PROJET DE DOMINICALE
Obligation d'aimer Dieu.
Nous devons aimer Dieu : l^ parce qu'il le veut; 2o parce qu'il le mérite.
I. Il le veut. — Le précepte est formel, clair et précis : Diliges Dominum Deum tuum, — Méditons bien ces paroles ; Diliges. Ce n'est pas un simple conseil que Dieu nous donne, ce n'est pas une invitation qu'il nous fait, c'est un ordre qu'il nous intime : Diliges, Ce précepte est si essentiel que Jésus-Christ ne craint pas de l'appeler le plus grand commandement de toute la loi... Il est pour tous les lieux, pour tous les temps, pour l'éternité. La foi cessera quand nous jouirons de la claire vision de Dieu, l'espérance cessera quand nous serons en possession du ciel; mais l'amour durera toujours. Ce devoir est pour tous, — pas de raisons qui puissent en dispenser. Pour les autres obligations on peutal- III. 5
léguer certaines excuses; mais celui-ci n'en admet point. Qui peut dire : je ne puis aimer? Dieu veut donc que nous Faimions, — et, en Faimant, qui aimerons-nous? Un père, un ami, un bienfaiteur? Oui, car Dieu est tout cela. Pour nous déterminer à lui donner notre cœur il nous dit : u Je suis plein de miséricorde pour ceux qui m'aiment : Et faciens misericordiam in millia his qui dlligunt me. » Hélas ! nous avons tant besoin de miséricorde ! Eh bien ! celui qui doit être un jour notre juge, promet la miséricorde à ceux qui l'auront aimé. — Aimez-le donc : l'amour efface les iniquités. Témoin Madeleine : beaucoup de péchés lui ont été pardonné parce qu'elle a beaucoup aimé.
Il y a plus encore : « J'aime ceux qui m*aiment, affirme Dieu : Egodiligentesme diligo. » En l'aimant, il sera notre ami. Quel honneur et quel bonheur pour nous ! Quel bonheur ! Nous avons pour ami, pour protecteur, non un grand du monde, non un roi de la terre, mais le Dieu qui est la grandeur même, le Roi par qui régnent les rois ! — Quel bonheur ! Dans nos peines, dans les épreuves de la vie, à la mort surtout, nous aurons un ami qui nous entendra, qui nous consolera, qui nous sera toujours fidèle.
II. Il mérite notre amour. — Les droits de Dieu à notre amour sont : ses perfections et son amour pour nous.
1» Ses perfections. Dieu réunit en lui tout ce qui peut charmer, séduire, ravir notre cœur : la force, la puissance, la bonté, la beauté, la majesté, la sa-
gesse, la sainteté, en un mot, tout ce qu'il y a de merveilles, de richesses, de grâces éparses çà et là dans la nature. Comment notre cœur, qu'attire un faible reflet de ce qui paraît avoir quelques charmes ici-bas, pourrait-il ne pas aimer tant de perfections?
2° Ses bienfaits sont le second titre que Dieu possède à notre amour. Il y a peu d'années, nous n'étions pas encore, et Dieu, sans avoir besoin de nous, par sa pure bonté, nous a tirés du néant. Avec un corps merveilleux il nous a donné une âme intelligente et immortelle. C'est lui qui nous conserve la vie et nous donne tout ce que nous avons, malgré nos outrages... Les bienfaits de Dieu dans l'ordre de la grâce l'emportent de beaucoup sur ceux de la nature : Rédemption : voyez le calvaire; sanctification : baptême, pénitence, eucharistie, ordre, etc.
3° Le troisième titre que Dieu possède à notre amour, c'est l'amour qu'il a pour nous. Écoutez son disciple bien-aimé : Nos ergo diligamus Deum, quoniam Deus piHor dilexit nos. Quand a-t-il commencé de nous aimer? Dès l'éternité : nous n'étions pas encore, et déjà il pensait à nous et aux moyens de nous prouver son amour. Dans le temps, Dieu le Père nous donne son Fils unique... Dieu le Fils se fait homme. Est-ce assez ? Non, il mourra pour nous* Mourir, c'est trop peu encore, il mourra dans les supplices, couronné d'épines, accablé sous le poids delà croix, le corps sillonné de blessures, les pieds et les mains percés... Tant de bienfaits ne suffisent pas à son cœur : voyez l'autel... voyez nos laber-
nacles... Et l'Esprit-Saint, que ne fait-il pas pour nous ! C'est lui qui est le principe de la gi âce ; grâces intérieures : bonnes pensées, bons mouvements, remords; extérieures : prédications, sacrements, bons exemples, etc.. Voilà comment Dieu nous aime. Mérite-t-il que vous l'aimiez?... Mon Dieu ! je veux vous dédommager de mon indifîérence par la ferveur de mon amour et racheter ma tiédeur et mon indolence par ma générosité à votre service.
Qualités de notre amour pour Dieu.
L'amour de Dieu pour être vrai doit être : surnaturel, souverain, agissant, persévérant et sincère.
1° Surnaturel de deux manières : dans son principe et dans ses motifs. D'abord dans son principe. L'amour de Dieu ne vient point des sens, comme les afTections humaines ; celles-ci arrivent au cœur par les objets sensibles : ainsi, l'ami près de son ami, l'enfant près de sa mère éprouvent nécessairement un sentiment affectueux ; mais Dieu échappe aux sens, il arrive à l'âme par une autre voie. C'est le Saint-Esprit qui le répand dans l'âme : Charitas Del diffusa est per Spirilum Sanctum in cordibus nostris. . . L'amour sensible qu'éprouvent bien souvent les âmes ferventes est une consolation, parfois une récompense, mais il n'est point essentiel à l'amour de Dieu. Secondement, Tamour de Dieu doit être surnaturel dans ses motifs... Ne nous donnons point à
la piété pour nous attirer la considération des hommes, pour mériter leur estime, pour gagner leurs bonnes grâces, ce serait aimer les hommes et non le Seigneur. Le vrai motif qui doit nous engager à nous donner à Dieu, c'est Dieu lui-même. Aimons-le parce qu'il est la bonté et l'amabilité même ; aimons-le parce qu'il nous comble de ses grâces et de ses bienfaits ; aimons-le parce qu'il nous aime ; aimons-le enfin, parce que, de son amour, dépend notre bonheur ici-bas et notre bonheur dans l'éternité.
2" L'amour de Dieu doit être souverain, et non pas exclusif. Le Seigneur ne nous défend pas d'aimer nos parents, nos amis, nos bienfaiteurs ; mais il veut que son amour domine tous les autres amours... que nous lui restions fidèles au prix de tous les sacrifices : sacrifice de la fortune, de la réputation, de la vie mêuie. Exemple de saint Paul : Çuis nos separabit a charitate Christi?.,. Qui amat patrem aut matrem plus qudm me, non est me dignus.
3° L'amour de Dieu doit être actif, c'est-à-dire se manifester par nos actes, par notre conduite. Si nous aimons Dieu, nous pensons à lui, nous parlons de lui... nous nous réjouissons de la gloire qu'on lui procure... nous nous affligeons des offenses qu'on commet... nous observons ses commandements : Si diligitisy me, mandata mea servate... Hœc est charitas Deij ut mandata ejus custodiamus... Qui habet mandata mea et servat ea, ille est qui diligii me.
4« Notre amour de Dieu doit être persévérant, et
non point intermittent : Manete in dilectione meâ.,. Notre cœur ne doit point être le matin à Dieu et le soir au démon... Dieu nous aime toujours, nous devons donc toujours correspondre à son amour.
5° Notre amour pour Dieu doit être réel, véritable, et non pas simplement apparent et trompeur : Filioli, non diligamus verbo, neque linguâ, sed opère et veritate.,. Hélas ! que cet amour est rare!