‹ Dominicales d'un curé de campagneChapitre 3 sur 37 · III · texte numérisé non relu

III

au fond du cœur ni chrétiens, ni vertueux. N'eussentils qu'un seul péché mortel dans leur conscience, et ce péché fût-il le plus secret qu'on puisse imaginer, il n'en est pas moins vrai qu'ils sont en disgrâce avec Dieu, que leur âme est aux yeux du Seigneur ce qu'un cadavre est aux yeux des hommes ; à tous ceux-là je puis dire ce que l'Ange de l'Apocalyse disait à l'évêque de Sarde : « Vous marchez, vous mangez, vous parlez, vous croyez être plein de vie, et vous êtes mort : Nonien liabes quod vivas, et mortuns es. )) Vous avez la réputation d'être en vie, vous vous figurez d'être en grâce avec Dieu, vous qui sans faire du mal avez perdu l'habitude de faire du bien, qui ne vous occupez plus ni de Dieu, ni de votre âme, ni de la religion, ni de l'éternité, ou qui n'y pensez qu'en vous en moquant, vous êtes morts aux yeux de Dieu : Nomen habes quod vivas, et mortuus es. Vous croyez vivre de la grâce, et vous avez dans votre coeur des sentiments de colère, de rancune contre le prochain, quoique vous ne lui en témoigniez rien à l'extérieur ; votre âme est morte : Nomen habes quod vivas, et mortuus es. On n'a rien à dire sur votre conduite, mais vous nourrissez au fond de vous-même une flamme impure : votre âme est morte, n'en doutez pas : Nomen habes quod vivas, et mortuus es. Vous avez la réputation d'honnête homme, d'homme probe, tout le monde vous préconise, et cependant par votre obstination à ne pas remplir vos devoirs de chrétien, vous êtes condamné au jugement de Dieu. 0 ciel! si je poursuivais cet

examen, combien d'âmes frappées d'un principe de mort; que de cadavres ambulants ! Tels sont les pécheurs représentés par la première morte que Jésus-Christ ressuscite et qui était encore renfermée dans sa maison : Mortua filia intus erat in domo.

Le second mort que Jésus-Christ a ressuscité est le fils de la veuve de Naïm. Il était mort depuis plusieurs heures ; déjà son cadavre était hors de la maison, hors même de l'enceinte de la ville, mais il n'était pas encore enterré : image des pécheurs qui ne se contentent pas de consentir au péché au fond de leur âme ; ils le manifestent au dehors, ils en viennent aux actions. L'impie a conçu des idées contre Dieu, il les manifeste par des blasphèmes ; l'irréligieux a conçu de la haine contre la religion, il la manifeste par ses discours scandaleux et sa conduite antichrétienne; l'indifférent a conçu du mépris pour le culte divin, il le manifeste par sa nonchalance à remplir ses devoirs de chrétien ; l'injuste a conçu le projet de s'enrichir aux dépens des autres, il exécute son projet par sa mauvaise foi et ses injustices ouvertes ; le vindicatif a laissé pénétrer dans son âme le venin de laTancune, il en vient aux actes de vengeance; une jeune personne a consenti à une pensée de vanité, elle ne cherche maintenant que les moyens de se faire remarquer par ses vêtements et ses parures ; un jeune homme a laissé s'allumer dans son cœur une étincelle du feu infâme, il ne cherche plus qu'à activer et à propager l'incendie.

Je m'arrête, je ne puis pas et je ne veux pas aller plus loin dans ces détails, j'ajouterai seulement que lorsque, de la pensée on a passé à l'action, il n'arrive que trop souvent que de l'action on passe à l'habitude, et par là on se range dans la troisième classe des pécheurs représentés par le troisième mort que Jésus-Christ a ressuscité. Lazare, Lazare était mort et enseveli depuis quatre jours ; déjà la putréfaction s'était manifestée dans son cadavre et l'infection pouvait se répandre au loin.

Pécheurs d'habitude, voilà votre type. Chrétiens, qui croupissez dans le péché et qui aggravez tous les jours le poids de vos crimes, voilà l'état de votre conscience.

Vous êtes ensevelis dans vos désordres comme dans un tombeau. Comme Lazare vous répandez au loin l'infection de votre propre cœur par vos scandales et vos mauvais exemples. Ce que je dis est-ce une exagération ? N'est-ce pas plutôt une vérité malheureusement trop réelle ? Ne se trouve-t-il pas dans cet auditoire des pécheurs qui sont des preuves vivantes de ce que je vous prêche. Combien de pères de famille, formés au vice depuis de longues années, avalent l'iniquité comme l'eau, pour me servir de l'expression du Prophète, scandalisent leurs enfants et toute la paroisse par leur désobéissance ouverte et affectée aux lois sacrées du devoir pascal, de l'abstinence et autres ! Combien de jeunes gens qui sont non seulement impies, libertins, mais qui se font une gloire de leur irréligion et de leur liberti-

nage, peut-être parce qu'ils en ont connu et fréquenté de plus impies et de plus libertins ailleurs.

Combien de filles qui, non contentes de secouer le joug de la piété, de railler leurs compagnes plus fidèles à leurs devoirs de conscience, de s'être fait un dieu de la vanité, se livrent avec fureur au monde, à ses amusements criminels, à ses plaisirs coupables ! Pourquoi faut-il, un saint jour du dimanche, au milieu du sacrifice de la messe, venir distraire votre religieuse attention par de tels récits ? Toujours est-il que j'ai droit de m'écrier : « Oh! que de Lazares parmi nous ! »

Mais, mes frères, pourquoi, pouvez-vous me demander, ai-je choisi aujourd'hui un tel sujet? A quoi bon, à l'occasion de trois morts, venir dévoiler tous les crimes dont nous sommes coupables ? Mon but est le même que celui de l'Église en vous mettant sous les yeux ces évangiles ; c'est de vous engager à imiter dans la résurrection ceux que vous avez imités dans la mort ; c'est de vous exhorter à ressusciter spirituellement à la grâce par une véritable conversion, comme ces morts sont ressuscites complètement en revenant à la vie naturelle. Que ceux qui sont morts à la grâce reviennent à la vie de cette même grâce : Qui mortui sunt reviviscant^ nous dit saint Augustin, que j'ai suivi dans toute cette instruction.

Revenez à Dieu, à la grâce, vous figurés par le premier mort; vous avez péché en consentant à la mauvaise pensée ou au mauvais désir, convertissez-vous

en rejetant cette pensée, en résistant à ce désir; quelque innocents que vous paraissiez aux yeux des hommes, vous êtes réellement coupables. N'attendez pas d'avoir exécuté le mal que vous avez médité, il vous serait alors plus difficile de vous en corriger ; et cependant si déjà il en est ainsi» ne désespérez pas : Notre-Seigneur peut ressusciter un mort qu'on porte déjà en terre, comme celui qui ne vient que de mourir. Revenez donc à la vie de la grâce ; repentez-vous et du mal intérieur que vous avez laissé pénétrer dans votre cœur et du mal extérieur que vous avez commis. Votre péché a été public, que votre pénitence le soit aussi.

Et vous qui êtes pressés sous le poids de mauvaises habitudes, comme Lazare l'était sous le poids de la pierre sépulcrale, vous aussi convertissez-vous. Je redoublerai de zèle pour crier avec plus de force : convertissez-vous ; plus que tous les autres vous en avez besoin ; plus que tous les autres vous devez vous hâter. Si vous ne sentez pas la grandeur de votre malheur, il n'en est que plus grand ; vous êtes donc semblables aux habitants de la cité des morts qui tombent en putréfaction et se laissent dévorer par les vers sans le sentir. Que votre situation est digne de compassion ! Vous vivez depuis plusieurs heures dans le péché et vous n'y pensez pas! Cependant le démon est dans votre âme, et vous ne garderiez pas, durant une demi-heure, une vipère dans votre sein, sans faire vos efforts pour la rejeter? Vous vivez dans tel péché depuis plusieurs

jours, et vous n'y pensez pas; vous vivez dans le péché depuis plusieurs années, peut-être depuis un demi-siècle, et vous êtes insensibles et vous ne vous êtes pas encore rassasiés de vivre avec le démon. Vous voulez le démon ; eh bien ! gardez-le, vous ne voulez pas vous convertir, vous serez donc avec lui pendant votre vie, vous serez avec lui à la mort, vous serez avec lui pendant toute l'éternité. Les discours du démon vous plaisent, ils vous tromperont toute votre vie, ils vous séduiront à la mort, ils vous tourmenteront pendant toute l'éternité.

Ah ! mes frères, si je pouvais moi-même vous convertir, comme Jésus-Christ ressuscita les morts, depuis longtemps je vous aurais crié : « Lazare^ veni foras : Lazare, sortez de votre tombeau. » Mais non ; il n'en est pas ainsi, et je ne puis vous sauver sans que vous le vouliez; Dieu lui-même qui vous a créés sans vous ne vous sauvera pas sans vous. Qui creavit te sine te, non salvabit te sine te. Il le désire bien, mais il attend votre coopération ; qu'attendez-vous de la lui donner? Revenez donc au Seigneur avec promptitude, revenez-y avec confiance. Dieu peut vous convertir, il peut tout ; il veut vous convertir, il est mort pour cela. Vos péchés sont grands, je le sais ; la miséricorde divine est encore plus grande. Confiance ; mais point de présomption.

Je finis par une remarque sur les trois miracles de résurrection dont nous nous sommes entretenus. Jésus-Christ a ressuscité le fils de la veuve de Naïm ; c'est sa mère qui l'en a prié par ses larmes. Jésus-

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Christ a ressuscité Lazare ; ce sont ses soeurs, Marthe et Marie, qui l'en ont prié. Vous tous qui m'écoutez, avez-vous dans votre famille quelque membre qui vive dans le péché, priez pour sa con- Yersion, priez pour lui. Femmes chrétiennes, priez pour vos maris ; le Seigneur touché de vos prières et de vos larmes les éclairera et les convertira.

Mères chrétiennes, priez pour vos enfants : la prière des mères est bien souvent efficace. Enfants, priez pour vos parents; vos prières ne seront pas inutiles. Elles monteront jusqu'au cœur de Dieu, et vous leur obtiendrez les grâces efficaces dont ils ont besoin pour vaincre les ennemis du salut. Enfin, prions les uns pour les autres, et nous obtiendrons le secours nécessaire pour arriver à la béatitude éternelle. Amen.

POUR LE MEME DIMANCHE

L'évangile de ce jour offre à nos réflexions un touchant spectacle. Il met sous nos yeux : 1° un mort; 2° des porteurs; 3^ une mère désolée ; 4° une assistance émue prenant part aux afflictions de cette veuve inconsolable.

V Et d'abord un mort. Quel est-il? Est-ce un vieillard qui s'est affaissé sous le poids des années, usé par le travail et miné parles soucis? Non, nous dit l'écrivain sacré. C'est un jeune homme à la fleur de son âge ; c'est un fils unique, seul espoir de la veuve désolée, d'un rang distingué comme il le paraît par le nombreux cortège qui l'environne. Le voilà frappé par la mort, enlevé au monde, aux plaisirs, aux honneurs, aux biens, aux espérances du siècle. Le voilà accompagné au cimetière d'une multitude de parents, d'amis, tous dans le deuil, l'affliction et les larmes. Voilà le monde dans son vrai jour et tel qu'il est. En vain étale-t-il à nos yeux le luxe et les richesses; en vain nous vante-t-il la jeunesse, la force,

la santé. Ce ne sont là que de frêles appuis contre la mort, qui d'un souffle les abat et les précipite. N'estce pas ce que l'expérience de chaque jour nous confirme ? Malgré cela, que faisons-nous pour nous préparer à la mort? Nous vivons comme si nous avions la certitude que la mort ne viendra nous frapper que dans cent ans. L'Évangile a beau nous dire : Jeunes et vieux, pauvres et riches, vigilate^ quia nescitis diem neque horam... estote parati.., nous n'en faisons ni plus, ni moins. A la vue du cercueil que l'Évangile nous met devant les yeux aujourd'hui, prenons la résolution de penser à la mort et de nous y préparer.

Ce jeune homme que la mort vient de frapper à la fleur de l'âge est l'image de tant de jeunes gens, de tant de jeunes personnes que le péché mortel dépouille de la grâce sanctifiante, et qu'il frappe d'une mort plus terrible que celle qui ôte la vie du corps. Sont-ils rares ces sortes de morts? Combien qui vivent dans le péché mortel ! Combien qui ont entièrement oublié les résolutions de leur première communion ! Combien qui foulent aux pieds les enseignements de la religion ! Combien qui ont quitté la vertu pour suivre les passions ! Autrefois ils adoraient Dieu, le priaient, fréquentaient les sacrements; aujourd'hui ils sont esclaves du péché, ils sont morts : £cce defuncius efferebatur,

2" Les porteurs indifférents, chargés des dépouilles mortelles du jeune homme infortuné, voient couler les larmes d'une mère inconsolable. Pour euxils sont

insensibles : Qui portabant eum. Que représentent ces porteurs? Les honteuses passions qui entraînent notre âme à sa perte. Ce sont les tristes compagnons de vos débauches. Ce sont tous ces pécheurs qui rivalisent de zèle pour pervertir les âmes, les ravir à Dieu et les conduire à l'abîme. Ce sont ces scandaleux qui enseignent le mal, l'autorisent et le perpétuent. N'y aurait-il point ici de père, de mère qui conduisent et portent l'âme de leurs enfants en enfer? Ne trouverions-nous point dans cette enceinte de frères ou de sœurs qui remplissent ce triste rôle? Mais quittons ces lugubres pensées pour nous occuper de la mère du pauvre défunt et de son admirable désolation.

3° Est-il rien de plus digne de compassion que de voir cette mère désolée suivre le convoi funèbre en poussant des sanglots déchirants! Elle était veuve depuis longtemps. Son fils était la seule consolation de sa triste vie, l'unique joie de son cœur, le dernier bien qui l'attachait à la terre. Et voilà que la mort, l'impitoyable mort l'a ravi à sa tendresse. Et maintenant elle accompagne jusqu'au sépulcre ce qui lui reste de son fils unique. Tant qu'il y aura des larmes dans ses yeux, elle veut les répandre sur le tombeau de son bien-aimé. Son malheur est si grand que tout le monde en est attendri. Le Sauveur qui entrait dans la ville ayant vu cette pauvre mère écrasée sous le poids de sa douleur, fut touché de compassion pour elle : Misericordiâ motus super eam, « Ne pleurez point, lui dit-il, noli flere. » Quelle

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étrange parole dans la bouche de Jésus-Christ I II voit une mère vouée à la plus mortelle tristesse, et il lui dit de sécher ses larmes. Est-il plus légitime et de plus naturel pour une mère que de pleurer et de pleurer amèrement la plus cruelle et la plus sensible des pertes ?

Mais voilà que Celui qui a parlé à la mère désolée s'approche du cercueil, étend sur lui sa main toutepuissante, puis dit d'une voix forte : « Adolescens, tibi dico surge : Jeune homme, je te l'ordonne, lèvetoi. » Soudain le défunt revient à la vie. Sa tête se soulève, il se redresse, il parle et on entend sa voix. Aussitôt le suprême consolateur rend le jeune homme plein de vie à sa mère, a 0 femme! ô mère! ne pleurez plus, séchez vos larmes et livrez-vous à la joie. L'enfant que les hommes n'ont pu conserver à votre tendresse et que vous pleurez, je vous le rends plein de vie. » Mes frères, il n'y a qu'un Dieu pour tenir un semblable langage et agir ainsi. Quel puissant consolateur !... pourquoi vous tous qui vivez dans la peine et qui n'avez que des pleurs à répandre n'avez-vous pas recours à lui? Ne nous dit-il pas : Venue ad me omnes qui laboratis et onerati estis et ego reficiam vos? Allez à lui, et il vous fera entendre au fond du cœur cette douce et consolante parole : « Ne pleurez plus : Noli flere. »

Mais, chrétiens, quelle est cette mère abîmée dans la douleur, qui suit, en répandant des larmes amères, le corps inanimé de son cher fils? C'est cette nouvelle Monique qui pleure la mort spirituelle de

cet autre Augustin enseveli dans le suaire du péché mortel. Est-il une mort plus funeste et des pleurs plus légitimes? 0 mères chrétiennes, quand votre enfant souffre dans son berceau, vous vous penchez sur sa couchette de douleur et vous l'arrosez de vos larmes abondantes. Quand la mort le ravit à votre tendresse, vous êtes inconsolables. Et quand ce même fils si cher à votre cœur vit loin de Dieu et de toute pratique religieuse, lorsqu'il est étendu dans le cercueil de ses vices et de ses viles passions, vous ne répandriez pas une larme ! Ah ! pleurez sur son triste sort et implorez sur lui l'assistance du Sauveur, et ce bon Maître, qui a consolé la veuve de Naïm, qui ne le connaissait pas et qui ne lui demandait rien, s'approchera de lui et le fera revivre. Cette mère désolée qui attendrit par sa douleur tous les témoins de son affliction et touche le cœur de Jésus-Christ lui-même, c'est l'Église qui nous aime tous comme ses enfants. Que dis-je, comme ses enfants t Elle aime chacun de nous comme s'il était l'enfant unique. Oui, la mère la plus tendre oublierait plutôt le fils qu'elle a enfanté, que l'Église, notre bonne mère, ne nous oubliât et ne cessât de nous donner les preuves les plus touchantes de sa tendresse : Filiun unicus matri suce. Ai-je besoin pour vous en convaincre de vous rappeler tout ce que cette mère commune a fait parmi nous depuis qu'elle nous a régénérés sur les fonts sacrés du baptême ? Ne nous a-t-elle pas nourris dès l'enfance du lait de sa doctrine ? A-t-elle cessé un seul jour de ni. 3

38 DO^SHNICALES d'UN CURE DE CAMPAGNE

nous instruire, de nous exhorter, de travailler à nous faire croître en vertu et en piété ? N'a-t-elle pas des sacrements pour nous donner la vie ou nous la conserver ? Pourquoi le baptême et la pénitence ? Pourquoi l'Eucharistie? Dans quelle circonstance de notre vie n'est-elle pas à nos côtés ? Lorsque nous arrivons à Tâge où les passions commencent à nous tyranniser, ne dépose-t-elle pas entre nos mains, par la confirmation, les armes puissantes qui nous font triompher de nos ennemis ? Si vous voulez par les augustes liens du mariage donner des soutiens à la religion et des citoyens à TEtat, ne préside-t-elle pas elle-même à nos engagements, et ne nous obtient-elle pas par sa bénédiction maternelle, les grâces que ce nouvel état demande ? Et au moment critique où notre âme défaillante est sur le point de quitter sa demeure qui s'écroule, l'Église ne redouble-t-elle pas pour nous ses soins et ses alarmes ! Alors, tandis que tous nos parents s'éloignent de nous' et nous abandonnent, cette mère incomparable ne reste-t-elle pas avec nous ? Ne continue-t-elle pas de prier pour nous et ne conjure-t-ellepas les anges de porter eux-mêmes notre âme jusque dans le sein du Dieu d'Abraham? Ce n'est pas encore tout ; lorsqu'il ne reste plus de ce cher enfant qu'un cadavre hideux, sans mouvement et sans vie, cette tendre mère, comme la veuve de Naïm, accompagne à sa dernière demeure les restes chéris de ce fils qu*elle a perdu et continue d'offrir pour lui l'auguste sacrifice. Voilà ce que fait pour nous l'Église* Pourrions-

nous après cela ne pas aimer cette mère, lui obéir et la respecter ?

Enfin, Jésus-Christ touché des larmes et de la douleur de l'Eglise, la regarde, la soutient et la console : Quam mm vidisset DominuSj misericordiâ motus super eam^ dixit illi : noli flere. Et il consent à ressusciter son fils. Pour cela, il s'approche du pécheur. C'est la première condition du retour à Dieu et à la vertu. Il s'en approche par le remords, par les bonnes inspirations, par la prédication, par les bons exemples, par les saintes pensées, par les adversités, par la crainte de la mort et du jugement. Combien de fois ne s'est-il pas approché de vous de cette manière ! Il a fait plus, il a touché votre cœur glacé par le péché mortel : Et tetigit locula. Il vous a dit aussi : « Adolescens,tibi dico : Surge^ pécheur, je te l'ordonne, lève-toi. » Notre malheureux jeune homme n'eut pas plus tôt entendu cette voix du fond de son cercueil qu'il se leva sur son séant : Et resedit qui mortuus erat. Pécheurs, morts à la grâce, imitez ce jeune homme ; comme lui, ouvrez l'oreille de votre cœur à l'appel de votre Dieu. Levez-vous aussi et sortez de votre état de mort, et revenez à la vie ; quittez vos vices, abandonnez vos désordres, cessez vos scandales, prenez chaque dimanche le chemin de l'église, approchez-vous des sacrements ; montrez, en un mot, que vous êtes revenu à la vie.

L'Evangile observe que le fils de la veuve de Naïm, après s'être levé, parla : Et cœpit loqui. Sans doute, ses premières paroles furent l'expression de

sa reconnaissance, la manifestation de sa résurrection et prière à ceux qui le conduisaient de le laisser aller. Tel doit être aussi le langage du pécheur que la miséricorde divine daigne retirer de l'état de mort 011 il était plongé. Pénétré de l'immense bienfait qu'il a mérité, il doit d'abord, du fond de son cœur, en rendre de vives actions de grâces à son bienfaiteur. Mais ce n'est pas assez ! Il doit écarter, repousser loin de lui tout ce qui, en l'engageant au péché, le conduisait à Tenfer : occasions, habitudes, affections, il doit tout quitter. Enfin, il est tenu de manifester la réalité de sa résurrection par l'éclat de ses vertus. Plus le scandale de sa vie criminelle éclata, plus doit briller l'édification de sa vie nouvelle.

Jésus couronne son œuvre en rendant le jeune homme à sa mère ; et vous pouvez juger, par les larmes qu'elle avait répandues sur ce fils si cher, de son attention à lui conserver la vie qu'il vient de recouvrer, en écartant la cause qui la lui avait fait perdre. Il confie de même à l'Eglise ceux qu'il arrache à la mort spirituelle ; et celte tendre mère les entoure de toutes sortes de sollicitudes. Elle les instruit par ses leçons, les soutient par ses exhortations, les fortifie par ses sacrements, afin de les empêcher de retomber dans la mort. Si jamais vous avez le malheur de perdre la vie de la grâce, ne désespérez pas, mais soyez généreux pour correspondre à la bonté de Dieu quand il vous rappellera à lui, et un jour il vous associera à l'Eglise triomphante dans le ciel. Amen,

XVIe DIMANCHE APRES LA PENTECOTE

ÉVANGILE

Jésus étant entré un jour du sabbat dans la maison d'un des principaux pharisiens pour prendre son repas, ils l'observèrent attentivement. Et voilà qu'un hydropique se présenta devant lui. Jésus s'adressant aux docteurs de la loi et aux pharisiens, dit : « Est-il permis de faire des guérisons le jour du sabbat? » Mais ils ne répondirent rien. Pour lui, prenant cet homme par la main, il le guérit et le renvoya. Puis il leur dit : « Qui de vous, si son âne ou son bœuf tombe dans un puits, ne l'en retire pas aussitôt, le jour même du sabbat? » Et ils ne purent rien répondre à cela. Mais remarquant comment les conviés choisissaient les premières places, il leur dit cette parabole : « Lorsque vous serez invité à des noces, ne vous asseyez point dans la première place, de peur que parmi les conviés il ne se trouve quelqu'un plus considérable que vous, et que celui qui

TOUS aura invité ne vienne vous dire : Mon ami, donnez votre place à celui-ci, et que vous n'ayez la honte d'aller vous mettre à la dernière place. Mais lorsque vous serez invité, allez occuper la dernière place, afin que celai qui vous a invité vous dise, lorsqu'il viendra : Mon ami, montez plus haut, ce qui vous fera honneur parmi ceux qui seront à table avec vous ; car quiconque s'élève sera humilié, et celui qui s'humilie sera élevé. (Luc, xix, 1-11.)

HOMELIE

L'Evangile de ce jour, mes frères, nous enseigne les deux vertus principales du christianisme : la charité et l'humilité. Jésus-Christ nous montre la première par sa conduite et nous fait aimer la seconde dans une gracieuse parabole. Etudions d'abord les caractères de la charité, nous verrons ensuite la nécessité de l'humilité.

Jésus ayant quitté Jérusalem, cette ville indigne (le ses prédilections et prête à se rendre coupable de son sang, se retira en Galilée où il passa deux mois à instruire ses apôtres et ses disciples. Là, il fut invité, un jour de sabbat, à manger chez un pharisien des plus distingués de la secte. Le nombre

hojmelies et instructions pratiques 43

des convives était grand, et Jésus eut la complaisance de s'y rendre, dans l'intention de profiler de la conjoncture pour édifier, instruire, convaincre, et, s'il était possible, pour gagner à la vérité ceux avec qui il devait manger. Cette condescendance admirable de notre Sauveur à se rendre, non seulement à l'invitation de ses amis, mais à accepter également celle de ses ennemis secrets qui n'ont à son égard que des intentions malveillantes et hypocrites, confirme ce qu'il disait dans une autre circonstance : je ne suis pas venu seulement pour sauver les justes, mais aussi et surtout les pécheurs, non veni vocare justos sed peccatores. Il sait que les leçons qu'il leur donnera jointes à un miracle opéré sous leurs yeux par sa toute-puissance pourront les toucher, les éclairer et les gagner à Dieu. Quelle charité complaisante et industrieuse ! La nôtre a-t-elle quelque trait de ressemblance avec la sienne ? Dans nos rapports avec le monde, pratiquons-nous la charité même à l'égard de nos ennemis ? Leur parlons-nous ? Leur rendons-nous service ? Travaillons-nous au salut des pécheurs? Les édifions-nous par nos paroles, par nos exemples ?

Quant aux Pharisiens, ils avaient des idées bien différentes de celles de Jésus. Ils ne s'étaient réunis à ce repas que pour l'observer et trouver l'occasion de le surprendre, afin de l'accuser et le condamner. Voilà l'effet de l'envie et de la jalousie. Ils ne pouvaient supporter les succès du Sauveur ; les conquêtes qu'il faisait chaque jour par ses miracles et

par sa parole excitaient dans leurs cœurs les sentiments d'une envie qui allait jusqu'à la haine; aussi blâmaient-ils tout ce qu'il faisait et disait. Pour nous, chrétiens, enfants de l'Evangile, observons Jésus-Christ pour admirer ses vertus, profiter de ses instructions et imiter son admirable charité.

La charité est prévenante et compatissante. Jésus était avec les convives avant qu'on se fût mis à table. Alors, dit l'Evangile, il y avait devant lui un hydropique. Plusieurs commentateurs de la sainte Ecriture pensent que cet hydropique fut placé malicieusement en présence du Sauveur, pour voir s'il le guérirait malgré le jour du sabbat. Dans ce cas on ne manquerait pas de lui en faire un crime. Et quant au malade lui-même, saint Cyrille pense qu'il n'osa demander sa guérison à Jésus, retenu qu'il était par la crainte des pharisiens, mais qu'il espérait, étant devant lui, le toucher de compassion et en recevoir la santé.

La charité de Jésus prévint sa demande. Toutefois, avant de le guérir, comme notre bon Sauveur savait que les pharisiens l'observaient pour le surprendre, il leur adressa une question qui les jeta dans le plus grand embarras. Est-il permis, leur dit-il, de guérir quelqu'un le jour du sabbat, c'est-àdire, le jour consacré au Seigneur? S'ils répondent :

cela n'est pas permis, le Sauveur s'abstenant, ils n*ont rien à lui reprocher ; s'ils disent au contraire : cela est permis, ils ne peuvent plus l'accuser d'être un prévaricateur et de fouler indiguement aux pieds la loi de Moïse. Les voilà donc réduits au silence. Les voilà déconcertés.

. Que ce silence montre d'ignorance, d'aveuglement et de faiblesse, ou plutôt qu'il renferme de perfidie, de malignité et de noirceur ! Le silence est bon ou m^auvais suivant les principes dont il procède. Examinons devant Dieu quel est le motif de celui que nous gardons dans bien des rencontres?

Le Sauveur alors interprétant leur silence dans un sens affirmatif prend la main du pauvre malade et le guérit. Il leur apprend par cet acte de bienfaisance qu'il est permis, le jour du Seigneur, de faire de bonnes œuvres, des œuvres de charité et que la pratique de ces œuvres est un moyen efficace pour sanctifier le jour du sabbat.

Voulant ensuite épargner à sa charité toute censure injuste et la dégager de tout sujet de scandale, il ajoute : « Quel est celui d'entre vous qui, le jour même du Sabbat, ne tirerait pas son âne ou son bœuf du fond d'un puits s'il y était tombé ? >>

Voyez-vous, mes frères, la force invincible de cet argument? Comment, Pharisiens injustes, vous vous croyez autorisés à interrompre le repos du sabbat pour sauver la vie à un animal sans raison, e t vous oseriez me condamner de ce que je rends la santé à un malheureux hydropique?

46 DO^^nNICALES d'un CURE DE CAMPAGNE

Mettez-vous donc cet homme au-dessous de la bête ? Et les Pharisiens gardaient le silence ; ils ne pouvaient répondre un seul mot. — Le triomphe de Jésus leur fait-il ouvrir les yeux et les gagne-t-il à la bonne cause ? Nullement. Quand leurs yeux sont éblouis par l'éclat de ses œuvres merveilleuses, ils gardent le silence ou bien ils calomnient et noircissent ses intentions, disant qu'il agit par Belzébuth.

Hélas! mes frères, n'est-ce pas encore aujourd'hui la conduite que tiennent nos Pharisiens modernes? si une personne pieuse fait une bonne œuvre : « C'est, disent-ils, par ostentation, par hypocrisie. » Si le prêtre annonce la parole divine, ils l'écoutent, non pour s'instruire et profiter des enseignements divins, mais pour trouver l'occasion de critiquer le langage ou la doctrine du prédicateur. Les mêmes passions poussent toujours aux mêmes actes.

La charité est ferme et efficace. Le silence des Pharisiens et la malignité qu'il couvrait n'arrêta point la charité de Jésus : Il voit devant lui un malheureux; aussi pour le secourir il n'attend pas qu'on le prie et qu'on lui demande avec instances sa guérison. Il le prend par la main, le guérit immédiatement et le renvoie chez lui. La charité n'attend pas pour agir l'approbation de tout le monde ; elle a les

égards convenables ; mais elle sait, quand il faut, se mettre au-dessus du respect humain et mépriser des censures injustes.

Imitons la conduite de Notre-Seigneur. Quand il s'agira de remplir un devoir, de rendre un service, de faire du bien, ne reculons jamais devant les amères censures de quelques méchants ; mais allons en avant sans respect humain , n'attendant notre récom.pense que du Dieu qui voit la pureté de nos intentions. Faisons surtout du bien aux âmes esclaves du péché, car leur état est bien triste. Cet état est symbolisé par celui du malheureux hydropique.

De même que l'hydropisie enfle et altère le corps ; les passions enflent l'âme et la corrompent. Il est facile de voir ses efl'ets dans les âmes qui vivent sous l'empire de l'orgueil, de l'ambition, de la cupidité ou de tout autre vice.

Voyez cet homme dominé par l'orgueil : depuis le jour 011 il est parvenu à gravir quelques degrés de l'échelle sociale, plein de lui-même et idolâtre de ses prétendus mérites, il vise sans cesse à monter plus haut, plus il s'élève et plus son ambition lui crie : Affer^ affer. Encore cet emploi, encore cet honneur !... Il est insatiable.

La volupté est plus exigeante encore. Celui qui en est esclave veut à tout prix le plaisir; il le demande à toutes les créatures ; il le recherche par toutes les voies possibles. Pour se le procurer, il lui immole tous les jours sa conscience ; il lui sacrifie souvent

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son repos, son honneur et jusqu'à sa vie ; il l'envisage dans son aveuglement comme le bien suprême. Est-il jamais satisfait? Demandez-le au prodigue? Interrogez le grand Salomon ? L'un comme l'autre vous répondront que la volupté n'offre que des douceurs apparentes, des plaisirs fades qui ne font qu'altérer ceux qui approchent de leurs lèvres celte coupe empoisonnée.

Mais la cupidité n'offre pas des illusions moins funestes. Pour nous en convaincre, contemplez l'avare entassant trésors sur trésors. Le verrez-vous jamais satisfait? Plus il possède de richesses et plus il en désire. Vous ne l'entendrez jamais dire : « C'est assez, je ne demande pas davantage. » Non, ce vrai hydropique a toujours soif. — Que doit-il donc faire? Que doivent faire les voluptueux et ,les orgueilleux pour obtenir leur guérison? Deux choses. Comme le malheureux de notre Évangile, ils doivent se tenir en la présence de Dieu, regarder Notre-Seigneur Jésus-Christ, et désirer d'être guéris.

Alors le Sauveur leur montrera le néant des grandeurs humaines, le vide des plaisirs de ce monde, la fragilité des biens terrestres et le prix de la vertu.

Avant de finir, mes frères, écoutons Tinstruction que Notre-Seigneur adresse aux Pharisiens. Jésus voyant que les conviés choisissaient les pre-

mières places, leur dit cette parabole : « Quand vous serez conviés à des noces, ne prenez pas la première place, de peur qu'un plus grand que vous n'y soit invité, et que celui qui vous a convié ne vous dise : Cédez la place à celui-ci, et que vous n'ayez la honte d'êlre mis à la dernière. Mais quand vous aurez été convié prenez la dernière place, afin que celui qui vous a invité, vous dise : Mon ami, montez plus haut, et alors ce vous sera un sujet de gloire devant ceux qui seront à table avec vous. » Rien n'échappait, mes frères, à l'œil clairvoyant et observateur de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Au commencement de notre Évangile, l'écrivain sacré nous dit que les Pharisiens observaient notre aimable Sauveur : c'était pour le surprendre, pour l'accuser, pour le condamner. Ils ne purent y réussir; en lui tout était parfait. Et si un jour ils parviennent à obtenir sa mort et son supplice, ce ne sera qu'à force de mensonges et de calomnies. Une seule raison sérieuse, ils ne la trouveront pas contre lui. Mais le Sauveur aussi observait ses ennemis et il n'avait pas de peine à trouver en eux ce qui était bien capable de dicter contre eux une accusation légitime et sévère. Et le Sauveur ne les observait que pour les reprendre de leurs défauts, les instruire, les corriger, ou tout au moins pour nous instruire et nous corriger nous-mêmes ; car les Pharisiens endurcis ne devaient pas profiter des divines leçons du Sauveur. Il les voit donc se disputer les premières places, et il leur raconte une parabole bien

capable de leur faire sentir la démence de leur conduite.

Avant tout, ces malheureux Pharisiens voulaient des honneurs et de la gloire, et le Sauveur leur montre que, par leur empressement irréfléchi, ils s'exposent à ne rencontrer trop souvent que la honte et la confusion. Ils servaient donc bien mal les intérêts de cette gloire humaine dont ils étaient si jaloux. Mais nous, mes frères, laissons de côté le sens littéral de la parabole du Sauveur ; ce n'est pas dans Tordre des choses terrestres que le Sauveur veut nous instruire; il n'a pas l'intention ne nous apprendre par quel secret nous pourrons nous ménager la considération de nos semblables et nous attirer leurs louanges. Nous sommes avant tout appelés aux noces éternelles de l'Agneau ; nous devons ^un jour nous asseoir, la couronne d'honneur au front, au banquet de la céleste cité. Et pour qui donc sont réservées les places au festin des noces dans l'éternelle patrie? A ceux-là, mes frères, qui auront pendant leur vie pratiqué une véritable et solide humilité, à ceux qui ne se seront pas préférés à leurs frères. Donc nous ne devons pas établir la comparaison entre nos semblables et nous, pour nous placer au premier rang et laisser au prochain la dernière place. Et de quel droit, mes frères, oserions-nous porter un semblable jugement? De quel droit oserions-nous dire : « Moi, je suis bon, et telle personne est mauvaise ; moi je suis saint, et telle personne est coupable ; moi je compterai un jour

au nombre des élus et telle personne sera parmi les réprouvés. En supposant, chrétiens, que vous ne soyez pas dans Terreur par rapport au présent, dites-moi, pouvez-vous répondre de l'avenir? Ce pauvre pécheur que vous réprouvez, demain, peutêtre, sera un saint; et vous, vous pourrez être un ange déchu, un démon. Un jour, quarante chrétiens marchaient au martyre ; des soldats idolâtres les conduisaient. L'un des condamnés, vaincu par les douleurs du supplice, apostasie lâchement ; l'un des idolâtres, qui avait vu dans les cieux des couronnes portées par les Anges et suspendues sur la tête des martyrs, demande à prendre la place du renégat. En un instant, le chrétien a perdu son éternelle couronne; en un instant, le païen a mérité le bonheur des cieux. N'ayons jamais le malheur de nous préférer aux autres; mais que celui qui est debout prenne bien garde de tomber. Et voici le moyen de prévenir la chute : Quiconque s'élève ser^a humilié, et quiconque s'humilie sera élevé, Yoilà, chrétiens, le secret de notre gloire future : l'humilité.

L'orgueil nous perdrait, Phumilité nous sauvera. N'oublions pas l'histoire de l'Ange rebelle. Comment est-il tombé des cieux ? Il a voulu s'élever jusqu'au trône de Dieu, ascendam, et à l'instant même la foudre divine l'a précipité au fond des abîmes. Yoilà l'histoire de l'orgueil, voilà sa punition, voilà son avenir. La plus sainte des créatures, la Vierge sans tache, a été choisie pour de grandes choses qui se sont accomplies en elle ; elle a été la Mère du

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Fils de Dieu fait homme, elle est aujourd'hui la Reine du ciel et de la terre. Qui lui a valu cet honneur? Son humilité! Respexit humilitatem ancillœ suœ. Mettons à profit, mes frères, les grandes leçons que notre divin Maître vient de nous donner; pratiquons comme lui cette charité qui unit les cœurs et fait de la terre le vestibule du ciel ; donnons pour base à notre perfection la vertu d'humilité ; sans elle l'édifice s'écroulerait infailliblement; avec elle il résistera aux tempêtes de la vie, et nous pourrons ainsi avoir l'assurance d'être un jour exaltés dans le ciel. Ame?i,

POUR LE MÊME DIMANCHE

PROJET d'homélie

Nous savons, mes frères, que les Pharisiens étaient les ennemis déclarés du Sauveur. Jaloux de Testirae et de l'admiration générales qu'il s'était attirés par ses vertus, par sa doctrine et par ses miracles, ils ne le regardaient qu'avec un œil d'envie. Aussi observaient-ils chacune de ses paroles et chacun de ses actes afin de trouver dans sa conduite matière à une accusation qui pût le faire condamner. Telle est la marche ordinaire de l'envie qui est la plus aveugle et la plus injuste des passions. Malgré cela Jésus se rend sans difficulté au milieu d'eux. Il se livre tout entier à leur examen. Cette conduite des Pharisiens est celle d'un grand nombre de personnes dans le commerce ordinaire de la vie, dans les relations sociales. On y rencontre souvent des gens dont l'occupation est d'observer les autres pour les accuser et les condamner. N'imitons point leur conduite, pour cela ne les examinons point pour les

censurer, les dénigrer, mais pour les reprendre si nous le pouvons et si nous le devons, lorsqu'ils manquent à leur devoir. Pour arriver à ces dispositions voyons quelles sont les personnes que nous ne devons point observer, quelles sont celles que nous devons observer et dans quel esprit nous devons les observer.

Quelles sont les personnes qu'on ne doit point observer? Les personnes qui nous sont supérieures. — Parce que nous n'en sommes pas chargés directement...

Parce que nous sommes plus exposés à les observer avec méchanceté que si elles nous étaient inférieures...

L'amour-propre nous rend si difficiles l'acceptation delà supériorité des autres...

Pourquoi les Pharisiens observaient-ils Jésus- Christ? Était-ce pour profiter de ses exemples?... Ils le faisaient avec des intentions hostiles. Parce qu'ils étaient blessés de la supériorité de Jésus- Christ, des reproches qu'il leur adressait en démasquant leurs vices et leur hypocrisie, ils auraient voulu le surprendre et le perdre...

Pourquoi observons-nous nos supérieurs avec méchanceté? Pour les mêmes motifs.

Pour nous, chrétiens, animés de l'esprit de l'Évan-

gile, observons Jésus-Christ et ceux qui le représentent ici-bas pour admirer leurs vertus, profiter de leurs instructions et imiter leurs exemples.

Quant à ceux de nos supérieurs dont la conduite pourrait être peu édifiante, laissons à Dieu le soin de les juger et de les traiter selon leurs mérites...

Quelles sont les personnes que l'on doit observer ? Ce sont celles dont nous sommes chargés. D'abord nous devons nous observer continuellement nousmêmes. Examinons si nous remplissons nos devoirs et la manière dont nous les accomplissons. Nous devons étudier avec soin nos défauts pour les détruire; tourner notre attention sur nos impatiences dans les moindres contradictions ; notre susceptibilité aux plus petits manquements d'égards ; notre colère pour la plus légère offense ; nos vengeances des injures les moins graves; notre zèle pour amasser les biens de la terre et notre indifférence pour acquérir ceux du ciel... Nous faisons beaucoup pour notre corps... Que faisons-nous pour notre âme?...

Un prêtre doit observer ses ouailles, examiner si elles suivent les sentiers de la justice et de la vertu, prendre garde qu'elles ne quittent point le divin bercail pour suivre des sentiers d'égarement. Il doit poursuivre les brebis errantes pour les ramener dans son troupeau.

Un père et une mère doivent veiller constamment sur leurs enfants. Ils doivent s'assurer s*ils remplissent tous leurs devoirs et les reprendre s'ils y manquent...

Un chef de famille doit surveiller ses domestiques, remplir à leur égard les devoirs d'un père et d'une mère...

Un chef civil ou militaire est tenu de prendre soin de ses subordonnés.

Avons-nous rempli notre devoir à cet endroit? Avons-nous constamment observé ceux dont nous étions chargés? Les avons-nous observés avec justice, c'est-à-dire, sans méchanceté... sans négligence?

Dans quel esprit doit-on observer les personnes dont on est chargé ? Dans un esprit de charité. — Afin d'être utile à ces personnes... par de bons conseils... par des avertissements dont la sévérité apparente est tempérée par la douceur... Donc en observant, il faut se tenir en garde contre tout ce qui est contraire à la charité... Car après avoir observé sans charité, on corrigerait sans charité... Résultats fâcheux d'une semblable correction.

POUR LE MÊME DIMANCHE

AUTRE PROJET d'hOMÉLIE

Sanctification du dimanche.

Le zèle que les pharisiens mettaient à éviter les œuvres serviles le jour du sabbat est bien propre à condamner la conduite d'un grand nombre de chrétiens infidèles à sanctifier le saint jour du dimanche. Combien qui après avoir assisté à la sainte messe se livrent ensuite le reste de la journée à des travaux aussi stériles que scandaleux. Afin de leur rappeler leur devoir sur ce sujet, nous allons parler de l'obligation de sanctifier le dimanche.

L Obligation de sanctifier le dimanche.

(Voir le Missiomnaira de la campagne^ tome II, page 521).

1° C'est Dieu lui-même qui le commande : Me-

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mento ut diem sabbati sanctifiées. — Nous devons à Dieu non seulement un culte intérieur^ mais encore un culte extérieur et public. — Le repos et la sanctification du dimanche sont nécessaires à l'homme pour le bien du corps qui succomberait à un travail sans relâche; pour le bien de l'âme, afin qu'il y ait un jour chaque semaine où nous puissions nous occuper de notre salut et de nos intérêts éternels.

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