‹ Dominicales d'un curé de campagneChapitre 17 sur 37 · AUTRE HOMÉLIE · texte numérisé non relu

AUTRE HOMÉLIE

Si tetigero tanlùm vestimentiim ejus, salva ero. (Math., ix, 21.)

Pendant que Jésus s'entretenait avec les disciples de saint Jean, un prince de la synagogue, dont la fille venait de mourir, le pria instamment de venir chez lui pour imposer les mains à sa fille et lui redonner la vie. Comme il était en chemin pour se rendre à la maison de ce père désolé, il guérit une hémorroïsse qui était malade depuis douze ans. Ces deux miracles, opérés pour récompenser la foi et la confiance, nous disent éloquemment ce que peuvent sur le cœur de Dieu ces grandes vertus. Faisons-en aujourd'hui le sujet de cette instruction en nous arrêtant à ces deux pensées : bonheur retrouvé par la foi et la confiance; guérison obtenue par la foi et la confiance.

Elle est grande la douleur de celui qui se voit tout à coup dépouillé des biens qu'il a acquis par de pénibles labeurs ; elle est plus cruelle celle qu'on ressent en perdant un ami fidèle, un parent bienaimé; mais qui peut peindre la désolation d'un père qui perd son enfant unique, l'objet de toutes ses espérances. Cette perte ne surpasse-t-elle pas toutes les douleurs? Les pères les moins sensibles, ceux-là même qui ont été mauvais fils, mauvais époux, sont émus de la perte d'un enfant; quel sera dès lors l'amertume du père tendre et affectueux qui se voit en un instant privé de l'unique enfant, espoir de sa vieillesse. Cette perte irréparable le condamnera à passer sa vie tout entière dans les larmes, la tristesse et peut-être dans le désespoir.

Mais, chrétiens, ce père désolé possède le riche trésor de la foi, et, avec ce trésor, il retrouvera le bonheur. Si les hommes sont impuissants à le consoler, il croit en Jésus-Christ qui déjà avait essuyé bien des larmes; il va le trouver, et, animé par la confiance et la foi, il se jette à ses pieds et l'adore en disant : Seigneur, ma fille vient de mourir, mais venez lui imposer les mains et elle vivra. A l'instant Jésus se met en route. Arrivé dans la maison du chef de la synagogue, il y trouve les joueurs d'instruments et une troupe de gens qui faisaient grand

bruit. Reth^ez-vous^ leur dit-il, car cette fdle n'est pas morte, mais elle dort. Quand tout le monde fut sorti, Jésus entra, prit la morte par la main et la jeune fille se leva. En la rendant pleine de vie à ses parents, il leur rendit aussi le bonheur; car ils ne vivaient que par cette enfant. Voilà ce que peut la foi pour ceux qui la possèdent.

Avec elle nous ne trouverons pas toujours des miracles, nous ne verrons pas toujours revenir à la vie les proches, les parents, les amis que nous pleurons, mais nous trouverons la consolation. Comment cela? Parce que la foi nous dit que cette terre n'est pas notre véritable séjour, que nous sommes faits pour le ciel où nous devons nous réunir un jour et régner éternellement avec Dieu. La foi nous apprend que les larmes, les afflictions sont la monnaie avec laquelle on achète le paradis; que pour être glorifiés avec Jésus-Christ, il faut passer comme lui par le creuset des souffrances et des tribulations.

Ayons donc la foi comme Jaïre, et au sein des épreuves nous trouverons comme lui la consolation et la paix sans laquelle il n'y a pas de bonheur.

L'exemple de Jaïre désolé de la mort de sa fille nous fait voir qu'on trouve assez de pères sensibles à la mort corporelle de leurs enfants, que le Seigneur retire souvent du monde ou pour punir l'amour déréglé des uns, ou pour empêcher que la malice ne corrompe le cœur des autres; mais qu'on en voit peu qui soient touchés de leur mort spirituelle comme ils le devraient être, et qui demandent

avec larmes leur résurrection à la grâce : cependant c'est la seule mort que les pères selon la nature et selon la grâce doivent véritablement pleurer et qui les doivent faire gémir devant Dieu 1 Soit donc pour nous, soit pour les autres, soit que nous ayons donné notre âme, soit que ceux à qui nous devons prendre intérêt soient morts à cette grâce, nous devons être pénétrés de douleur et nous jeter aux pieds du Sauveur, en lui disant avec le prince de la synagogue : « Seigneur, mon fils, ma fille viennent de mourir, mais venez leur imposer les mains et ils vivront. » C'est ce qu'a fait sainte Monique désolée et inconsolable des égarements de son fils Augustin. Si nous le prions comme ces modèles, nous serons exaucés comme ce père qui obtient la résurrection de sa fille et comme cette mère, heureux témoin de la conversion de son fils.

L'hémorroïsse, affligée, depuis douze ans, d'une maladie humiliante, n'avait rien épargné pour s'en délivrer. Toutes les dépenses qu'elle avait faites, tous les remèdes qu'elle avait employés avaient été inutiles; mais elle se met à la suite de Jésus-Christ, et dès lors elle est persuadée que pour être guérie il lui suffit de toucher le bord de son manteau, et comme son courage est égal à sa foi, elle n'est point arrêtée par les obstacles qui s'opposent à l'exécution

de son dessein. Elle n'hésite ni devant la multitude qui environne le Sauveur; ni devant le mépris que peut lui attirer son humiliante affliction, elle s'avance à travers un grand nombre de spectateurs et enfin, par degrés, parvient jusqu'à Jésus- Christ. Intimidée par la multitude qui l'environne, elle n'ose point découvrir son mal au bon Maître ; mais, assuré qu'il lui suffit de toucher ses habits pour être guérie, elle se hâte de saisir la frange de son manteau, et à l'instant même la maladie disparaît. Sa foi lui a valu ce grand bienfait : Mulie?\ fîdes tua te salvam fecit. « 0 foi, s'écrie saint Ambroise, plus riche que tous les trésors du monde, plus puissante que toutes les forces du corps, plus sûre que l'expérience de tous les médecins ! Une maladie invétérée jugée incurable, qui avait épuisé et la science des hommes, et tout le bien d'une femme riche, est guérie par le mérite de sa foi. » Avons-nous la foi? et surtout l'avons-nous aussi vive, aussi courageuse que celle de l'hémorroïsse ? Cette femme, animée par une grande confiance, ne se contente pas de croire et d'espérer; mais elle s'avance jusqu'à celui dont elle attendait le salut. Cette énergie de la foi est récompensée par une guérison aussi prompte que radicale.

Nos maux, mes frères, sont peut-être plus graves que ceux de l'hémorroïsse. Notre âme ne serait-elle pas non seulement malade, mais morte? Ne serionsnous pas esclaves de quelque passion invétérée? N'aurions-nous pas contracté quelque habitude d'in-

tempérance, de volupté, de blasphème, d'injustice, d'indiflérence ? S'il en est ainsi, que devons-nous faire? Imiter l'hémorroïsse, recourir, comme elle, au grand et puissant médecin. Avec sa grâce, quelque puissantes que soient nos passions, quelque invétérées que soient nos habitudes, nous en triompherons. Et si, grâce à Dieu, notre âme n'est pas si gravement atteinte, n'est-elle pas victime de nombreuses fautes vénielles? N'est-elle pas tiède dans le service de Dieu, indifférente dans l'accomplissement de ses devoirs, souillée de mille mensonges, de nombreuses médisances, d'une foule de résistances à la grâce ? Que devons-nous faire pour guérir de ce marasme spirituel, de cette langueur si voisine de la mort? Que devons-nous faire pour triompher des obstacles que nous rencontrons dans la pratique du bien et dans la fuite du mal? Recourir toujours aux mêmes remèdes. Il nous faut aller trouver Jésus- Christ et lui demander instamment le secours de sa grâce. Ce divin Sauveur, touché de votre foi, accompagné du cortège des vertus qu'elle anime, secondée par les œuvres dont elle est la mère, vous dira aussi : Fides tua te salvamfecit, votre confiance a^touché mon cœur.

Mais hélas ! nous sentons le poids de nos misères et nous ne faisons rien pour nous en débarrasser ; nous négligeons de recourir à celui qui peut nous secourir. Pouvons-nous après cela espérer que notre Sauveur nous dise comme à l'hémorroïsse : « Votre foi vous a sauvé. Non, mes frères, ne nous y trom-

pons pas, notre foi ne nous servira qu'autant que nous ferons ce qu'elle nous prescrit, et que, comme cette femme, nous joindrons Faction à notre croyance. Faisons comme elle, allons trouver avec confiance ce bon Maître aux pieds des autels ou à la table sainte, exposons-lui nos. besoins, nos misères, nos maux et nos malheurs, disons-lui : « Seigneur, voyez mon âme accablée d'infirmités spirituelles, de maladies, et, peut-être, en état de mort à vos yeux ; voyez mes passions, mes tentations, mes défauts et mes fautes : Vide^ Domine, et considéra, vide paupertatemmeam, laborem meum etgemitum meum; et il nous dira : Confîde, filia, fides tua te salvam fecù. Amen.

POUR LE MEME DIMANCHE

L'HÉMORROISSE s'aPPROCHANT de NOTRE-SEIGNEUR

Modèle des chrétiens qui accourent aux fêtes religieuses.

Si tetigero fantùm vestimentum ejus, salva ero. (Math., ix,

L'Évangile de ce jour nous apprend que Notre- Seigneur Jésus-Christ se rendant à la maison de Jaïre pour en ressusciter la fille, une femme, malade depuis douze ans, s'approcha furtivement de lui, toucha la frange de son manteau et fut à l'instant guérie.

Cette femme, connue dans l'Évangile sous le nom d'hémorroïsse, n'avait rien négligé, durant sa longue maladie, pour obtenir sa guérison. Mais tous les remèdes, toutes les dépenses qu'elle fit furent inutiles. Ayant entendu parler de Jésus de Nazareth et des nombreux miracles qui se multipliaient sous sa

main, elle résolut de recourir à lui. C'est pour cela qu'elle se mêla à la foule et marcha à sa suite. Chemin faisant, elle se disait à elle-même : « Si je puis seulement toucher son vêtement, je serai guérie : Si ietigero tantum vestimentum ejus, salva ero. » Animée par la confiance, elle se presse, elle s'avance et arrive jusqu'à celui dont elle attend son salut. Elle n'eut pas plus tôt touché la frange de la robe du Sauveur qu'à l'instant elle fut guérie. Le divin Maître, à qui rien n'échappait, se tourna vers le peuple et dit : « Qui in a touché? » Pierre elles autres disciples répondirent : « Maître^ In foule vous presse de tous côtés ^ elle vous accable, et cous demandez : Qui m a touché? » Mais Jésus reprit : « Quelqu'un m a touché, car f ai connu quil est sorti de moi une vertu miraculeuse. » — L'hémorroïsse, qui s'était sentie guérie, se jeta tremblante aux pieds de Jésus, et raconta devant tout le peuple ce qui s'était passé. Aussitôt le divin Maître lui dit avec une ineffable douceur : « Rassurez- vous, ma fille, votre foi vous a guérie. Allez en paix et que votre guérison soit confirmée : Confide, filia, fides tua te salvam fecit, vade in pace et esto sana in plagâ tua, »

Cet Évangile, dans le temps actuel, est pour nous plein d'enseignements. Il nous apprend comment nous devons nous approcher de Notre-Seigneur durant les fêtes si douces, si touchantes de notre sainte rehgion. Beaucoup de chrétiens, dit saint Augustin, se pressent autour du divin Maître, une grande foule le suit et ne fait, pour ainsi dire, que

l'incommoder : Multi premunt; l'hémorroïsse seule le touche avec avantage : Pauci tangunt.

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