ESPÉRANCE CHRETIENNE
SA SUPÉRIORITÉ SUR l'eSPÉRANCE MONDAINE
Bonum est ponerein Domino speynmtam. (Ps. 72, 28.)
Un fait qui se vérifie à chaque instant, c'est que l'homme vit moins par les jouissances actuelles que par celles qu'il attend ; sa vie est moins dans une réalité présente que dans quelque chose que l'ave-nir renferme encore dans son sein et qui souvent ne sera qu'une illusion. Mais illusion ou réalité, cet objet est le terme de toutes les aspirations de son cœur, Ainsi se trouve éminemment vraie cette parole que l'on dit tous les jours : l'homme vit d'espoir. Dès l'instant, en effet, où il n'espère plus, il meurt, ou violemment par un acte énergique de son désespoir, ou insensiblement par une suite inévitable de ce même désespoir.
L'espérance est donc comme la base, le fond de
la vie humaine. Cette vie sera donc d'autant plus forte, plus large, que son fondement sera plus solide. Or, comme il est ici-bas des espérances de plus d'un genre, étudions-les un moment, voyons celles qui peuvent donner plus de vie afin qu'elles soient les nôtres.
Aujourd'hui, comme au temps des premiers Patriarches, on peut diviser les hommes en deux classes : les enfants de Dieu et les enfants des hommes. Seth et Gain ont aujourd'hui encore leurs descendants. Les uns pieux comme leurs ancêtres, marchent dans les voies du Seigneur, et observent sa loi; les autres pervers comme leur père, oublient leur Dieu, et suivent les désirs insensés de leur cœur. Ceux-là sont les vrais disciples du Christ et nous les appelons pour cela chrétiens^ et ceux-là sont les partisans du monde et nous les désignons sous le nom de mondains.
Ces deux classes d'hommes ont chacune leurs espérances particulières; entre eux il n'est presque rien de commun. Nous pouvons donc diviser les espérances qui font la vie de l'homme en deux classes aussi: les espérances chrétiennes et les espérances mondaines. Nous pouvons ainsi plus facilement les mettre en parallèle. Examinons donc leur oj'igine, leur objet, leur durée et leurs efTets. — Un coup d'œil rapide sur chacun de ces rapports, va nous mettre à même de prononcer le jugement le plus sain et le plus équitable.
1° Yotre cœur est plein d'espérances, ô chrétiens;
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mais d'où viennent-elles? Quelle est leur source? Qui les a fait naître dans votre âme? Me direz-vous qu'elles viennent de vous, que c'est vous qui les avez produites. Mais alors comment se fait-il que vous les puissiez perdre, et qu'en vérité vous les perdriez quelquefois? Comment se fait-il que d'autres qui ont un cœur comme vous, qui ont des désirs comme vous, qui seraient heureux d'avoir les espérances que vous avez ne peuvent cependant pas se les donner! Enseignez-leur par charité le secret de se faire possesseurs d'un bien si précieux. Mais non, vous ne l'avez pas, ce secret, et votre foi, autant que votre bon sens vous disent très bien que les espér rances qui débordent dans votre cœur ne sont pas de vous, que vous n'avez pas pu vous les donner, que vous ne seriez pas même assez puissant pour les conserver si Celui dont elles procèdent ne s'en constituait lui-même le gardien : Spes mea à Domino, disait David; vous pouvez en dire autant. Votre espérance vient de Dieu. C'est son infinie bonté, c'est sa souveraine munificence qui en a enrichi votre cœur. Il vous a choisi entre mille et, par une préférence qui mérite votre gratitude, il vous a, comme il le fit pour le prophète royal, solidement établi dans l'espérance : 7w, Domine ^ singulainter in spe constituisti me. Voilà l'origine de vos espérances, chrétiens, est-elle noble, sublime? Montrez celle des vôtres, mondains, et voyons si elle a autant d'éclat et de grandeur.
D'où viennent-elles? vos espérances? Est-ce de
Dieu aussi, qui les a produites? Mais Dieu peut-il produire quelque chose d'aussi petit, d'aussi bas, d'aussi impur, d'aussi éphémère? Nous verrons tantôt que vos espérances sont tout cela.
Dieu peut-il faire naître dans un cœur des espérances qu'il condamne dans un autre? Peut-il ainsi se contredire? Il prononce dans son Évangile, un anathème contre les richesses de la terre, les plaisirs des sens, l'orgueil de la vie et vous voudriez le faire auteur des espérances qui sont fondées sur ces objets? Ah! ne blasphémez pas ainsi la divine sagesse ! Vos espérances n'ont point une origine aussi noble; elles viennent des désirs insatiables et criminels de votre cœur. La preuve en est que chacun peut se les donner; il n'a qu'à se laisser aller aux ardentes convoitises de son âme. Or, une pareille origine peut-elle soutenir le parallèle avec celle des espérances du chrétien! Quelle est petite, basse, corrompue à côté de l'autre ! Sous le rapport de l'origine, l'avantage est donc pour vos espérances, ô chrétiens ; en est-il de même sous le rapport de leur objet?
2° L'objet d'une chose est ce qui en fait le terme. Qu'est-ce qui fait le terme de vos espérances, chrétiens? C'est que vous placez tout votre bonheur dans Dieu lui-même ; c'est là, en vérité ce qui constitue l'objet réel de vos aspirations. Yous n'espérez que pour avoir le bonheur et ce bonheur, vous ne l'attendez qu'en Dieu. Le bonheur en Dieu, voilà donc l'objet de vos espérances. Quel est celui des vôtres,
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mondains? Est-ce aussi le bonheur en Dieu? Non, car vous ne pensez pas à Dieu, vous ne tendez pas à lui, vous n'aspirez pas vers lui. Mais c'est le bonheur dans la créature, dans les biens de la terre, que vous les appeliez richesses, honneurs, gloire ou plaisirs. N'est-ce pas, en effet, dans leur possession que vous mettez votre bonheur? Et n'est-ce pas à les posséder que vous aspirez sans cesse? L'objet de vos espérances est donc bien inférieur à celui des espérances du chrétien. L'un est tout terrestre, l'autre est tout céleste. Il y a donc entre eux toute la distance du ciel et de la terre : l'un, haut, grand comme Dieu, et l'autre, petit et bas comme la créature.
3° Faudra-t-il donc s'étonner si a\ec des objets si divers, les espérances que nous comparons, ont des durées si diverses. La solidité, et par conséquent la durée d'une chose ne se calcule-t-elle pas sur la solidité et la durée de ses fondements? Si vous bâtissez sur le sable, si vous édifiez en l'air, pouvezvous avoir une base solide et par conséquent un édifice durable ! Et si vous voulez quelque chose de permanent, n'est-ce pas sur le roc que vous devez construire? Eh bien ! tout cela a lieu pour les espérances que nous mettons en parallèle. Les unes ont pour base le roc, et celles-là sont immuables; il n'y a ni vents, ni pluies, ni tempête, ni torrent qui puissent les renverser? Les autres sont basées sur un peu de poussière, sur un peu de fumée. Et pour celles-ci le monde ne peut que les dissiper? Je n'exagère pas. La parole immuable, infaillible de Dieu
sert de base aux espérances du chrétien. Aussi viennent les tempêtes du cœur, vienne l'ouragan impétueux des passions, viennent les grandes eaux des tribulations, elles demeurent fixes et ne sont pas même ébranlées. Au milieu de tant d'efforts combinés pour renverser ses espérances, le chrétien, calme et tranquille, dit avec le prophète : « Le Seigneur est mon salut, que craindraii-ie l Bominus salus mea, quem thnebo? » « Le Seigneur est le protecteur de ma vie, qui redouterai-je? Dominus protectoi' vitœmeœ, à quo trepidabo!)) « Si nos ennemis s'élèvent contre moi, s'ils me livrent bataille, j'espérerai encore ; car le Seigneur est le défenseur de tous ceux qui espèrent en lui ; Prolector est omnium sperantium in se.
Pouvez-vous avoir cette sécurité, mondains? Pouvez-vous être aussi tranquilles sur la solidité de vos espérances? Soyez de bonne foi! Ah! l'expérience déjà bien souvent, peut-être, vous a fait voir combien caduques, éphémères sont vos espérances pour la plupart du temps, et combien souvent elles sont trompeuses et illusoires. Vous bâtissez sur des vanités, sur des riens, sur un peu de fumée, est-ce merveille alors si votre édifice s'écroule? Que sont, en effet, ces biens que vous attendez sinon de pures bagatelles? Que sont vos rêves de félicité terrestre, sinon des rêves, des chimères. Que sont ces honneurs, cette gloire après lesquels vous aspirez sinon une ombre, une vapeur? Faut-il donc s'étonner si, semblables à la fleur des champs qui ne dure qu'un matin, elles vont s'effeuillant peu à peu, l'une après
l'autre, jusqu'à ce que la mort, comme un vent impétueux, les fasse disparaître toutes en un seul instant. Votre vie, ô mondains, n'est qu'une série plus ou moins longue d'illusions plus ou moins brillantes qui ont toutes leur désenchantement; car vos espérances, dit l'Esprit de Vérité, sont comme le duvet que le vent emporte, comme l'écume légère que la tempête dissipe, comme la vapeur que le vent disperse et comme le souvenir du voyageur qui s'est un instant reposé sous votre toit. Vous avez couru après la vanité , et la vanité devient votre châtiment par le vide affreux, immense, qu'elle opère dans votre cœur. Vous pensiez remplir ce cœur et en choisissant mal l'objet de vos espérances vous n'avez fait que creuser plus profonds les abîmes qu'il renferme.
4° Ce n'est point le seul effet de cet égarement; car toute votre vie s'en ressent. Comparez-la, en effet, avec celle du chrétien et voyez quelle différence. Lui s'élève à la sublimité d'une vie toute spirituelle ; il vit plutôt en ange qu'en homme. Et vous, vous traînez lourdement dans les sentiers boueux d'une vie presque toute matérielle ; vous vous élevez bien quelquefois par de nobles pensées, par de généreux sentiments, mais vous n'atteignez jamais à la hauteur du chrétien, et encore c'est pour retomber aussitôt. Le chrétien tombe sans doute quelquefois aussi, mais rarement il tombe bas et toujours c'est pour se relever aussitôt après et prendre un essor plus sublime. Semblable, en cela, l'un à l'aigle qui
habite toujours les hauteurs des cieux, ne s'abat quelquefois que pour prendre un vol plus hardi ; et l'autre à cet animal de basse-cour qui marche plutôt qu'il ne vole, s'élève rarement, jamais un peu haut et retombe soudain. Or, tout cela est le fruit des espérances, car telle cause, tel effet. L'espoir, c'est la vie de l'homme, avons-nous dit; il doit donc y avoir un rapport nécessaire entre les espérances et la vie. Des aspirations vicieuses ne peuvent donc donner qu'une vie criminelle ; de même de saintes aspirations ne peuvent produire qu'une vie sainte. Tout est donc là, ô chrétiens auditeurs, le grand problème de la vie est résolu ; elle sera ce que sont vos espérances. Si vous voulez la voir couler pure et sainte, appelez dans vos âmes par l'ardeur de vos désirs, par la ferveur de vos prières les espérances de la foi. Celui qui est le Père de tout don parfait entendra vos vœux et jettera dans vos cœurs ce trésor précieux qui fera de vous de bons chrétiens ici-bas et des heureux là-haut. Ainsi soit-il.