreslé pour une si bonne occasion, vous voullant bien rementeveoir une chose à laquelle je vous prie de penser, estant homme de guerre comme vous estes, qui est que vous pouvez bien juger que les gens

(1) Celte dépêche a été publiée par la Société des BiLiiophiles normands, no V, p. 9.

— sodé pié encores qu'ils soient à l'entour d'une place et la serrent de bien près ne sont pas suffisants seuls d'empescher des gens de cheval ; par quoy il fault que vous faicles travailler ordinairement les compaignies de gens de cheval et leur faire faire ung grand guet alentour du dict Dompfronl; et y faites faire d'autre part beaucoup de grandes et profondes tranchées tout à l'entour ou pour le moins aux principales advenues, afin qu'ils ne puissent sortir. Au surplus je vous diray comme, sur l'advis que vous m'aviez donné advis par le cappitaine Coutreraoulin que ledict Montgomery tiroit vers ledict Dompfront, j'ordonnay incontinant au sieur de Sansac de ramasser sept ou huit compaignies de gendarmerye quej'avoys ici alentour pour l'y envoyer; à quoy il s'est acheminé et ay quant et quant mandé aux sieurs de Lucey, Laverdin et Bussy de l'y accompaigner avec leurs bandes de gens de pié qui a esté en intension de l'atraper et engarder de se pouvoir sauver, n'estant pas asseuré que vous vous feussiez arresté audict Dompfront. Auquel lieu arrivant ledict sieur de Sansac, je vous prie de demeurer en bonne intelligence avec luy et le respecter comme mérite son ancienneté et le long temps qu'il y a qu'il commande aux armées.

Je suis fort ayse de la bonne compaignie que vous a menée le sieur Sainct Legier et ay faict garder le rooile que m'en avez envoyé pour faire expédier une exemption d'arrière ban à tous ceulx qui sont en ladicte compaignie ainsi qu'ils le méritcnl bien, qui est tout ce que je vous diray, en priant Dieu, Mons"" de Matignon, qu'ifvous ayt en sa saincte garde.

Escript au chasteau de Vincennes, le XV^ mai 1574.

Charles.

Post. script. Si vous pouvez prendre Montgomery et Guitry vifs vous ferez beaucoup pour mon service et les envoyiez incontinant prisonniers à Paris.

De la main du Roi. — Matignon si vous me fêtes le servisce de prendre Mongoumery et Gilry en vie et me les amenez je l'estimeré au plus grand servisce que l'on me saurait fere; se que je vous mande de Monsieur de Sansac n'est que pour l'amour de sa vieillesse et ne pensez pas que je ne désire fere davantage pour vous.

Votre bon mestre.

Charles.

Contresigné : Drdlart.

Dépèche du Roi Charles /A', du 19 mai 1574.

Original. — Bibliothèque nationale. Fonds Français, no 3,255, folio 24, no 20. (1).

A Mons"" de Matignon, conseiller en mon conseil privé , cappitaine de cinquante hommes d'armes de mes ordonnances et l'un de mes lieutenants généraulx en JNormandie.

Mons"" de Matignon,

Je ne receus il y a fort long temps nouvelle qui mayt esté plus agréable que le discours que m'a faict le sieur de Sainct Léger, présent porteur, du très-grand debvoir et dilligence que vous faictes non seuUement pour reprendre Sainct Lo, mais aussy pour attraper ce malheureux conte de Montgomery qui est cause de tant de maulx en ce royaulme. Et pour ceste cause, je vous prye sur tous les services que desirez me faire et aussy tous les gens de bien qui sont par de là avecq vous s'employant aussy de toute affection pour mon service comme ledict s' de Sainct Léger m'a bien amplement et

(1) Cotte dépèche a été publiée par la Société des BibliO' philes Normands, no VI, p. H.

particulliereraent dict, de voulloir faire en sorle que ledict conte n'eschappe poinct, car je liens pour certain que s'il peult estre pris oultrele giand plaisir que ce me sera plus que je ne vous scaurois dire le pauvre pays de Norraandye sera redimé de toutes les continuelles vexations qu'il a si souvent receues par luy et à son occasion.

Et davantage les affaires des rebelles seront tellement desfavorisées que par tout le reste de mon royaulme ou mes bons subjects font aussy inconceilleusement bien leur debvoir allencontre desdicts rebelles, j'espère qu'ils recevront à l'occasion de la priûse dudict conte (si elle peult estre) toute deffaveur et se trouveront tous vaincus et deffaicts de bref les ungs après les autres qui est le plus grant bien que je désire maintenant et qui scauroit advenir pour mon service. Recevez la ; pourquoy je vous prye de rechef, mais c'est de la plus grande affection qu'il m'est possible et tous les bons serviteurs que j'ay aussy par de là de sy bien pourveoir et faire en sorte qu'il n'eschappe point, mais que vous le puissiez de bref envoyer en bonne et seure garde prisonnier à Paris où je désire plus que nulle autre chose lui faire bonne et exemplaire justice comme vous dira aussy ledict sieur de Sainct Léger, duquel j'ay aussy entendu

la dilTicullé qui s'est meue pour Testât de Maislre de camp entre les sieurs de Fervacqucs et "Villarmoy, surquoy j'ay advisé pour les contenter que tous deulx auront semblable auctorilé et estai de Maistre de camp dont j'ay commandé au trésorier de l'extraordinaire doubler le payement aflîn que tous deulx y reçoivent la solde et reçoivent l'ung et l'aullre ensanblement , m'asseurant qu'ils auront toute bonne intelligence pour mon service, et que deulx gens de bien et de valleur comme ils sont s'employant comme ils font feront beaucoup plus estant deulx que s'il n'y en avait qu'ung employé en cesle charge là.

Quand à l'auctorilé pour commander en vostre absence, il n'est grâces à Dieu poincl de besoing vous portant comme vous faicles grâces à Dieu fort bien, et puis j'envoye Mons*" de Sanssac qui est si ancien et si viel chevalier (1 ) , et lequel je m'asseure se comportera si bien avecqvous, et vous avecq luy,

(l) Il est intéressant do connaître quel clait ro vieux RÔné- • rai Sansac auquel devait érhoir le commandement k déPaiit de Malij,'non. Il devait être efTectivement le doyen des généraux Français, puisque né à Cognac, en 1486, il était alors âgé de 88 ans.

Louis Prévôt de Sansac clail le compatriote du Roi François 1er aui|nel il dut sa brillante fortune militaire Acteur dans onze batailles rangées et tlans quinze sièges de places fortes, il s'était signalé en 15-2^ à la défense de Meziéres et l'année suivante dans le Milanais où il conduisit 16,000 hommes que le roi envoyait au secours de Lautroc. A l'assaut de Novare, au combat "de Itonnivet, et au Pas de Suze, ii s'était fait remarquer par son intré|ii(lité.

que mon service sera bien et dignement faicl et que nulles dilTicullcs n'advienilront en ces choses là. Mais que par voslre prudences des ungs et des aullrcs tout se conduira avecq loule bonne cl perfecle intelligence. J'escripts aux sieur de Vassav el de la Hunaudaye et aullres qui sont par de là pour mon service auxquels je vous prye bailler mes lettres et les asseurer du grand conlenlement que j'ay d'iceulx, à cause entendu tant de vos lettres que par ledict s' de Sainct Léger les bon et grand debvoir qu'ils font par de là pour mon service en quoy je les prye de continuer comme je m'asseure qu'ils feront.

J'ay aussy sceu dudict sieur de Sainct Léger comme il vous est venu des officiers et canonniers de mon arlillerye, mais qu'ils se veullent retirer s'ils ne sont payés de leur solde extraordinairement ainsy qu'ils ont accoustumé quant ils marchent. Cella est bien raisonnable, et pour reste cause envoyez moy estât de leurs noms, et de ce

Fail prisonnier à la bataille de Pavie, il réussit dès le soir mémo à s'échapper en sautant sur le cheval d'un général Espagnol. Il rentra alors en France où la Reine mère, Louise de Savoie l'accueillit avec empressement. Celte princesse le charj,'ea de porter à Madrid ses lettres et celles de la faniille royale. Durant toute la captivité du roi, Sansac remplit cette mission avec un zèle qui lui mérita l'amitié particulière do Kran^ois .er. Nommé par lui liouverneur des princes, ses lils, il resta pendant ()uel((ue temps éloigné des champs de bataille : mais, en lo5l, il suivit Cessé Brissac en Piémont el reçut trois ans après la mission dillicile de la dé(én>e de la .Mirandole. 11 sut s'y défendre, huit mois entiers, contre les

que se monte par moys leur extraordinaire et de quel jour ils doibvent entrer en payement et je feray promptement bailler ce qu'il fault pour cella au trésorier de l'extraordinaire de l'artillerye.

Mais cependant retenez les et vous en servez et regardez de les faire accommoder de quelque argent par prest qui sera rabatu et rendu lors que l'on les payera.

Recevez là tout ce que je vous puis dire.

Remetant le surplus audict sieur de Sainct Léger que j'ay advisé vous renvoyer tout soudain scachant bien qu'il est du bon nombre de ceulx qui font tout ce qui se peult pour mon service par de là en ces occasions, priant Dieu, Mons"" de Matignon, vous avoir en sa saincte et digne garde.

Escript au Bois de Yincennes, le XIX^ jour de may 1574.

Charles.

Monsieur de Matignon,

Depuis ceste lettre escripte j'ay advisé

forces considérables du Marquis de Marii.'nan qui fut enfin obligé de lever le siège, après y avoir perdu 3,000 bommes Celte défense héroïque mil Sànsac au rang des plus habiles ofliciers de son temps et Henri 11 le récompensa en le nommant gouverneur de ses enfants. A la bataille do Dreux, en 1562, Sansac fut atteint d'un coup de feu : c'était la première blessure qu'il recevait.

MiCHAtu (Biographie universelle, t. XXXVII, vo Sansacl, indique sa mort en 136C. C'est là évidemment une erreur, puisque nous retrouvons ce maréchal de camp, en 1574, au siège de Uorafronl. Il dut mourir peu de temps après.

de renvoyer quérir le sieur de Sansac avec présentes les compaignies de gens d'armes que j'ay désignées pour ma garde excepté celles (le Monsieur de Longueville qui se joindrait, à vous et aussy les compaignies des gens de pié des sieurs de Levardim et de Lusse et estime que celles de Bussy sont desjàoù bien près de vous.

Contresigné : Pinart.

Dépèche du Roi Charles IX, du 20 mai 1574.

Original. — Bibliothèque nationale. Fonds Français, no 3,255, folio 26, n»21. (1).

A Mons''de Matignon, conseiller en mon conseil prive , cappitaine de cinquante hommes d'armes de mes ordonnances et l'ung de mes lieutenants généraux en Normandye.

Mons' de Matignon,

Ayant entendu que beaucoup de ceulx qui ont pris les armes et se sont mis du party du comte de Monlgommery, congnaissant que les persuazions que l'on leur

(I) Celte (Icpûche a été publiée par la Société des Bibliophiles normands, a» VII, j). 13,

avoit faictes estoient seullemenl pour couvrir de 1res malheureuses conspiralions, se retireroient volunliers si ceste faulle leur esloit pardonnée et pour cesle cause j'ay advisé de faire expédier ung pardon général, lequel je vous envoyé affin que vous le fairez incontinent publier à son de trompe par toute l'estendue de voslre charge et que à mesure qu'il en viendra veis vous vous les receviez et remettiez suivant mon intention portée par le dict pardon et les mainteniez et fairez maintenir et conserver en seureté et repos en leurs maisons avec leurs femmes et familles, aprez qu'ils auront faict les submissions de la substance dont je vous envoyé le mémoire et comme il est amplement porté et déclaré par le dict pardon. Sur lequel me remettant je ne vous feray plus longue lettre que pour vous prier d'y alirer le plus granl nombre de ceulx de ceste condition qu'il vous sera possible, m'advertissant journellement des noms de ceulx qui se réduiront et vous ferez chose qui me sera 1res agréable ; priant Dieu, Mens"" de Matignon, vous avoir en sa saincle garde. Kscript au Bois de A'iricennes, le SO*" jour de mai I57i.

Chaules.

Cjnlrcsiïné : Pin v no.

Dépêche du Roi Charles IX, du 20 mai 1574.

Original. — Bibliothèque niitionale. Fonds Français, no 3,265, folio 27, n» 22.

A Mons'" de Matignon, chevaliei- île mon ordre, conseiller en mon conseil privé, cappitaine de cinquante hommes d'armes de mon ordonnance et l'ung de mes lieutenants généraulx au gouvernement de Normandye.

Mons' de Matignon,

A ce que je voy par les depesches que je receuz présentement de plusieurs endroicts il y a beaucoup des François que je vous ay ordonnés qui ne sont poinct encore arrivés au camp, mais demeurent par les champs en divers lieux et oultre qu'ils y sont à la grande foulle et oppression de mon pauvre peuple comme j'ay oy aussi dire qu'ils rançonnent et pillent et l'ont infiniz maux. Ils font grande faulte à mon service et devroient eslres de long temps jà auprès de vous selon ce qui leur a esté commandé veu la présente quayj'ay advisé vous faire ceste lettre aiïin que vous dépêchiez incontinent gens pour tous les endroicts où ils sont alïïn que de ma part vous leur commandiez de s'acheminer présentement à vous et aux

plus grandes hasles qu'ils pourront et si vous cognaissez quelques uns qui n'y obéissent et satisfassent promptement commandez par tout ou ils se trouveront que l'on les courre sus et assemble en tel commerce pourcest effest, car il vaudroit mieulx les recevoir sur ce qu'ils n'ont point directement ainsi faict s'ils ne veuUent faire les debvoirs d'icelle charge mais a mesure qu'ils se présentent pour se battre à présent auprès de vous et en le commandement de vostres charge pour mon service. Priant Dieu, Mons'' de Matignon, vous avoir en sa saincte et digne garde.

Au Bois de Vinsennes le XX^ mai 1 574.

Charles.

Contresigné : Piwart.

XIÎ.

Dépêche du Roi Charles IX, du

23 mai 1574.

Original. — Bibliothèque nationale. Fonds Français, Manuscrit 3,253, folio 28, n» 23.

A Mons"" de Matignon, chevalier de mon ordre, conseiller en mon conseil privé, cappitaine de cinq'^ lances de mes ordonnances et mon lieutenant général en Norraandye.

Mons"" (le Matignon,

Encores que je vous aye cy-devanl envoyé la compaignie de gens de pié du s' de la Molle pour vous en servir avec les aultres forces que vous avez, toutefois j'ay depuis advisé pour aucunes bonnes considérations licentier la dicte compaignie ainsy que j'ai escript à celluy qui y commande maintenant.

A cesle cause je vous prye incontinent la présente receue faire entendre à tous ceulx de la dicte compaignie mon intention là dessus et tenir la main qu'elle soit suivye selon que je désire leur enjoignant bien expressément qu'ils n'ayent à s'assembler par trouppes, ains divisement pour contenter la foulle de mon peuple et qu'ils vivent et se comportent si modestement par les lieux où ils auront à passer que je n'en aye aucune plaincte, sous peyne à ceulx qui feront le contraire d'estre pugnis et chastiés exemplairement.

Et n'estant la présente à aullrc eiïect, je supplieray le Créateur, Mons"" de Matignon, vous avoir en sa saincte garde.

Escript au chasteau de Vincyennes, le XXIIP jour de may 1 574.

Charles.

Contresigné : FozÉ.

— kl —

Dépèche de la Reine Catherine ie Médicis du 23 mai 1 574.

Original. — "Bibliothèque nationale, Manuscrit 3,255, fol. 29, n» 24.

A Mons'' de Matignon, conseiller au conseil privé du Roy Monsieur mon fils, cap"^ de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances et l'ung de ses lieuttenansgénéraulx en IN'ormandye.

Mous'' de Matignon,

Le désir que nous avons d'entendre de vos nouvelles est cause que le Roy, Monsieur mon fils, vous dépesche ce courrier présent porteur, aOin que par luy vous le teniez promptement informé de ce que vous espérez des prinscs de Damfront et Sainct Lo, ensemble des conte de Montgomery et Columbières ou nous nous asseurons que vous n'oubliez rien de ce qui peult servir pour en venir bientost là et parce que vous verrez par la letlre du Roy mondict S"" et fils les nouvelles que nous avons eues de Guienne et Testât de sa santé.

Je ne vous en feray aucune redicte mais m'en remellanl à icelles, je prieray Dieu,

Mons"" de Matignon, vous avoir en sa saincle et digne garde.

Escript au Bois de Vincennes, le XXIII® jour de may 1574.

Catherine.

ConlresigDé : Plnabd.

XIY.

Dépêche du Moi Charles IX, du 24 mai 1574.

Origiual. — Brilish Muséum, coUect. Egerton, vol. V,

folio 39. — Publié par M. de la Ferrière, La

Normandieà l'Etranger, 1873, pages229

et 230 (l).

A Monsieur de Matignon, chevalier de mon ordre, conseiller en mon conseil prive, cappilaine de cinquante lances de mes ordonnances et mon lieutenant général en Normandye.

Mons"" de Matignon,

Pour ce que depuis le parlement du S' de Sainct Léger je n'ay point eu de vos nouvelles que par le commissaire Le Faure qui est parti devers vous, il y a desjà assez long

(1) M. (le la Ferrière, en i-ililinl relie dépèche, ajoute: celle lellre seul la lièvre; ra^'ilalioii et rirritation du malade percent dans chaque li^ne : on devine que si Mont^ronlUle^y est pris, il n'y a plus de pardon pour lui.

temps, désirant bien fort d'en entendre par l'espérance que j'ay qu'elles seront fort bonnes et que ce malheureux conte de Monigomery sera prins dedans Dampfront et que bientost après il en sera faict aultant de Coulombières en Sainct Lo, j'ay ad\Msé vous faire ceste despesche par ce courrier exprès pour vous prier me mander par luy et sans qu'il perde de temps par de là, mais me le renvoyer tout incontinent. Testât en quoy vous serez a son arrivée et quelle espérance vous avez en la prinse de Dampfront et Sainct Lo, et, par conséquent desdits conte de Montgomery et Coulombières, vous priant et tous les gens de bien qui sont avec vous, tant devant Dampfront que Sainct Lo, et que m'avez particulièrement escript qui font si bien mon service, continuer tellement que vous puissiez bientost reprendre Carentan, aOin qne ceulx qui occupent les dictes villes et lieux soient chassez de mon pays de JNormandye et n'y ayent aulcuii pied, comme j'espère que de bref ils n'en auront en toute la Guyenne et Poictou.

Le surplus de ma lettre sera pour vous dire etasseurcr que, grâces à Dieu, je vais tous jours de bien en mieulx en maguarison, ne me restant plus qu'à me fortifier comme je fais, de sorte que j'espère eslre bientost

du tout achevé de guarir. J'ay eu depuis jeudi dernier quelque petit accès de fiebvre double tierce, mais les médecins asseurent que cela aidei-a bien fort à m'achever du tout de bien guarir, dont aussyjevous ay bien voullu advertir et les gens de bien qui sont avec vous, scachant certainement que ces bonnes nouvelles là vous serons et à mes aultres subjects eslans par de là très agréables.

Priant Dieu, Mons'' de Matignon, vous avoir en sa saincte garde.

Escript au Bois de A^incennes, le XXIIIP jour de may 1574.

De la main du Roi :

Me porte fort bien, grâces à Dieu; je seray encores plus content et me trouveray beaucoup mieulx quand se sauray la prinse de Domfront et de Montgomery et des aultres places que tenez assiégées, àquoy je m'asseure que vous et les gens de bien qui sont par de là pour mon service ne perdez point de temps et ferez en sorte que Montgomery et Colombicres ne s'eschapperont pas, et prenez bien garde, je vous prie, et sur tous les services que desirez me faire.

Charles.

La lettre qui suit est pour nous d'une importance incontestable, bien qu'elle ne porte pas de signature. Mais elle a tous les caractères de la plus complète aulhenlicité : elle provient d'ailleurs, à n'en point douter, de l'un des témoins oculaires les plus autorisés du fait d'armes dont elle contient le récit.

Ce lut donc au sire de Fervaques qu'échut le périlleux honneur de diriger Tallaque du 23 mai ioTi. Il y reçut une blessure grave.

Ainsi, trois futurs maréchaux de France étaient dans les rangs des combattants et conduisaient les assaillants au nom du Roi. C'étaient : Matignon, comme commandant en chef, Fervaques et Lavardin, comme maréchaux de camp. Celte remarque a peut-être été faite déjà, seulement nous ne l'avons vue formuler nulle part en termes exprès, quoique cela lût h noter pour l'histoire de Domfront.

Quant à Fervaques, plus connu sous la dénomination de Maréchal de Fervaques, c'était encore un normand, né en 1538, au château de Fervaques (canton de Livarot, arrondissement de Lisieux). Son nom était Guillaume de Hautemer, comte puis duc de Grancey, baron de Mauny, etc., etc.

Après s'être distingué dans les guerres du règne de Henri H, il se fit encore connaître dans les guerres de religion où il joua un rôle fort important que l'esprit de parti a, comme toujours, apprécié avec de très-vils sentiments de i)assioi) et peut-être d'injustice.

Après avoir commandé en personne lassaul contre le comte Gal)riel de Montgommcry, ce Jul lui qui, plus lard, le 2(5 juin suivant, reçut

en place de Grive, à Paris, les derniers adieux du guerrier illuslre qui allait périr, lis onl élé rapportés par d'Aubigné, qui élait, lors de celte exécution, en croupe sur le cheval de Fervaques (l)

Le roi Henri IV récompensa les services militaires de Fervaques par l'ordre du St-Esprit, le grade de lieutenant général .1:1 gouvernement de Normandie et le bâton de maréchal de France. La régente Marie de Médicis érigea pour lui Grancey en Duché-pairie. Il mourut à son chAteau de Fervaques, le il novembre 1613 (2).

Lettre d'un gentilhomme, sans adresse et

sans signature, écrite au camp devant

Domfront, du 24 mai 1574.

Original. — Bibliothèque nationale. Fonds Français, Manuscrit 3,188, folio 73, no 40 C3J.

Monsieur,

Je avois lousjoui's tardé à vous escrire nouvelles, jusque a ce qu'il se soit passé quelque chose. Je vous advise que hier qui esloit dimanche l'on fist brèche au chasteau avecq le canon et nous presenlasmes à l'assaull forces genlilshomtnes avecq Monsieur de Fervacques à l'assault qui nous menoit

(1) Didol, biogr. universelle, t. 23, vo Uaulemer.

(2) Didot, loco citato. — De Cauraont, statistique monument, du Calvados, t. V, p. 716.

(3) Cette lettre a été publiée par la Société des Bibliophiles normands, VI U, p. 16.

et y avait avecq nous six compaignies de gens de pied dont Monsieur de Fervacques fust blessé, le capp"'' Saincte Coulombe blessé, le capp"® Paislre blessé, le capp"^ Yerdusan blessé, le cappilaine Tommassin blessé, le cappitaine Tonnier tué dans la ville, entrant dans la ville par escalle (I) avecq le capp"^Clepey et le cappilaine Sainct Per, l'enseigne [2) du cappilaine Saincte Coulombe tué, l'enseigne de M. de Lavardin tué, les aullres enseignes blessés à mort, forces gentilshommes tués et blessés, et forces soldats. Il y peult avoir en somme tant de tués que de blessés deux cens et si le cannonnier faillit à nous tuer tous, car comme nous estions à la brescbe pour combalre, il lira une voilée de canon qui abalit ung pan de muraille sur nous qui blessa fort Monsieur de Plassac et le capp"^ La Roche et tous nous aullres, le cappitaine Cire est fort blessé. Monsieur Dailly est mort. 11 en mourra beaucoup des blessés. Le sieur de Bordeauh est fort blessé et forces aullres, dont c'est grand dommaige et en mourra encores premier que nous l'emportions.

(1> Ce vieux raol français a, dans notre langage moderne, formé le substantif escalade et le verbe escalader, c'est-à-dire monter.

(2) Le grade d'enseigne correspondait à celui de sous-lieutenant.

Nous tenons la ville. Ils n'y ont poinct faict (le résistance et n'v ont tué personne que le pauvre Fournier (1) (ils, de Carolles, dont c'est grand dommaige.

Je ne vous puys aultre chose mander pour ceste heure. Lorsque nous aurons donné l'aultre assault je vous en manderay ce qui se sera faict si je en réchappe ; je vous puis asseurer qu'ils sont maulvais garçons et sont résolus de mourir les ungs après les aultres. Le conte est de dans avecq Touchet, la Patrière, Pissot et tout plein d'aultres cappilaines dedans. Ils nous donneront bien à faire, premier que nous les emportions.

Il est venu ung courrier à Monsieur de Matignon qui a raporté que jà descendoit 12 mil Anglois à la Hague ; aussi il leur vient forces reislres. Monsieur de Guyse a commandement d'aller au devant et les combattre.

Je ne vous puys aultre chose mander fors que Monsieur de Maude, chancellier de Monsieur Le Duc, est eschappé d'Orléans, et Monsieur Banville est allé au devant des reistres.

Faict ce lundi matin, 24" niay 1574, au camp de Dampfront.

(1) La publication des Bililiop. normands, lailo à Rouen a lu Tonnerre.

D'après les délails consignés dans certe lettre, la journée dii 23 mai 1374 l'ut trèsmeurlrière.

On ne doit pas oublier que Montgommery élail arrivé à Domfronl le 7 mai. Il ne fut attaqué sérieusement que le 23, car jusque là les troupes de Matignon, k mesure qu'elles arrivèrent durent se borner à investir et à entourer la place et à faire bonne garde.

Enfin le 23, cinq pièces de batteries d'artillerie engagèrent un feu très-vif depuis sept heures du matin jusqu'à quatre heures du soir. A ce moment, une large brèche s'étant faite dans les murailles de la ville, Montgommery et ses hommes d'armes se retirèrent dans le château.

Lors de ce premier assaut, l'armée de Matignon éprouva un véritable échec, et, durant quelques jours encore, elle dut renoncer à tenter un nouvel effort, faute de muniiions et d'approvisionnements. Mais l'artillerie et les renforts arrivèrent de tous côtés, et il se trouva à un instant donné, devant Domfront, de quinze à vingt mille hommes qui « fourragèienl u tellement que le pays eut été ruiné géoéralet< ment si ledict siège eut continué jusqu'après « la moisson. .) (Journal manuscrit de François, seigneur de Bois-Pilard).

Le 26 mai, quarante volées d'artillerie attaquèrent le château, pour aplanir la brèche qui y avait été faite.

Enfin le canon cessa de se faire entendre, lorsque Montgommery entra en pourparlers et se rendit le lendemain entre les mains de son vainqueur heureux.

— Dl —

Dépêche du JRoi Charles IX, du 26 mai 1574.

Original. — Manuscrit de la Bibliothèque n;ilionaIe. Fonds Français, n» 3,255, folio 30, n» 25.

A Mons'' de Matignon, chevalier de mon ordre, conseiller en mon conseil privé , cappilaine de cinquante lances de mes ordonnances et mon lieulenant général en Normandyc.

Mons' de Matignon,

M'ayant le capp"^ Des Mouys, présent porteur, faict entendre que suivant la charge qu'il auroitcy devant eue du S' de Lusse (1), il auroit mis sus et levé quelques gens de guerre a pied qui se seroient trouvés jusques au nombre de quatre cens hommes lesquels icelluy de Lusse auroit reffusé recevoir parce que les dictes compaignies se seraient trouvées empeschées.

Au moyen de quoy m'auroit prié et requis luy voulloir permettre de les mener et conduire vers vous pour vous en servir

(I) Jean de Coësme était seigneur de Lucé-le-firand, an Maine. — Annales d'Anjou, p. 198. — Le Paij,'e, dict. du Maine, t. I, p. Sil. — M. <;a<t. Le Hardy, Hi^t. du protestantisme en Normandie, p. 201.

C'est il tort que Lalande (Uist. des ^riierres de Reli^'ion dans laManthe, p. 83i l'a appelé .Jean Cosme de Lncé

Kq>

ainsy que des aullres et que vous avez a présent.

Ce que luy ayant accordé je vous en ay bien voullu advenir aflîn que si en avez besoing vous l'employiez avec ses dicls soldais, sinon vous aJviserez à les licentier et neantmoins vous servir de luy parlicullièrement en ce que vous verrez que le bien de mon service le requierra, et sur ce je pricray le Créateur, Mons'' de Matignon, vous avoir en sa saincte garde.

iLscripl au cbasleau de Vincyenncs, le XXVr"^jour de may 1574.

Charles.

Contresigné : Fdzé.

XYII.

Dépêche du Roi Charles IX, du

27 mai 1o74.

Original. — Bibliolhèque nationale. Fonds Français, Manuscrit, n" 3,255, folio 31, n" 26.

A Mons' de Matignon, conseiller en mon conseil prive, cappilaine de gens d'armes cl l'un de mes lieutenants gcnéraulx en ISormanclyc.

Mons'' de Maligon,

Vous avez veu par la dernière depesclic que je vous ay fairte comme depuis buict

jours j'ay esté travaillé de la fièvre double tierce dont au septième jour j'ay sorty fort diminué et aujourd'huy qui est le huictiesnie après avoir pris une petite médecine je me suis trouvé si bien et sans aulcun ensortement de fièvre que j'espère en eslre du tout hors ne me restant plus qu'à me fortilFier comme j'espère aussy que je seray de brefet que j'auray bientost de bonnes nouvelles de vous delà prinse de Damfront et du Conte de Montgommery que j'attends en aussi bonne dévotion que je prie Dieu, Monsieur de Matignon, vous avoir en sa Saincte garde.

Escript au Bois de Vincennes, le XXVIP jour de may 1 574.

Charles.

Contresigné : Pinart.

Dépêche du Roi Charles JX, du 28 mai 1574.

Original. — IJibliolhèque nationale. Fonds Français, Manuscrit, n" 3,255, fol. 32, n" 27. (1)

A Monsieur de Matignon, conseiller en mon conseil privé, cappilaine de cinquante hommes d'armes de mes ordonnances et

(1) CetlG Hépèfho a été puWiée par les Bibliophiles normands, no X, p. 21.

l'ung (le mes lieutenants generaulx en Normandye.

Mons"" de Matignon,

Vous aurez veu par la lettre que je vous escripvez hier comme je me porte maintenant si bien que j'espère estre bien tost du tout achevé de guarir et quand j'ay sceu les nouvelles que m'avez escriples par Des Chappelles, présent porteur, et qu'il m'a dict de voslre part de ce qui s'est passé à Dampfront et de l'espérance qu'avez d'avoir bien tost le chasteau et sur tout que le conte de Montgommery et les aulires qui sont dedans ne se puissent sauver, mais que m'en renderez bon compte dedans peu de jours je me suis fort resjouy d'aultant que ce sera ung très grand bien et réputation en mes all'aires et service.

Veez la pourquoy je vous prye de rechechef et tous les gens de bien qui sont avecq vous que sur tous les services que dessus me faictes de ne perdre aulcun temps, comme je m'asseure que ne faictes à l'éxecution de vos entreprinses. trouvant très bon que vous avez faict faire la publication du paiement que lerez à celluy qui piendra vif Icdict (le iMontgummery, à (|Uoy vous ferez satisfaite de mes deniers ou si en faictes l'advancc je vous en feray rembour-

ser à l'inslanl oî sans aucun retardement (les deniers de l'espargne.

Je suis infiniment marry de la polteronnerve de ces canailles de soldats (1 ) qui ont comme m'a dict ledict Des Chappelies si mal faict aux assaulls donnez au chasteau dudict Damfront. 11 fault que en faciez faire quelque exemplaire justice ou démonstration par l'advis des seigneurs cappitaines et aullres gens de bien qui sont par de là et qui y ont si bien faict leur debvoir comme m'avez escript et que j'ay particullierement enlendu dudict Des chappelies estant infiniment marry de la perte que j'ay faicte du pauvre cappitaine Saincte Colombe et de ceulx qui y ont esté tuez, et pareillement (le ceulx qui ont esté blessez (2) faisant si bien et vaillamment leur debvoir comme m'avez escript qu'ont faict aussy les sieurs de Fervacques et de Laverdin (3) et par Mons' le cappitaine Thomassin et aultres, auxquels j'escripts particulièrement des

(1) Le mot est très-vif sous la plume du Roi. On savait du reste depuis loa^'temps déjà, et plusieurs historiens avaient signalé ce fait, que les soldats reculèrent à l'assaut de Dornfront. Ce furent alors les fieotilshomnies et l'élite de la noblesse qui s'élancèrent en avant, en bataillons serrés.

(2) L'assaut du dimanche 23 mai 1574, dont il est ici question, avait duré de 2 heures à 7lieures du soir. Les assiéfieants tirèrent 506 coups de canon et perdirent ICO hommes, dont 60 furent tués. Montgoramery, de son côté, reçut une balle à l'épaulo droite et deu.\ éclats de pierres à la ligure.

(3) Jean de Beaumanoir, plus connu sous le nom de La-

lettres que leur baillerez et aussy aux aultrcs seigneurs qui sont par de là avecq vous et les quels vous asseiirerez de la bonne oppinion que j'ay d'eulx et de leur valleur et combien j'estime grant le service que vous et eulx me faictes en ceste occasion qui ne m'est pas de petite importance, car oultre la grande réputation qui sera à mes affaires quand aurez prins ledict Damfront avecq iedict Montgommery et ceux qui sont de dans il en adviendra une deffaveur si grande aulx aullres qui se sont eslevez et ont prins les armes contre moy que j'espère qu'après cella l'on aura bon marché d'eulx, et que Sainct Lo et Carenlan ne dureront gueres quand ils verront ledict iMontgommery et les aultres qui sont avecq luy prins, espérant qu'estant l'estendue de vostre charge comme elle sera lors bien réduite en mon obéissance, que le reste de la >'ormandye et lieux circonvoisins seront bien à repos, et pour ce je vous prye encores de recbef autant que vousaymez mes affaires et service de ne perdre une seuUc occazion ny heure de temps et surtout donner si bon ordre que ledict Montgommery elles aultres chefs

vardin, était né au Maine, en 1551. Co fut run des plus vaillants capitaines ilo la lin du xvio siècle. Cette même année, 1574, il lut Messe a la prise de Saint-Lo. Fait maréclial de France en 1595, il l'ut l'un des sept seigneurs qui eurent le niallieurde se trouver dans le carrosse du Roi Henri IV, lorsque ce prince fut assassine par Ravaeillac.

ne se puissent escliappcr. J'escripls aussy au cappilaine Lucen que je ni'asseure estre fort vaillant, bien afTeclionné à mon service et qui a de bons hommes, et si fais encores à chacun une lettre aux seigneurs de Lucé et Bussy, afin que leurs soldats reparent la honte des aultres hommes et en attendant les bonnes nouvelles que j'espère de bref avoir de vous je vous diray que j'en attends aussy bien tost de fort bonnes de mon cousin le DucdeMonlpensier car il avait gagné ily a desja huict jours les faulx bourgs de Fontenay et asseoit son artillerye pour le battre comme il aura faict bien tost après sans beaucoup tarder à faire bresche et venir aux mains, ayant avec luy une fort bonne irouppe de gens en délibération de m'y faire ung bon service et du costé de Guyenne j'espère aussy que comme je vous ay escript dernièrement tout ce pays là sera bien tost nestoyé et que selon que le S''De la Valletle verra il se pourra attaquer à Monlauban. Priant Dieu, Mons' de Matignon, vous avoir en sa Saincle et digne garde.

Escript au Bois de Veincennes leXXVlIl^ jour de may 1574-.

M" de Matignon, j'accorde de bon cœur suivant la prière que me faictes la compaignie de feu Saincle Colombe au cappilaine

Roger, son lieutenant, et donne de ma saine bonne volonté permission au S"" de Laverdin de pouvoir mettre un aultre cappitaine en la place et lieu du cappitaine La Bastide, si tant est qu'il meure, dont je suis bien marry. J'ay commandé les exemptions d'arrière ban pour ceulx que m'avez nommez par lettre contresignée de vostre main. Les expéditions en seront soit particullières ou généralles ainsy que vous et eulx vouldront. Vous l'escriprez par vostre première depesche.

Charles.

Contresigné : Pinabt.

Le capitaine François des Chapelles qui apporta au camp de Matignon la dépêche cidessus appartenait à la t'amille seigneuriale Des Chapelles (canton de Couptrain, Mayenne).

Il devait être le fils aîné de Guillaume Des Chapelles, seigneur Des Chapelles et de Guillelmine de Montesson. Ses deux frères puînés étaient Urbain, curé de Madré, puis Doyen de Javron, Mayenne (1) el Claude, sieur du Serrés, écuyer de la Reine ('2). Leurs trois noms se trouvent inscrits dans le testament de leur mère, du 30 septembre 1590, daté et rédigé

(1) Urbain est mort à Javron en 1623 (Etat civil de Javron).

(2) Il mourut à Paris lo 16 octobre 1604. Il fut inhumé le lendemain dans l'église de Saint-Paul ; mais le jeudi 17 février 1603, son cœur fut ai)portc à Javron et déposé dans l'église prieurale de cette localité (Etal civil de Javron).

Aux Chapelles. Par cet acte, elle avait disposé (l'une somme d'argent pour l'enlretien de 1 église paroissiale Des Chapelles; de plus, e I e avait chargé les Cordeliers d'Alençon de célébrer à son intention un Irenlam gregorial (1).

Pour François Des Chapelles, il avait era. brassé la carrière des armes.

Dès avant l'année lo62, il avait reçu de Matignon la commission de capitaine commandant de la ville et du chàleau de Domlront. En lo62, comme en 1368, comme en 1374, son lieutenant était Pierre Coupel, sieur de la Poussinière (2).

Surpris dans la nuit du 27 septembre 1368, par De Poillev, qui n'avait que 130 hommes sous ses ordres, François Des Chapelles ht évacuer dès la première sommation la lorteresse de Domfront qu'il ne pouvait défendre avec douze hommes seulement et avec les habitants qui étaient dépourvus d'armes et de munitions de guerre (3).

Privé une seconde fois du château de Domfront, dont il était toujours resté gouverneur, par la tentative audacieuse des Irères Le Uericé, le capitaine Des Chapelles se retrouva, au siège de la même forteresse, dans les rangs de l'armée royale, aux côtés de Matignon. Ce fut lui que le général chargea du soin et de l'honneur de poVter à la cour les dépêches contenant les détails de l'assaut infructueux du 23 mai 1374. Son titre de gouverneur de Domfront lui donnait qualité sufiisante auprès

(1) Titre original communiqué.

(<9) D'autres historiens disent sieur de la Polinière. — D. PioUn, hist. de l'église du Mans, v. 2, p. 462.

^3) Lange. Epliémérides normandes, t. 2, p. 195.

de son chef, qui complaît sans doute surtout sur son éloquence pour jusiitier et amoindrir cet échec.

Des Chapelles, dans celle circonstance eut plusieurs audiences royales et diverses entrevues avec Charles IX et avec sa mère. Le roi ne le laisse pas ignorer, dans la réponse que le délégué rapporta cinq jours plus lard au camp de Domfront. Celle dépêche est peut-être la plus intéressante de celles de notre recueil; elle est du moins la dernière de celles que le jeune et infortuné souverain put envoyer au commandant de son armée (1).

Quelques années après, le capitaine Des Chapelles se reposait des fatigues de la prise de la ville de Mayenne (1589), au nom du Roi Henri IV, dans l'un des chûteaux du voisinage, à La Molte-Fouqué. La société y était nombreuse el choisie. La comtesse de Sanzay en faisait grandement les honneurs et l'on y remarquait comme visiteurs, au milieu de plusieurs autres, MM. de Champsegré, Des Chapelles, Du Champ de la Pierre, Mademoiselle de Saint-Germain, fille de Jean de Saint- Germain, baron de Rouvrou, et Madame de Loré, femme de Gilbert de Loré qui venait de combattre tout auprès de M. de Sanzay (2).

La sépulture de la famille Des Chapelles se trouvait dans l'église paroissi.-ile des Chapelles, du côté droit du grand aulel (3).

Elle justifia, en 1666, devant l'Inti-ndanl de Tours, la possession de sa noblesse qui re-

1) Y. Dépêche du 28 mai 1574, no 18.

(2) Comte do La Ferriùrc. - Joun anzay, p. 32.

(3) Actes do l'état civil Des Chapelles.

(2) Comte do La FerriiTO. - Journal de la comtesse do Sanzay, p. 32.

raontail jusqu'à l'année i3'Jo. Les armoiries ôtaient hlasonnées: de gueules à la tour sommée (le 3 tours d'or. (Manuscrit de la Bibliol. nalionale, fonds des Titres, n" iSK).

Dépêche de la Reine Catherine de Médicis, du 50 mai 1574.

Original. — Bibliollifcque nalionale, Fonds français, Manuscrit 3,25G, fol. 93, n» 58 (1).

A Mons"" de Alatignon, l'iing des lieutenants généi-aulx du Roy en IVoi'mandye.

Mons*" de Matignon,

Nous ne saurions assez dire le plaisir et contanlement que nous avons receu de la belle prise et réduction que vous a'vez faicts de Dompfront et du conte de Montgommery qui estoit dedans, dont le sieur de Sainct Léger, présent porteur^ nous a faict entendre l'histoire.

Vous avez si bien et heureusement commencé que je m'asseurc que Dieu vous fera la grâce que vous acheviez de niesme et remettiez Sainct Lo cl Carenlan soubz l'obéissance du Roy, Monsieur mon liiz, pour nous rendre du tout en repos de voslrc costé. En quoy vous avez desjà acquis et

(1) Cette dépêche a été publiée par les Bibliophiles normands, no XII, p. 27.

vous reviendra tout l'honneur que peult désirer ung bon et grand capitaine. "Vous priant continuer avec la mesme vigillance et promptitude que vous avez faict et vous asseurer que le Roy, mondict fils, fera pour vous et pour vostre advancement tout ce qui luy sera jamais possible et vous en reposez sur moy, qui prie Dieu, Monsieur de Matignon, vous avoir en saincte garde.

Escripl au Bois de Vincennes, le 30® jour de may 1574.

Catherine

Contresigné : Pinart.

Dépèche de la Reine Catherine de Médicis, du 3! mai 4574.

Original. — Bibliothèque nationale. Fonds Trançais, Manuscrit 3,255, fol. 17, n» 15.

A Monsieur de Matignon, conseiller au conseil privé du Roy, Monsieur mon fils, capitaine de gensd'armes et l'ung de ses lieutenants généra^ulx. en Normandie.

Mons' de Matignon,

Je vous prie que suivant ce que le feu Roy, Monsieur mon fils, vous a escript auparavant son decez vous asseuriez le sieur

(le La Vcrdin, nnllre les lettres que Monsieur et (ils luy a escript, que sa volonté estoit et comme aussyestia mienne que si le cappitaine La Bastille qui avoit charge d'une des compaignies qu'il a levées venoit à mourir de la blessure qu'il a eue à l'assault de Dompfront, il prenne et soit en son lieu de lacorapaignie tel qu'il vouldroi t, aiant entendu qu'il désire que ce soit le cappitaine SainctMartin, son frère, bien entendu; car à ce que l'on ma asseuré il est personsonnage qui le mérite bien et qui s'en acquitera dignement et vaillamment, priant Dieu, Monsieur de Matignon, vous avoir en sa saincte et digne garde.

Escript au bois de Veinceines, le dernier jour de may 1574.

Mons' de Matignon, je vous prie respondre par la voye ordinaire de la poste le plus vivement que vous pourrez. . . .

Catherine

Contresigné : Pinart.

Dépêche de la Reine Catherine de Médicis,

du l^"" juin 1574.

Original. — Bibliothèque nationale. Fonds français, Manuscrit 3,255, f» 34, u» 28.

A Monsieur de Matignon, l'un des lieu-

tenants généraulx au gouvernement de Normandye.

Mons"" de Matignon, vous avez esté adverty par la précédente despesche qui vous a esté faicte des préparatifs qui se font depuis quelque temps en Angleterre et le double qu'il y a que en soit pour quelque entreprinse sur les villes et places du Roy, Monsieur mon fils, estans le long des costes ou pour faire descente en quelque endroict d'icelles, afTin de secourir s'ils peuvent ceulx qui ont prins les armes en Normandye, et ayant la Royne d'Angleterre ou ceulx qui ont faict faire lesdicts préparatifs seu que vous avez prins Dampfront et quand et quand (1) le conte de Monlgonimery contre l'opinion de tous ceulx de son party qui ne pensoient pas qu'il se fust jamais laissé enfermer comme il a esté contre son voulloir. 11 ne fault pas doubler qu'ils ne tentent soudain quelque entreprinse. Aussi ay je eu pertinemment advis qu'ils en sont en cesle délibération et résolution de Téxécuter bien test.

A ceste cause, je vous prie incontinent la présente receue ne faillez de donner si bon ordre en l'estendue de vostre charge qu'il ne puisse advenir aulcun changement,

(l) Dans le texte il y a bien et quand et quand répète deux fois.

estant aussybon besoing au temps où nous sommes que vous preniez pareillement bien garde aultant au dedans que au dehors.

En m'asseurant de vostre bonne affection et vigillance et que n'y oublierez rien je ne vous en diray davantage, priant Dieu, Mons"" de Matignon, vous avoir en sa Sainte garde.

Escript au Bois de Vincennes le premier jour de juing 1574.

Catherine.

Contresigné : Plnart.

Dépêche de la Reine Catherine de Médicis, du \ 8 juin 1574.

Original. — Bibliothèque nationale. Fonds français, Manuscrit 3,255, fol. 45, no 37.

A Mons"" de Matignon, conseiller du Roy en son conseil privé, cappitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances et l'ung de ses lieutenants géneraulx en Normandye.

Mons^'de Matignon, Je vous prie vous faire dilligemment enquérir et mander de qui est prisonnier ung

nommé ( ) qui fut prins à Sainct Lo",

et le retenir incontinent, asseuranl celluy

de qui il est prisonnier que sa rançon luy sera bien paieé et l'envoyez par deçà incontinent en seure garde et conduite de quelques gens qui seront accompaignés de cinq ou six chevaliers, en sorte qu'il ne s'eschape point.

Envoyez aussy par ce présent porteur, si vous pouvez, les papiers qui estoient dedans Darapfront et Sainct Lo {\) que penserez qui pourraient servir au procès du conte de Montgommery, de Colombières et des aultres conspirateurs rebelles, etc. etc.

Priant Dieu, Monsieur de Matignon, vous avoir en sa Sainte garde.

Escript à Paris, le XVIIP juing 1574.

Catherine.

Contresigné : Pinart.

Dépêche de la Reine Catherine de Médicis, du 'iki juin 1 574.

Original. — Bibliothèque nationale. Fonds français, Manuscrit 3,25S, fol. 53; n'>43,

A Mons"" de Matignon, Conseiller du Roy en son conseil privé, cappitaine de cin-

(ll C'était s'y prendre bien tardivement pour réclamer les pièces nécessaires au procès de Montj;oramery, dont la tête tomba quoltiues jours plus lard en place de grève.

quante hommes d'armes de ses ordonnances et l'ung de ses lieutenants généraulx en Normandye.

Mons"" de Matignon,

J'ay entendu que l'Evesque de Tulles sortant de Sainct Lo par le moyen du Sieur de Chassaing, icelluy de Chassaing se confiant dudict Evesquede Tulles luy bailla en garde une chesne (1 ), dont il luy ilst son recepicé et luy donna sa foy de la luy rendre.

Par après et que depuis le Sieur de Yillarmoys vostre lieutenant, ayant trouvé un recepicé en la bourse de feu Blosset, qui fust tué à Dampfront, par lequel ledict de Chassaing confesse avoir receu ladicle chesne dudict Blosset, icelluy Tillarmoys luy demanda icelle chesne et luy en a faict parler par vous lequel a remis de faire jusques à ce qu'il ayt sur ce entendu ma volonté ; occasion pourquoy j'ay bien voulu vous faire ceste lettre pour vous prier de composer cella amyablement par de là sans le me renvoyer, car vous pouvez beaucoup mieulx ce faire estant ceulx qui y ont interest par de là et si la considération du plaisir que ledict sieur de Chassaing a faict audicl Sieur de Tulles y est digne de considération, je vous prie y avoir esgard, comme

(1) Lisez chaîne: probablement une cliaine en or.

je m'asseure qu'aurez eu toute équité pour l'ung comme pour l'autre, priant Dieu Mens"" de Matiguon, vous avoir en sa saincte garde.

Escript à Paris, le XXIIIP jour de juing 1574.

Catherine.

Contresigné : PmART.

Dépêche de la Reine Catherine de Mcdicis, du 11 août 1574.

Original. — Bibliothèque nationale. Fonds français, Manuscrit 3,255, fol. 60, n0 49.

A Mons"" de Matignon, chevalier de l'ordre du Roy, Monsieur mon fils, conseiller en son conseil privé, cappitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances et l'uiig de ses lieutenants generaulx au gouvernement de Normandye. »

Mons"" de Matignon,

Je vous envoyé la commission en blanc que j'ay faict expédier pour les desmolitions des places de Dampfront Sainct Lo et Carentan, laquelle je vous prye de faire remplir des noms de ceulx à qui vous com-

mettrez la charge de faire lesdictes desmolitions auxquelles je vous prye de faire dilligeminent travailler avec le meileur niesnaige et moings de frais qu'il sera possible.

Et n'estant celle cy à aultre fin, je prieray Dieu Mons"" de Matignon, vous avoir en sa sainte et digne garde.

Escript à Nogent sur Seine le XP jour deaoust 1574.

Catherine

Contresigné : Pinart.

Malgré les ordres de Catherine de Médicis, la forteresse de Donifront resta debout.

Au mois d'avril 1380, Jean de la Perrière, baron de Vernie, s'empara du chftteau de Domfronl pour la Ligue. Il en demeura maîire jusqu'à la fin de décembre suivant. Les habitants secondés par Aimery de Villiers, maréchal de camp, envoyé par Henri IV, chassèrent alors les Ligueurs et s'emparèrent du château. Les tentatives que firent le Marquis de Belleisie et le capitaine Bianchetière, pour le reprendre, échouèrent devant la résolution de la garnison et la vaillance des habitants.

Commencées au xi« siècle, tour à tour ruinées et relevées dans les siècles suivants, les fortifications de Domfrout furent rasées en l'année 1398, par ordre de Henri IV.

Les guerres de la Ligue avaient trop appris

à la royauté ce qu'elle avait à redouter de ces châteaux restés debout au milieu du pays comme un éternel défi à sa puissance, comme un asile pour ses ennemis, comme un appel permanent à la guerre civile.

Le château de Domfront fut donc rasé en 1598 seulement et la ville demeura désormais ouverte.

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