PENES NOS
cun doule à cet égard par le fait de l'énuméralion de ses litres de seigneur de Sougé, Cliènesec, Ci)eviez, Mebzon (1), la Barillière et Corbttzain (>).
La famile Le Sillcur qui complait, en 1666, de nombreux rei>résen(ants dans l'éleclion de Domfront. paraît du reste originaire de celle partie de la Basse-Normandie.
Quant à François de Boispilard, d'après ce qu'on en peut juger par les écrits qu'il a laissés, il reçut une éducation liiléraire fort soignée et presque exceptionnelle pour son lemps. Celait du reste à l'époque de la renaissance des beaux arls et des lettres où, sous l'impulsion bienfaisante des rois François I" et Henri II, la noblesse guerrière savait déposer sa vaillante épée des combats périlleux et le lourd gantelet de fer, pour se servir de la plume légère avec un talent véritable.
(1) Un ami a bien voulu nous transmettre ht mite suivante au sujet de Mebzon.
« Mebzon était un fief, du territoire d'Elrig^ en I;i i< commune de Sept- Forges, arrondissement do Dom- « front.
« On y voit encore le vieux logis seigneurial, inté- <f ressante construction du moyen-âge, non signalé aux « touristes et bien digne néanmoins de l'attention des .( curieux. 11 serait gramlement a désirer qu'un arché- 'c ologue enlrepi il pour ce petit édifice une étude seni- « blabie a celle consacrée avec tant de talent par (c M. lilancheiiére, au manoir de la Ciialerie, carMebic zon est peut-être plus iniéressnnt encore et son état « de délabrement fait craindre une destruction pro- « cbaine. »
(2| Inventaire sommaire des Archives départenientales de la Sarihe.
Nous tenons ces divers documents de l'obligeance de M. Ch. de Montesson, auquel nous voulons adresser ici tous nos. remerciements, >-^^e^./. ./^ uaU i/^" ffri».." ■■■ <f- -^ fifi I l'iljriii ,1 ' Il i' i-ii r- *■' -y I
A l'âge de vingt ans à peine, en 1333, il suivit le roi Henii ÏI en Allemagne, et liteniplele d'un coursier qui fui tué sous lui à la bataille de Uenli, le 13 août looo. Après la campagne, et trois années plus tard, il s'en revint dans SCS loyers, avec son oncle le sieur do Tessé, de Sl-Fraimbault, qui appartenait à la rauiillo des La Ferrirre, et il épousa, en JooS, mademoiselle de Cailly, qui lui apporta en dot la terre seigneuriale de Sougé-le-Gannelon, au Maine (1).
Au mois d'avril 13(52, au signal donné par le prince de Condé, et par les trois Chàlillon, frères du comte de la Koclieroucaull, par Montgommery et autres chefs protestants, qui s'emparèrent tour à tour d'Orléans, de Houen, de Tours, de Lyon, de Boisgency, etc., etc., Boispilard, le sieur de la Ferrière (ce personnage, déjà nommé précédemment était l'oncle «le Boispilard), le baron de Larcliamp et le seigneur de Saint-Hilaire allèrent trouver le roi à Vincennes et lui oflrirenl de noi:veau le concours de leurs épées et de leur expérience (2).
A son retour de la campagne de France, lorsiiu'il rentra à la Barillière, simple gentilhommière, située en la paroisse de St-FronI, près DomiVont, les liubilants vinrent spontanément endéputalion prier le jeune chevalier de Boispilard de prendre la défense etla^arde de leur ville et de leur château de DoniiVont. Ils s'obligèrent, ainsi (|iio les |)aroisses voisines, de lui fournir de trois à quatre cents soldats, dont ils l'élurent le chef : il accepta.
(H Analyse du Journal de Uoispitaid ; Annuaire de l'Orne, 1876.
(2) Analyse du .Journal. Annuaire de l'Orne 1876.
Aidé de ces forces, bien peu aguerries, François de BoispiLard sul cependant repousser avec énergie ei vigueur la lenlalive du capitaine Monlaléon, qui vint le jour du mercredi des cendres pour surprendre Dorafront avec cent vingt cavaliers et quelques gens de pied.
Une fois la paix faile, il se retira sans doute dans ses domaines, où il semble avoir vécu tranquillement jusqu'au moment où, d'après son JoLUNAL, il prit une part active à la reprise du même cbiMeau de Domfront, dont s'étaient, au mois de février 1574, emparés les frères Le Héricé.
Nous n'avons pas à entrer dans les angoisses qu'il dut subir lorsqu'il lui fallut s'enfuir en toute bâte, la nuit, de la Barilliôre, avec ses enfants bien-aimés et ses serviteurs fidèles, et lorsqu'il apprit bientôt le complet pillage et le saccagement de sa demeure, de sa chère gentilhommière qu'il atïeciionnait. Tous ces détails sont dans son Journal que nous publions aujourd'hui, écrits avec larmes.
La vengeance et les représailles en furent terribles plus lard, pour ne pas dire abominables, suivant l'expression vraie de M. de la Sicotière (I). La seule excuse de de Boispitard est dans ce lait que les mœurs du temps les autorisaient, puisqu'elles s'acconiplireui sous les yeux même du général en chef, de Matignon, en présence de l'armée entière. Car enfin, l'exhumation du cadavre d'Ambroise Le Héiicé, qu'on porla à une potence, fut un sacrilège; et plus tard, l'exécution capitale de René, son frère, bien que juste, puiîiqu'il était pris dans des circonslances
(1) Département de l'Orne arch. et pitlo. p. 126.
très-graves, ont loul le caractère d'une salisfaclioii privée et personnelle, plutôl que celui d'une peine infligée au nom de la vindicte publique.
Jetons donc un voile sur tous ces excès déplorables, dont les guerres de religion des XV' et xvi' siècles ont montré tant d'exemples, et borncms-noiis à en lire le récil dans le texte chaud en couleurs de de Boispilard, qui peut encore nous émouvoir et nous impressionner, mC'me après trois siècles. Les appels aux armes et à la violence, faits au nom d'une cause religieuse ou politique ont, toujours et dans tous les temps, provoqué des scènes de barbarie ; et dans nos propres et trop récentes luttes intestines, qui remontent à quelques années à peine, nous avons vu de nos propres yeux commettre les actes les plus déshonorants de fanatisme.
Pour François de Boispitard, après avoir relevé La Barillière de ses ruines, il dut y terminer sa vie et recevoir sans doute la sépulture auprès de sa femme et près de ses parents, dans l'église de Nolre-Dame-sur-l'Eau, près Domfront.
Il serait resté probablement oublié comme tant d'autres guerriers, si, comme nous l'avons déjà dit, après avoir déposé son armure de fer, il n'avait su faire usage de la plume de l'écrivain.
Sous le litre très-simple de Jouiinal, il a en effet narré les événements dont il fut le témoin oculaire, ou qui se sont accomplis de son vivant ; ceux auxquels il a pris une part active et ceux qui sont parvenus jusqu'à lui d'une manière certaine. Son récit est toujours empreint d'une vive émotion et les exprès-
sions pittoresques et heureuses ne lui font presque jamais défaut.
Jusqu'ici, ce Jouiinal est demeuré à peu près inconnu, quoique signalé depuis longtemps par divers liisloriens, qui lui ont fait quelques emprunts, mais sans l'éditer toutefois dans son entier. Nous-môme sommes obligé actuellement de nous limiter à ce qui louc"he particulièrement à la forteresse de Domfronlet au siège qu'elle soutint en l'année io74. Il eût mérité d'être mis tout entier sous les yeux du public. Mais à notre véritable regret nous devons confesser que nous ne possédons que cela et que nous donnons tout ce que nous avons.
Quant au manuscrit original de ce Journal qui tut composé à la Barillière, il est resté fort longtemps entre les mains des descendants de l'auteur. Il existait encore à la veille du commencement de ce siècle.
De ce manuscrit, voici ce que nous en savons :
En 1739, il se trouvait dans le chartrier ou dans la bibliothèque de M. Le Silleur, chevalier, seigneur de Sougé-le-Gannelon, canton de Fresnay, arrondissement de Mamers (Sarlhe>, descendant par sa mère de François de Boispitard.
Un peu plus tard, vers 1783, il fut prêté par Madame de Saint-Aubin de Monlesson, châtelaine de Sougé,et propriétaire du même domaine, ù Odolant-Desnos, l'historien d'Alençon. -/<'■'--' /■.'•...,/./;..,-/«,.. ,- ^ ,„..,.^ .>/..''//../'. -
Dire ce quîil est devenu depuis n est pas.'... possible, car nous n'avons pu le retrouver . .i;.,/^ malgré nos recherches et nos démarches nom- ^,,,^^4..
brciises et malgré les invesligalions niiniitioiises auxquelles iiiusienrs de nos amis se Sdiil liviés pour nous. Cest en vain que nous avons fait appel aux grands dépôts de la Bibliotlii'que nalionole, des Archives nationales, des diverses Bibliothèques de Paris et du Mans, des Archives du Ministère de la Guerre et des Archives de la Sarllie. Nous devons croire que ce manuscrit original n'existe plus et qu'il a dû être brûlé, ainsi que la lettre ci-jointe nous autorise à le supposer.
l'KKFECTDRE DE I.A SARTIIE [g MonS Ic
Arcllives Départetuentales
i' Je voulais pouvoir vous donner des renseignements certains sur le Manuscrit de Boispitard, dont vous me parlez.
« Ce document ne se trouvant point dans mes archives que je connais bien, ne pouvait exister que dans les archives munici|)ales du Mans, non encore définitivement classées ni inventoriées, et en grande partie inexplorées, ou encore entre les mains de M. de Montesson, membre de notre Société historique.
(I J'ai remué de fond en comble les archives municipales et j'y ai lait des découvertes intéressantes, mais point celle que j'avais le plus à cœur.
« Je me suis alors retourné du côté de M. Charles de Montesson, qui m'a dit n'avoir jamais entendu parler du manuscrit dont je m'enquérais.
u Apri'S l'assassinit de MM-C/ft^t^àii-'ct de.ft;»..!»^;
à Ballon, les Montesson>dmi^rèrent à la h.Me. Un des fils de mademoiselle Le Silleur, de Songé, commandait un régiment à l'armée de Condé. Leurs biens furent vendus nationalenient et tous les titres et papiers trouvés à Sougé et à Douillet, furent brûlés ou dispersés. Ce feu de joie fut allumé sur la place publique de Sougé-le-Gannelon (i).
« Le manuscrit original de François de Boispilard semble donc irrévocablement perdu.
« Quant à la copie de Mauny, a-t-elle eu le même sort? Je n'oserais l'aflirmer, mais je ne l'ai pas rencontrée dans les archives municipales du Mans qui renferment des documents de toute nature et de toute provenance. Ce n'est que dans ce volumineux dépôt que je pouvais avoir quelque chance de la rencontrer, et je n'ai pas eu cette bonne fortune etc.
i< Veuillez agréer, etc.
« Signé : Bellée, archiviste. »
Il a été certainement fait plusieurs copies du manuscrit autographe de Boispitard.
La première en date est celle de Louis Maulny, conseiller au Présidial du Mans, qui avait donné à sa transcription, faite d'après l'original, un caractère d'authenticité sérieux, en la faisant suivre d'un certificat conçu dans les termes suivants :
« Cette copie cy-dessus et des autres paris « est de mon écriture el conforme à l'original n trouvé dans le Livre Journal de Monsieur »< François du Boispitard, écuier, seigneur de
(1) Les mêmes faits sont rapportés par M. Lej-'uielieux, dans ses Chroniques de Frosnay, article Douillet. — Le Mans, 1877. — Ce fut, dit cet auteur, le 24 juin 1792, (|u'eut lieu ce feu de joie, au lieu nommé le Grand -Cimetière.
« Cliencsec, qui se signala el lui présent ;iu « siège de Donifronl; lequel dit Journal est « demeuré à Monsieur Le Silleur, chevalier, « seigneur de Sougé-le-Gannclon, province du t< M.iine, arrière-pelils-fils du côté maternel « de mondil sieur du Boispilard, qui n)e l'a i< conlié à ma prière, pendant quelque lem[is « et que je lui ai renvoyé ce jourd'huy quatre (< février 1739,
« Signé Maulnv, conseiller au Présidial du « Mans. »
Au temps du Directoire, cette même copie était entre les mains de... Maulny (1), son fils ou son petit-fils, correspondant du conseil d<;s Mines, membre de la Société libre d'émulation de Kouen et du lycée des sciences, beileslellres el arts d'Alençon.
Le citoyen Maulny la confia au commencement de ce siècle à A. Caillebotte, le jeune, l'historien zélé de la ville de Domfront, qui, avec son autorisation, la fit transcrire, probablement en partie seulement, par les soins de M. Monnoyer, au prix de six livres (2).
C'est cette dernière copie qui nous a été récemment communiquée de la façon la plus courtoise et la plus aimable, au nom de monsieur Palou, son possesseur actuel. Elle remonte ainsi aux premiers jours de ce siècle, puisque le Journal de Boispilard est mentionné dans la première édition de l'histoire
(1) Probablement Louis-Jean-Charles Maulny.
(2) D'après M. Haureau (Histoire littéraire du Maine, 2e édition, t. Vlll, p. 94), les manuscrits de MM. Maulny, qui ont pulilié beaucoup, seraient pei-dus, mais tout nous permet de supposer (|u'ils ont dû être couliés ou léjîués par eux à M. Monnoyer, leur constant éditeur, puisciuo c'est ce dernier qui lit faire la transcription partielle de Caillebotte. A notre prjérc, .M. Monnoyer fils a cherché el n'a rien pu trouver.
(le Domfronl, qui dale de 1807. Aiicime des quatre éditions de cet utile petit livre n'a eu garde de l'oublier.
Cependant il existe une autre transcriplion qui provient de la môme source, c'est-à-dire d(! Caillebotie. Ce travailleur, passionné jiour l'tiisloire de sa ville de Domfronl, non-content d'avoir donné plusieurs éditions successives de son ouvrage, avait préparé un second volume, resté inédit et consacré encore à lilluslration de ce petit coin de notre chère Normandie. Ce travail avait analysé dans une mesure fort large le récit de Boispitaid; de telle sorte que le Journal du vieux guerrier s'y retrouvait encadié presque tout entier. Or, ce manuscrit de Caillebotte est écbu en partage, avec d'autres titres et quelques pièces de valeur à l'un de ses neveux, M. l'abbé Guillou, aujourd'hui curé de Vieux- Pont, proche Écouclié. Ce bienveillant ecclésiastique avait eu la bonté, il y a quinze ans environ, de nous promettre qu'il voudrait bien nous le laisser voir et le parcourir. Des circonstances imprévues nous ont mis dans 1 impossibilité de réaliser ce projet. Cette copie ne doit donc pas différer sensiblement de la transcription faite d'après le Manuscrit de la famille Maulny.
Seulement, nous tenons à le bien faire comprendre, les manuscrits de Caillebotte ne reproduisent pas le Jolrnal de Boispiiard dans son intégralité complète. Son récit commence à l'année ioa3 et les copies de Caillebotte sont limitées à la seule narration des faits accomplis à Domfront, en l'année lo7i, c'esl-à-dire (|u'elles contiennent un fragnn-nl considérable, il est vrai, de ce même Jonrnal ; mais enfin ce n'est qu'une partie de l'ensemble
(lu iryvail de Boispiiard. Aussi CailleboHe avail-il cru devoir donner à sa copie le lihe àa Slém<iire (le Fiancois de Boispiiard sur la pnse de Vnmf'ront par les Protestants et sur la prise de Gabriel de Monigommery par le comte de Matignon. Les môinos nioliCs lui avaieiil laii ado|)ier dans ses diverses édilions de i'IIisloire de Domlront, celui de Journal curieux de la Pnse de Domfront par les Protestants, en 1374.
Après Caillebode, et sans connaîire les Maiiuscrils de Boispiiard, M. IJard a reproduit la njême iudicaliou incorrecte, et nousnieme I avons adoptée dans notre noiice sur les Iseigneurs de Domlront. Aujourd'hui, nous tenons à rectifier celte inexactitude et à resliluer a l'œuvre du vieux ferrailleur son titre tel que l'auteur l'a choisi lui-même : Jochnal de I-rançois de Boispiiard.
Cependant deux historiens d'un grand nicnle ont publié déj.i quelques passaV'es de ce Jouii.\al: nous avons nommé M. Léon de la Sicotière et M. le comte Heclor de la Perrière.
D'après ses déclarations formelles, M. de la Sicoliere, en publiant (i) r„n des passages les plus saillants de ce même manuscrit, a reconnu qu !l le devait à CHillebolle. La connaissance de ce fragment n'a lait que centupler la va eur de ce |)récieux ouvrage, par les détails palpitants d'intérêt qu'il a révélés.
Tout porte à croire que M. de la Fernere (2), en faisant connaître quelques alinéas 11) Orne arclïcol. el pitl. 1843, p. 126. (2) .Journal de la comtesse de Sanzay, 1839, p. 26.
du même manuscrit, a donné égulemenl tout ce qu'il savait.
Nous ne pensons pas que ni l'un ni l'autre de ces Messieurs ail eu de copie com|)lèle de la transcrlplion de Cailiebolle. Nous sommes beaucoup mieux partagé aujourd'hui et nous sommes heureux et fier d'un tel privilège dont nous nous empressons de faire bénélicier les compatriotes de Caillebotte.
En résumé, nous pouvons donc garantir l'existence de deux copies totales ou partielles de ce Journal, d'après celle de Maulny, et toutes les deux proviennent de Caillebotte. L'une d'elles seulement nous est connue.
//^ai/.^^ <'^/'a<' ]\Iais Odolaut-Desnos avait puisé également '/'"*"''y "'""■ a u X sources originales. Il avait eu l'auio- '^ju^z,^.^-i4gi.jjpljg jjg B(,jspiîa,.(i (jans son cabinet de tra-
]^^"j^^/vail. Il sut y l'aire d'assez nombreux emprunts, u.S' < Q"^ 'on peut retrouver textuellement dans
Ctu^li''-"' son Histoire d'Alençon (1), en modifiant tou-
,//o^«y-;{<«.,lefois les expressions.
Nous voulons même croire que c'est à lui que l'on doit l'iniéressanle analyse que possèdent actuellement les archives du département de l'Orne et que l'Annuaire de l'Orne, de 1876, a, loul récemment, sous la direction de M. Gravelle-Desulis, le savant conseivaleur des archives départementales, publié dans son entier, sous le litre d'Exlrait du Journal de Boinpiiaid. Mais cet extrait ne comporte que huit pages. Il est fort bien fait, et suflit pour susciter grandement l'intérêt et la curiosité des bibliophiles Normands qui regreiiaienl de ne pas connaître ce fameux Journal dans son intégralité.
(1) Histoire d'AlCDCon, lonu' 2. p. 291 et siiiv.
rnoîMi
Enfin, pour ôlie complet, nous ne devons pas oublier de dire que Lange (1) a répété quelques lignes de Boispilard, mais évidemment d'après Odolant-Desnos,
Pour nous, dans cette publication, nous nous bornons à éditer la partie du Jouii- NAL de Boispilard qui concerne Domfront et ses annales militaires, si draniatl(| les. C'est aussi tout ce que renferme le manuscrit qui nous a été communiqué si aimablement et avec tant de bienveillance. Nous y avons ajouté loutelbis quelques paragraphes du résumé publié dans l'Annuaire de l'Orne de 1876.
Que nos amis soient maintenant les juges de l'opportunité de celte publication du Journal du vieux capitaine du xvi' siècle, et qu'ils nous disent si nous n'avions pas raison de la désirer depuis déjà fort longtemps.
HiPPOLYTE SAUVAGE.
(1) Ephémérides normandes, 1834, t. t et 2, à diverses dates.
— SO- LES DEUX FRÈRES LE lïÉRICÉ
Les frères Le Héricé onl joué, dans les événements qui vont suivre, un rôle lellement imporlant qu'il nous a semblé indispensable de rechercher quels pouvaient et devaient ôire ces deux personnages.
Nous n'avons trouvé sur eux aucun renseignement dans les rares historiens qui ont raconté les événements dramatiques du xvi' siècle. Cependant il doit ressortir aux yeux de tous que ces espèces de condottieri, que François de Boispitard nous dépeint comme des bandits de la pire condition et comme le rebut de la société d'alors, n'eussent pu s'imposer à leurs nobles complices, accourus autour d'eux dans le château de Domfronl, s'ils n'eussent été leurs égaux par la naissance el de plus leurs supérieurs par leur position dans la profession îles armes. Ils n'auraient pas su, dans ces circonstances, conserver le commandement non contesté de la forteresse, encore bien qu'ils l'eussent conquise seuls. Enfin, la conduite arroganie du Balafré envers Monlgommery, lui-môme, auquel il tint, comme on le dit en langage vulgaire, la dragée trèshaute, n'eût été tolérée par personne, si le vaillant capitaine se fût trouvé en présence d'un vilain. Tous ces agissements de ces audacieux partisans indiquent donc, à n'en pas douter, des hommes rompus au rude métier de la guerre, qui était surtout pratiqué dans ces temps parla noblesse.
« Ils appartenaient en effet (l) selon toute « apparence, à l'une des principales familles « de la contrée, en possession dès celle époque « de charges notables, et classée parmi les « maisons nobles du Passais Normand.
n Nous ne savons s'il faut leur attribuer u comme ancêtre Louis Le Héricé (LoDOWili eus Le Hericie, armiger), auquel le roi « d'Angleterre Henri V rendit ses biens en (• 1419 (2). Mais des actes authentiques per- « mettent d affirmer qu'en IS39, Thomas et V Jean Le Héricé exerçaient l'office de tabeli( lions en la vicomte de Domfront.
(' Le 1" octobre 1376, maître Catien Le « Héricé, verdier de Passais et d'Andaine, i< comparut à l'échiquier d'Alençou (3).
« Dans un acte original du 18 novembre a 1376, figure ce même Galieu {sic) Le Héricé, u avec maître Jacques Le Héricé, advncat, et « maître Guillaume Le Héricé, greflier des « eaux et forêts.
« Le 3, juillet 1600, Mainfroy et Guy Le Hé- « ricé, frères, sieurs de la Biherrièie,en la pau roisse de Torchamp, (ils et seuls héritiers de « défunt Guillaume Le Héricé, rendent aveu à (» la Chàlelienie de Domfront pour leurs héri- « tages.
« Un autre titre du 10 juillet 1627, meni< tienne Georges Le Héricé, sieur de Hal-
(1) Nous devons les notes qui suivent, ainsi que bon nombre de renseignements, dont nous ferons usage, à la >'om|ilaisance d'un correspondant, mieux à même que nous de scruter )es détails purement locaux.
(2) Mém. de la Soc. dos .\nt. do Normandie, t. XXIII, p. 219.
(3) Bry de la Clergeric, hist. du Perdie, p. 306.
« laines, qui, en 1635, donna dëclaralion au « roi pour ce fief (1).
« M. de Mande (2) attribue à ce dernier ce (« blason : de gueules à trois hérissons passanls t> d'or, posés 2 et i (3).
0 Enfin, citons encore dame Renée Le Iléi> ricé, veuve du sieur marcjuis de Lespinasse, « qui, le 14 mai 1G59, rendit aveu pour des « héritages, situés à l'Aubercière, en Juvigny.
i< Ces indications doivent amplement suflire « et autorisent à croire que les ennemis de « Boispitard appartenaient, comme lui-môme, (' à la classe privilégiée et qu'ils étaient origi- « naires du Passais.
0 Nous pouvons ajouter que les frères Le « Héricé étaient plus généralement désignés « sous la qualification de sieurs de La Tou- (' che (4).
« II est surprenant qu'un historien attentif
(t et soigneux, comme l'était Odolant-Desnos,
(1) Le Paige, dict. du Maine, t. 1, p. 398, et Cauvin, arraor. du Maine, ann. de 1842.
(2) Armoriai du Maine, v. Le Héricé.
(3) D'Hozier, dans son armoriai général, a donné pour armoiries à N... Le lléricey {bureau de Domfront), écuyer et à la veuve Le Héricey : d'or a 3 porcs èpics de gueules 2 en CHEF ET 1 FN POINTE. (Bibliot. nationale, in-lo p. 484).
Les armoiries données par M. Blanchetièro (les Pierres Tombales de l'Eglise N.-D.-sur-l'Eau de Domfront ; voir le Pdblicatecr de l'Orne du 17 mars 1878, 29nie année, no U) aux Le Héricé : d'argent a trois hérissons de sable, ne diffèrent que par les émaux. Ces variations étaient usitées, à l'instar des brisures, pour distinguer les membres des diverses branches d'une même famille. Le Héricy, élection do Caen: d'or, a trois hérissons de sable. Nous ignorons si quelques liens de parenté existaient entre cette maison et les Le Héricé, du Passais.
(4) Les lieux dits de la Touche sont communs dans ce pays boisé. Touche, petit bois. Voir Ducange, filossaire, verbo Toscha.
n'ait pas saisi ce délail, alors qu'il avait à sa disposition le Journal de Boispitard, en mêine temps que les autres récits du siège de DomfronU Comment donc n'a t-il pas vu qu'en Ire le capitaine La Touche, auquel les historiens attribuent la prise du chiileau de Donifronl et le capitaine Anibroise Le Héricé l'identilé est parfaite ? De même, le capitaine La Touche, le jeune, pendu après la capitulation du château, n'est pas autre que René Le Héricé.
« Ces faits ressorlenl avec évidence de la comparaison des textes (1).
« Quant à notre chroniqueur, François de < Boispitard, il n'avait garde de désigner ses ennemis par une sorte de titre honorifique. Le surnom de Pissot, qu'il leur prodigue avec une ironie évidente, devait :( être, dans sa pensée, une sorte de sobriquet grossier, qui nous révèle encore un délail. Après avoir raconté le supplice de René, il ajoute en effet : « Ainsi voilà la vie et belle fin des deux voleurs dits Pissots.qni avaient fait la guerre et esté cause de la ruine et surprinse des ville et chasteau de Domfront ; ils demeuroient tout auprès. » Nous pouvons conjecturer par là, que les sieurs de la Touche habitaient au lieu du Pissot, situé sous les remparts de la ville. Du reste, ce surnom distinctif de Pissot est en tout analogue à celui que Boispitard donne à René Louvel, bourgeois de Domfront : il le nomme Louvel Brière, parce que sa maison était située sur la Brière.
(1) Nous ajoutons que si les historiens contemporains n'ont pas fait les mêmes reman|ucs, c'est qu'ils ignoraient l'existence du Mss. do Boispitard. Odolant-Dcsnos eut pu seul établir ces coïncidences.
« Un dernier détail doit encore élre sicrnalé : « Boispitard nous dit que René Le Iléricé (« offrit de vendre 3000 livres de biens pour I' payer sa rançon. C'était alors une somme «< considérable, si l'on songe à la rareté du « numéraire qu'avaient faites les guerres in- « cessantes de cette époque, et surtout au pou- « voir de l'argent I Les sieurs de La Touche « avaient donc un certain patrimoine.
« En résumé, nous espérons avoir soulevé « le voile et à peu près établi que les frères « Le Héricé, sieurs de la Touche, apparle- « naient à une famille notable du Passais et « qu'ils demeuraient au village du Pissot,sous « les murs de la ville. En l'absence de tout »< document plus positif, nous ne hasarderons « pas d'autres conjectures. »
Toutefois, il reste encore un devoir de juslice envers ces malheureux que Boispitard prétend vouer à léxécration et au mépris. Victime de leurs méfaits, il peut les maudire I Pour nous, s'il y a lieu, nous sommes tenus de dispenser l'éloge, tout aussi bien que le blâme ; car, à trois siècles de distance, l'impartialiié doit être notre règle et nous savons que si l'on doit des égards aux vivants, aux morts on doit surtout la vérité.
De même qu'un trop grand nombre de ceux qui ont pris part aux luttes intestines et fratricides de celte malheureuse époque, les frères Le Héricé furent des hommes de guerre farouches, capables des plus grandes violences et de tous les excès, mais aussi des soldats pleins de vaillance et courageux jusqu'à l'héroïsme. La sur|)rise du château de Domfront, par Le Balafré; sa conduite arrogante envers Montgommery indiqirent un caractère d'une
rare énergie et révèlent une audace que rien ne l'ail reculer. Le capitaine La Touche, le jeune, est spécialement cité parmi les religionnalres, dont la brillante conduite pendant les assauts excita l'adrairalion des troupes royales, et Matignon ne lui eût pas infligé un supplice ignominieux, sans les obsessions de Boispitard
Sans doute, les pillages, les incendies et les meurtres, dont celui-ci fait, pour se justifier, l'énuméralion complaisante, méritent toute notre réprobation. Mais les abominables manifestations de sa vengeance; le sacrilège commis sur le cadavre du Balafré et l'exécution sommaire, sans aucune espèce d'apparence de jugement de son frère René, ne nous indignent pas moins et nous portent à bliimer le justicier presque à l'égal des cou|)ables. Des souvenirs trop récents nous rappellent que de tels excès sont encore possibles même aujourd'hui, malgré les progrès de la civilisation el l'adoucissement des mœurs. Plaignons donc les auteurs du drame qui va se dérouler à nos yeux dans les pages suivantes, el soyons indulgents pour tous.
II* Sauvage,
JOXJI^EVAL
De François de BOISPITARD.
Extraits divers concernant Domfront{\).
1S68 (le 2 septembre) (2). — L'ëglise de Nolre-Dame-sur-l'Eau fut brûlée par les Huguenots, le clocher brûlé et les deux petites cloches fondues, et il se sauva peu de chose de ladite église. Les images furent achevées de ruiner de ce qui en éioit resté après l'entreprise du comte de Montgommery qui y avuit fait bien du mal.
Ce malheur advint après que le sieur de Poilly de Bretagne (3) eut surpris la ville de Domlront qui étoil gardée par le sieur Des
(1) Les trois passages suivants sont empruntés à l'analyse du Journal publiée dans l'Annuaire de l'Orne de 1876, p. 53 et suivantes.
(2) Lange, dans ses Ephémérldes normandes, inscrit le même fait à la date du 27 septembre 1568.
(3) 11 importe de rectifier une erreur qu'ont commise Odolant-Desnos, Caillebotle et plusieurs autres en donnant, à ce personnage, le nom de Poiy de Uretagne, d'après le Mss. de Uoispitard. 11 no saurait être douteux un seul instant (ju'il s'agit là de Jean de Poilley, né au château de Poilley, près Fougères, en Uretagne.
Jean de Poilley était lils d'un brave colonel, du temps de Henri II, qui blessé gravement au genou pendant le siège de Poitiers d'un coup de fauconneau, mourut à Chastelrault où il s'était fait transporter. Il devait être encore fort jeune lors dus événements (juc nous racontons, et nous devons lui supposer à peine vingt ou vingt-cinq ans. Plus tard, il éiiousa Anne Le Moyne de Sourdcval, dame d'honneur do la Reine llouise, femme de llenri 111. Successivement capitaine de iOO
Chapelles que M. de Matignon, commantianl pour le Roy y avoit mis ; "il se retira avec les siens ou ohâleau qu'il laissa [la ville évidemment) à la discrétion dudit sieur de Poilly, et en sortit par un Irou qui éloit au derrière du chfiteau qui éloit regardé comme une place forte et inexpugnable autrement que par machines et canons et par un siège en forme.
Le sieur de Poilly n'avoit que i20 hommes mal armés qui pillèrent la ville, ensuite joignirent le comte de Montgommery.
1370 (l" juin). — Le Roy Charles IX et la Reine sa mère, Monsieur Henri de Valois duc d'Anjou et Madame, frère et sœur du Roy arrivèrent à Domfronl un jeudi, en partirent le vendredi matin pour Argentan où ils furent quinze jours, et où le Nonce et les Ambassadeurs du Pape apportèrent un chapeau et une épée en signe des victoires qu'ils avoient gagnées sur les Huguenots.
hommes d'armes, colonel de 10 compatrnies de fantassins, j;entiIhomme ordinaire de la chambre du roi et chevalier do ses ordres, il fui également employé par Henri IV dans diverses négociations dii)loraatiqu»s "en Angleterre et en Bretagne, auprès du .lue de Mercœur. La terre de Poillé fut pour lui érigée en baronnie le 28 août 1395 et la faveur royale l'autorisa en ICOl de ceindre son château baronnial de murailles pour sa défense. Plus tard, il obtint le titre de conseiller d'état, avec 3000 livres de pension et le gouvernement du fort de Torabelaine. Enfin, à la mort de son beau-père André l.e Moync de Sourdeval, il devint gouverneur ei grand bailli du comté de Morlain. Jean de Poilley fut inhumé vers 1623 dans le chœur de l'église collégiale de Mortain, à gauche do l'anlol paroissial, du cùté de l'épitre. En 1398, il avait acnuis l'important domaine de Saint-Hilaire-du-Harcouot L'orthographe moderne du nom de celte famille est devenue Poillé.
(Etat civil de Sourdeval-la-Barre. — Nobiliaire Mss. do Pilard, Poilley et Le Moync. — H. Sauvage, Notice sur StlIilairo-du-Harcoui't, 1871).
Le chapeau étoit magnifique, assorti de pierres précieuses ; la garde de l'épée de pur or enrichi de pierreries.
1574 (8 février). — Etablissement du marché et des foires extraordinaires de Domfront où il n'y avoil auparavant (|ue les six foires : Pâques, Saint-Jean, Langevinne, la Toussaint, sur la Bruyère, et Saint-Anlhoine et Sainl- Julien dans la ville. Cet établissement se fit par les soins de Jean Bourgoin, bourgeois de Uomfront.
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Uk François de BOISPITAKD (I).
DISCOURS véritable de la prinse des chasieau et ville de Dnm front advenue par les frères Le Elericè, dites Pissots, en 1374.
Or, pour retourner au propos de la prinse des villes, guerres et malheurs qui ont reignc en 1574, fault entendre que plusieurs personnes de ce pais en o,nt beaucoup souffert, et moi parlicullièrement pour les causes que je toucheray cy-aprcs pour ce (jue noslre chasieau et ville de Donifront furent prins des premiers : scavoir ledict chastcau dès la nuict du vcndredy 2G febvricr(l574) que René et Ambrois Le Hericé, dicls Pissols, entrèrent dedans par derrière, avec une longue escale qu'ils avoient apprêtée de long temps.
Kt estants entrés, trouvèrent messirc Pierre Couppel, sieur de la Poulinière (2),
(1) Le Journal de Boispitanl est coniplélement inédit, sauf les deux Iragmcnts peu étendus qu'en ont donnés MM. do La Sicoliére et do La Ferrière, et quelques passantes presque textuels de l'analyse publiée par l'Annuaire do l'Orne de 18/6.
(2) Notre texte dit la Poulinière, tandis que l'analyse adopte le nom de la Poussinière. Cette dernière leçon est la
qui avoit accoustumé coucher audicl chasleau, dont il avoit les clefs et garde en l'absence du sieur Des Chapelles, cappitaine (1 ), lequel ils prindrent et enfermèrent de crainte qu'il ne fist bruit ; puis levèrent les ponts sur eulx et demeurèrent ainsy jusqu'au lendemain matin que le peuple et les habitants de la ville apperçeurent lesdicls ponts levés, et nulle response dudict sieur de la Poulinière, qu'ils crièrent en l'appelant par plusieurs fois, qui fut cause que tous les officiers, principaux bourgeois et aultres deslogèrent en extrême dilligence. Et de ma part, estant avec quelques uns
bonne. La Poussinière se trouve en la commune de la Haute- Chapelle.
Couppel de la Poussinière était le lieutenant du capitaine Des Chapelles (voir précédemment pajre 59, première partie)
Boispitard donne à ce ("ouppel le prénom de Pierre, tandis que M Blanchelièrc (Publicateur de l'Orne du 10 février 1878, no 6) l'appelle de celui d'Etienne. Il doit y avoir là une confusion de personnages.
Il nous parait impossible en effet d'admettre le récit de M. Blanchetière qui affirme que Couppel aurait été assassine dans le château ; tandis que Boispitard dit lui avoir parlé lci- MÈMi et que ce malheureux officier s'était enfui des mains do ses geôliers sans manteau ni socliers
La présence du capitaine La Touche est éj.'a!cmenl inadmissible dans le château, puisqu'à ce moment la forteresse n'était occupée que par René Le Héricé accompagné d'un soldat seulement. Nous avons d'ailleurs prouvé surabondamment que les frères Le Héricé et les frères La Touche n'étaient i|uedeux mêmes personnages. Jusiiu'à preuves contraires, le texte de Boispitard nous parait digne de créance et nous y avons foi.
Enfin, comme dernière contradiction nous remarquons que l'assassinat de Couppel aurait été exécuté le 16 février 1574, lorsque la surprise du château de Uomfront par René Le Héricé eut lieu le 26 du même mois.
(1) Voir notre Notice sur François Des Chapelles, Ire partie, p. 58 et suivantes.
de mes serviteurs et aultres personnes desjà près le bourg de Sainct Front, en intention d'aller audict Doinfront à mes affaires des pieds d'héritages, qui dévoient tenir ledict jour leur terme, je renconlray plusieurs gens de toute sorte, (jui m'asseurcrent que tout vuidoit dudict Domfront à cause de la prinse dudict chasteau, auquel on n'oyoit ny voyoit aucun et ce qui causoit le double de la surprinse d'iceluy estoit les dicts ponts levés et une escale qu'on voyoit dressée contre le boulevert au derrière d'iceluy, qui me donna occasion de poursuivre mon chemin après avoir renvoyé quérir des armes à feu et long bois (I).
Et restant et séjournant viron heure et demie en ladicle ville, trouvay maître Pierre Maheet {2j, advocat, sieur de la Saussaye, qui m'asseura ne scuvoir rien de l'enlreprinsc ; et en ce qu'il entendit par aucuns que je demandois quels hommes et armes esloient prêts de s'emploier avec moi pour
(Il Lances, niques, hallebardes et autres armes de K"ci're à manches de bois.
(2) Notre texte dit indifTéreuiinent Maheel ou Mahr^ei. — Mahée, d'après Panalyse, p. flS — Mahet-Saussaye (Odoiant- Desnos, t. Il, p. 298).
Ce personna^'e, qui parait avoir été l'un des plus ardents champions de la cause protestante péril le dimanche 23 mai 1574, eu défendant le château (voir plus loin). Nous croyons que Boispitard sullira pour rediesser l'erreur évidente d'un historien qui tout récemment a donné à La Saussaye un autre nom patronynii(|ue. Les Saussayes sont très-nombreuses eu Normandie.
scavoir quels hommes estoienl séaos, en les allant visiter et attaquer de près avec quelques arquebusades, et leur brûler les dicts ponts avec force fagots secs dont il y avoit grand nombre dans ladicte ville, iceluy La Saussaye m'en dissuada à son possible, et aussy qu'il ne se [jrésenta que cinq cents personnes mal armées et alïectionnées, qui l'ut cause que retournay disner en ma maison (1 ), dont j'eslois parti le malin.
El sur les deux heures après midy, me vindrent plusieurs prier et requérir instamment de retourner, pour les mettre en besongne, et qu'ils estoient à cest efTect armés et assemblés pour exécuter ce que leur dirois. A quoy obéissant volontairement pour le repos des principaux qui y estoient venus, et pour le debvoir du service du Roy, et deffense de la patrie, retournay là et trouvay quelque nombre de gens armés d'arquebuses et longs bois, qui m'asseurèrent d'éxécuîcr ce que je commanderois, qui fut de fermer et remparer les portes de la ville, ce qui fut promplement dépcsché, fors àcclle de la Porte IScufve, au bout do la ville, à laquelle le chastcau commande raéridionalemenl (2). El ne fut possible
(1) CcUe habitaUon était à la Barillièrc, en Si-Front.
(2i Cailleboltc, Jans sa copie, a ajoute en marge les mois suivants: PontE bu Cuvteau. Cette annotation explique d'après lui l'identité de la Porte du Château et do la Porte
pouvoir faire leiiir le verrouil o clef (1), en ce qu'il y avoit du gravier en icelle qui cnipeschoit la clef de tourner. Néantinoins estant asseurée avec deux gros verrouils, n'en pouvoit venir inconvénient, sinon par la faulte de ceulx de dedans.
Cela faicl, fis sortir dix arquebusiers pour la seurelé d'un soldat bien armé qui devoit aller attirer la dicte escale par pied, et la oter du tout, à ce qu'il n'entrât par icelle autre secours, et mesme pour veoir quels gens la défenderoient ; ce que lesdicts soldat et arquebusiers exécutèrent bravement. Et y fut tiré de part et d'autre quelques coups d'arquebuses à l'ôtement d'icelle escale. Advenant alors que ledict sieur de La Poulinière se précipita hasardeusement et adroictement par un trou qu'il scavoit audict chasteau, par lequel il se laissa cboir sans manteau ni souliers. Et estant parvenu après en ladicte ville, en tel équipage, nous asseura qu'ils estoient deux personnes seulement demeurées à la garde et surprinse dudict chasteau, assavoir ledict René Le Hericé et un soldat, mais qu'ils altendoient
Neuve, qui devaient n'en faire qu'une. Mais il y a erreur de sa part ; c'étaient deux portes parfaitement distinctes. La Porte Neuve dépendait de l'enceinte fortiliée de la ville, tandis que la Porte du Château était rentrée de la citadelle.
(1) Dans le patoisjactuel des environs de Domfront e( de Mortain, le mot ô employé dans le sens de avec est toujours usité : Je vais ô vous, pour je vais avec vous.
grands secours promplement, qui fut cause que fis promplement charger et dresser contre la muraille cinq ou six escales, avec adverlissement à mes dicts arquebusiers et soldat susdicis qui estoient hors la ville, qu'au premier son de tambourin tous reredressassent celles qu'ils avoicnt à terre audict boulevert, et qu'ils montassent à mont icelles comme ferions aussy de noslre costé, à ce qu'ils ne se pussent garder de tant de ruses, et comme telle entreprinse soit hasardeuse et de difficile exécution, aussy requéroit-elle elTect bien prémédité, qui fut quelque peu long à résoudre et ordonner ceulx qui s'achemineroient a dresser et monter des premiers. Ce qui estant prest et y allans plusieurs de bonne façon jusque sur le bord du fossey, ou je fus failly d'une arquebusade qui passa au travers d'une pipe vuide qui me servoit de parapet pour aucunement me couvrir à la guide de ceulx qui me suivoient avec quatre escales, que eussions malgré eulx. dressées etasseurées pour en faire l'essai, sans que de malheur les femmes de la ville qu'avions mises en garde sur les murailles, firent l'allarme à la Grande Porte, auquel allant et délaissant toute aultre entreprinse, fis cheminer mes dits arquebusiers estant hors le long des murailles d'icclle, jusqu'à ce qu'ils fussent au droict, pour monter sur
la Petite Bryère (I). pour découvrir et advenir, même pour tirer sur ceulx qui estoient à la di:t6 porte, si les commandois le faire, chose qui n'advint, parcequ'il esloit nuict fermée.
Secours survenu a ceulx du dedans DU Chasteau.
Et aussitôt que parlant à eulx de sus les murailles dirent que c'estoit M. Despréault (2) et ses gens qui vouloient loger, et a ceste fin avoient prins et emmené avec eulx Julien Gilbert, l'un des principaux marchands et bourgeois de la dicte ville, qui parloit avec nous, et sollicitèrent fort pour leur permettre l'entrée gratieuse, en priant souvent que Tonne lirat sur eulx, parce qu'ils estoient pour le Roy, d'aultant
(1) Le vaste champ de foire de Domfront, fréauemnient encore appelé la I nere. occupe une partie des Bruyères ,iu s étendaient hors 1 enceinte fortiliée de la ville vers la dirèVlion de Champsecrel On les divisait au xvi siècle en Granhes et Petites Brjeres. I n'est ..lus possible d'en déterminer os véritables Imites D'après /e plan cadastral, la port"on la plus letrecie du champ de foire, celle qui domine la TRANcnÉE conduisant au pont de Godras, et qui est la plus rapprXè de la ville, est désignée sous le nom de Petite-Bruyère
■i?^ J' /^='' sans doute ici de l'un des membres de H fimille de Sceneaux, née dans la province du Ma ne aui tlraU son nom du domaine de Sceneaux, situé à Astine"?M'avennP -Le Clerc de Hécheray, m(!m. sur le comté de Lava n fil ^' Sfus^r^oî^ ^■*^""^'^"'^' -^' - ^^^*. aP aSnïiVli^c'et7e
bonne ; elle est plus conforme au< usages ciui divKiinn^^ LV ralement en deux le nom de Speaux! ' 'J'^'^aicnt gene-
qu'ils entendoient les soldais susdicls qui estoient sur la dicte Petite Bruyère, qui demandoient souvent s'ils lircroienl sur eulx, puisqu'ils ne se vouloient oster de devant la dicte porte, et eulx retirer selon mon adverlissement et semonce. El à la vérité je n'eusse failli à tirer de ma part el et faire tirer sus eulx, ne fut esté que je doubtois deux choses : la première, que ce pouvoitbien eslre ledict sieur Despréault, qui est seigneur d'auclorilé et vrai catholique; et secondement, si c'estoient ennemis ils ne failliroient nullement à faire quelque menace ou effort, ou bien tuer ledict Gilbert, croyant qu'on les auroit chargés sans aullres paroles ; et partant, me sembloit meilleur de conserver mon entreprinse, en gardant et pourvoyant bien à tout, que de faire tirer incertainement à l'obscurité de la dicte nuicl, laquelle passée, pourions le lendemain mander nos amis de toutes parts, et eslre renforces de secours pour chasser les premiers entrés audict chasteau, qui ne pouvoienl eslre facilement secourus. Joinclquedès le commencement qu'arrive à la dicte Grande- Porte (1) pourscavoir qui estoil cause de la
(i) Cette porte donnait sur la roule d'Alencon, c'est-à-dire à rexlrémite de la ville opposée au château. Ce doit être celle que nous avons reproduite d'après un dessin à la plume mis par Julien Pitard au frontispice do sa Notice sur les Seigneurs de bomfroat et publiée par nous en 1869. — Alen-
dicle allarme, j'avois bien pensé au danger de la dicle Porle-Neufve non fermée o clef, et y eslois voullu aller garder avec cinq ou six iiommes, quand plusieurs personnes de qualité m'en empeschèrent et asseurèrenl d'y aller, et que je me reposasse sus eulx. Néantraoins y renvoyay encore aultres personnes sans cesse pour me rapporter qui et quels gens y esloient, et voyant qu'aucun ne revenoit m'en faire certain, et que je m'apperçeus que plusieurs des dicts ennemis alloient au grand trot avec leurs clievaulx par sus le Fosse Pelisson (1), tendant vers icelle, alors je descendis hastivement de sus la muraille de la dicle porte, et commencay à courir à mont la Grande Rue tendant a la dicte Porte Neufve, et en ce que j'eslois desjà à plus de mi-chemin d'icelle, j'entendis grand nombre de chevaulx qui galopoient sus le pavé, et
çon, De Croise, br. de 47 pages. — Il nous semble qu'il doit subsister un fragment de la tourelle de défense, placée à gauche de cette porte.
Le plan des envahisseurs qui voulaient pénétrer dans le château était assez habilement combiné. Sachant que la Porte-Neuve ne pouvait être solidement barricadée, ils se présentèrent d'abord à la Grande-Porle, afin d'y attirer aussitôt les hommes décidés à une résistance sérieuse. Ce n'était 3u'une feinte pour faire laisser libre la Porte-Neuve Car tanis que l'on semblait se préjjarerde part et d'autre à une lutte devant la première, queUiues-uns des assaillants se hâtaient de gagner furtivement l'autre porte (jui leur était ouverle par leurs alliliés, et les secours pénétrèrent ainsi dans la place.
(1) Le Fossé-Pelisson défendait l'approche des remparts du côte du midi do la ville. A la lin du siècle dernier c'était une
faisoient les hommes qui estant dessus grandes exclomotions, disans qu'ils estoient dedans en tirant force pistolades, qui fut cause que j'arrestay ma dicte course pour écouter et apprendre si r/estoient certainement des ennemis. Et voyant qu'ils s'avançoient d'approctier le lieu où j'estois, commençay de pourvoir à ma retraicte, qui fut de gagner sur l'autre part de la muraille de la dicte ville du costé du Pissot (1), ou de fortune le parapet couronné de la muraille estoit abattu dès longtemps. Et après m'estre aidé à la garde de Dieu, me laissay tomber du haut en bas, sans aucunement m'oiïenser ni blesser. Et après en avoir rendu grâces à Dieu, en dévalant haslivement, puis remontant sur la Grande Bryère, trouvay encore plusieurs desdicts arquebusiers, qui s'attendoient bien à mon advertissement, rentrant en ladicte ville par le même endroict de ma retraicte, par le moyen d'une escale que desjà avois mande qucrir et se trouver audict lieu pour cest effect, si Dieu eust permis qu'en eussions
promenade plantée trormeaux. Celle-ti a été transformée aujourd'hui en une larfie rue. — Il commentait non loin de la Grande-Porte pour aboutir à peu de distance de la Porte- Neuve.
il) Le Pissot, autrement le Bassin, était au N.-E do l'enceinte fortilice, à l'abri et sous la projection do la belle tour de Ciodras que nous avons vu mutiler vers 18Ci. Dans cet endroit une vasque en granit reçoit les caui d'une source amenée des collines voisines.
eu le loisir de demi-heure seulement. Mais reconnaissans tous ensemble qu'il n'estoit lems d'en délibérer d'advantage, nous retirasmes séans, où ils me reconduisirent, puis s'en allèrent à leur advenlure, et de mon costé, ayant diligemment reveillé mes serviteurs demeurés au logis, et pourveu à mes lettres et plus précieuses bardes, montâmes à cheval mes enfants (I) et moy à l'obscurité de la dicte nuicl, et le lendemain le reste suivit à Tessé chez mon cousin (2), duquel lieu avec partie de mon ménage, partîmes de compaignie et allâmes à Vernie (3), puis de là me reliray à Soulgé (4), avec ma belle-mère.
Et tosl après fus adverty certainement que les sieurs de Chauvigné-Boisfroul (5)
(1) Boispilard ne parle ici que de ses enfaals et de luimôme. Un peu plus loin, il nous dira <|ue sa femme avait été ensevelie dans l'église de Notre- Darae-sur-rEau auprès de son beau-père et de sa belle-mère.
(2) Tessc, en la paroisse de Sl-FraimbauIt-sur-Pisse. — On apprend par ce passage que l'oncle de Boispilard, Etienne de la Ferrière, que nous avons mentionné dans notre préambule, aux années 1.558 et 1562, était mort en 1574. Le cliàtcau de Tessé appartenait alors à Jean de la Ferrière, son fils.
(3) Le fief de Vernie était également à Jean de la Ferrière.
(4) Sougé-le-Gannelon (Sarlhc).
(3) Roland de Chauvigny, sieur de Boisfroul, tirait son surnom du fief de Boisfroni situé à Niort (Mayenne). Il fut gouverneur du château de Lassay durant les premières années du règne de Henri IV. Son frère, Louis de Chauvigny avait été capitaine des gardes de Henri II.
de la Patrière d'Anjou (1), de Monlmartin de Brelagne, avec ledicl Ambrois Le Hericé-Pissot, et plusieurs aultres depuis, comme les sieurs du Touchet (2) et Say, esloient venus au secours des susdicls cl avoient envoyé force soldais piller ma dicte maison abandonnée, ce qu'ils exécutèrent par plusieurs jours.
PiLLEKIES DES FaUXBOURGS ET ENVIRONS DE DOMFRONT.
Et après avoir emporté k chareltes de bleds, foins, vins, cildres, lards, beuf de salaison, suifs et cuirs, avec force filasses et ustensiles de ménage, riiinèrenl et dispersèrent le demeurant à qui en vouloit ; après avoir brisé mon ménage de bois et vitres de ma dicte maison (3 , menacèrent après de la brûler, comme ils firent tous les fauxbourgs de la dicte ville, avec la maison de René Lou\cl-Bryère, celle de la llcnau-
(1) D'aprns Le Clerc de Flecheray (descriplion du comlé de Laval, p 59), la Palrièro était une terre du comlc de Laval appartenant à la l'amillc Lenfant, qui possédait en outre Tubœuf, Li;.'nères, Le Brossay, elc etc. - La Patrière serait-il dès lors le Du Brossay Saint-Gravey des autres relations ? (Oiiolant-Uesnos, t. "2, p. 295. —Louis Dubois p. 261, etc., etc.) Nous pourrions le supposer.
(2) Ce personnage est trop connu pour que nous parlions ici de lui. Il tenta de s'emparer par surprise du Monl-Saint- Michel, le 22 septembre J5'/7 et tous les historiens ont racooto ses tristes exploits.
(3) Evidemment la Barillière.