‹ Dominicales d'un curé de campagneChapitre 13 sur 37 · I. Châtiment de V indifférence · texte numérisé non relu

I. Châtiment de V indifférence

État actuel du peuple juif. — Ce peuple avait été aimé de Dieu d'une tendresse toute particulière. L'avantage que le Seigneur lui avait donné sur toutes les autres nations, en lui faisant connaître' son saint nom, en le rendant dépositaire de sa loi, en faisant naître de lui le Messie, en est une preuve frappante et aurait dû l'attacher constamment au Seigneur. Quand ce peuple privilégié est opprimé par Pharaon, Dieu lui envoie Moïse pour le délivrer de la servitude... Au désert, il le nourrit miraculeusement durant quarante ans avec la manne... Au Sinaï, il lui

donne sa loi... Dans la terre promise, il lui suscite de nombreux prophètes pour lui rappeler sa loi et le ramener à son observation. Dans ses infidélités il le châtie en père : il le livre à ses ennemis pour un temps et lui envoie des libérateurs aussitôt qu'il se repent. Malgré tous les témoignages de cette bonté miséricordieuse, que voyons-nous ? Un peuple qui méconnaît son bienfaiteur, accumule ses infidélités, tombe d'idolâtrie en idolâtrie, et met le comble à ses crimes en immolant ses prophètes et surtout en crucifiant le Messie qui lui avait été promis. Et c'est ce qui explique son état actuel; c'est pourquoi il est sans nationalité, sans roi et sans autel, errant aux quatre vents du ciel, objet du mépris et de l'horreur de tous les autres peuples.

Notre état actuel. — Avons-nous été, moins que les Juifs, l'objet de la bonté de notre Dieu? Avonsnous été moins prévenus de ses grâces et de ses faveurs ? Nés au sein de son Église, éclairés, dès notre enfance, des plus vives lumières de la foi, ne sommes-nous pas le peuple privilégié, la nation sainte?... Parce que nos pères, les Gentils, ont accepté l'initiation à la foi; parce qu'ils ont souffert le martyre pour garder cette foi et nous la transmettre, n'avons-nous pas été comblés des bienfaits du ciel ? N'avons-nous pas constamment Dieu avec nous? N'avons-nous pas ses sacrements?... des prêtres pour nous instruire, nous diriger et nous purifier?

Par le baptême nous sommes devenus chrétiens,

c'est-à-dire enfants de Dieu, frères de Jésus-Christ, temples du Saint-Esprit. Sommes-nous bien dignes de porter ces titres ? Qu'est-ce qu'un chrétien ? Tertuliien nous répond : Christianus aller Christus : C'est un autre Jésus-Christ; c'est un homme détaché du monde, qui ne soupire qu'après le ciel ; un homme doux, humble, mortifié, qui se renonce à luimême, qui mortifie ses sens, qui embrasse la croix de Jésus-Christ; un homme qui n'a point d'autre plaisir ici-bas que de méditer la loi de son Dieu et d'y conformer toute sa conduite; un homme, en un mot, qui n'est pas de ce monde, qui en abhorre l'esprit, en combat les maximes et s'élève au-dessus de ses préjugés et de ses exemples. Or, je vous le demande, êtes-vous tout cela? Que répond cet attachement excessif aux richesses et aux plaisirs qui absorbe votre esprit et votre cœur? Que dit ce cœur partagé entre Jésus-Christ et le siècle ? Notre vie estelle en parfaite harmonie avec notre foi? Faisonsnous tout le bien qu'elle nous prescrit et évitonsnous tout le mal qu'elle condamne?... Mes frères, craignons le châtiment réservé à l'indliférence !... Qu'est-il arrivé aux chrétiens d'Orient, séparés par le schisme de Photius, de la communion catholique? Demandez-le au sabre de Mahomet... Qu'estil arrivé aux catholiques de l'Occident, au seizième siècle ? Demandez-le aux hérésies de Luther et de Calvin qui ont infecté divers royaumes et les ont arrachés à la religion. Mais ce n'est pas seulement les nations que Dieu punit par la soustraction de la

foi; Dieu inflige de pareils châtiments aux individus plongés dans l'indifférence.

IL Châtiment de la présomption.

Les serviteurs de notre Évangile, exécutant les ordres de leur maître, rassemblent indistinctement dans la salle du festin tous ceux qu'ils trouvent. Toute condition, toute profession, tout âge, tout sexe est introduit. Que s'ensuit -il? les méchants entrent avec les bons et viennent s'y confondre ; image de l'Église de la terre, où les pécheurs, mêlés aux justes, composent avec eux la société visible que Jésus-Christ est venu fonder.

Mais prenons-y garde, le Maître ne perd pas de vue sa maison ; le Christ veille sur son Église : malheur à nous, s'il nous trouve dans l'assemblée des saints non revêtus de la robe nuptiale, c'est-à-dire privés de la grâce sanctifiante et dépouillés de tout mérite; il commandera à ses anges de nous exclure du festin éternel et de nous livrer aux démons, qui nous précipiteront dans le lieu des ténèbres extérieures, où il n'y aura que pleurs et grincements de dents. Il en est temps encore. Déposons notre orgueil et notre présomption aux pieds du divin Maître, sollicitons sa miséricorde, et, comme pour le fils prodigue, il commandera à ses ministres de nous rendre la blanche robe de notre baptême, de replacer à notre doigt l'anneau de la première alliance et de

nous faire asseoir au festin oîi il se donne lui-même en nourriture. Ce sera le moyen d'obtenir de sa bonté qu'il nous introduise un jour dans ses tabernacles éternels et nous donne part à ses noces ineffables, qui dureront au-delà de tous les siècles. Amen,

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