EN
Le jour de la feste de noslre dame Saincte Magdelaine, le sieur de Touchet fit enlreprinse de surprendre le Mont Sainct-Michel par simulation d'hommes qui avoient signal de se recongnoistre au malin en l'église dudict lieu, mettant leurs chapeaux soubs leurs genoux pour s'entre congnoistre, lorsqu'ils seroient assemblés en nombre suffisant ; et ayant armes cachées, se saisirent de ladicte église, en attendant qu'ils occuperoient aussi les portes et armes des mortepayes, pour faire après ouverture d'icelles à ceulx qui estoient demeurés en embuscades hors grève, d'où ils pourroient découvrir auitre signal qu'ils dévoient poser sur le pinacle de ceste égh'se ; ce qui ne réussit à leur intention, parce qu'ils furent enclos en icelle et assiégés promptement par le peuple assisté du Sieur de Vicques, lieutenant de Monseigneur le mareschal de Matignon, qui les laissa aller vie saulve par capitulation. Dont louanges à Dieu !
Lorsqu'à propos du siège de DomfronI, en lo74, nous avons fait mention de quelques hommes notoirement connus , nous avons esquissé très-rapidement leurs biographies. Pirrhus Lenfant de La Palrière, qui, avec du Touchet, a joué l'un des rôles les plus importants auprès de Montgommery, est resté à peu près ignoré Jusqu'ici : ce nous est un motif de rechercher les actes auxquels il a pris une part active.
Fils aîné de Georges Lenfant, écuyer, seigneur de la Patrière et de Cimbré (1), et de Françoise du Plessis-Richelieu, grand'tanle du cardinal, il fut comme son père, seigneur de la Palrière, en Courbeveille; de la Houssaie, en l'Huisserie ; des Scepeaux, en Aslillé, de Portebise et de Cimbré, en Anjou. Il se distingua de bonne heure dans les armées prolestantes.
Dès lo64, il refusa de payer à la fabrique d'Ahuillé, la rente de vin léguée par ses ancêtres : c'était prendre un prétexte assez futile pour se soustraire à une dette légitime.
Nous ignorons toutefois si La Patrière donna, en 1560 et 1S62, dans les crimes, vols, pilleries et conspirations de ses coreligionnaires. Cependant il s'avança fort dans l'amilié du comte de Monigommery.ce qui plaide assez peu en sa faveur, puisqu'on sait que
(1) Armoiries : d'argent à la baDilo d'azur, accostée de deux cotifos de gueules (Cauvin, armer, du Maine, annuaire de la Sarthe, 1840).
avec an eoorage ei ooe distinction dignes d'nne meilleure cau^e.
L* 16 mars 1373, Pirrhns Lenfant épousa Claude de Chivré, fille de Jacques de Cbivré, seigneur du Plessis de Cbivré et de Jeanne de Bouille.
L'année suivante, nous le retrouvons a Domfront, où il arriva en même temps que Mont-
Les deux frères Le Hérieé y dominaient,
■Ms le savons, et depuis le 25 février 1574 qa'ils s'étaient emparés de la forteresse, ils avaient ravagé tout le pays d'alentour, tant sur le territoire Normand que sur le territoire Mâoceau. Ils avaient exercé des vexations tyranniques partout où ils s'étaient présentés- Les cantons de Pontmain, de Gorrou, d'Ernée, d'Ambrieres et au delà, avaient subi leurs ravages et leurs déprédations. Entre autres églises incendiées par eux. la notice historique sur Domfront cite celles de Cbantrigné et de Céaucé : nous ajouterons avec Boispilard, celles de Champsecret et de Dompierre. L'église de la Dorée fut également rui^nét et inctndyie (1); Gorron maltraité et brûle en partie : Ambrieres ravagé avec les lieux voisins; Mayenne atlaqoé; la ville dWleoe^n fut prise par leurs attiiér et les bandes qui avaient Montgommerr ^ur instigateur allaieut attaquer Te Mans'et envabir ié Haine tout entier, lorsque survinrent les événements de Domfront.
Un historien nous répète que ce fat Pirrbas Lenfant qui tua Ambroise Le Hericé, dans les circonstances que nous avons déjà remarquées tfaas le récit de Boispitard. *• Le Baia-
tl) AiiMw et QmL
les luiguenols du Maine furent les plus francs coquins de I armée de ce rebelle. Dans les occasions où il se trouva, il combaltit du resle « fré craignant de se voir arracher un com- M mandement qui lui était aussi lucratif, reçut « mal le comte, ne daigna pas aller au-devant i" de lui et se contenta de l'attendre ^ la porte i< de la ville; il lui refusa même des vivres i< pour lui et sa troupe, disant au comte que »i la place lui appartenait et qu'il l'avait con- « quise. La Patrière, officier du comte, indi- «< gué de ce propos, qui f.iisait trop sentir au « fugitif de la Vire que le Balafré ne voulait « plus être sous ses ordres, voulut lui porter i< un coup d'épée ; le Balafré en reculant i< tomba à la renverse, reçut le coup d'épée « dans le ventre ei en mourut, o (J.-F. Pitard, fragment sur le Perche).
La nuit suivante, Montgommery s'empressa d'entrer dans la ville de Domfront, et s'y barricada; mais Matignon qui avait fait diligence arriva bien lot poursuivant le fugitif de Sl-Lô. On sait le reste.
Parmi les défenseurs du château, Rolland de Chauvigné, seigneur de Boisfroult et de Chauvigné, en Athée, paraît avoir succombé. Quant ù La Patrière, il en coûta à Claude de Chivré pour sauver la vie et la liberté de son mari, la somme énorme de 30,000 livres. Par ce chitîre, ou voit ce que valait ce chef.
Devenu libre, il alla deux ans plus tard se mettre au service d'un autre chef protestant, Guy XIX, comte de Laval, son suzerain naturel, qui cherchait à reformer son parti au Maine, en Bretagne et dans le Poitou. La Patrière reçut de lui, le 30 juillet 13TG, la charge de grand maître des eaux ei forêts du comté
de Laval el un commandement militaire important dans le Poilou el dans la Saintonge.
Pirrhus Lenfant avait deux frères, Gabriel et Georges. La tradition dit que les trois frères professaient la même religion et qu'ils établirent un prêche protestant dans leur domaine de Vauraimbauli, en Monligné : on montre encore dans les environs une pièce de terre nommée le cimetière aux huguenots.
Après l'assassinat d'Henri III, à la reprise des hostilités, Pirrhus de La Patrière vit sa fortune grandir et fui nommé maréchal de camp par Henri IV, qui attirail à lui les hommes de talent, sans considération de parti. Le 18 août 1590, il fut l'ait capitaine du château de Laval, puis capitaine de 100 chevaulégers, par commission du 7 juillet 1591, capitaine de 100 hommes d'armes, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi, par lettres du 16 mars 1592 et chevalier de l'ordre, en 1593. Il est visible que le roi faisait grand cas de cet oflicier général.
L'époque de sa mort doit être fixée entre les années 1606 et 1609. Tout fait présumer que dans les derniers temps de son existence, il dul revenir à la religion catholique et aux nobles sentiments de ses pères. (Voir Deux capitaines Manceaux de l'époque des guerres de religion, par Ch. Pointeau. — Revue hist. etarchéol. du Maine, 1876, p. 622).
TIIOISIËME rARTlK
LES DEUX SIEOES
de
D'après le Manuscrit autographe et inédit
De Toustain de Billy.
Publiés par les soins d'un Bibliophile normand.
On trouve à la Bibliothèque nationale de la rue Richelieu, les Manuscrits autographes de i'hisloiie du Colentin, par Toustain de Biliy : ces manuscrits sont enlièrement inédits.
Nous en avons extrait les passages suivants (1) qui concernent les deux sièges de Domfront et de Saint-Lo, dont Gabriel de Monlgonimery l'ut le héros principal, et qui, par ce motif, forment un ensemble qui eut son sanglant dénouement sur la place de Grève, à Paris,
Ils suilironl pour faire apprécier la valeur de celte composition sérieuse et pleine d'inlérôl, puisée aux sonifes véritables el fruit de recherches profondes el laborieuses (2).
L'auteur, messire Mené Toustain de Billy, prêtre et docteur en théologie, fut, au temps du Hoi Louis XIV, curé de la paroisse du Mesnil-Opac (3). Il naquit en 1643, à Maison-
(i) Bib. nation, fonds français, Mss. '(899, fo 437 el suiv.
(2) DeGcrville. Et. géog. et iiist. du dép. de la Manche, p. 233.
(3| Canton de Tcssy, arrondissement de Saint-Lo (Manchel
celles-la-Jouidan (i), et mourut au Mesnil- Opac, le 17 avril 170'.). C'est tout ce que l'on sait (le lui. Mais son souvenir vil dans ses œuvres historiques et archéolntçiques qui sont nombreuses, d'une science prolonde et d'une véritable importance.
Doué d'une patience rare et h loule épreuve, de Billy avait compulsé et 5 peu près copié tons nos cartulaires Cotentinais. Il cite <^ chaque page son recueil de chartes, auquel il a l'ait de nombreux emprunts dans ses compositions diverses; malheureusement cette immense compilation paraît perdue pour les savants. Cette perte est d'autant plus regrettable que beaucoup de ces cartulaires ont disparu pendant la Révolution (2).
Quant à ses travaux personnels, (ous se rapportent au diocèse de Coulances qu'il semble avoir habité constamment (3). Ils lui furent inspires et conseillés par Nicolas-Joseph Foucault, chevalier, marquis de Magny, conseiller d'Etat, et intendant de la Basse-Normandie, à Caen, savant lui-même, et qui fut un véritable Mécène pour les lettrés de cette généralité.
Foucault, on le sait, provoqua des mémoires nombreux de la part de tous les principaux magistrats normands, et de ses subdélégués. Ces études étaient destinées au duc de Bourgogne, le fils du grand Roi, et elles produi-
(1) Canton de Vire (Calvados).
(2) De Gerville, déjà cité, p. 232.
{.S) En 1697, d'tlozier l'y trouva et l'inscrivit à l'armorial jîonéral de la France pour le blason suivant : René Touslain, prêtre, curé do la paroisse du Mesnil, d'argent à deux faces d'azur accompagnées de trois incrlettos de sable, 2 en chef cl l'autre entre les deux faces. Finance 20 livres. (Bibliot. nal. cabinet des titres, no 388. Généralité de Caen, bureau de Si- Lo, no 85).
sirent sur le x\ii' sirclo tino somme remarquable de iravaux qui sont lotijours consuli6s avec un vil' iiilt^rôt.
L'intendant n'eut garde d'oublier Tousiain de Billy, dunt le nit^rite et le talent lui étaient sijîualés et connus dès long temps, et celui-ci répondit fi sa bienveillance par l'envol des ouvrages suivants :
10 Nous citons en première ligne VHistoire Ecclésiastique du diocèse de Coulances.
Inédile jusqu'à ce jour, celte histoire, qui comporte la pnrlie la plus considérable de l'd'uvre de Tôustain de Billy, est actuellement (M) cours de publicalion. Elle fait partie de la Bibliothèque de la Société de l'Histoire de Normandie, qui en a confié tous les soins à M. François Dolbet, archiviste du département de l'Eure. Trois volumes doivent composer l'ouvrage. Les deux premiers sont parus ù Kouen, chez Méterie, en 1874 et 187. .
Le Mss. autographe de ce volumineux ouvrage doit se trouver à la Bibliothèque de Cherbourg (t).
D'après le vénéré M. de Gerville, voici le sort qu'il a subi à diverses époques, et comment il a échappé aux incertitudes de près de deux siècles.
A la mort de son auteur, il passa à M. Barbe, son successeur à la cure du Mesnil-Opac, qui en laissa tirer quelques copies. Les héritiers de celui-ci le donnèrent à M. Bonté-Marlinière, mort ù Coulances, vers 1824, dans un ûge très-avancé. Son fils le communiqua à M. de Gerville, dont la transcription, léguée à
(1) Théod. Lebrelon, Biogr. norm. — Edouard Frère, manuel du Bibliogr. normand.
son neveu M. Dolbet, sert à sa publicalioii acluelle. Enfin le général Bonté le donna à M. le comte Frédéric de Bérene;er, de Trelly, près Coutances (1). C'est, sans nul doute, des mains de ce dernier qu'il est passé à la bibliothèque de Cherbourg.
Il existe à la Bibliothèque de Caen une trèsbonne copie, en 2 volumes, de l'Histoire Ecclésiastique du diocèse de Coutances : elle est du temps de l'auteur, qui paraît l'avoir connue.
2° Histoire du Cotentin, ou Mémoires pourl'Histoire civile du Cotentin.
L'autographe, qui porte la date du 20 août 1706, el se compose de 81 feuillets in-f°, soit I»j2 pages, est conservé à la Bibliothèque nationale, sous le n° 4900, du Fonds Français. Il piovienldes collections De Boze (supp. Français, 21. n° 1037) et Reguis (9597-9). La Bibliothèque du Roi l'avait vu passer du cabinet De Boze sur ses tablettes, en l'année 1750.
Ce manuscrit, maculé de fréquentes ratures, de renvois, d'annotations, de surcharges et d'additions nombreuses, qui en constatent parfaitement l'authenticité incontestable, est écrit d'une encre très-noire, qui a résisté à toute action du temps et d'une main trèssùre.
Plusieurs copies en ont été faites. Les plus anciennes sont aux bibliothèques de Caen (2) et de Saint-Lô (3) .Mais d'après ces copies, le manuscrit original, celui-là même que nous
(1) De Gerville, déjà cité, p. 232.
(2) Cette transcription porte la date de 1728. Elle est de 760 pages in-4o.
(3) Il doit y en avoir une également à la bib. de Bayeui.
indiquons, a subi de notables modincalions qui ressorlent de la manière la plus évidente par la comparaison de la version qui a été publiée par la Société d'archéologie et d'histoire du département de la Manche.
Il en résulte que le texte vrai de Tousiain de Billy, que nous publions d'après son authentique (le la Bibliothèque nationale, n'en a que plus de droits à tous nos respects et qu'il reste œuvre nouvelle et entièrement inédite.
Le Muséum Britannique (Harlay, n- 4.599) possède également une transcription de l'Histoire civile du Cotentin, qui compose un volume in-f° de 313 feuilles, écrit par six ou sept mains diiïérentes entre lesquelles l'original parait avoir été partagé.
Comme dans l'histoire du Cotenlin chaque ville forme un ouvrage indépendant, on l'a rarement copiée en entier. Chacun y a pris ce qui l'intéressait : ainsi 1 habitant de Valognes a négligé ce qui concerne \a ville de Cherbourg et réciproquement. De \h l'exlréme difficulté de trouver un texte complet de cette composition. Aussi, en présence de l'importance de cette œuvre précieuse, MM. J.
Travers et Ragonde firent-ils, en 1832, un appel aux souscripteurs normands, pour sa publication, qui devait former trois volumes in-8\ Ils lancèrent leur prospectus ; mais leurs efforts n'eurent pas le succès qu'ils devaient en attendre.
Nous ne connaissons donc que le fragment édité par la Société d'archéologie du département de la Manche, et nous le repétons, le passage que nous donnons aujourd'hui diffère
si sensiblement de celui qui lui correspond, que c'est à peine si on peut les reconnaître comme émanant du même auteur.
3° Histoire de la ville de Saint- Lô.
Mss. autographe également, classé k la Bibliothèque Nationale, au fonds Français, sous le n" 4899, fol. 403; 55 feuillets in-f, soit 110 pages. Il est daté de l'année 1703 et vient, comme le précédent, du Fonds de Boze (supp. français, n» 1026).
C'est de ce fragment, qui fait partie de l'histoire générale du Cotenlin, que nous avons extrait le passage que nous donnons ci-après.
4' Mémoire sur V Abbaye de Blanchelande.
De même que l'histoire du Cotentin, il date du 20 mars 1706, et se trouve inscrit à la Bibliothèque Nationale, au Fonds Français, n'..
Il y a été versé également de la Collection De Boze (Supp. Français, n" 1027).
Au surplus, il est certain que les différents auteurs qui ont écrit sur l'Histoire civile ou ecclésiastique du diocèse de Coutances, ont largement puisé dans les divers manuscrits de ce travailleur infatigable et qu'ils ont tiré un grand parti des recherches consciencieuses de ce savant curé. Parmi eux, nous pourrions nommer Trigan, Bisson, Houel, de Gerville et vingt autres encore.
Voir : Le Père Lelong, Bib. hist. de la France, t. 1, p. 9999, — Masseville, hist. sora. de Normandie, t. 1, p. 331. — Michaud, biogr. universelle. — Didol, biog. générale. — De Gerville, Et. géog. et hisl. sur le dép. de la
Manclie, 18!J4,'p. 23-2. — Id. les diiileaux et les abbayes du d^p. de la Manche. — Edouard Frère, manuel du bibliog. normand, 18-58. — Théod. Lebreton, biog. liorm. 1S61.— F.Piuquet, curiosités iill. de la norm.etc.,e(c., etc.
HiPPOLYTE SAUVAGE.