COMMENT ON DOIT CHERCHER DIEU
Ecce pater tuus et ego dolentes quœrebamus te. (Luc, H 48.)
Mes Frères, Qui pourrait peindre l'inquiétude amère et la douleur poignante de Joseph et de Marie après avoir perdu Jésus-Christ, la lumière divine, la vie de leur âme, celui qu'ils aimaient plus qu'eux-mêmes! Où est-il? Qu'est-il devenu? Où le chercher? Où le trouver? Telles étaient les noires pensées qui traversaient leur esprit. Ce fut vraiment en cette occasion qu'un glaive de douleur transperça l'âme de Marie. Dès le moment qu'elle s'aperçut que l'Enfant-Dieu n'était ni avec elle, ni avec Joseph, elle se hâta de le chercher et de demander à ses parents et à ses amis s'ils ne l'avaient point vu. Cène fut que le troisième our que les saints époux le trouvèrent, non pas dans le tumulte, au milieu du monde, mais dans le temple. La conduite de Joseph et de Marie, cherchant avec anxiété l'Enfant qu'ils avaient perdu doit être
la règle que doivent suivre ceux qui ont perdu Dieu. La première démarche qu'ils doivent faire pour le recouvrer c'est d'avoir le regret de l'avoir perdu, dolentes. Nous nous attristons de la perte de notre santé, de la perte de nos biens temporels, pourrionsnous être insensibles à la perte de Dieu ? Mais Joseph et Marie ne se contentent pas de pleurer et, de gémir ils le cherchent. Et comment le cherchent-ils? Avec empressement, avec confiance et avec persévérance. C'est ainsi que nous devons le chercher nous-mêmes.
Avant d'entrer dans le développement de ces pensées, voyons comment on peut perdre Dieu.
Joseph et Marie, séparés d'un Fils qui était l'objet de leur tendresse et la source de tout leur bonheur, nous prouvent que les justes et les pécheurs peuvent perdre Dieu, mais d'une manière bien dilférente. Les ju tes le perdent parce que Dieu se cache quelquefois aux âmes les plus ferventes; il leur retire ses consolations afin de les instruire et de les perfectionner, afin qu'elles comprennent que les douceurs sen>ibles de la dévotion sont des dons de Dieu qui ne leur sont pas dus, afin qu'elles donnent des preuves de leur fidélité et de leur amour, et qu'elles s'accoutument à servir le Seigneur pour lui-même et non pas pour ses dons. Ces épreuves ne sont ordinairement ni longues, ni fréquentes et sont toujours méritoires quand on sait en faire un saint usage. L'absence de Dieu les livre à des sécheresses, à des ennuis, à des dégoûts qui les désolent. 0 vous dont Dieu s'est ainsi éloigné, atfligez-vous; ce sentiment
est naturel, mais ne désespérez pas, s'il vous éprouve, son éloignement est un bienfait. Il veut ranimer vos dé>irs, réchauffer votre piété, donner une nouvelle ardeur à votre zèle, ou bien vous faire expier vos imperfections, vos dissipations, vos fautes passées.
Mais la perte la plus désolante est celle qui s'opère par le péché. Elle est un châtiment. Dès que le péché mortel s'introduit dans une âme, le démon y entre ausr>i et Dieu s'en va. Il la laisse seule avec l'horrible maître qu'elle a choisi. Perdre Dieu, son amitié, sa grâce, ia suavité de ses entretiens, la douceur de ses bénédictions, la consolation de son amour; perdre ce Dieu qui fait au ciel la joie des Anges et des élus, et retrouver à sa place l'ange des ténèbres, le tyran de l'enfer et le bourreau des réprouvés, quelle perte! quel malheur! Et voilà pourtant le sort que vous vous êtes fait à vous-mêmes par le péché. Vous avez perdu Dieu votre créateur, le Saint-Esprit, votre sanctificateur, Jésus, cet ami de votre enfance qui reçut naguère vos premières promesses et vos premiers serments; Jésus, qui bégayait avec vous les leçoBs si simples de la foi, qui vous appelait à manger avec lui un pain délicieux, qui répandait dans votre âme des douceurs dont le souvenir peutêtre a fait couler plus d'une fois vos larmes; oh! que vous êtes à plaindre! Vous en avez certainement éprouvé des remords et ces remords ont produit sans doute en vous une certaine douleur; mais ce n'est pas assez, il faut, à l'exemple de Joseph et de Marie
chercher votre Dieu. Et comment devez-vous le chercher?
I. Avec empressement. Voyez Marie; à peine s'estelle aperçue de l'absence de son Jésus qu'elle se met à sa recherche; elle le demande à tous ceux qu'elle rencontre, elle l'appelle par ses cris, elle n'a pas de repos qu'elle ne l'ait trouvé; suivez cet exemple. Quand vous avez eu le malheur de perdre Dieu par le péché, rappelez-le aussitôt; courez vous jeter aux pieds du prêtre, implorez votre pardon, méritez-le par votre repentir. Pourquoi rester dans l'inimitié du Seigneur, une semaine, un jour? Ne savez-vous pas que, si vous veniez à mourir dans cet état, votre malheur éternel serait assuré? et vous pouvez mourir à toute heure, à tout moment.
Est-ce ainsi que nous l'avons cherché? Et si après l'avoir perdu une première fois, nous nous sommes mis en mesure de le recouvrer ; aveuglés, aiïaiblis par de nouvelles fautes, ne nous sommes-nous pas découragés? Ah! continuons de le chercher.
II. Avec confiance. Après une chute et des rechutes n'aggravez pas votre malheur par le découragement et la défiance. Pourquoi vous rebuter? La vertu est un sentier rude et escarpé; il n'y a rien d'extraordinaire à ce que votre marche soit lente, difficile, signalée par des chutes; mais ces chutes, ces obstacles sont-ils des raisons pour vous rebuter, vous décourager? Non, Joseph et Marie ne trouvent pas Jésus immédiatement, ils ne se découragent pas, ils le cherchent un jour, deux jours; ils le cherchent
encore; ce n'est qu'après trois jours de peines qu'ils retrouvent l'objet de leur amour. A leur exemple, entourons-nous d'une plus grande vigilance, développons une plus grande énergie, cherchons en Dieu une force que nous n'avons pas en nous-mêmes, et avançons avec confiance. Le voyageur qui se rebuterait de la longueur ou des difficultés du chemin n'arriverait jamais au but; celui-là seul arrive qui continue sa marche résolument. Cherchons donc Dieu avec confiance, bien assurés qu'il nous aidera dans nos recherches, qu'il nous accueillera avec une bonté toute paternelle.
III. Cherchons Dieu avec persévérance. Notre-Seigneur a dit une parole qu'il nous faut souvent méditer : celui-là seul sera sauvé qui aura persévéré jusqu'à la fin. C'est quelque chose de bien commencer; c'est une grande chose dans la vie qu'une éducation bien chrétienne; c'est une heureuse garantie pour le salut qu'une jeunesse passée dans la pratique et l'amour de la vertu, mais ce n'est pas tout. — Il faut persévérer; et c'est là le difficile. La constance semble être une vertu inconnue au cœur humain; beaucoup commencent bien et finissent mal; ne les imitez pas, mais imitez Marie dans son ardeur et sa persévérance à chercher le divin Enfant. Elle ne se lasse pas ; elle ne se rebute pas ; elle poursuit ses recherches jusqu'à ce qu'elle ait trouvé l'objet de ses regrets et de ses larmes. Vous avez prié, vous priez encore, et Dieu se dérobe toujours à vos empressements, ne vous rebutez pas, continuez, multipliez i. 7
iiO DOMINICALES D'UN CURE DE CAMPAGNE
vos prières, à proportion que la prière devient plus difficile, Dieu vous rendra les consolations ^e son amour. Il vous tiendra compte de ces soupirs qui tant de fois sont montés inutilement vers le Ciel, de ces prières qui furent souvent une croix et une croix sans onction. Plus l'épreuve aura été pénible, plus la récompense sera grande.
Finissons en disant comment on trouve Dieu. C'est dans le temple que Marie rencontre son Fils, c'est aussi dans le temple que vous retrouverez Dieu quand vous l'aurez perdu. Si sa perte est la punition de vos péchés, il a dans sa maison une piscine salutaire au bord de laquelle il vous attend pour vous guérir. Dieu n'est point dans les assemblées profanes où vous allez vous étourdir pour échapper aux remords qui troublent votre conscience. — Il n'est point dans ces livres frivoles qui ne peuvent qu'achever en vous la ruine de la piété. — Il n'est point au milieu de ces compagnies légères dont la dissipation sert d'excuse à la vôtre; il est dans le temple, c'est là qu'il faut venir le chercher. On vous dira au tribunal de la pénitence ce que vous devez faire pour vous rapprocher de lui; ou plutôt il reviendra luimême à vous; il vous parlera par la bouche de son ministre, il rentrera dans votre cœur avec le pardon de vos fautes, et vous retrouverez le bonheur en retrouvant sa grâce.
Si la perte de Jésus est une épreuve, c'est encore dans le temple qu'on peut le retrouver. Là, il y a l'autel, — sur cet autel il y a le tabernacle, —
HOMELIES ET INSTRUCTIONS PRATIQUES lii
l'amour y tient Jésus enfermé; c'est là qu'il faut venir le chercher dans la communion ou du moins dans la prière. Oui, sur cette route où vous cheminez péniblement, ainsi qu'autrefois cheminait le prophète accablé sous le fardeau de la vie, l'ange du Seigneur vous présente comme à lui, le pain de la solitude; — écoutez cette voix amie, n'écoutez point de vaines terreurs qui ne serviraient qu'à vous éloigner davantage de votre Maître. Mangez, mangez à la sueur de votre front, s'il le faut, ce pain mystérieux que vous aimez et que vous redoutez tout à la fois. Si vous avez la foi, dit saint Augustin, l'absence du Seigneur n'est qu'apparente, il est là tout près de vous caché sous les voiles de l'Eucharistie. Allezvous jeter dans ses bras avec une confiance toute filiale, et vous sentirez la paix renaître dans votre cœur. Amen*
IIe DIMANCHE APRÈS L'EPIPHANIE
EVANGILE
En ce temps-là, il se lit des noces à Cana, en Galilée, et la mère de Jé-us y était. Jésus y futaus^i convié avec ses disciples. Et comme le vin vint à manquer, la mère de Jésus lui dit : «Ils n'ont point de vin. » Jésus lui répondit : h Femme, que vous importe à vous et à moi? Mon heure n'est pas encore venue. » Sa mère dit à ceux qui servaient : « Faites tout ce qu'il vous dira. » Or, il y avait là six grandes urnes de pierre, pour servir aux purifications qui étaient en usa^e parmi les Juifs, dont chacune tenait deux ou trois mesures. Jésus leur dit : « Emplissez les urnes d'eau. » Et ils les emplirent jusqu'en haut. Alor> il leur dit : a Puisez maintenant, et portez-en au maîire d'hôtel, » et ils lui en portèrent. Le m-iîire d'hôtel ayant goûté de celte eau qui avait été changée en vin, et ne sachant d'où venait ce vin, quoique les serviteurs qui avaient puisé l'eau le sussent bien, appela l'époux et lui dit : « Tout homme sert d'abord le bon vin; et après qu'on a beaucoup bu, il en sert alors du moindre : mais pour vous, vous avez réservé jusqu'à cette heure le bon vin. » Ce fut là le
premier des miracles de Jésus, qui fut fait à Gana en Galilée, pour manifester sa gloire. Et ses disciples crurent en lui.
HOMÉLIE
Jésus avait mené, jusqu'à ce jour, une vie obscure et ignorée. Retiré dans l'atelier d'un simple artisan, il n'avait rien en apparence qui le distinguât du commun des hommes. Des anges, il est vrai, avaient pris soin d'apprendre à des bergers la naissance de leur Sauveur; une étoile merveilleuse avait appelé du fond de l'Orient des mages pour venir reconnaître son empire, et le saint vieillard Siméon avait consenti, sans regret, à quitter la vie, après avoir vu Celui qui devait être un jour la lumière des nations et la gloire d'Israël. Mais quelque grands que fussent ces prodiges, quelque éclat qu'ils répandissent sur la naissance de Jésus-Christ, ce n'était pas assez. Il était temps qu'il se dédommageât de trente ans d'obscurité, et que, revendiquant en quelque sorte ses droits, il manifestât sa gloire et décidât de nombreux di-ciples à croire en lui : Manifestavit gloriam suam, crediderunt in eum discipuli ejus.
Ce n'est pas en apaisant une tempête que le divin Sauveur commence la série des miracles qui doivent prouver sa divinité. Ce n'est pas en nourrissant, avec quelques pains, une foule immense, ni en arrachant aux ombres du trépas un mort enseveli depuis trois jours, c'est en se trouvant invité à des noces,
en bénissant, par sa présence, le mariage de deux jeunes époux. N'en soyons pas surpris, Jésus-Christ s'est incarné pour renouveler la face de la terre. Ce n'est qu'en transformant le mariage qu'il transformera l'ordre social, qu'il créera un peuple nouveau. La société vaut ce que valent les familles, et les familles valent ce que vaut le mariage. C'est pour cela qu'il voulut sanctifier le mariage et l'élever à la hauteur d'un sacrement pour faire jouir, ceux qui se livrent par un contrat irréfragable, des grâces particulières dont ils auront besoin pour l'accomplissement de leurs nombreuses obligations.
Or, Jésus fut aussi appelé à ces noces. Ces deux époux de Cana n'avaient pas oublié qu'ils étaient les enfants des saints; c'est pour cela qu'ils appelèrent Jésus et Marie à partager leur modeste repas et leur innocente joie. Oh! combien peu d'époux chrétiens imitent la conduite des deux époux de notre Évangile! Que de mariages d'où l'amour et la crainte de Dieu sont bannis! Que d'alliances que Jésus- Christ réprouve! Le divin Sauveur fut donc appelé à ces noces, et pour donner au mariage une approbation solennelle et préluder à l'institution qu'il fera un jour de ce sacrement , il y assista. Les deux époux simples et pleins de foi auraient cru qu'il manquerait quelque chose à leur bonheur, et leur joie aurait été imparfaite si Jésus ne l'eût partagée. Où une pareille conduite trouve-t-elle aujourd'hui des imitateurs? Où sont les époux qui appellent Jésus et Marie à leurs noces? Quels sont ceux qui les
invitent à l'acte solennel de leur union, et qui veulent les fairt présider à leurs fêtes? Nous ne pouvons pas, il est vrai, jouir comme les deux époux de notre Évangile, de sa présence sensible et causer avec lui. Mais maintenant encore, inviter Jésus-Christ à ses noces, c'est le consulter sur le choix de la personne à qui on doit être uni. Les parents, dit le Sage, peuvent bien vous donner les richesses; mais une femme vertueuse, c'est Dieu qui la donne : Divitiœ dantur a parentibut ; a Domino autem proprie uxor prudens.
Qu'est-ce qu'inviter Jésus-Christ à ses noces? C'est, nous disent les saints Pères, recevoir ce sacrement en état de grâce ; s'y disposer par une bonne confession et une fervente communion ; ne pas attendre comme on fait trop souvent, la veille du mariage pour se présenter au saint tribunal. Un chrétien qui appelle Jésus-Christ à ses noces n'attend pas le dernier moment, il s'y prend d'avance; il consulte son confesseur; il purifie avec soin sa conscience par la digne réception des sacrements. Ce n'est que par ce moyen qu'un mariage est béni du Ciel. Est-ce là ce qui se pratique dans la paroisse? Hélas! Dans ces circonstances on pense atout; on prépare tout; on ne néglige que l'essentiel : la préparation de l'âme pour attirer sur elle les grâces divines.
Les époux de notre Évangile appelèrent encore à leurs uoees Marie, mère de Jé^us, et les disciples de Jésus-Christ.
Qu'est-ce qu'appeler xMarie à ses noces? C'est se mettre sous sa protection, et implorer par de fer-
Tentes prières sa puissante intercession. Quoi de plus puissant que l'intercession de Marie? Nous le voyons bien dans notre Évangile. Si donc vous voulez que Marie vous protège, faites un mariage chrétien, un mariage pur, un mariage saint; et alors Marie y prendra part. Oh ! quel bonheur d'avoir Marie à ses noces! Les deux époux de notre Évangile l'éprouvèrent bien. Elle fut pour eux une source de :onsolations et de grâces; elle le sera pour vous, mes chers auditeurs, si, comme eux, vous l'invitez à votre mariage, et si vous vous rendez par votre conduite dignes de sa maternelle proteclion.
Qu'est-ce enfin qu'appeler les disciples de Jésus- Christ à ses noces? C'est y appeler les pauvres; car les pauvres sont les véritables disciples de Jésus- Christ. Les inviter donc à vos noces, c'est faire quelques aumônes proportionnées à vos facultés, pour attirer les bénédictions du ciel sur votre nouvel état; car l'aumône, nous dit l'Esprit-Saint, est une prière qui pénètre le Ciel, et qui s'élève jusqu'au trône de Dieu. Ce furent les aumônes de Tobie qui procurèrent à son fils un saint et heureux mariage. Appeler à ses noces les disciples de Jé?us-Christ, c'est en bannir les libertins et les impies ; ne pas souffrir qu'on y tienne des discours contraires à la religion et aux bonnes mœurs; c'est ne pas tolérer des amusements, des danses contraires à la pudeur et des promenades scandaleuses.
Et co mm e le vin manquait, la mère de Jésus lui dit: Ils n'ont plus de vin : Vinum non habent. Marie s'a-
percevant que le vin manquait, sentit toute la peine que les époux éprouveraient de cette révélation publique de leur pauvreté. C'est pour cela qu'elle s'adressa, pleine de confiance, à Jésus-Christ, pour lui demander le soulagement de leur détresse. Pour l'attendrir il ne lui faut ni discours touchants, ni longues prières, elle expose leurs besoins : Vinum non habent.
Si ce jour est celui où Jésus veut manifester sa gloire, il est aussi celui où Marie nous montre sa sollicitude et son ineffable charité pour nous. C'est à ce jour qu'elle prend le titre de médiatrice, et qu'elle en remplit les consolantes fonctions. C'est à ce jour où nous commençons à connaître combien le cœur de Marie est sen>ible à nos misères et combien elle est puissante pour y porter remède. Au même instant, quoique Jésus dise à sa mère que l'heure des miracles n'est point encore arrivée, il en opère un bien frappant en changeant l'eau en un vin délicieux.
Marie ayant appelé les serviteurs leur dit : « Faites tout ce que vous dira mon Fils : Quodcumque dixerit vobis, facite. » C'est aussi ce qu'elle nous recommande à nous, si nous voulons ressentir les heureux effets de sa protection. Écoutez ses commandements, observez sa loi, et je lui ferai agréer vos vœux.
Or, dit l'Évangile, il y avait là six grandes urnes de pierre, pour servir aux purifications des Juifs, dont chacune contenait deux ou trois mesures. Jésus leur dit : v« Emplissez les vases d'eau; » et ils les emplirent jus-
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qu'au haut. Jésus ajouta : « Puisez maintenant, et portez-en au maître d hôtel; » et ils lui en portèrent. Quand le maître d'hôtel eut goûté de cette eau qui était changée en vin, ne sachant d'où venait ce vin, quoique les serviteurs qui avaient puisé l'eau le sussent bien, il appela V époux et lui dit : « Tout le monde sert d'abord le bon vin, et lorsqu'on a beaucoup bu, on donne du moindre^ mais vous, vous avez réservé le bon vin jusqu'à cette heure. »
Quels durent être les sentiments des époux et des convives lorsqu'ils apprirent des serviteurs, qu'au lieu de l'eau qu'ils avaient mise dans les vases, pour se conformer aux ordres de Jésus-Christ, il en était sorti un vin délicieux? Ah! sans doute qu'à la vue de ce changement merveilleux, ils admirèrent la puissance de ce Dieu-Sauveur, ils furent pénétrés de reconnaissance pour ses bienfaits ; ils s'attachèrent à lui, et se firent une gloire d'être au nombre de ses disciples.
Jésus-Christ, mes frères, opère en notre faveur un miracle dont celui que je viens de citer n'est qu'une faible image. 11 change dans le sacrement de J'Eucharistie, le pain en son corps adorable, et le vin en son sang précieux, comme il changea l'eau en vin aux noces de Cana. Mais pourquoi opère-t-il un changements! merveilleux? C'est pour nous donner comme aux époux de Cana, une marque éclatante de sa bonté; c'est pour nous secourir dans nos besoin;, c'e^t pour nous enrichir de ses dons; c'est, en un mot, pour se donner à nous, pour s'unir à
nous par ïa communion. N'est-ce pas là une faveur infiniment plus sérieuse que celle qu'il accorda à ceux pour qui il changea l'eau en vin. Et si nous ne sentions pas tout le prix de cette faveur, ou si nous négligions d'en profiter, ne serions-nous pas les plus ingrats et les plus insensés de tous les hommes? Ayons donc pour Jésus-Christ les mêmes sentiments que les époux et les convives de Gana. Faisons éclater envers lui notre juste reconnaissance, et empressons-nous de participer au pain mystérieux qu'il nous offre, comme les Juifs se «hâtèrent de faire usage du vin miraculeux qu'il leur accorda.
Ce fut là, dit l'Évangile, le premier miracle de Jésus ; il le fit à Caria en Galilée, et il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui. Comment, en effet, auraient-ils pu ne pas croire en voyant le grand prodige qu'il venait d'opérer? Ne savaient-ils pas qu'il n'y a que l'Auteur de la nature qui puisse en disposer à son gré ; et dès qu'ils le virent changer l'eau en vin, par un seul acte de sa volonté, ne devaienlils pas naturellement en conclure qu'un pouvoir divin résidait en lui, et que par conséquent il était véritablement Dieu? Mais si ce premier miracle suffisait pour assurer leur foi, combien ne dut-elle pas s,'affermir, lorsqu'ils le virent dans la suite guérir les malades, éclairer les aveugles et ressusciter les morts! Aussi l'on vit ces fidèles disciples s'attacher toujours plus étroitement à lui, le suivre partout, partager ses travaux, publier sa gloire; même après sa mort, devenir ses apôtres, et finir par être les
martyrs de sa religion. C'est par e^ix, mes frères, que nous avons appris les vérités de cette religion salutaire, et nous n'avons pas moins raison de les croire, qu'ils n'en avaient eux-mêmes, puisque nous les croyons d'après le témoignage qu'ils en ont rendu et qu'ils ont scellé de leur propre sang. Faisons donc en sorte qu'on puisse dire de nous, comme on le disait d'eux : Ils crurent en Jésus-Christ. Et pour que notre foi nous procure les avantages qu'ils retirèrent de la leur, ne nous contentons pas de croire; mais appliquons-nous surtout à conformer nos mœurs à notre croyance, et soyons chrétiens par nos œuvres , autant que nous le sommes par notre foi, puisque la foi sans les œuvres nous serait inutile, et que ce ne seront que les œuvres jointes à la foi, qui pourront nous rendre dignes de la vie éternelle. Amen,
POUR LE MÊME DIMANCHE