SUR LE SERVICE DE DIEU
ISemo pofest duobus domin:s servir e, (Math., vi.)
C'est Jésus-Christ lui-même qui nous déclare en présence d'une multitude innombrable de personnes que rhomme ne peut pas partager son cœur entre le Créateur et la créature, entre Dieu et le démon. Quelles sont nombreuses dans le monde les personnes qui prétendent pouvoir allier le service du Seigneur avec celui de Satan I Elles conviennent qu'il faut faire des œuvres de religion, mais elles croient pouvoir ensuite se livrer au péché; elles prétendent pouvoir chanter des cantiques et des chansons, communier et suivre leurs passions, aller à la messe et au bal, porter l'image de Jésus-Christ sur la poitrine, la statue de la sainte Vierge sur les épaules et le démon dans le cœur. Vouloir agir ainsi, ce n'est pas servir deux maîtres dont les maximes et les services sont incompatibles, ce n'est pas partager son
cœur ; c'est le donner tout entier au démon ; c'est se déclarer fidèle et dévoué serviteur de Satan. Le Seigneur est un Dieu jaloux qui veut tout notre cœur ou rien. Il nous déclare expressément que nous ne devons le servir que lui seul : Dominum Deum tuum adorabis etilli soli servies — qui non estmeciim contra me est. Ne vouloir donc servir ni Dieu ni le démon, c'est servir le démon.
Dans l'impuissance oîi nous sommes de contenter deux maîtres à la fois, quel parti devons-nous prendre? Mais que dis-je? Y a-t-il à délibérer? Quel est le plus grand et le meilleur de ces maîtres? N'estce pas le Seigneur? C'est donc à lui qu'il faut donner la préférence. C'est à quoi je viens vous exhorter, mes frères, dans cette instruction où je veux vous montrer que c'est pour vous un devoir, une gloire et un bonheur de servir Dieu. Suivez-moi et vous allez vous en convaincre.
Et d'abord c'est pour nous un devoir de justice de servir Dieu. Dieu est notre Créateur, notre père, notre roi, notre maître. C'est de lui que nous tenons tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes. Mais n'y a-t-il pas des rapports nécessaires de subordination, de respect et d'amour entre le Créateur et sa créature, entre le père et ses enfants, entre le roi et ses sujets, entre le maître et ses servi-
teurs? Quoi de plus juste que de lui payer à ces divers titres le tribut de nos hommages en le servant fidèlement?
Mais Dieu est encore notre bienfaiteur, c'est de lui que nous tenons tout ce que nous avons. Non seulement il nous a donné la vie, mais il nous la conserve. Les biens naturels et surnaturels nous viennent de sa libéralité. Or, un bienfait ne lie-t-il pas la personne obligée? Dans le monde on ne pardonne jamais l'ingratitude; mais voudrions-nous, mes frères, que l'ingratitude que nous regardons comme un grand crime dans le commerce ordinaire de la vie, n'en soit pas un quand il s'agit de Dieu? Quoi ! parce que Dieu a plus de bonté à notre égard qu'il n'en a pour tous les autres êtres de la création, serons-nous moins obligés de lui être reconnaissants? Cependant toutes les créatures publient en leur langage la gloire de leur Créateur; toutes servent Dieu à leur manière. « Les cieux l'annoncent, dit le prophète, et la terre se joint aux cieux pour publier les merveilles du Créateur : Cœli enarrant gloriam Dei. » Mais de toutes les créatures en est-il une seule qui ait été aussi privilégiée que l'homme et qui puisse, en conséquence, et qui doive le servir d'une manière aussi parfaite que lui? Que faut-il donc penser de l'homme qui manque à ce devoir? Hélas ! ce serait un monstre dans la nature qui s'écarterait de la foi pour laquelle il avait été créé. Ce serait un plus grand désordre que si le soleil refusait au monde sa lumière, si Teau cessait de désaltérer, le feu de brû-
1er, la terre de nous porter et de nous nourrir. Il serait d'autant plus coupable de se soustraire à cette obligation, que Dieu, pour l'y engager, a soumis toutes les autres créatures au service de l'bomme : Omnia subjecisti sub pedibus ejus. Et toutes les créatures remplissent exactement les desseins de Dieu. Pour l'homme le soleil répand ses rayons bienfaisants sur la terre. Pour l'homme, la terre se couvre d'une moisson abondante et de fruits délicieux : Omnia subjecisti sub pedibus ejus. Ah ! que l'homme s'acquitterait dignement de ce devoir à l'égard de Dieu, s'il était aussi exact à le servir que les créatures le sont à exécuter la volonté de Dieu. Mais qu'il s'en faut bien que cela soit ainsi I L'homme seul semble n'avoir reçu le privilège de la connaissance et de la liberté que pour se révolter contre l'auteur de son être, cependant quel maître plus grand et plus puissant!
On se fait gloire dans le monde d'être au service de ceux que la grandeur environne, que la puissance soutient, que la gloire accompagne, que la fortune favorise. On estime à honneur d'approcher les hommes fameux par l'éclat de leur nom. Les serviteurs des rois étalent avec complaisance les livrées de leurs maîtres. Cependant que sont tous les grands de la terre, les rois, les potentats de l'univers en
comparaison de Dieu, le Roi des rois ; de Dieu, seul grand, seul puissant à qui seul appartient la gloire, la majesté et l'indépendance. Lui-même nous déclare que le servir, c'est régner, c'est plus que commander à tout l'univers : Seroire Deo regnare est. Quelle gloire donc d'être au service de la plus haute et de la suprême puissance ! Quel honneur de servir le Dieu de qui émane toute grandeur ! Gloria magna est sequi Dominum.
C'est en se consacrant au service de Dieu que les têtes couronnées elles-mêmes rehaussent l'éclat de leur diadème. David regardait comme son plus beau titre de gloire d'être le serviteur de Dieu : Servus tuus sum ego,.. Ego servus tuus, et filius ancillœ tuœ. Jésus- Christ nous déclare que les serviteurs de son Père seront assis sur des trônes pour juger les nations : Vos qui secuti estis me,., Sedebitis et vos super sedes duodecim, judicantes duodecim tribus Israël, Et saint Jean ne proclame-t-il pas que le chrétien est roi et prêtre par Jésus-Christ? Et fecit nos regnum etsacerdotes Deo et Patri suo. Oui, le chrétien est roi ! Il exerce une espèce de royauté plus glorieuse que celle des rois de la terre. La gloire de ceux-ci est tout extérieure ; elle emprunte son éclat de l'appareil qui entoure leur trône, des satellites qui veillent à leur garde, de la richesse de leur diadème. La gloire du chrétien est tout intérieure, elle vient du triomphe permanent qu'il remporte sur le monde dont il méprise les séductions, sur l'entraînement de ses propres passions qu'il sait dompter. Aspirez à cette
royauté spirituelle, à ces glorieux triomphes ; et si vos passions essayent de secouer le joug, dites-leur ce qu'un sage de l'antiquité disait à ses richesses quand il les jetait à la mer : « Il faut que je rompe avec vous, car si je ne vous perds, vous me perdrez. ))
Un jour la fille d'un de nos rois, femme pourtant solidement vertueuse, disait dans un moment de vivacité à l'une de ses suivantes dont elle se croyait offensée : « Madame, souvenez-vous que je suis la fille de vos rois. — Et moi, je suis la fille de votre Dieu... » Tels sont les sentiments de tous les vrais chrétiens. Sont-ce les vôtres? Vous êtes-vous toujours fait un honneur et une gloire du titre de serviteur de Dieu? N'avez-vous pas quelquefois rougi de suivre les maximes de l'Évangile? N'avez-vous jamais dissimulé votre foi?
0 vous, chrétiens, qui aspirez à la gloire et qui cherchez souvent celle qui vous fuiti Servez le Seigneur, et vous serez véritablement grands, puisqu'il est le plus grand de tous les souverains. Vous trouverez aussi votre bonheur à le servir, parce qu'il est le meilleur de tous les maîtres.
Un maître qui nous laisse tout le profit de nos services et qui nous promet un bonheur infini pour récompenser notre fidélité et notre dévouement ne doit-
il par être regardé comme le meilleur des maîtres ? Or, c'est ainsi que Dieu en agit à notre égard. Quel motif pressant de nous attacher à lui ! N'ayant nul besoin de nos services, sa gloire néanmoins exige la soumission et les services de ses créatures, mais il payera cette soumission et ces services par les avantages les plus précieux et pour cette vie et pour l'autre.
Quels avantages nous procurera pour cette vie notre fidélité à servir Dieu ? Demandez-le'au prophèteroi. « Heureux, dit-il, sont ceux qui craignent le Seigneur et qui marchent dans la voie de ses commandements : Beati omnes qui timent Dominum^ qui ambulant in viis ejus. » Une paix réelle et profonde est le partage de ceux qui observent la loi du Seigneur : Pax raulta diligentibus legem tuam. Et cette paix est si abondante qu'elle ressemble à un torrent qui déborde : Erit sicut flumen pax tua. Qu'il est bon, continue le même prophète, le Dieu d'Israël à l'égard de ceux qui le servent dans toute la sincérité de leur cœur : Qnam bonus Israël Deus iis qui i^ecto sunt corde! Sa loi est à leur cœur ce que le miel est à leur bouche : Quant dulcia faucibus meis eloquia tua super mel ori meo.
Si je demande à ce grand roi où nous devons aller pour entendre les accents de l'allégresse, l'expression du contentement et de la paix, n'attendez pas qu'il me désigne cette somptueuse demeure où les plaisirs les plus variés occupent les incessants loisirs ; non, la demeure des justes, l'asile de la vertu,
18 DOmNICALES d'un CURE DE CAMPAGNE
voilà le vrai séjour des saints transports, de la douce sécurité : Vox exultationis et salutis in tabernaculis jmtorum.
C'est ce que confirme saint Paul lorsqu'il nous dit : « Seigneur, je suis écrasé sous le poids de la tribulation et de mille peines, néanmoins je suis comblé de joie et inondé de délices : Repletus sum co7isolatione, superabundo gaudio in omni tribulatione. »
C'est ce que nous assurent les martyrs s'écriant au milieu des supplices les plus cruels : « Non, jamais festin ne nous a paru plus délicieux que ce que nous endurons pour Jésus-Christ et pour la gloire de son nom. »
•C'est ce que répètent saint François-Xavier et sainte Thérèse au sein des plus rudes épreuves : Ah! grand Dieu, modérez vos consolations et vos grâces et arrêtez-en le torrent^ sinon nous succombons sous le poids de tant de bonheur.
Et gardez-vous de croire que le service de Dieu n'ait fait des heureux que dans les temps les plus reculés, qu'au beau temps de l'Église. Non, mes frères, chaque siècle a des témoins de cette vérité. Près de nous, madame la Yallière jouait à la cour de Louis XIV le rôle le plus flatteur aux passions. Elle jouissait de l'affection de ce prince, le plus grand et le plus heureux de nos rois de France. Elle en jouissait à un titre illégitime, il est vrai, mais enfin elle en jouissait. Touchée enfin de la grâce, elle sort de la voie du péché pour entrer dans celle de la pénitence. Elle quitte librement la cour la plus vo-
luptueuse pour le monastère le plus sévère. Elle y passe bon nombre d'années dans le contentement que donne toujours la paix de l'âme. Et quand madame de Maintenon, madame de Montespan et la reine lui demandent si elle est satisfaite. Que répond-elle? « Mesdames, je ne suis pas entièrement satisfaite, mais je suis contente et beaucoup plus heureuse que je ne l'ai jamais été. » Voilà ce que procure à l'âme, dès ce bas monde, la fidélité dans le service de Dieu ; mais le plus précieux de ses avantages, c'est qu'il nous obtient avec certitude la couronne du ciel. Écoutez le grand Apôtre souffrant pour la gloire de Dieu : Scio cui credidi ; pour prix de mes travaux Dieu me donnera la couronne de justice : Reposiia est mihi coronajustitiœ. Dieu, à son tour, ne nous affirme-t-il pas qu'il sera lui-même la récompense de ses fidèles serviteurs : Ego ero merces tua magna nimis. Oui, c'est moi qui veux être votre récompense ; moi qui suis le bien souverain, capable de contenter tous vos désirs; c'est mon royaume que je vous destine pour prix de vos services : Ego dispono vobis regnum. Les rois de la terre ont-ils jamais porté à un si haut degré leur libéralité?
Et que sont tous les royaumes du monde en comparaison du royaume de Dieu? Mais qu'est-ce que Dieu nous demande pour nous donner cette récompense si abondante? Rien qui soit au-dessus de nos forces. Rien qui ne nous soit même facile avec la grâce qu'il nous accorde pour l'accomplir. Ce qu'il exige, c'est l'observance exacte de ses commande-
ments, c'est l'accomplissement des devoirs de notre état, c'est l'assiduité aux saints exercices de la prière ; c'est la soumission aux ordres de la divine Providence ; c'est la résignation à la volonté de Dieu. Peut-on refuser de l'acheter à ce prix? Cependant, qui sont ceux qui s'attachent sincèrement à son service? Hélas ! le nombre en est bien petit. Parmi les chrétiens qui se déclarent ses partisans, plusieurs partagent leur cœur; ils prétendent concilier l'amour de Dieu avec l'amour des richesses, des honneurs et des plaisirs ; ils croient pouvoir allier la lumière avec les ténèbres ; Jésus-Christ avec Déliai. Aussi les voit-on tantôt avancer, tantôt reculer. Le matin à Dieu, le soir au monde ou au démon. Qui ne comprend qu'une telle conduite est indigne de Dieu et de l'homme I Ne serait-ce pas la vôtre?
0 mon Dieu ! C'est pour vous et pour vous seul que je suis tout ce que vous m'avez fait ; si vous m'avez doué d'une intelligence capable de connaître, c'est pour que je l'applique à méditer vos perfections adorables. Si vous m'avez donné un cœur capable d'aimer, c'est pour que je puisse vous payer le tribut d'amour et de reconnaissance que je vous dois. Faites, ô mon Dieu, que je sois fidèle à remplir ce double devoir, afin qu'après vous avoir appartenu volontairement sur la terre, je vous possède éternellement dans le ciel. Amen,
XV'' DIMANCHE APRES LA PEiNTEGOTE
EVANGILE
Jésus allait un jour dans une ville appelée Naïm, accompagné de ses disciples et d'une grande foule de peuple. Et comme il approchait de la porte de la ville, il arriva qu'on portait en terre un mort, fils unique, dont la mère était veuve ; et il y avait avec elle une grande quantité de personnes de la ville. Le Seigneur ayant vu cette femme, fut touché de compassion pour elle et lui dit : « Ne pleurez point : Noli flere ; » et s*approchant, il toucha le cercueil. Ceux qui le portaient s'arrêtèrent, et Jésus dit au jeune homme: « Levez-vous, je vous l'ordonne; » et celui qui était mort s'assit et commença à parler, et Jésus le rendit à sa mère. Tout le monde demeura stupéfait, et ils glorifiaient Dieu, en disant : « Un grand Prophète s'est levé au milieu de nous, et Dieu a visité son peuple. » (Luc, vu, 11-17.)
HOMELIE
Qui erat mortuus cœpit loquii et dédit illum Jésus matri suœ.
(Luc, vil.)
Combien elle est simple et naïve la narration que vous venez d'entendre. C'est le propre de l'Évangile de raconter les plus grandes choses de la manière la plus simple. Combien elle est surprenante l'histoire de cette résurrection ! Si nous étions moins accoutumés à ces sortes de récits, nous serions nous-mêmes saisis de frayeur, comme le furent les témoins de ce prodige : Accepit autem omnes timor. Combien elle est instructive et pleine d'importantes leçons l'opération des prodiges que Jésus-Christ a faits en notre faveur, car les miracles ont aussi leurs discours, nous dit saint Augustin ; heureux si savons entendre leur voix et suivre leurs instructions. Entrons donc dans le sens spirituel du miracle; suivons-en les détails édifiants.
En lisant l'Évangile, nous y trouvons que Jésus- Christ a ressuscité trois morts, et il n'en a ressuscité que trois : la fille du chef de la Synagogue, le fils de la veuve de Naïm et Lazare. Les morts ont toujours été la figure des pécheurs morts à la grâce et à la vie divine. De même la résurrection des morts a toujours été la figure de la conversion, qui est une véritable résurrection spirituelle. Qu'a donc voulu
nous marquer Notre-Seigneur Jésus-Christ par ces trois morts rendus à la vie ? Trois espèces de pécheurs et leurs conversions. — Entrons dans le détail.
La fille du chef de la Synagogue était dangereusement malade lorsque son père fit appeler Jésus- Christ pour la guérir, et la fille mourut tandis que Notre-Seigneur était en chemin. Il arriva, entra dans l'appartement oii reposait le corps de la défunte, et, l'appelant par son nom, il la ressuscita. Cette morte était encore dans sa maison, et son cadavre n'avait pas encore paru en public. Elle est l'image des pécheurs qui après une vie chrétienne, vivent entièrement dans le péché, tout en menant à l'extérieur une vie que vous diriez chrétienne. Combien de nos jours qui pourront se reconnaître dans ce portrait ! L'innocence avait régné dans ce cœur ; arrive une occasion entraînante, une tentation forte, une négligence coupable, et le péché entre dans l'âme, lui donne la mort, et personne ne le sait, excepté le coupable. C'est un enfant qui n'avait jamais souillé la robe d'innocence dont le prêtre Tavait revêtu dans son baptême ; exempt de faute, il était par cela même agréable à tout le monde ; ses petits compagnons l'aimaient parce que ses amusements étaient toujours innocents; ses parents le chérissaient parce qu'il était obéissant au moindre signal et d'un caractère complaisant; son pasteur jetait sur lui des regards de prédilection parce qu'il reconnaissait dans cette jeune âme le germe de la
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véritable piété. Dieu le protégeait parce que l'enfant lui payait le petit tribu de sa prière soir et malin, et lui offrait son cœur chaque jour ; et voilà que le démon jaloux a tenté l'enfant, et l'enfant lui a ouvert son cœur. Quel que soit le péché qu'il a commis, quelque secrète et fugitive qu'ait été la pensée du mal, il y a consenti, et le voilà mort aux yeux du Seigneur. Son extérieur n'a rien changé, il fait même encore sa prière ; mais un ver malfaisant a piqué l'arbre dans sa racine, et l'arbre est mort; mais un poison subtil et mortel s'est insinué dans son sang. C'est ainsi qu'u^ chrétien est mort aux yeux de Dieu par le péché, sans que les hommes ne sachent rien : Mortua filia intus e?'at indomo.
C'est une jeune personne qui s'était entièrement consacrée à Dieu à l'époque de sa première communion; à l'entendre ce jour-là, elle voulait servir Dieu tous les jours et chaque jour de sa vie ; elle ne voulait plus vivre et mourir que pour Dieu. Toutes ses pensées, tous ses désirs, toutes ses affections, tous ses soupirs devaient être pour Dieu ; elle défiait, comme saint Paul, la tribulation, la tentation, la vie, la mort, l'enfer; rien ne serait capable de la séparer de l'amour de Jésus-Christ. Alors cette personne était recueillie et chaste, elle était modeste et retirée, elle était obéissante et laborieuse ; et voilà qu'un péché, mais un péché qu'elle seule connaît, a détruit de si belle qualités : la vanité s'est introduite dans son cœur, et, au lieu qu'auparavant elle n'agissait que pour Dieu, maintenant elle n'agit que
pour la vanité ; cependant elle est encore modeste à Textérieur, mais le soin qu'elle prend pour s'arranger, et TafFectation avec laquelle elle agit, dévoilent son but ; elle a la tête modestement baissée, mais ses regards errants dans l'église prouvent que le Dieu du recueillement n'est plus guère le Dieu de son cœur ; en un mot, son affection n'est plus pour Dieu ; elle vit pour le monde ; si elle paraît encore chrétienne, c'est que son péché est resté jusqu'à présent caché dans son cœur : Mortua filia intus erat in domo.
C'est un homme à la ^eur de son âge, qui jusqu'à présent a été aussi paisible au sein de sa famille que fidèle à ses devoirs religieux ; une mauvaise lecture lui a donné un doute auquel il s'est arrêté bien volontairement, et ce doute lui a fait perdre la foi sans qu'il le soupçonne ; une mauvaise conversation lui a inspiré des préjugés contre la religion, l'imprudent s'y est arrêté, et, quoiqu'il n'ait rien dit lui-même, dès ce moment il n'aime plus la religion ; il va cependant encore à la messe, mais à son air d'insouciance, à sa tenue si peu respectueuse, on a droit de lui dire : « Mon ami, votre foi est morte et votre charité est nulle, et votre péché n'en est pas moins grand pour être caché au fond de votre cœur: Mortua filia intus in domo. »
Mes frères, que de chrétiens de nos jours figurés
par cette morte encore renfermée dans l'intérieur de
sa maison ! Que de pécheurs qui ont tout l'extérieur
du christianisme, de la vertu môme, et qui ne sont