PREMIER DIMANCHE APRÈS L EPIPHANIE
ÉVANGILE
• Les parents de Jésus allaient tous les ans à Jérusalem à la fête de Pâque. Lorsqu'il fut âgé de douze ans, ils allèrent, selon la coutume qu'ils observaient, à cette fête. Comme ils s'en retournaient, les jours de solennité étant passés, l'Enfant Jésus demeura à Jérusalem, sans que ses parents s'en aperçussent, pensant qu'il était avec quelqu'un de leur compagnie, ils marchèrent une journée entière. L'ayant cherché parmi leurs parents et ceux de leur connaissance, et ne l'ayant pas trouvé, ils revinrent à Jérusalem. Après trois jours, ils le trouvèrent dans le temple assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant. Et tous ceux qui l'entendaient étaient étonnés de la sagesse de ses réponses. Marie et Joseph, en le voyant, furent remplis d'admiration, et sa mère lui dit : Mon fils, pourquoi avezvous agi ainsi cvec nous ? Voilà que votre père et moi, nous vous cherchions fort affligés. Mais il leur répondit: Pourquoi me cherchiez-vous? Ne saviezvous pas qu'il faut que je sois aux choses qui regardent mon Père? Mais ils ne comprirent point ce
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qu'il leur disait : 11 s'en retourna ensuite avec euxr et vint à Nazareth, et il leur était soumis. Or, Marie conservait toutes ces choses en son cœur, et Jésus croissait en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes. (Saint Luc, il, 40-52.)
HOMÉLIE
Trois fois chaque année, aux fêtes de Pâques, de la Pentecôte, et des Tabernacles, les Juifs se rendaient à Jérusalem, lorsqu'ils n'étaient pas trop éloignés, pour accomplir ce devoir. L'Évangile nous apprend que saint Joseph et la sainte Vierge se conformaient fidèlement aux usages pratiqués par les Juifs pieux. Toutes les années, au jour solennel de la Pâque, ils allaient se mêler aux innombrables Israélites qui accouraient dans le temple de toutes parts pour obéir à la loi et satisfaire leur piété. Une loi semblable nous appelle régulièrement dans nos églises ; et comment l'observons-nous ? Aimonsnous à nous rendre aux saintes assemblées de nos temples? Sommes-nous animés du désir de recueillir les grâces précieuses que Jésus promet à ceux qui sont assemblés en son nom? Et quand une obligation si stricte, la décence publique, la crainte d'être remarqués, ou le désir d'être aperçus nous y conduisent, comment nous y présentons-nous? Y sommesnous dans ce tremblement respectueux que doit imprimer la présence de Jésus-Christ sur son autel, et que les anges éprouvent au pied de son trône? Com-
bien de chrétiens qui au lieu de venir dans nos églises pour offrir à Dreu le tribut de leur adoration, n'y viennent que pour y étaler leur vanité ou y promener leurs regards sur tout ce qui peut flatter leur curiosité. Ne serions-nous pas de ce nombre?
L'Évangile nous dit expressément que c'est à la fête de Pâques que Marie et Joseph allèrent à Jérusalem; et c'est alors aussi que nous devons surtout venir dans nos églises pour y remplir l'obligation où nous sommes tous de recevoir, pendant le temps pascal, le corps adorable de Jésus-Christ caché dans le sacrement de l'Eucharistie sous les espèces du pain. Mais cette obligation est-^lle remplie aussi exactement qu'elle l'était autrefois par tous les fidèles ? Ah ! alors il n'y en avait aucun qui ne se fît un devoir de se présenter à la Table sainte et qui n'eût cru se déshonorer aux yeux des hommes comme à. ceux de Dieu, s'il eût été assez irréligieux pour s'en éloigner. Mais dans ce siècle d'indifférence et d'incrédulité, que de défections ! Et ce navrant spectacle que nous sommes condamnés à subir, ne nous est pas offert par quelques hommes et quelques jeunes gens isolés, mais par de nombreux pères de famille qui apprennent par leur exemple funeste, à leurs enfants, à violer le plus saint et le plus auguste de tous les devoirs que la religion nous impose. Oh l que la conduite de Marie et de Joseph fut bien différente ! Ils ne se contentèrent pas d'aller à Jérusalem à la fête de Pâques, ils eurent encore soin d'y conduire Jésus : Et cum factus esset annorum duode* I. ô
cim, ascendentibus Mis Jerosolimam, secundum consaetudinem diei festi. Quel exemple donné aux chefs de famille!
En conduisant assidûment au temple l'Enfant Jésus, parents, chrétiens, Marie et Joseph vous apprennent que c'est pour vous un devoir essentiel d'aller fréquemment présenter vos enfants à Dieu dans son temple; et en l'implorant pour eux, de leur apprendre à l'implorer eux-mêmes. Qu'à son -exemple vos enfants se rendent assidus aux instructions que l'Église leur fait donner. Veillez à ce qu'ils en profitent : Suivez avec attention leurs progrès ; hâtez-en le développement par vos propres soins, et formez-les, dès leurs premières années aux devoirs et aux vertus qu'ils auront à pratiquer toute leur vie.
Comme ils' s' en retournaient, les jours de la solennité étant passés, l'Enfant Jésus resta à Jérusalem sans que ses parents s'en aperçussent. Les pèlerins s'éloignant de la ville marchaient par groupes séparés. Les diverses caravanes comptaient au moins trois cents personnes. Les hommes marchaient ensemble ; les femmes et les enfants étaient réunis. Lorsqu'on fut arrivé au lieu de repos de la première journée, Joseph et Marie se réunirent. Leur premier mouvement fut de se demander l'un à l'autre s'il n'avait pas avec lui Jésus. Hélas ! ils l'ont perdu 1 Ils ne peuvent pas douter de son absence. Ils cherchent parmi les divers groupes, ils interrogent leurs parents et leurs amis. Personne qui puisse leur donner des nouvelles de Jésus. Marie se souvient de la prophétie du vieillard
Siméon. Que de douleurs à la fois envahissent son âme! Douleur de la séparation ! Elle ne possède plus celui qui a daigné naître d'elle. Ses yenz le cherchent sans rencontrer son regard, sa voix l'appelle sans que son nom arrive jusqu'à lui. Elle n'a plus son Fils ! Il ne lui dit plus : Ma mère! Elle est seule, elle a tout perdu. Douleur de délaissement! Pourquoi son fils ne s'est-il pas attaché à ses pas ? Ne veut-il plus avoir de mère? Sa mission auprès de lui est-elle finie ? Elle peut exprimer son angoisse avec les paroles qu'un jour le Sauveur exhalera sur la croix : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ! Douleur de l'incertitude ! Qu'est devenu son fils? Que fait-il en ce moment? Où est-il? Vit-il encore? Est-il allé se présenter à Hérode ? Veut-il mourir déjà pour le salut du genre humain, mourir loin de sa mère, mourir sans lui adresser un suprême adieu? Tel est le nouveau coup de glaive qui frappe Marie. Elle en souffrira pendant trois jours. Elle cherche avec une indicible ardeur le fils dont elle est séparée. Elle revient sur ses pas, elle retourne à Jérusalem. Chemin faisant elle peut dire à ceux qu'elle rencontre : « 0 vous tous qui passez, regardez et voyez s'il est une douleur comparable à la mienne. »
Telle est la douleur que nous devons ressentir, nous chrétiens, lorsque, par notre faute, nous avons eu le malheur de nous séparer de Jésus-Christ. Bien plus malheureux que Joseph et Marie, ce n'est pas par une simple inadvertance que nous l'avons perdu,
c'est avec une pleine connaissance et une entière liberté. En nous séparant de lui, nous n'avons pas seulement cessé de jouir de sa présence ; mais nous nous sommes privés de son amitié et nous avons encouru sa disgrâce. Ce n'est point lui qui s'est éloigné de nous; mais c'est nous qui l'avons chassé de notre cœur pour y faire régner le péché. N'avons-nous donc pas sujet d'être affligés encore plus que ne le furent ses parents désolés? Et, puisque nous comprenons la grande perte que nous avons faite en perdant Jésus, qui seul peut faire notre bonheur, ne devons-nous pas nous empresser de le chercher et de nous réunira lui? A l'exemple de Joseph et de Marie, allons à sa recherche; appelons-le de tous nos vœux. Prenons tous les moyens les plus sûrs pour le retrouver. Mais la première démarche qu'il faut faire, c'est d'avoir un grand regret de l'avoir perdu : Dolentes; car malheur à ceux qui ne comptent pour rien cette perte et qui disent dans un aveuglement d'esprit et un endurcissement de cœur déplorable : J'ai péché et que rn est-il arrivé'! Peccavi et quid mihi accidit triste. Mais ce n'est pas assez d'être fâché de l'avoir perdu, il faut encore le chercher pour le Tetrouver; et il faut le chercher promptement et avec persévérance à l'exemple de Marie et de Joseph. Dès qu'ils se furent aperçus qu'il n'était ni avec l'un ni avec l'autre, ils le cherchèrent parmi leurs parents et ceux de leur connaissance. Mais ce n'est pas là qu'ils le trouvèrent, c'est au temple, au pied des docteurs qui expliquaient la loi du Seigneur. You-
lez-vous. pécheurs qui avez eu le malheur de perdre Dieu, voulez-vous le retrouver sûrement? N'allez pas le chercher parmi vos amis et vos connaissances du siècle où il est presque toujours oublié, souvent offensé, quelquefois blasphémé. C'est dans son temple, dans les saintes assemblées des fidèles qu'il se plaît et que vous le trouverez. C'est là qu'il est assis sur le trône de la miséricorde, non parmi les docteurs, mais au milieu des esprits célestes qui l'environnent. C'est là qu'il est toujours prêt à nous recevoir, à se réconcilier avec nous, à se donner même à nous. Allons-donc nous prosterner devant lui avec un cœur contrit et humilié. Allons nous jeter aux pieds des ministres à qui il a donné le pouvoir de nous remettre les péchés qui nous l'ont fait perdre, et en le trouvant comme Marie et Joseph, nous recouvrerons, comme eux, la paix et le bonheur, dont on ne peut jouir que lorsqu'on le possède.
Après trois jours de séparation Joseph et Marie trouvèrent Jésus au temple de Jérusalem. L'enfant Dieu était assis au milieu des docteurs. Il les interrogeait sur le sens et l'esprit de la loi mosaïque. Ses questions révélaient une si haute intelligence de la loi, que les maîtres en Israël étaient dans le ravissement. Pour se rendre compte exactement du degré de son instruction, ils l'interrogèrent à leur tour; mais ils furent confondus par la sagesse de ses réponses. Ils ne pouvaient pas s'expliquei comment, à un âge si tendre, il avait une si profonde connais-
sance de la loi. Ils ne savaient pas qu'ils avaient au milieu d'eux la sagesse même du Père, le Verbe éternel, celui dont les prophètes n'étaient que les messagers, celui qui devait dire un jour : Je suis la lumière du monde : Ego sum lux mundi.
Lorsque Marie et Joseph aperçurent Jésus au milieu des docteurs, les interrogeant et leur répondant, ils furent saisis d'admiration. Joseph, muet de surprise et de joie, n'osait interrompre les paroles échangées entre les docteurs et Jésus. Mais une mère peut toujours se. faire entendre : Mon Fils, dit la sainte Vierge, d'où vient que vous avez agi ainsi envers nous ? Mais écoutez la sage réponse que lui fait Jésus-Christ, et apprenez, en l'entendant, que, quelque vive que soit l'affection que nous avons pour nos proches, nous devons toujours préférer les intérêts du Ciel à leur satisfaction, et nous conformer à la volonté de Dieu, plutôt qu'à leurs désirs, parce que Dieu étant au-dessus de tout, sa volonté doit l'emporter surtout. Pourquoi me cherchiez-vous'l répondit Jésus à sa tendre mère. Ne saviez-vous pas quil faut que je sois occupé à ce qui concerne mon Père? Si donc il arrivait jamais que par des vues trop naturelles, vos parents voulussent s'opposera l'exécution des desseins que Dieu peut avoir sur vous, répondez-leur comme Jésus-Christ : Pourquoi cherchez-vous à me faire adopter vos idées et vos projets? Ne devez-vous pas savoir que mon premier devoir est de remplir les desseins de Dieu que je dois regarder comme mon premier Père? Par ce moyen, vous
accomplirez toute justice, et sans manquer à ceux qui vous ont donné la vie, vous obéirez à Celui pour qui seul vous devez vivre.
Jésus, après avoir accompli la volonté de son Père céleste se réunit à Joseph et à Marie pour retourner avec eux à Nazareth. Que faisait dans cette retraite ignorée, dans l'humble demeure d'un artisan le Maître du ciel et de la terre? // leur était soumis, dit l'Évangile : Et erat subdUus Mis. C'est tout ce que nous savons de Jésus depuis l'âge de douze ans jusqu'à trente. L'auteur de toute justice donnait ainsi l'exemple d'un des principaux devoirs de justice, qui est la soumission à ceux dont on a reçu le jour. Il commençait dès lors par cette obéissance à expier le péché de la désobéissance d'Adam. Ce seul mot que nous dit l'Évangéliste de la vie de Jésus- Christ, renferme tout l'abrégé de la vie chrétienne. L'esprit de la religion est un esprit de soumission. La pratique de la religion est celle de l'obéissance. Obéissons à Dieu, et tous nos devoirs religieux seront remplis; obéissons aux supérieurs qu'il nous donne sur la terre et nous nous serons acquittés de tous nos devoirs civils.
Obéissons-nous à nos supérieurs comme Jésus obéissait à Joseph et à Marie. Qu'ils rougissent de bonté, ces enfants qui, après avoir vu le Créateur à qui tout est soumis, se soumettre à des créatures, osent néanmoins se soustraire à l'obéissance qu'ils doivent à leurs parents!
Enfin, l'Esprit-Saint nous dit que Jésus, à mesure
104 DOMINICALES D UN CURE DE CAMPAGNE qii il avançait en âge, croissait en grâee et en sagesse devant Dieu et devant les hommes. Cela veut dire que Jésus, la Sagesse même, à mesure qu'il avançait en âge, faisait paraître de plus en plus au dehors cette sagesse dont il était rempli au dedans; et que par des œuvres de sainteté et de grâce, il développait peu à peu les rayons de sa divinité cachée sous les nuages de son corps. Voilà ce que devrait être le cours de notre vie. Nous devrions tendre continuellement à croître en vertus et en mérites; car celui qui n'avance pas dans la voie du salut, recule infailliblement. Il ne nous est pas donné d'atteindre au faîte de la perfection, mais il nous est ordonné d'y aspirer. Le faisons-nous? Hélas! combien qui, au lieu de croître en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes, se montrent moins sages dans un âge avancé, que dans les premières années de leur vie ! Combien, qui au lieu d'avancer toujours plus dans la carrière de la vertu, s'égarent toujours davantage dans les routes du vice. Ne seriez -vous pas de ce nombre? Évitons ce malheur. Pour cela travaillons sans relâche à tendre à l'heureuse fin pour laquelle nous avons été créés. N'employons ce qui nous reste de vie qu'à servir Dieu avec zèle, qu'à l'aimer avec ardeur et nous nous rendrons ainsi dignes de le posséder éternellement dans le ciel. Amen,
POUR LE MÊME DIMANCHE