‹ Dominicales d'un curé de campagneChapitre 21 sur 37 · POUR L EPIPHANIE · texte numérisé non relu

POUR L EPIPHANIE

Corde credilur ad justltîam ■• ore autem fit confessîo ad salutem (Saint Paui, ad Romanos, X. 10.)

]1 faut croire de cœur pour être justifié, et confesser sa foi par ses paroles pour obtenir le salut.

La foi est le don le plus riche que Dieu puisse faire à l'homme, le premier et le principe de tous les autres dans l'ordre surnaturel. Heureux les peuples et les individus qui le possèdenti Malheureux ceux qui en sont privés! plus malheureux ceux qui l'ont perdu! Or, elle est un don tout gratuit de la miséricorde divine. Nous n'avons pu la mériter par aucune œuvre, car étant la première de toutes les vertus surnaturelles, la première vie de l'âme, il s'ensuit qu'avant de l'avoir reçue, il nous a été im-

possible de produire aucun acte qui pût nous élever jusqu'à Dieu. Il a donc fallu que la grâce nous prévînt; et si nous avons été appelés à la connaissance de Jésus et de son Évangile, si nous avons l'insigne bonheur de vivre sous l'empire salutaire de la foi, ce n'est que par une bonté libérale de Dieu à laquelle nous n'avions aucun droit acquis. Ne devons-nous pas nous écrier avec l'apôtre saint Paul, et dans un même sentiment de gratitude : « Grâce à Dieu de sou inénarrable don! Gratias Deo super inenarrabili dono ejus! )) Don excellent! don parlait! c'est la foi qui est la base et le fondement de la religion, qui est la racine de toute justification, comme s'exprime le concile de Trente, qui est l'élément indispensable de toute œuvre surnaturelle et méritoire; c'est la foi qui distingue le catholique de l'hérétique, le chrétien de l'infidèle, le croyant de l'impie ; c'est l'astre brillant qui dirigea les pas des rois Mages vers l'étable de Bethléem, qui éclaire les sentiers ténébreux de notre course ici-bas, jusqu'à ce qu'il s'éteigne aux confins de l'éternité. En appelant votre attention sur ce sujet, suis-je dans le vrai et l'à-propos, et ma parole est-elle en harmonie avec l'esprit de la solennité que nous célébrons en ce jour? Qu'il me soit donc permis de vous proposer deux considérations : J° ce que la foi nous a donné; 2° ce qu'elle exige de nous.

Qu'était le genre humain avant que le flambeau de la foi eût brillé aux yeux des nations? Il présente un état si aff'reux d'ignorance et de superstition, d'impiété et de débauche que nous ne pourrions jamais le croire s'il n'était attesté par les historiens et des monuments authentiques à la honte de cette pauvre raison humaine tant préconisée de nos jours; c'était la plus hideuse dépravation intellectuelle et morale qu'on puisse imaginer. L'ancien paganisme qu'on essaie de ressusciter à notre époque, avait corrompu les plus précieuses facultés de l'homme : l'esprit et le cœur.

La première, la plus essentielle des vérités : l'existence d'un Dieu, n'avait pas entièrement disparu, mais elle était obscurcie par mille inventions bizarres et ridicules. Au lieu d'adorer le Dieu créateur de l'univers, les hommes se prosternaient devant de viles créatures. Il y avait un nombre infini de dieux et de déesses imaginaires. Ici le soleil, la lune et les étoiles; là des plantes, des animaux, des bœufs, des dragons, des chats, des crocodiles recevaient les honneurs divins, ailleurs on encensait des dieux infâmes, souillés de vices abominables, des dieux que nos tribunaux actuels auraient condamnés à la détention ou au bagne.

Que dis-je? c'était le vice lui-même et les crimes

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les plus monstrueux : le meurtre, le parjure, l'inceste, le vol. qu'on avait divinisés sous des noms divers. On avait élevé des temples à la fortune, des temples à la peur, des temples à la fièvre; en un mot, et comme l'a dit Bossuet, tout était Dieu excepté Dieu luimême, et l'univers entier n'était qu'un temple d'idoles.

Ne connaissant pas le vrai Dieu, l'homme ignorait également sa propre nature et ses destinées. Qui suis-je? D'où viens-je? oîivais-je? Mon âme est-elle spirituelle ou matérielle? Doit-elle mourir ou survivre à la ruine du corps? Questions essentielles s'il en fut jamais. Questions décives pour le bonheur et le malheur éternel. C'étaient autant de problèmes oîi se perdait la raison, et qu'elle n'abordait qu'en tremblant. Consultez les oracles de la sagesse païenne, les philosophes, les lettrés, et vous serez étonnés que les questions si simples pour nous, éclairés de la lumière d'en haut, ne soient nulle part nettement résolues et qu'il n'y ait partout que ténèbres et absurdités.

Que de mystères encore dans l'homme! Il est à lui-même une énigme inexplicable. D'un côté il porte les caractères ineffaçables de son excellence; de l'autre les preuves évidentes de sa misère. Être sublime et créature dégradée : il aime le bien et il fait le mal ; son âme veut s'élever vers le ciel et un penchant violent l'entraîne vers la terre. 11 semble qu'il y ait en lui comme deux hommes, en guerre perpétuelle, dont 1 un veut toujours écouter et

l'autre ne jamais obéir. Or, avant le règne de la foi, trouvez un philosophe, un sage qui ait pu expliquer ces contrariétés dans une même personne : cette inclination au mal avec cet amour du bien, ces impétueuses saillies de la cupidité avec ces cuisants remords de la conscience, c'est un abîme que tous les efforts de la science humaine n'ont jamais pu sonder.

2° Avant Jésus-Christ quels affreux débordements ! tous les devoirs étaient méconnus, on foulait aux pieds ouvertement les lois les plus sacrées de la pudeur et de la tempérance. Le vice comme une affreuse gangrène avait souillé, maculé le genre humain tout entier et se montrait partout sous mille formes monstrueuses. Et ici, qui oserait dévoiler cet amas de corruption, d'impuretés, d'infamies; ces crimes sans nom avec lesquels on était si familiarisé qu'on n'en savait plus rougir. Mais faut-il s'étonner que l'homme fût méchant et pervers, quand les dieux donnaient l'exemple de tous les vices, quand le crime était nécessaire pour les adorer, quand les voleurs, les homicides, les adultères avaient leurs protecteurs dans le ciel? Alors les temples n'étaient plus que des antres de débauches, et des écoles où l'on apprenait à s'abandonner aux plus honteux excès. Tirons le voile sur ces horreurs et déplorons la faiblesse de notre pauvre nature qui se perd dans la fange de tous les vices si la foi ne vient, comme un sel mystérieux, la préserver de la corruption.

De plus, avant le règne de la foi, on eût dit qu'il n'y avait pas d'amour au cœur de l'homme. On se

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jouait des droits les plus sacrés de l'humanité, et l'histoire nous raconte des abominations qui font frémir. N'avez-vous pas entendu parler de ces sacrifices où le sang humain rougissait l'autel des idoles, où des mères dénaturées livraient leurs enfants pour être immolées, et croyaient se rendre agréables à la divinité, en assistant d'un œil sec à ce spectacle horrible, et en étoullant par des chants impies les gémissements de l'innocente victime? Les peuples civilisés, les Grecs et les Romains ont eu ces coutumes barbares, et la terre même que nous habitons a bu le sang d'une multitude innombrable de malheureux égorgés en l'honneur des dieux.

Représentez-vous encore les cruautés inouïes exercées à l'égard des esclaves qu'on traitait comme un vil bétail, et qui pour la moindre faute, pour une légère imprudence, pour avoir laissé tomber de ses mains une amphore d'argile, étaient torturés, assommés, jetés dans les viviers pour servir de nourriture aux murènes, ou bien livrés à la dent des lions, des tigres et des panthères, selon les ordres arbitraires d'un maître capricieux. 0 Spartacus, j'aurais été des tiens!

Quelle barbarie, enfin, dans ces combats de gladiateurs où l'on se faisait un spectacle de l'homicide, où des hommes et des femmes de familles nobles s'entre-tuaient pour le divertissement d'une populace ivre de sang!

Yoilà le monde tel que le paganisme l'avait fait. Une partie du genre humain opprimait, tourmen-

tait, écrasait l'autre. Partout le règue de la force brutale, dans la famille et dans ia société, nulle justice, nulle pitié ! Aux riches, aux puissants, les plaisirs, les honneurs ; aux petits et aux pauvres les rebuts, les vexations, le désespoir, la mort. Tel est encore le sort des peuples que le Seigneur n'a pas visités dans sa miséricorde. En Afrique, en Asie, chez toutes les nations idolâtres, on retrouve cette férocité, ces abominations dont ^le christianisme nous a délivrés. Tant il est vrai, que sans la foi, tous les peuples sont cruels et barbares el que l'idolâtrie ne peut être qu'un culte de sang, parce qu'elle est le culte de celui qui a été homicide dès le commencement. Mais béni soit le Seigneur de toute bonté qui vous a fait naître dans les temps favorisés de sa grâce et dans un pays où les dons du ciel nous sont prodigués avec tant d'abondance; dons pour l'esprit, dons pouf le cœur.

3*^ C'est la foi qui nous a fait connaître le vrai Dieu qui n'était connu auparavant que dans la Judée. Aux rayonnantes clartés de l'Evangile, ont disparu les simulacres impurs, ces dieux de bois ou de pierre, ouvrages de la main des hommes, comme disparaissent les hiboux et les chats huants à l'apparition de l'astre du jour, et le genre humain a enfin adoré le Dieu trop longtemps oublié, par qui tout a été fait et sans lequel rien n'a été fait; aux idées les plus grossières ont succédé les idées les plus pures et les plus sublimes sur la nature divine.

La foi nous a dévoilé quelques-unes de ces infinies

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perfections; cette toute-puissance que rien n'arrête, cette immensité que rien ne borne, cette éternité que rien ne limite, cette sagesse suprême qui veille à la conservation des mondes qu'elle a harmonisés entre eux, celte bonté inépuisable qui s'étend sur tous les besoins des êtres créés, cette miséricorde qui aime à pardonner aux plus grands coupables, cette justice qui rend à chacun selon ses œuvres, sans acception de personne. Enfin c'est la foi qui nous apprend à penser de Dieu, à parler de Dieu, comme nous faisons, et sans elle nous eussions été aussi stupidement ignorants, aussi invinciblement aveugles que les païens.

La foi est venue encore éclairer nos esprits, en nous faisant connaître et notre origine et notre fin dernière. Par elle, Thomme sait qu'il est composé d'un corps périssable et d'une âme immortelle faite à l'image de Dieu; que loin d'être un effet du hasard, il est au contraire un des plus beaux ouvrages du Seigneur, élevé au-dessus de toutes les créatures dont il est le roi, le pontife et l'usufruitier, et seulement un peu inférieur aux Anges. Mais d'un autre côté, ouvrage dégradé dès l'origine par le péché de notre premier père, de là le principe de tous les malheurs qui nous affligent; de là ces ténèbres qui obscurcissent notre entendement, ce combat de la chair contre l'esprit, cette inclination au mal dans une âme qui se sent faite pour le bien.

Où est le remède à un si grand désordre? La foi nous le montre en Jésus-Christ notre réparateur,

qui s*est revêtu de notre nature pour le rétablir dans ses droits et dont le sang a été comme un baume précieux qui a guéri toutes nos blessures. Ainsi la loi nous explique la cause de nos grandeurs et de nos misères, la chute du genre humain et sa réhabilitation. De plus elle nous indique des moyens infaillibles pour parvenir à la bienheureuse immortalité : la grâce du Rédempteur et l'observation des préceptes divins, et nous fournit, en même temps, les motifs les plus puissants pour travailler à nous en rendre dignes : l'amour, la crainte et l'espérance. Magnifiques enseignements de la religion que nous n'eussions jamais connus, ô mon Dieu! si vous n'aviez daigné vous-même, nous en instruire. Mais la foi nous explique tout ce qu'il nous est utile de savoir. Elle nous explique Dieu, elle nous explique l'homme; et de nos jours avec la foi, un simple artisan, un laboureur, une pauvre femme, un petit enfant sont plus instruits sur la nature de Dieu et sur leurs propres destinées que tous ces philosophes anciens et modernes, si fiers de leur science et qui se croient infiniment supérieurs au vulgaire.

2° La foi n'a pas seulement éclairé l'esprit de l'homme, elle a corrigé la dépravation de son cœur. Dès que cette grande et purifiante lumière se leva sur les nations assises dans les ombres de la mort, le crime fut confondu, le vice proscrit, la terre renouvelée. Au sein d'une licence effrénée, on vit tout à coup briller les plus belles, les plus sublimes vertus : la chasteté, la douceur, l'humilité, la pa-

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tience, le désintéressement. De tous côtés s'exhala un doux parfum d'innocence et de piété. Et le monde fut étonné de voir d'infâmee courtisanes devenir des Madeleines pénitentes, et des voluptueux délicats, préférer les rigueurs de la mortification et les tortures du martyre, à Tattrait des plaisirs les plus séduisants. Et voilà comment la foi, en apprenant à connaître le vrai bien, donne aussi la force de l'accomplir.

Non seulement elle obligea les hommes à se respecter eux-mêmes, elle leur fit un devoir de respecter leurs semblables. C'est elle qui a poli la rudesse des mœurs, aboli les sacrifices humains, brisé, ou du moins allégé les chaînes de l'esclavage. C'est elle qui a promulgué cette loi divine de la charité qui nous a fait voir et aimer dans chaque homme, un frère fait à l'image de Dieu comme nous, destiné à régner un jour dans le ciel comme nous. Par elle le chrétien a compris que nous sommes tous égaux aux yeux de Dieu ; que le maître est pétri du même limon que l'esclave ; que nos seules vertus nous distinguent; que les plus doux, les plus gens de bien, les plus humbles seront les plus élevés dans la gloire. Et par un heureux effet de ces enseignements salutaires, le pauvre a été réhabilité, ses larmes ont été essuyées, et le fardeau de ses peines allégé, car la foi chrétienne a une consolation pour toutes les misères, un adoucissement pour toutes les douleurs. Tels sont les bienfaits du christianisme ; loi d'amitié et de concorde ; loi, s'écrie le prophète, plus dési-

rable que l'or et les pierreries, plus douce que le miel, heureux ceux qui l'accomplissent ! Ils sont les plus pacifiques, les plus compatissants, les plus charitables des hommes, tandis que l'impie a le cœur dur et ses entrailles ne s'émeuvent jamais, ni au souvenir, ni au spectacle de l'infortune; grâces vous soient rendues, ô mon Dieu ! pour l'inestimable bienfait de la foi ! Grâces aux saints Apôtres qui l'ont annoncée par tant de travaux et de souffrances ! grâces à l'Église catholique qui en est la dépositaire et de qui nous l'avons tous reçue ? Grâces à tous les généreux évêques qui la soutiennent et l'honorent et par leur vigilance pastorale, et par la sainteté de leur vie.

Et maintenant celte foi que vous avez reçue, qui vous élève si fort au-dessus des peuples païens, même les plus civilisés, cette foi qui vous donne des connaissances si étendues et si solides sur Dieu et sur vous-mêmes; cette foi qui vous a pourvus de moyens de sanctification si nombreux et si efficaces, qu'est-ce qu'elle doit être dans la pratique et qu'estelle effectivement chez vous?

Sans aucun doute elle doit être agissante et courageuse; croire et vivre conformément à sa croyance, voilà la vie d'un chrétien, je n'en connais pas d'autre. Le poète l'a dit : « La foi qui n'agit pas, est-ce III. " 14

une foi sincère? » Si la religion n'était qu'un système de philosophie spéculative, elle n'exigerait de notre part que l'adhésion de notre esprit, que l'hommage de notre raison; mais elle est encore, mais elle est surtout un code de morale, et, à ce titre, elle a le droit de réclamer l'hommage de notre cœur, et d'en régler les affections et les mouvements ; aussi Jésus-Christ ne demande pas des contemplateurs oisifs; mais des ouvriers laborieux; parce que la foi sans les œuvres est inerte, comme un cadavre d'où la vie s'est retirée et oti le pouls a cessé de battre. Elle ne nous est pas donnée pour connaître et croire seulement, mais pour agir et mettre en pratique ce que nous croyons. Et qu'importe en effet de dire : « Je crois en Dieu créateur du ciel et de la terre et maître souverain des anges et des humains, principe et fin de toute chose créée, si vous méprisez la loi sainte; je crois en Jésus-Christ, si vous rougissez de la croix, si vous ne vivez comme il a vécu; je crois à un enfer éternel, si vous ne faites rien pour l'éviter; je crois à un paradis, si vous ne faites rien pour le conquérir?)) Suffit-il de dire : «Seigneur! Seigneur! )) pour entrer dans le royaume des cieux? Non assurément; mais il faut accomplir la volonté du Père céleste, sinon, votre foi n'aboutit à rien, que dis-je? Elle vous servira; mais à rendre votre conduite plus inexcusable, mais à vous attirer un châtiment plus rigoureux.

Votre foi doit être courageuse, c'est-à-dire qu'elle doit vous rendre supérieur aux épreuves les plus

dures et les plus séduisantes, aux tourments et aux plaisirs, aux mépris et aux honneurs, à la vie et à la mort.

Tiennent les impies et les mécréants avec leurs railleries et leurs sarcasmes; qu'ils traitent nos mystères d'absurdités révoltantes, nos croyances de puérile crédulité, nos pratiques de piété de bigotisme imbécile; la foi nous apprend à dédaigner ces prétendus esprits forts dont toute la sagesse n'est que folie; elle nous préserve de la contagion de leurs maximes et de leurs exemples, et nous fait marcher hardiment devant eux sans aucune craijite de leurs vains jugements.

Vienne le monde avec ses joies et ses fêtes, avec ses biens et ses grandeurs; la foi nous en découvre la frivolité; et pour nous sauvegarder contre ses séductions, elle nous ouvre le ciel, séjour de délices ineffables, de repos inaltérable, de bonheur éternel qu'on ne peut conquérir que par la croix.

Vienne le démon avec toute sa malice et toute sa rage; la foi nous dévoile les ruses et les artifices de ce cruel ennemi de notre salut, qui ne fait de nous sur la terre les complices de sa rébellion, que pour faire de nous dans l'éternité les compagnons de son supplice.

Vienne la chair avec ses révoltes et ses appétits; la foi nous fait surmonter ses penchants déréglés et ses convoitises, afin de conserver la pureté de l'âme, notre plus précieux trésor.

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Ainsi la véritable foi donne au chrétien la force de vaincre l'enfer et de se vaincre lui-même.

Elle élève, elle grandit l'âme, centuple sa puissance et l'engage atout sacrifier, à tout souffrir plutôt que de trahir la cause de son Dieu plutôt que de l'offenser par un péché mortel.

Yoilà donc ce que doit être la foi d'un chrétien, une foi agissante, une foi courageuse.

Et maintenant me permettez-vous de vous le demander, quelle est la vôtre? Vous êtes chrétiens, puisque vous êles nés d'une mère chrétienne ; vous êtes chrétiens, puisque vous en avez reçu le titre et le caractère au baptême; vous êtes chrétiens, puisque vous avez été élevés selon les principes de la religion catholique; vous êtes chrétiens, puisque vous en avez pratiqué les devoirs dans les premières années de votre vie; alors votre conduite était en harmonie avec vos principes. Aujourd'hui, quel contraste! La foi, vous l'avez encore dans le cœur ; mais elle n'est plus dans vos œuvres.

Vous dites : « Je crois en Dieu maître et souverain législateur des hommes, m et vous méprisez sa loi sainte, et vous blasphémez son nom adorable, et vous ne le priez jamais; et vous profanez le jour qu'il s'est réservé pour son culte. De quoi vous servira votre foi? 0 homme insensé! Les démons croient et n'en sont pas moins des démons : Dœmones credunt et contremiscunt.

Vous croyez, dites-vous, en Jésus-Christ, sauveur, maître et modèle de tous les hommes, et vous rou-

gissez de son Évangile! Et les exemples de sa vie, et la grâce de ses sacrements , vous n'en tenez nul compte. Lui obéissez-vous quand il vous commande de montrer votre lèpre au prêtre, de manger sa chair sacrée, vous qui ne vous confessez jamais ou rarement? Vous qui n'accomplissez pas le devoir pascal.

Vous croyez, dites-vous, à l'Église catholique, apostolique et romaine, fondée, établie par Jésus- Christ sur le roc inébranlable de Dieu, mais alors, pourquoi vous rangez-vous du côté de ses ennemis? Pourquoi, étant catholique et croyant, parlez-vous du Chef de l'Église comme un hérétique et un mécréant? Pourquoi violez-vous sans façon les lois de l'abstinence promulguées par l'Église et n'établissezvous aucune différence entre les jours de la semaine?

Vous croyez, dites-vous, à la rémission des péchés, par conséquent à l'efficacité des sacrements établis par le Rédempteur ; mais alors pourquoi les profanez-vous? surtout le sacrement de Pénitence et d'Eucharistie, et plus encore le sacrement de mariage? Combien y en a-t-il qui s'y préparent chrétiennement, qui le reçoivent dignement? Le nombre en est-il petit! L'immense majorité vient contracter au pied des autels des engagements solennels et irrévocables avec une conscience souillée. Et l'on s'étonne que la famille soit menacée dans son existence, que la discorde, l'adultère et la misère viennent s'asseoir au foyer domestique !

Vous croyez, dites-vous, à un enfer éternel réservé

aux méchants, à un ciel éternel, promis aux bons; et TOUS ne faites rien pour éviter le premier, rien pour gagner le second. Vous vous imaginez que le ciel vous sera donné gratuitement et à des conditions meilleures qu'aux autres. Mais non, le ciel est une couronne, une récompense, le courage et le mérite seuls peuvent l'opérer. Vous ne pouvez croire que la justice divine ne saura sévir contre vous, comme elle a sévi contre tant d'autres. Détrompezvous î Dieu est bon, miséricordieux à l'excès ici-bas; mais si vous mourez en état de péché mortel, croyezle bien, c'en est fait de vous pour jamais.

Comparez le symbole , votre profession de foi, avec le décalogue, la règle indispensable de votre conduite, que voyez-vous? L'opposition la plus effrayante.

C'est donc en vain que vous venez dire : « J'ai des principes, j'aime ma religion. » Où en serions-nous si les saints s'étaient contentés de tenir votre langage et n'avaient pas pris au sérieux leurs engagements de chrétiens; si les martyrs devant les bourreaux n'avaient pas soutenu la profession de leur foi par un courage invincible, par une patience inaltérable? Que serait devenue la religion en France à l'époque de la néfaste révolution de 89, si nos évoques et nos prêtres n'avaient pas su ou prendre le chemin de l'exil, ou monter à l'échafaud et rester fidèles à leurs serments? Nous serions aujourd'hui comme la protestante Angleterre. Et si nous sommes encore la première nation de l'univers, vous savez à qui nous

le devons ; à des hommes qui ont su vivre et mourir pour leur religion. Imitez de si beaux exemples; soyez chrétiens, et par la foi et par la conduite, et vous sauverez la société et la famille et vous vous sauverez vous-mêmes. Je vous le souhaite. Amen.

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