CHASTEAU, LE MEME JOUR, DE LA BATTERIE
Et partant, après que mondict seigneur
(1) Vieux mot français dans le sens de depdis lors.
y eust séjourné depuis le dimanche matin 16 may (1) jusqu'au dimanche 23, que l'on commença sur les six heures du malin à saluer le chasteau avec cinq pièces de batterie qui tonna sans cesse tout ledict jour jusque sur les quatre heures du soir, qu'un grand pan de muraille estant tombé par la violence d'icelle, dont on tira près de quatre cents coups fort furieux, qui contraignit lesdicts assiégés d'abandonner la ville où les soldats entrèrent à l'escalle et y butinèrent force bonnes bardes et chevaulx.
Puis se logèrent en icelle pour se garder en se reraparant el gabionnant avec tonneaulx, pierres et busches, afin que ceulx du dict chasteau ne sortissent pour les y battre el les chasser d'icelle, ce qu'ils ne firent pour ce que les compaignies députées pour l'assault et une grande partie de la noblesse conduicte par le Sieur de Fervacques (2], et les gens de pied par le Sieur de Lavardin, jeune et vaillant seigneur, montèrent à toute peine à la dicte bresche aucunement remparée et hardiment défendue par ledict comte et assiégés, qui
(1) Ici le manuscrit porte 17 may ; nous devons rectifier cette légère méprise de l'auteur.
(2) Voir notre Notice sur ce personnage, p. 46, rappelant que Fervaques fut blessé dans cet assaut. Odolant- Desnos, t. n, p. 299. — Larardin (voir p. 55, note 2) fut blessé également, mais plus tard devant Saint-Lô.
voyant aulcuns des plus hasardeux monter et se présenter mal suivis à la dicte bresche s'asseurèrent d'en avoir bon marché, comme ils eussent eu d'advantage, sans que nos canoniers, estant fort experts et certains, firent un grand meurtre de leurs gens, en massacrant un bon nombre entre lesquels fut ledict Mahet-la-Saussaye, I\P Jean Garnier dict Le Bourguignon, M^Nicolas Labbé, le fils d'Estienne Anjou (1) et plusieurs aultres jusqu'à trente ou quarante, chose qui diminua leur nombre, pour n'estre assez forts à soutenir un assault, si l'on leur eustUvré(2).
Capitulation accordée au comte de
montgommery et ceulx qui estoient
avec luy dans le chasteau de
Et fust aussy advenu avant que la sepmaine eust esté expirée, après avoir recou-
(1) Le teste porte Aviou. Il y a dans l'arrondissement de Dorafront plusieurs familles de ce nom, notamment dans les environs de Champsecret. U'un autre côté nous avons cru précédemment voir la désignation de la province de l'Anjou. Dans le Mortainais une antique et illustre famille portait du reste le nom de d'Anjou.
(2) Tout ce passage est obscur, tortueux, et manque de netteté. Mais noire tâche est limitée à la publication du texte de Boispitard. D'autres pourront facilemtnt faire la critique des diverses relations du siège de Domfront par la comparaison des documents déjà connus. Boispitard est entré dans de trop longues digressions au sujet du supplice de Le Héricé. La justification de sa conduite et de sa ténacité dans sa vengeance privée était difficile et par conséquent embrouillée.
vert nouvelles munitions pour la dicte artillerie, dont le défaut porta grand domage, obstant que nouvelles compaignies Françoises bien armées et complètes nous arrivèrent journellement, qui ne demandoient qu'à eslre envoyées à la bresche, après que la dicte artillerie y auroit tiré trente ou quarante volées, pour aucunement esplanader ce qu'ils y auroient remparé, et que (par) cet effect et entrée furieuse, eussent exécuté une belle victoire et heureuse pour tout ce pais particulièrement en estant un tas des plus séditieux et pernicieux, qui sont demeurés par le moyen de la capitulation qu'on fit audict comte et susdicts, qui estoit qu'il, chef, debvoit se rendre à la miséricorde du Roy et à ceste fin luy estre mené seurement. Et quant aux aultres de sa trouppe, ils demeureroient prinsonniers à la merci de mondict seigneur de Matignon et aultres seigneurs cappitaines, qui les mirent à rançon, et par ce moyen eurent la vie saulve pour peu d'argent, en tant que les petits et infirmes, qui avoient néantmoins faict de grands larcins, bruslemenls et oultraiges en ce pais à la conduite de l'aulire Pissot, encore vivant et faict prinsonnier comme les aultres, jaçoit (1) qu'il taschât fort à celer son nom
(1) Vieax mot français synonyme de quoique, bien que, malgré que.
au cappilaine Cadillan qui l'avoit jà mins à rançon de six vingt escus, quand je le recherchay curieusement et Irouvay aussy pour le demander à raondict seigneur de Matignon, pour le faire pendre comme son frère, pour satisfaction et punition des offenses qu'ils m'auroient faict faire en mes biens et maisons par leurs soldats, ce qui me fut accordé.
Et par même moyen commanday audict Cadillan me le livrer pour le faire attacher le vendredy lendemain de la capitulation, jour que les compaignies deslogèrent à la diane de devant ledict Domfront, prenant la route de Sainct-Lô ; qui fut cause que redoublay ma clameur et prière à mondict sieur de Matignon pour me tenir promesse, ayant dès le jour précédent faict faire et dresser une potence sur ledict Tertre (1), derrière le chasteau, pour à ycelle le pendre et étrangler comme il fust finalement après itératif commandement au dict Cadillan, qui escripvit à l'ung des caporaux de sa corapaignie qu'il me livrâst ledict Pissot pour le remmener à Mons' de Matignon, ce qui me fist dilligenler de monter à cheval pour piquer après en toule dilligence; parceque lesdictes compaignies estoient jà fort esloignées.
(1) Le Terlrc-Grisière, Joot nous avons déjà fait mention.
— uo —
El comme j'estois à cheval, rencontray le Sieur de Beauregard d'Auvernay, et de Paris, nepven dudict sieur de Beauregard (1 ), arrivant audict camp, que j'adverlis de mon entreprinse et priay aussy de m'assister à la poursuite que éxécutasmes promplemenl.
Et alleigniiues lesdictes compaignies entre Mortaing et l'abbaye de Lonlay (2). Et ayant icelles traversé, trouvasmes à la tête d'icelles cil que demandois qui me livra ledict Pissot, à son grand regret. Néantmoins il s'attendoit de capituler par les chemins avec moi, en m'olTrant de vendre pour trois mil livres de biens et héritaiges qu'il disoil avoir, pour racheter sa vie, qui dura
(1) Ce sont probablement des membres de celte famille d'Auvernay qui est mentionnée dans une déclaration des rentes dues à la Baronnie de Lucé, par ses tenanciers, en l'année 1534. < C'est le nom des hommes et tenants sous la proTOSlé « du fief de Lucé, dont la déclaration est baillée par Tho- « mas, Jullien et Jullien dicts d'acverné, provosts fieffés d'i-
< celle proïoslé, et des parties de rente par euli deubs aux « termes qui ensuivent : Au procureur de ùorafront etc. >
(Kegisffe des aveux. — Biblioth. de la ville de Uomfront.)
(2) Les dicts Pissot firent brusier l'église et abbaye de Lonlay qui fut aultro grand dommaige et sauvèrent seulement la maison manable de l'abbé. — Celte note était insérée en marge du Mss.
Cette note nous a suggéré la pensée que peut-être le domaine de la Touche, qui devait appartenir aux frères Le Héricé, dits Pissots, fut confisqué sur eux et donné à I abbaye de Lonlay, après leur mort, en compensation des dommages qu'ils avaient causés à ce monastère. Les confiscations de ce genre s'exécutaient toujours sur les condamnés.
Toujours est-il qu'en 1790, le titulaire du prieuré de Notre- Dame-sur-l'Eau qui dépendait de Lonlay, inscrivait dans l'énumération de ses possessions : » La maison de la Touche,
< avec le jardin, la ferme et terres labourables, située on la « paroisse de la Hautc-Cliapelle, affermée à Siméon Bidard « pour 600 livres, » (Titre original Mss.).
jusqu'après l'avoir présenté devant mondict sieur de Matignon, où le comte esloit présent et tout prés de monter à cheval pour eulx en partir après les aultres.
Et après quelques propos par eulx tenus audict Pissot, fut livré au bourreau qui le conduisit en belle compaignie jusqu'au lieu du supplice, où il passa sans vouloir prendre confession que je lui fis offrir, après avoir demandé ung pardon général à tous ceulx à qui il avoit faict offense, qui n'estoient présents ; aussy n'eut-il aucune response qu'il ne méritast aulcunement, pour ce que les assistants scavoient bien que s'il eust vécu d'advantaige, il eust continué de mal en pire à travailler pour domaiger ce pais, comme il avoit récidivé plusieurs fois. Ainsy voilà la vie et belle fin des deux volleurs dicts Pissot, qui avoient faict la guerre et esté cause de la ruine et surprinse des ville et chasteau de Domfront : ils demeuroient tout auprès (1).
(1) Dans notre mono^-raphie des frères Le Hericé (v. p. 89). nous avons déjà fait ressortir la valeur de celte observation- Elle nous parait capitale et ne nous laisse aucun doute sur rorife'ine dorafronlaise et normande de ces personnages.
Remarquons aussi que Boispitard ne mentionne nulle part les noms des deux capitaines la Touche, qui figurent dans toutes les autres relations et qui sont connus de tous les chroniqueurs de ce siège fameux. Le capitaine Latouche aine commandait même la forteresse avant l'arrivée de Mont"ommery (Louis Dubois p. 261): ce rôle est bien celui de 'Ambroise Le Hèricé.
Nous en tirons comme conclusion que le nom de la Touche devait très-probablement être celui du titre nobiliaire de ces
Présages sur le comte de Montgommery.
Et ne double pas que la prinse dudict comte et la mort honteuse d'iceuk Pissots ne soit advenue par grand heur (1), après le malheur, pour beaucoup de raisons que j'ay cy devant réitérées en contant tout le dict siège qui dura près de trois sepmaines. Le temps fut fort calme, sans vents ny pluie, non pas une seule nuée qui eust peu obscurcir la clarté des estoilles, la nuict, qui par pluie, tempeste ou nébulosité, luy eust pu donner couverture pour s'eschapper la nuict, comme on dict avoir faict audicl Sainct Lo.
Et aussy qu'il lisoit souvent devant le siège un quatrain estant inscript en l'almanach de IVP Florent des Croix (2), pronostiqueur, pour le dict an, qui estoit mins sur la tête du calendrier d'iceluy pour prédiction de ce qui adviendroit le mois de may et disoit :
frères. Leur nom patronymique était bien celui de Le Héricé et la qualification de Pissots n'était qu'un simple sobriquet. D'après la note précédente il y avait une terre de la Touche en la Haute-Chapelle. Nous connaissons plusieurs fiefs seigneuriaux du nom de la Touche.
(1) Ce vieux mot se retrouve toujours dans noire langue, mais transformé en bon-heur et mal-heur.
(2) Florent Chrétien des Croix, né en 1541, et mort en 1596, fut l'un des rédacteurs de la Satyre Mcnippée. Ses poésies françaises sont très-médiocres, tandis que ses vers grecs ou latins sont encore estimés.
Le messager do la bande céleste Appaisera les menaces des vents; Lors quelques-ungs, à nuire diligents, Seulirontcheoir un meschiefsur leurs testes.
Etunaultre almanach de Noslradamus, le jeune (1), au mesme an et mois, estoit escript un aultre quatrain :
L'avare Dardanier est encore soucteulx De se faire apparoir avec sa triste face; Le vice au cler mi -jour de la mercate race Cache les absens et conspire contre eulx.
Le comte de Montgommery fist un vice de clerc (2) et mal advisé cappitaine de s'enfermer dans Domfront, sans avoir gens suffisants.
Le comte afTirmoit se doubler que lesdicls qualrSins s'adressoient à luy et à ceulx de sa trempe parceque race mercate est à dire trafîquans marchandises illicitement, bons voleurs ; lesquels advertissements luy es-
(1) On connaît deux Nostrodaraus le Jeune.
L'un, Jean de Notre-Dame, dit Nostrodaraus le jeune est le frère puiné du célèbre astrologue. Il composa un grand Hombre de poésies, de chansons et même des prophéties
L'autre, — et nous croyons plutôt que Boispitard a voulu parler de ce dernier, - Michel de Notre-Dame, dit aussi NostroJamus le jeune, est l'un de ses propres fils, dont il porta le prénom. Voulant prédire ainsi que son père mais voyant toujours les événements démentir ses prophéties il s'avisa d'annoncer la destruction de la petite ville de Pouz'in près de Privas, puis d'v mettre le feu lui-même afin d'avoir raison au moins cette fois. Surpris dans l'accomplissement de ce dessein criminel, il fut tué en cette même année 1574.
(2) Nous dirions aujourd'hui un pas de clerc.
loient prédictions d'une ruine future comme elle leur advint tost après la prinse ei capitulation dudict chasteau.
Le comte de Montgommery après avoir
esté prins a domfront eut la teste
tranchée a paris.
Pour ce qu'il fust mené à Paris, où le vingt-six de juing ensuyvant il fut décapité et morut huguenot, au grand regret de ses confrères et du contentement des catholiques, auxquels il auroit faict tous les maux et ravages qu'il auroit pu inventer.
Mort du Roy Charles IX.
Et à son prétexte, adveu et conduicte, trop de meurtres, assassinats, rebellions et saccagements de bourgs et villes ont été perpétrés depuis 1o6i, qu'ils commencèrent, jusqu'au dict jour de sa fin que le bon Roy Charles neufviesme ne vit pas. Mais bien sçeutladicte prinse dès le vendredy au soir qu'il estoit extrêmement malade au Bois de Vincennes, où il décéda le dimanche subséquent, jour de Penlecoste, trente et pénultiesme dudict mois de may, à l'âme duquel Dieu ait faict miséricorde : Amen. C'esloit un bon prince et humain et qui alloit commencer à congnoitre et chaslier vertueusement ses subjecls séditieux et rebelles,
comme il démonslra bien avoir grande affection pendant l'assiègement dudict comte où sans cesse compaignies arrivoient (1), tellement qu'à la fin il y avait quinze ou vingt mille combattants devant ledict Domfront, qui fouragèrent tout ce qui restoitdu commencement de la dicte surprinse jusqu'à leur désistement, tellement que le pais eust esté ruiné généralement, si ledict siège eust continué jusqu'à la moisson, ou bien s'il eust attendu à venir jusqu'après la récolte des bleds, cildres et foins. Les habitants des environs s'en fussent ressentis à vingt ans après, et moy, les circonvoisins de Mayenne et aullres vicomtes, oîi les soldats dudict camp, estoienl conlraincts aller à la picourée, en ce qu'ils ne irouvoient plus que prendre en ce dict pais ; par quoy debvons tous présents et advenir rendi-e grâces à Dieu de ce que nostre tourment et affliction n'a duré que trois mois jour à jour,selon les dates prescriptes, ce qui nous a consolé d'une bonne fin après, et de la joie de la prinse et terminalion de ceulx qui avoient conjuré contre Dieu, le Roy et la patrie et tout gens de bien catholiques, auxquels le même Bon Dieu donnoit bonne patience et persévérance.
(1) Ce fragment de quelques lignes seulement a été public? par M. le comte Hector de la Perrière, Journal de la con)tesse de Sanzay, p. 21.
Siège de Sainct-Lo,au devant duquel est conduict le comte de montgommery.
La guerre et affaire de nostre Domfront passée, comme j'ay cy devant faict mention, ne contenterois les lecteurs sans déclarer aussy ce qui seroit advenu es aultres deux villes de Normandye surprinses, à sçavoir Sainct Lo et Quaranthan.
Quant audicl Saint Lo. le siège y avoit continué sans batteries, qui recommença au retour de mondict Sieur de Matignon qui y conduisit toute l'armée et ledict comte de Montgommery qui, par la capitulation sus dicte, promettoit que le sieur de Coulombières estant chef et bien gardé, tout aussitost qu'il auroit parlé à luy ou commandé ce faire sufTiroit, qu'il luy obéiroit volontairement. En ce faisant qu'arriveroit par là à s'insinuer en la bonne grâce du Roy, qui luy pardonneroit plus libéralement et à la charge aussy qu'il luy prometteroit non jamais à l'advenir porter les armes contre Sa Majesté, ains seulement pour son prince, et qu'il luy bailleroit cinq de ses enfants pour oslage et seurelé ; eu retiendroit seulement quatre des neuf qu'il avoit el plusieurs aultres belles intelligences qu'il disoit avoir, qu'importoicnt grandement le repos et pacification du royaulme. A quoy il faillit dès le commencement
qu'il eut parlé audict Coulombières et prié de rendre la place el se remellre comme il avoit faicl, en la miséricorde du Roy, qui esloit un tant débonnaire prince et monarcjue, qu'ils en recevroieni tous deux à l'advenir toute faveur et humanité.
A quoy la responce ne manqua de commines (1)et injures, lui disant qu'il se garderoit bien d'estre si lasche et poltron comme luy qui s'estoit rendu prinsonnier sans combattre et se fist pluslôt crever (2) que de se rendre à la merci d'ung bourreau ; de quoy il ne debvoit espérer meilleur marché- Et quant à luy jamais n'adviendroit qu'on dist de luy aullre chose, si non qu'il seroit mort les armes au poing ou auroit vaincu ses ennemis. En quoy parlant, il en estoit résolu là el de se bien défendre, tellement qu'il en seroit parlé à jamais.
Catherine de Médicis femme de Henri H, MÈuE DE Chaules IX.
Ce qui fust cause que ledict comte se relira d'avec luy tant fasché el perplex, scachanl tost après les nouvelles de la mort de noslreRoy et qu'il alloit tomber en la mcrcy de la Royne mère régente, qui le haïs-
(1) Noire vocabulaire français a conserve le mot comminatoire, qui renferme une menace.
(2) C'est-à-dire sans Joule qu'il se serait fait sauter la cervelle «l'un coup de feu ou se serait frappé d'un poignard plutôt que de
soit mortellement , parceque en l'an 1558, en ung tonrnoy, à Paris, il avoit blessé le feu Roy Henry, son mary, dont il estoit mort tost après, et que ledict comte vit aussy battre fort furieusement la dicte ville de Sainct Lo, et après y donner l'assault le jour du Sainct Sacrement subséquent ladicte Pentecoste du décès du Roy.
Le Sieur de Coulombières tué en
combattant a la bresche de
Sainct Lo.
Auquel assault le Sieur de Coulombières fut tué à la bresche en combattant et faisant grand debvoir de porter et encourager ses soldats qui vendroient leur prinse bien cher, y ayant fort blessé ledict seigneur de Lavardin, tué et blessé plusieurs vaillants cappitaines et soldats, qui y entrèrent de grande furie ledict jour ; quelle chose on n'espéroit n'estre si tost advenue, ny à si bon marché, sans que Dieu y mist la mort soudaine diidict Coulombières, qui par ce moyen maintint la promesse qu'il avoil faicte lorsqu'il dist pouilles et vilennies au dict comte, qui s'estoit rendu si laschement.
Capitulation de Quarantiian ou les chefs
DEMEURÈRENT PRINSONNIERS.
Va quant audict Quaranthan, qui voyoil
qu'il ne resloit plus qu'à penser en sa défense ou capitulation, voyant ceulx qui estoient séans que l'armée' s'acheminoit vers eulx pour les assaillir après les aultres, chose qui les fit penser en leur conscience, et après la semonce accoustumée se rendirent les sieurs de Lorges, Guiterv et aultres à la mercy de la Roync et de Monsieur de Matignon; auquel Guiterv la dicte Dame fit grâce.
Et quant au Sieur de Lorges, il s'escnappa de la prinson en quoy l'avoit Monsieur de La Hunaudoye. Et depuis se relira a La Rochelle, où, contre sa promesse, il a faict tousjours depuis actes d'hostilité avec les rebelles estants dans ladicte ville, dont il sera puny plus grièvement s'il retombe une aultre fois en prinse, parceque en considération de son jeune âge et des promesses qu'il faisoit ne porter jamais les armes contre Sa Majesté, on lui auroit faict grâce de la vie et laissé eschapper comme a escient.
Et quant à la dicte armée de Normandye après avoir faict montre (1), elle s'alla joindre en Poitou, avec aultres forces pour le Roy, dont estoit chef Monsieur Le Duc de Monlpensier, qui lenoient dès long temps le siège de Lusignan prins par à^-
(1) C'est-à-dire après avoir élé passée en revue.
sault la vigile de noël subséquent, où fut tué braves gens et rendu par capitulation viron la mi-janvier ensuivant.