‹ Dominicales d'un curé de campagneChapitre 30 sur 37 · SAINT ANDRE · texte numérisé non relu

SAINT ANDRE

Anihulans autem Jésus juxta mare Galilœœ vidit duos fratres^ Simonem qui vocatur Petrus et .Jndream fratrem ejus, mittentes rete in mare ; et ait illis : Venite post me, et faciam vos piscatores hominum. /^^Math., IV, 18.)

Mes Frères,

La fête d'un Patron est encore pour vous un jour de joie, un jour béni. Afin de seconder cet élan de vos cœurs, je viens rappeler à vos esprits quelquesunes des gloires de saint André.

Saint André eut Je bonheur de naître à peu près dans le même temps que le divin Sauveur. La petite ville de Bethsaïde garda son berceau. Ses parents ne comptaient point parmi les heureux du siècle et les

favoris de la fortune. Vivre au jour le jour des sueurs de leur front, c'était leur condition. Une barque, quelques filets, constituaient toutes leurs richesses. Ce fut auprès de parents si humbles et si pauvres que saint André passa les premières années de sa vie ; et dès que ses forces le lui permirent il embrassa leur modeste état. Exemple trop rarement suivi par les jeunes gens de notre époque ; car pour vouloir sortir de l'état où Dieu les a fait naître, ils se rendent malheureux et font souvent la ruine et même la honte de leur famille.

Le jeune André s'occupait donc de son humble métier avec autant d'application que s'il eût rempli les plus hautes fonctions ; et néanmoins, ces soins donnés à la vie matérielle ne lui faisaient point oublier ce qu'il devait à la vie spirituelle ; il savait tout quitter pour se procurer le bonheur d'entendre la parole de Dieu. Il fut un des premiers disciples de saint Jean-Baptiste. Que ce zèle du pauvre batelier de Bethsaïde à pourvoir aux besoins de son âme est propre à condamner notre négligence à cet égard ! Combien son empressement à aller écouter la parole sainte est capable de nous couvrir de honte, nous qui n'avons pour elle que du mépris et de la froideur I

De pareilles dispositions dans notre saint devaient attirer les regards du ciel. Un jour que Pierre et André, son frère, jetaient leurs filets sur le lac de Galilée, Jésus passa près d'eux et leur dit: « Suivezmoi: Veniie post me, » — Et sur-le-champ, quittant

leurs filets, ils le suivirent: Etcontinuo, relictis retibus, secuti sunt eum. Quelle foi ! quelle confiance ! La prudence humaine n'est point écoutée ; la voix de Dieu est obéie, et obéie avec le plus saint empressement. Combien de fois Dieu ne vous a-t-il pas appelé ? Combien de fois ne vous a-t-il pas pressé de marcher sur ses traces, de vous débarrasser des sollicitudes terrestres, de rompre les attaches trop naturelles qui enchaînent votre cœur, et vous avez refusé : Vocavi et renuistis.

La docilité que saint André montra au moment de sa vocation à l'apostolat ne fat pas une vertu d'un jour, mais elle fut un caractère de sa vie. Aucun disciple ne fut plus empressé auprès du Sauveur, toujours prêt à exécuter ses ordres et même à prévenir ses désirs. Il prêchait, il baptisait et remplissait tous les devoirs d'un apôtre avec un zèle qui s'atisait par l'exercice et s*enflamraait par les résistances. Aussi après la Pentecôte, on le vit parcourir à pas de géant toutes les provinces de la Judée, de la Thrace, de l'Epire, visitant la Scythie, la Capadoce, la Bythinie jusqu'aux confins de la mer Noire. Il entra même dans l'Albanie. Nul obstacle ne pouvait l'arrêter. Au seul nom de Jésus-Christ il renversait tous les obstacles. Il déjouait sans efforts tous les pièges de l'enfer, toutes les ruses des passions. Tout cédait devant la puissance de sa foi et l'ardeur de son zèle. Les faux dieux voyaient leurs autels renversés, leurs idoles brisées, leurs temples démolis. Les peuples jusque-là assis à l'ombre des

ténèbres de la mort recevaient la lumière évangélique et recouvraient la liberté des enfants de Dieu.

Le zèle du salut des âmes est sans doute, chrétiens, la vertu spéciale des apôtres, mais elle est aussi une vertu propre au vrai chrétien.

Nous ne pouvons être vraiment disciples du Sauveur si nous n'avons pas ce feu de la charité qui cherche à se communiquer pour ramener toutes les âmes à Dieu et les réunir toutes dans le cœur de Jésus. Avons-nous cet amour des âmes ? L'avonsnous au moins pour la nôtre? Que notre conscience réponde, et prenons garde à l'égoïsme qui envahit tous les cœurs.

Entré en Achaïe, André se met à prêcher dans la ville de Patras avec un redoublement de zèle. De son côté le démon fait de nouveaux efforts pour contrarier son œuvre. Il se sert du proconsul Egée qui condamne hautement la propagande entreprise par cet étranger galiléen. L'Apôtre qui ne redoute aucune puissance terrestre et qui sait qu'il vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, va de lui-même trouver le proconsul et lui parle ouvertement de Celui qui jugera un jour les puissances de ce monde. Il l'engage fortement à reconnaître ce juge suprême qui est le Christ, Fils de Dieu, mort sur la croix et ressuscité par sa toute-puissance. Mais Egée ne

comprend rien à ces sublimes yérités, et pour toute réponse il ordonne à l'Apôtre de sacrifier aux idoles. (t Moi, sacrifier aux idoles ! Je sacrifie tous les jours ; mais ce n'est point aux démons, c'est au Dieu tout-puissant. Je lui offre non pas la chair des taureaux, ni le sang des boucs, mais Tagneau sans tache immolé sur la croix. De la chair de cette victime je nourris tout le peuple, et après le sacrifice, cet Agneau immaculé demeure plein de vie comme auparavant. « Combien, mes frères, ce courage à proclamer la foi chrétienne, condaaine notre lâcheté et notre respect humain !

Irrité de tant de constance, le proconsul fait jeter le saint apôtre dans un ténébreux cachot. André subit ce premier outrage avec une joie qui étonne ses bourreaux. Ils en verront bien d'autres. Le lendemain le martyr est rappelé devant le tribunal du tyran et menacé du supplice de la croix, s'il ne sacrifie aux idoles. « 0 prince, s'écrie TApôtre, comment veux-tu que j'adore tes dieux de bois ou de pierre, lorsque tu me menaces du supplice après lequel je soupire depuis longtemps ! Non, jamais je ne fléchirai le genou devant tes dieux; mais toi, hâtetoi de me rendre semblable au mien en faisant exécuter tes menaces. » Courroucé par ce langage, le proconsul ordonne que le martyr soit flagellé jusqu'au sang ; mais comme celui-ci ne parle qu'avec plus de force et d'éloquence, il le condamne sur-lechamp au supplice de la croix. En entendant prononcer cette sentence, le saint entre dans les trans-

ports d'une vive allégresse ; il loue hautement le Seigneur et le bénit de ce qu'il lui accorde la grâce de le suivre jusqu'au calvaire, et lorsque le peuple indigné de la cruauté du proconsul demande grâce pour l'apôtre, celui-ci supplie instamment la foule qui lui témoigne tant d'intérêt de ne pas empêcher son supplice, de ne pas retarder son martyre. Puis, apercevant la croix sur laquelle il devait être attaché : « 0 croix sainte, s'écrie-t-il, croix qui avez été consacrée par le corps de Jésus-Christ qui reposa sur vous, je vous salue ! Salut, ô croix si longtemps désirée, si ardemment aimée I Croix auguste que j'ai toujours cherchée et qui enfin êtes préparée à mes amoureux transports, recevez-moi et rendezmoi à mon Maître, afin que je passe de vos bras dans les bras de Celui qui m'a racheté pour vous. »

Attaché à ce bois sacré, suspendu entre le ciel et la terre, l'Apôtre se sert de son gibet comme d'une chaire du haut de laquelle il continue pendant deux jours à prêcher le nom de Jésus crucifié. Quelle éloquence dans cette prédication où l'exemple accompagnait si bien la parole I Aussi de plus en plus irrité de la cruauté du proconsul, le peuple demande avec de nouvelles instances, et avec des cris menaçants que l'Apôtre* soit détaché de la croix. Redoutant une sédition, Egée accorde ce qu'on lui demande, et déjà les bourreaux s'approchent de la croix pour exécuter les ordres du proconsul, lorsque le saint fait à haute voix cette prière vraiment étonnante: « 0 mon Sauveur, tandis que vous étiez

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étendu sur Tarbre de la croix, on tous pressait d'en descendre. En le faisant vous eussiez manifesté une fois de plus votre puissance et votre divinité, vous ne le fîtes cependant pas, parce que vous vouliez que voire sacrifice fût complet. Ne permettez donc pas que votre serviteur qui n'a aucun motif de descendre du gibet que vous lui avez mérité, en soit détaché. Recevez-moi plutôt entre vos mains, afin qu'il ne soit pas dit que le disciple a été mieux traité que le maître. » Avec ces mots, l'âme du martyr s'échappe de sa poitrine en jetant tout autour les rayons d'une éclatante splendeur.

Je devrais me taire maintenant, ô chrétiens, et vous laisser admirer en silence ce prodige de courage chrétien, prodige, en effet, des plus étonnants qu'une créature qui naturellement abhorre la souffrance, ait soupiré si ardemment après la croix, ait aimé si passionnément la croix, ait craint si follement de ne pas mourir par la croix ! Eh quoi, Pierre, le chef suprême de l'Eglise, a fui devant la croix ; le Sauveur lui-même a été saisi de crainte en présence de la croix, et un pauvre batelier ne trouve son bonheur que dans la croix ! Encore une fois, il y a là un prodige des plus éclatants.

Mais pour être un prodige, cet amour de notre saint pour la croix, n'en fait pas moins notre honte ; car autant il aimait la croix, autant nous en avons horreur ; autant il la recherchait, autant nous la fuyons ; autant il se réjouissait à sa vue, autant nous nous attristons lorsque le Seigneur nous la

présente ; autant il craignait de la perdre, autant nous désirons d'en être débarrassés. Eh bien ! dans ces manières d'agir et ces pensées si diverses où est la raison? Où est la sagesse? Où est la folie ? Ah ! la folie est toute de notre côté, car il est écrit que le salut est dans la croix. Modifions donc nos jugements. Ne fuyons plus la croix, mais recherchons-la, ou du moins acceptons-la avec résignation, afm que par elle nous arrivions au bonheur éternel. Ainsi soit-il.

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