AMOUR DU PROCHAIN
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XVIIP DIMANCHE APRÈS LA PENTECOTE
ÉVANGILE
En ce temps-là, JJésus montant dans une barque repassa le lac et vint dans la ville. Et voilà qu'ils lui présentèrent un paralytique gisant sur un lit ; et Jésus voyant leur foi dit au paralytique : « Mon fils, ayez confiance, vos péchés vous sont remis. » Sur quoi quelques-uns d'entre les Scribes dirent en euxmêmes : « Celui-ci blasphème. «Jésus ayant vu leurs pensées, leur dit : « Pourquoi pensez-vous le mal dans vos cœurs ? Quel est le plus facile de dire : Vos péchés vous sont remis, ou bien levez-vous et marchez. Or, afin que vous sachiez que le Fils de l'homme a puissance pour remettre les péchés sur la terre : Levez-vous, dit-il au paralytique, et prenez votre lit et retournez en votre maison. » Et il se leva et s'en alla dans sa maison. La multitude voyant cela, fut saisie de crainte et rendit gloire à Dieu de ce qu'il avait donné une telle puissance aux hommes.
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HOMÉLIE
L'Évangile de ce jour présente à nos regards un malheureux paralytique étendu immobile sur son lit; quelques hommes donnant l'exemple d'une grande charité; Jésus- Christ le véritable médecin exerçant sa mission de miséricorde et opérant des merveilles fort touchantes; enfin quelques accusateurs jaloux traitant Jésus-Christ de blasphémateur. Étudions tour à tour ces divers personnages; ils nous fourniront matière à de sérieuses réflexions.
Un paralytique ; Jacehat in lecto paralyticus. Qu'est-ce qu'un paralytique? C'est un homme quia tous ses membres et qui ne peut en faire aucun usage; un homme semblable aux idoles des Gentils : Il a des mains et ne touche rien ; il a des pieds et ne marche pas; il a un corps et ne peut s'en servir; c'est un homme, en un mot, qui est ,mort au milieu de la vie même. Or, telle est l'image d'un pécheur d'habitude : tout est mort dans lui : son entendement, sa volonté, son esprit, son cœur, sa mémoire. Son entendement est obscurci, sa volonté est enchaînée, son esprit ne s'occupe plus d'aucune bonne pensée, son cœur est vide de tout bon sentiment, de
tout bon désir, sa mémoire ne lui rappelle plus les bienfaits de Dieu, ne l'anime plus par le souvenir des promesses de son baptême et de sa première communion, ne l'intimide plus par celui des menaces d'un Dieu outragé. Il n'y a plus rien en lui qui le pousse vers Dieu. Tout ce qu'il possède au contraire, ne fait que l'en éloigner; ses qualités physiques le poussent vers les créatures, ses richesses ne servent qu'à satisfaire de viles passions, sa santé qu'à outrager son Créateur. Toute sa vie n'est plus qu'une mort continuelle, aux yeux de Dieu.
11 est vrai que son état n'exclut pas absolument toute espèce de vertu ; il en produit quelquefois de naturelles et de morales. Mais, outre que ces vertus sont mêlées presque toujours de mille motifs secrets d'orgueil, d'hypocrisie, de vanité, d'intérêt propre qui les dénaturent, qui les flétrissent, par là même qu'elles sont faites en état de péché mortel, elles peuvent bien paraître méritoires aux yeux des hommes, mais le sont-elles aux yeux de Dieu? nullement. C'est le grand Apôtre des nations qui nous l'affirme : quand je posséderais la science de tous les saints, dit-il, quand je parlerais le langage de tous les anges; quand je verserais dans le sein du pauvre les plus abondantes aumônes, quand je porterais le sacrifice jusqu'au dénûnrjent en faveur de mes frères malheureux ; quand je livrerais mon corps à l'activité des flammes; quand je braverais les tourments de la mort, tout cela, sans la charité, n'est d'aucun mérite devant Dieu, et ne me donne aucun
droit à la gloire : Nihil sum, nihil mihi prodest. Si quand nous sommes en état de grâce, un seul verre d'eau froide peut nous mériter le ciel, tant que nous demeurons dans le péché, les plus grandes aumônes, les plus grandes mortifications, les plus grands sacrifices sont impuissants à le faire. Ils peuvent bien engager Dieu à nous accorder la grâce de conversion, mais ils ne l'y obligent pas.
Au dénûment de tout mérite, joignez l'impuissance oh se trouve le pécheur de sortir par ses propres forces de ce malheureux état. Le paralytique de notre évangile ne pouvait de lui-même remuer, il avait besoin du secours d'autrui pour le faire. L'homme peut bien par son propre choix s'éloigner de Dieu, il ne peut revenir à lui sans la grâce. Telle est la paralysie si funeste dans laquelle le pécheur d'habitude languit ; et c'est ce qui faisait dire à Dieu dans l'Apocalypse à un pécheur de ce caractère : (( Vous paraissez vivant et vous croyez l'être : Nomen habes quod vivas, et mortuus es ; vous avez la vie du corps, mais vous n'avez plus celle de l'âme ; vous n'êtes pas encore mort aux yeux des hommes, mais vous l'êtes déjà aux yeux de Dieu ; vous profitez encore de la lumière de la terre, mais vous avez perdu celle du ciel. Nomen habes quod vioas, et mortuus es. » Et à combien de personnes ne pourrions-nous pas encore aujourd'hui adresser le même reproche? Elles passent dans le monde pour honnêtes, pour charitables, pour exemplaires même ; mais un maudit péché d'habitude qu'elles nourrissent dans leur cœur
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souille toutes leurs vertus et leur en fait perdre tout le mérite.
Que cet état est funeste I Pourquoi donc y restezvous, mes frères? Il y a peut-être plusieurs mois, un an, plusieurs années que vous y êtes. Pourquoi ne vous hâtez -vous pas d'en sortir ? Direz-vous : Je voudrais me convertir, mais je ne le puis pas. Ah ! chrétiens, ranimez votre foi, recourez à la grâce, appelez des âmes charitables à votre secours. C'est ce qu'a fait notre paralytique.
L'infortuné malade était si impotent qu'il ne pouvait se remuer. 11 lui était donc impossible d'aller par lui-même implorer la puissance du divin Maître, l'asile et la ressource de tous les malheureux. Il trouva à Gapharnaum quelques âmes compatissantes et charitables qui furent pour lui, ainsi que s'exprime la sainte Écriture : le pied du boiteux, l'œil de l'aveugle, le soutien des faibles. Quatre de ses concitoyens ayant appris que Jésus venait d'arriver dans la ville se transportèrent chez lui. Et comme le malheureux paralytique leur exprime le désir d'être porté auprès du grand médecin, ils le mettent sur un lit, et après l'avoir chargé sur leurs épaules, se dirigent avec ardeur vers la demeure que le Sauveur honorait de sa divine présence. Mais comment arriver jusqu'à lui ? La foule est immense ; ils se
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voient arrêtés à la porte de la maison par une populace que leurs efforts ne sauraient percer. Les obstacles qu'ils rencontrent vont-ils refroidir leur zèle et les décourager? Au contraire, ils ne font que l'enflammer. Leur charité ingénieuse leur inspire la pensée de porter le malade, par un escalier extérieur, sur le toit où ils pratiquent une ouverture par laquelle ils descendent le paralytique jusqu'aux pieds de Jésus. Quelle charité admirable! Elle fut si parfaite que le bon Maître en fut frappé. Après en avoir fait l'éloge, il la récompensa par un miracle éclatant.
Qu'il serait à souhaiter, mes frères, que les malheureux trouvassent toujours parmi nous les mêmes secours que ce paralytique trouva parmi ces Juifs charitables 1 Mais, hélas ! où sont les chrétiens qui se dévouent en faveur des malades corporels et surtout spirituels? Où sont ces heureux médiateurs qui s'interposent entre Dieu et le pécheur pour obtenir la guérison des pauvres paralytiques spirituels ? On en trouve, mais ils sont bien rares!
Jésus voyant la foi de ces Juifs charitables, dit au paralytique : « Mon fils, ayez confiance, vos péchés vous sont remis. » Quelle bonté de la part de ce Dieu Sauveur ! Le malade ne lui a pas encore adressé sa prière; et il le prévient lui-même, en lui adressant
la parole. Voyez de quel doux nom il l'appelle : Fili, mon enfant. Comme il relève son courage I comme il ranime sa confiance ! Il appelle son fils, un misérable abandonné et méprisé, un homme perclus de tous ses membres. 11 l'exhorte à avoir confiance : Confide. Comme s'il eût voulu lui dire : Les hommes ne peuvent rien pour vous, ils vous ont abandonné, ils regardent votre mal comme un mal sans remèdes. Mais vous voici en présence d'un médecin qui a tout pouvoir sur les âmes et sur les corps. Ayez donc confiance... Et comme les péchés de l'âme sont la source des maladies des corps, laissezmoi d'abord guérir votre âme et faire disparaître ses hideuses infirmités. Mon fils, ayez confiance, vos péchés vous sont remis ; Confide^ fîli, remittuntur tihi peccata tua. Mais voici qu'apparaissent les implacables ennemis du Sauveur.
Aussitôt quelques docteurs de la loi dirent en euxmêmes : Cet homme blasphème. Mais pourquoi donc l'accusent-ils de blasphémer ? C'est que, reconnaissant eux-mêmes qu'il n'y avait que Dieu qui pût remettre les péchés, en disant au paralytique : « Vos péchés vous sont remis, » il avait voulu donner à entendre qu'il était Dieu. Il l'était en efi'et, il l'avait assez prouvé en opérant une multitude innombrable de miracles par un seul acte de sa volonté; et il n'y
avait que des hommes aveuglés par Tenvie, comme l'étaient les Scribes et les Pharisiens, qui pussent méconnaître sa divinité. Mais pour leur en donner une nouvelle preuve, et pour leur montrer que comme Dieu, non seulement il avait le pouvoir de remettre les péchés, mais qu'il pouvait encore découvrir ce qui se passe au fond de leurs âmes, connaissant les secrètes pensées de ces hommes jaloux, il leur dit : Pourquoi formez-vous dans vos cœurs de mauvaises pensées? Lequel est plus aisé dédire: vos péchés vous sont remis, ou levez-vous et marchez?
Ce langage veut dire : S'il est vrai qu'il n'y a qu'un Dieu qui ait le droit de remettre les péchés, il n'y a aussi qu'un Dieu qui puisse par une seule parole guérir les maladies les plus opiniâtres. Eh bien, pour vous prouver que j'ai le pouvoir de remettre les péchés, je vais vous montrer que j'ai celui de guérir les malades, et que par conséquent je suis véritablement Dieu.
Après avoir ainsi parlé, Jésus dit au paralytique : « Levez-vous, emportez votre lit, et retournez dans votre maison. » Cet homme se leva, et s' en alla dans sa maison. Il ne pouvait pas donner de meilleures preuves de sa guérison qu'en faisant tout ce que le divin Maître lui avait commandé. C'est ainsi que doit agir le paralytique spirituel, c'est-à-dire le pécheur pour prouver la réalité de sa conversion.
Quand donc Jésus-Christ nous appelle par sa grâce ou par l'organe d'un pasteur et nous dit de sortir du péché, nous devons nous lever; mais ce n'est pas
assez, il faut marcher, c'est-à-dire nous éloigner du vice et des occasions du péché et avancer dans le chemin de la vertu ; il faut que, de même que le paralytique emporta son lit, il fasse disparaître toutes les marques de sa faiblesse, tous les objets qui l'avaient séduit, tous les scandales qu'il avait donnés; il faut enfin, qu'à l'exemple du paralytique guéri, il se retire dans sa maison, il y demeure dans la retraite, dans le recueillement, dans la prière et changer entièrement de conduite.
El le peuple voyant ce miracle^ fut saisi de crainte, et rendit gloire à Dieu de ce quil avait donné une telle puissance aux hommes. Rien de plus naturel, après un semblable miracle, de voir ce peuple glorifier Dieu ; mais ce qu'il y a de surprenant, c'est de ne pas l'entendre confesser hautement la divinité du Sauveur. Il le regarde encore comme un homme, extraordinaire il est vrai, mais enfin ils ne le reconnaît pas comme un Dieu. Pour nous, plus instruits que ce peuple ignorant et grossier, nous savons que ce divin Maître est Dieu et homme tout ensemble. Reconnaissons-le donc pour notre Dieu, et bénissons-le d'avoir donné à ses ministres le pouvoir de remettre les péchés. Allons souvent purifier notre conscience au tribunal sacré de la pénitence, alors nous marcherons pleins de courage et de confiance dans le chemin qui conduit sûrement au repos et au bonheur éternel. Amen.
POUR LE MEME DIMANCHE