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SUR LE MARIAGE

Vocatus est autem et Jésus att nuptias* (JOA.N., h.) #

Mes Frères, L'évangile de ce jour nous rappelle que Notre-Seigneur Jésus-Christ a daigné sanctifier par sa présence le mariage des pieux époux de Cana. On croit assez généralement que c'est en cette circonstance qu'il a élevé à la dignité de sacrement l'union des époux chrétiens, voulant que cette union fût semblable par la noblesse et la sainteté à celle qu'il avait lui-même contractée avec son Église. Et c'est ce qui a fait dire à saint Paul : « Ce sacrement est grand dans le Christ et dans l'Église : Sacramentum hoc magnum est, ego dico in Christo et in Eeclesia. » Oui véritablement grand est ce contrat qui réunit deux existences dans un centre commun d'affections et de joies, de labeurs et de peines, pour augmenter la somme des unes et alléger le poids des autres ; mais

grand seulement lorsqu'il se fait selon Jésus-Christ et son EgJise : Magnum dico in Christo et in Ecclesia.

Or, mes frères, ce n'est pas toujours d'après les règles établies par le Sauveur et la société dont il est le chef que se contractent les unions matrimoniales, même parmi les chrétiens.

Tombés dans une indifférence coupable pour tout ce qui tient à la religion, un trop grand nombre en sont venus à jeter une sorte de mépris sur tout ce qui se rattache au culte. En particulier ils ne regardent plus que comme de pures cérémonies ce qui concerne le contrat dont il est question. Nous nous proposons de leur montrer en ce jour que rien n'est petit de ce qui touche de près ou de loin à ce pacte à la fois social et chrétien.

Nous considérerons d'abord le mariage au point de vue de son importance, puis dans les conditions qu'il exige, et enfin dans les iormalités qui doivent le précéder.

Au point de vue social, après les grands intérêts de l'ordre et de la tranquillité, est-il rien de plus important que le pacte conjugal? N'est-ce pas ïà ce qui constitue réellement la famille 3t par conséquent la société ? N'est-ce pas dans la famille bien organisée que se trouvent les plus sûres garanties d'ordre, de pais, de prospérité pour tout l'État?

N'est-ce pas au sanctuaire domestique, au sein de la famille que les membres d'une société font l'apprenti>sage de la subordination, de l'abnégation, du dévouement qui deviennent, en prenant de l'extension, des vertus éminemment sociales sous les noms de soumission aux lois, respect de l'autorité, dévouement à la chose publique et amour de son pays ou patriotisme? N'est-ce pas enfin de la famille bien organisée que sortent, animés des plus nobles sentiments, les hauts conseillers du souverain, les sages législateurs, les magistrats intègres et les guerriers valeureux ?

Par contraire, qui ne sait que l'anarchie des familles est un terrible ferment de discorde pour les sociétés ? La violation du pacte conjugal et des devoirs qu'il impose, ne peut, quand elle cesse d'être un lait isolé, que menacer le pacte social. Les rebelles au joug de la famille ne sont guère capables de supporter celui de la société; et quand la famille n'existe plus, la société n'est pas loin de sa mort. C'est l'état sauvage ou quelque chose de pire encore qui vient prendre sa place.

Qui oserait donc contester l'importance du mariage? Qu'on le veuille ou non, il est une des bases les plus solides des sociétés. Si donc on l'ébranlé, inévitablement la société qu'elle soutient chancelle, et si on la mine, on mine avec elle tout le corps social. Sa ru;.ne entraîne celle de l'édifice qu'elle supporte.

Outre cet intérêt social le pacte matrimonial en a

un autre qui, quoique moins grand, mérite cependant considération. Il n'étend plus ses influences sur tout le corps ; il n'agit que sur la famille, et ses limites ne dépassent pas le seuil du sanctuaire domestique, mais toute restreinte que soit son action, elle n'en est pas moins réelle et sérieuse.

Voici deux cœurs qui, attirés l'un vers l'autre par un sentiment aussi fort que pur, demandent à être unis, non plus seulement par les liens de la plus étroite et de la plus sainte amitié, mais par le nœud plus serré et plus sacré du pacte conjugal. Or que va-t-il se passer? Comment va se réaliser ce vœu? Jeunes époux, étrangers l'un à l'autre jusqu'à ces derniers temps, vous allez mettre en commun vos joies et vos plaisirs, vos douleurs et vos peines; vous allez prendre à deux le fardeau de la vie pour le rendre ainsi plus facile à porter; puis, selon les desseins de la divine Providence, vous donnerez à Dieu de nouveaux adorateurs, à la patrie de nouveaux citoyens, à la société de nouveaux membres, et, il faut l'espérer, au ciel de nouveaux élus. Or, dites-moi, n'est-ce rien que tout cela ? N'y a-t-il pas là un but bien noble, capable de relever à vos yeux le contrat qui en est le principe ?

Mais ce n'est point tout encore. Grand déjà au point de vue social et humain, le mariage le devient encore davantage au point de vue de la foi et de la religion. Considéré sous ce dernier aspect, il n'est plus simplement un contrat naturel réglant les droits et les bénéfices, les charges et les devoirs du père,

de la mère, des enfants, mais il devient un véritable sacrement, c'est-à-dire une chose sainte et divine.

Dès le principe, aux premiers jours de la société, le mariage était un pacte sacré auquel présidait la religion ; plus tard l'excès de dépravation dans lequel tomba le genre humain lui fit perdre ce caractère surnaturel, et il ne fut plus qu'un calcul, une tyrannie, un moyen d'assouvir les plus dégradantes convoitises, ou tout au plus un contrat que les parties pouvaient briser selon leur bon plaisir.

Le Sauveur vint rendre au pacte conjugal sa dignité première en y ajoutant encore : il en fit un sacrement. Dès ce moment le mariage pour les chrétiens n'est rien moins que le plus grand de tous les pactes, cimenté par le sang d'un Dieu. Oui, époux chrétiens, cette foi que vous vous jurez mutuellement au pied des autels est en quelque manière signée avec le sang du Sauveur, de sorte qu'elle ne saurait être violée par l'un ou par l'autre sans une espèce de sacrilège. Unis d'une manière indissoluble par des liens sacrés, vous devez être une copie vivante et fidèle de l'estime et parfaite union de Jésus- Christ et d^ son Église. Combien ces considérations élèvent le mariage! Combien elles le rendent respec» table et saint aux yeux de la foi 1

Qui oserait dès lors tenir pour pures bagatelles les conditions et les formalités dont la société chrétienne l'environne? Une chose aussi haute, aussi sacrée ne couvre-t-elle pas de son éclat tout ce qui de près ou de loin a quelque rapport avec elle? Ne traiter donc point à la légère les empêchements que l'Église met à certaines unions, et l'obligation qu'elle vous impose de les faire connaître, ainsi que la prescription qu'elle fait aux époux de se purifier par le sacrement de pénitence avant de recevoir la bénédiction nuptiale. Certes, quand on considère la grandeur et la sainteté du mariage chrétien, il n'y a là rien de petit, rien de méprisable. Puisque l'union des époux se fait sur le modèle de celle de Jésus-Christ et de son Église, puisque le Sauveur a fait du contrat matrimonial un vrai sacrement, ne convient-il pas que la société chrétienne, gardienne de tout ce qui est saint, l'environne de tout ce qui peut le préserver de la profanation? Si elle ne le faisait point, elle manquerait à sa mission, et, selon l'expression de l'Écriture, elle jetterait les perles aux pourceaux.

Or, qui peut nier que les empêchements établis par l'Église ne soient tous de sûrs préservatifs contre

îa profanation du mariage? Qui peut nier qu'ils ne soient une puissante sauvegarde pour la sainteté de cet état? Mais, direz- vous, s'il en est ainsi, pourquoi l'Église dispense-t-elle de ces empêchements? Ahl mes frères, c'est bien contre son gré qu'elle se relâche de sa sévérité. Quand elle consent à lever les obstacles qui s'opposeraient à certaines unions, ce n'est que pour éviter de plus grands maux et à cause de la dureté des cœurs : Propter duritiam cordis.

Or, si les empêchements établis parl'Église ont un motif si grand, si .sérieux, qui serait assez impie pour les ridiculiser ou les outrepasser? Ne serait-ce pas se rendre coupable d'une profanation et fouler aux pieds le sang de Jésus-Christ. Qu'on le veuille ou non, un mariage contracté avec un empêchement dirimant est nul aux yeux de Dieu et de l'Église et il mérite d'être flétri par la qualification honteuse que l'on attache à toute union illégitime.

Mais si de la révélation des empêchements dépendent la validité et par conséquent la sainteté du mariage, qui pourrait tenir pour inepte l'obligation de la faire? qui peut condamner la loi qui prescrit de dénoncer à plusieurs reprises à la solennité du prône tout projet de mariage?

Que dirons-nous maintenant de l'obligation imposée aux époux de se présenter au tribunal de la pénitence avant de recevoir le sacrement de mariage? Faudra-t-il la venger des outrages dont l'accahlent un trop grand nombre de chrétiens? Hélas! pocr

l'honneur delà religion catholique, nous devrions être dispensés d'élever la voix à ce sujet. On ne comprend pas, en effet, que des époux nés, élevés au sein du catholicisme osent regarder cette obligation comme un fardeau qu'ils cherchent à esquiver par tous les moyens possibles. Malheureux! si vous aviez un peu plus de foi, vous n'attendriez pas que l'Église vous fasse un devoir de la confession avant votre mariage, mais vous iriez de vous-mêmes, aussitôt que votre projet est arrêté, vous réconcilier avec Dieu, afin de le mettre dans vos intérêts, d'obtenir ses grâces pour faire un acte aussi important, un acte auquel est attaché votre félicité pour cette vie et pour l'autre. « Tu vas te marier, écrivait quelqu'un à un de ses amis ; c'est bien, mais fais en sorte, le jour de ta noce, d'introduire deux personnes dans ta maison : le bon Dieu et ta femme. » Celui qui écrivait une chose si raisonnable était convaincu que le véritable moyen d'introduire Dieu dans sa maison, c'est de le faire entrer d'abord dans son âme par une bonne confession. Que penser donc de ces malheureux époux qui ont la sacrilège audace de se présenter pour la forme au tribunal sacré et d'estorquer au prêtre un billet de confession? Insensés! ils vont fouler aux pieds le sang du Sauveur, mais ce sang va se lever contre eux pour faire de l'état dans lequel ils vont entrer un apprentissage de l'enfer qui les attend.

Terminons ces considérations par quelques mots sur la cérémonie de la bénédiction nuptiale.

Voici deux époux qui sortent de la maison où viennent de les bénir la main d'un père et le cœur d'une mère. Accompagnés par tout ce qui leur est uni par les liens du sang et de l'amitié, ils se dirigent vers la maison de Dieu. Ils entrent, et au lieu de s'arrêter non loin du vestibule, comme ils le faisaient jusque-là, ils s'avancent jusqu'à la porte du sanctuaire. Aussitôt vient à eux le ministre de Jésus- Christ, revêtu des ornements sacrés. D'une voix grave et solennelle il demande à chacun des époux l'expression claire et formelle de son consentement à l'union projetée. Prenez-y garde, époux chrétiens, c'est en présence de Dieu, devant les saints autels où Jésus- Christ va s'immoler, devant le tabernacle où il réside, en présence des anges qui adorent en tremblant le Dieu caché sous les emblèmes eucharistiques, en pré>ence de vos parents et de vos amis que vous allez laire vos serments. Tremblez donc de les faire à la légère, sans discernement et sans bon propos; car si jamais vous étiez assez malheureux pour les oublier, non seulement alors votre Dieu, votre conscience, les anges, vos parents, ;os amis vous les rappelleraient, mais les murs eux-mêmes, les pierres de cet édifice seraient là pour vous reprocher vos infidélités et vos parjures.

Mais 'c'en est fait, le consentement est donné; la foi est jurée; Dieu et les hommes en sont témoins et le sang de Jésus-Christ va sceller cette alliance solennelle. Le prêtre étend la main sur les époux, appelle sur eux les bénédictions du Ciel, et, au nom de

l'adorable Trinité, il les déclare à jamais uni* par les mérites du Rédempteur. Y a-t-il, mes frères, dans l'espèce, rien de plus grand, de plus solennel que le mariage des chrétiens? Que penser donc de ceux qui n'ont que du mépris pour tout ce qui tient à ce grand acte ? Que dire de ces catholiques qui. comme des païens, n'en font qu'une affaire de calcul et n'y cherchent que le moyen d'assouvir plus librement de grossiers appétits? Que dire de ces malheureux «jui se présentent à l'autel avec une conscience soi.illée par le crime ? Quel nom donner à ces indignes chrétiens qui ne craignent pa> de recevoir la bénédiclion nuptiale, sachant qu'il exi>te un ou plusieurs empêchements qui rendent leur union illégitime aux yeux de Dieu et de l'Église ? Que penser de ces parents, de ces amis qui, connaissant ces empêchements, ne les font pas connaître?Ah! que tous ceux-là sontcoupables devant Dieu! Tous plus ou moins directement, plus ou moins efficacement, contribuent à attirer les malédictions du Ciel sur ce couple malheureux qui aurait pu cependant trouver au pied des autels le gage du vrai bonheur. Aussi viendra le moment où ces époux maudiront le jour qui vit former leur union et tous ceux qui, le pouvant et le devant, ne se sont point opposés à ce qu'elle ait été souillée par le sacrilège. Malédictions affreuses qui ne seront que lepréiude de celles qu'ils vomiront éternellement dans l'enfer.

Plabe à Dieu, ô chrétiens, que ce malheur ne tombe jamais sur vous I Fasse le Ciel que ce sanc-

tuaire ne soit jamais profané par des unions sacrilèges, que cette paroisse ne compte jamais des époux que Dieu n'a pas bénis ! Nous demandons cette grâce à Celui qui fait les mariages saints, les famille» chrétiennes et les heureux de l'Éternité. Amen*

IIIe DIMANCHE APRES L'EPIPHANIE

ÉVANGILE

En ce temps-là, Jésus étant descendu de la montagne, une grande foule de peuple le suivit, et un lépreux venant à lui l'adorait en lui disant : Seigneur, si vous voulez, vous pouvez me guérir. Jésus étendant la main, le touche et lui dit : Je le veux, soyez guéri! Et la lèpre fut guérie au même instant. Alors Jésus lui dit : Gardez-vous bien de parler de ceci à personne, mais allez vous montrer au prêtre, et offrez le don prescrit par Moïse, afin que cela leur serve de témoignage. (Math., viii, 1-5.)

HOMÉLIE

L'Évangile de ce jour raconte encore le miracle opéré en faveur du serviteur du centenier ; mais pour ne pas être trop long, nous en parlerons dans une autre instruction.

Notre-Seigneur venait d'instruire le peuple sur la montagne. Il lui avait appris en quoi consiste le vrai bonheur. Il avait proclamé ces huit béatitudes qui devaient consoler jusqu'à la fin des âges ceux

qui sont pauvres, ceux qui pleurent, ceux qui sont pei sécutés ; il avait rappelé la bonté de Dieu, toujours prêta écouter favorablement ceux qui l'implorent avec une piélè sincère; il avait dit: Demandez et vous recevrez; cnerchez et vous trouverez; frappez et on vous ouvrira. Quiconque demande reçoit, quiconque cherche irouve, quiconque trappe voit la porte s'ouvrir pour le laisser entrer. — Or, descendant de la montagne où il venait de donner au peuple de si beaux enseignements, une occasion se présenta de confirmer par un fait éditant la vérité de ce qu'il avait dit. — Un lépreux qui ne s'était pas mêlé à la foule avide d'entendre le divin Maître, mais qui s'était tenu à l'écart, se dirigea vers le Sauveur. Peut-être étaient-elles venues jusqu'à ses oreilles, ces paroles consolantes qui annonçaient que Dieu exauce la prière des malheureux, qu'il répand ses bien laits sur tous ceux qui les demandent avec ferveur. Qui avait plus besoin des secours du Ciel que ce lépreux? Il était affligé d'une maladie épouvantable; repoussé de tout le monde, il se faisait horreur à lui-même et ne pouvait se supporter. Obligé de se tenir loin de la société des hommes, aucun témoignage d'amitié n'arrivait jusqu'à lui. Il vivait seul avec ses douleurs que nul remède ne soulageait. Mais il va éprouver la vérité des promesses faites par Jésus-Christ. Le bon Maître avait dit : Venez à moi, vous tous qui êtes dans la peine et dans la souffrance et je vous soulagerai. Demandez et vous recevrez. Aussi, plein de confiance, il va implorer sa bonté, i. 8

Dès le moment qu'il aperçoit le Sauveur, il s'approchede lui, se prosterne à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si vous le voulez, vous pouvez me guérir : Domine, si v<s, putes me mundare. »

Ce lépreux est la figure du pécheur. Il était banni de la société des hommes, parce que cette maladie éminemment contagieuse se propageait par le commerce de ceux qui en étaient inlectés. Le péché est également un mal contagieux; il se communique par les pensées, par les paroles, par les exemples ; et les suites du scandale sont souvent irréparables. Le péché exclut l'homme de la présence intime et consolante du Seigneur, le retranche de la société des anges et des saints. La lèpre couvrait le corps d'une humeur sèche et infecte, le rendait hideux et difforme; le péché déûgure l'âme, le chef-d'œuvre de la main divine, le prix du sang de Jésus-Christ; en la couvrant de souillures et en effaçant en elle l'image de Dieu, en fait un objet d'horreur. Le lépreux connaît du moins son état, il sent profondément sa misère et en désire vivement la guérison; mais 1© pécheur, souvent, connaît d'autant moins son état qu'il est plus triste; comment songerait-il à s'en guérir?

Dès que l'infortuné lépreux voit Jésus, il recourt à lui avec humilité et confiance pour être guéri de son humiliante infirmité. Seigneur, s'écrie-t-il, après s'être fêté à genoux et prosterné la face contre terre. Seigneur, si vous le voulez, vous pouvez me purifier : Domine, si vis, votes me mundare. Que de sentiments

dans ce peu de mots ! Quelle foi dans 'a puissance du Sauveur! Quelle confiance en sa bonté! Quelle humilité! Quelle soumission à sa volonté! Il se reconnaît indigne de la grâce qu'il sollicite; il ne l'attend que de la pure libéralité de Jésus-Christ; il croit qu'il peut la lui accorder, qu'il n'a pour cela qu'à le vouloir, et il espère qu'il le voudra. Que ne prions-nous de la sorte pour obtenir le pardon de nos péchés et pour surmonter nos nombreuses tentations!

Après ce peu de paroles, le lépreux, toujours prosterné aux pieds de Jésus, attendait la décision de son sort. Dans cette attente, quels sentiments s'élevaient dans son cœur? Sentiments d'une douce joie, causée par la ferme espérance d'être guéri purifié; sentiments d'un tendre amour pour celui dont il espérait son salut, avec une forte résolution de s'attacher à lui et de le servir ; sentiments de .crainte à la vue de son indignité, telle qu'on l'éprouve toujours quand on attend une grande grâce que Ton ne mérite pas ! Mais la bonté de Jésus ne se fit pas attendre. Jésus ayant pitié de lui, et étendant la main, le toucha et lui dit : Je le veux, soyez guéri; et à l'instant la lèpre disparut. La réponse du Sauveur est l'écho de la prière humble et fervente du lépreux. Plus est profonde la misère du pauvre pécheur, plus Jésus-Christ, loin de le rebuter, l'accueille avec commisération et tendresse. Apprenons du lépreux à recourir à Jésus-Christ dans nos besoins et ce non père dira : Volo mundare. C'est encore de la même

manière qu'il QDère dans l'ordre de la grâce; c'est encore avec la même autorité communiquée à ses ministres qu'il dissipe la lèpre spirituelle. Le prêtre, dans le saint tribunal, remet véritablement, à l'exemple de Jésus-Christ, tous nos péchés, comme le Sauveur guérissait la lèpre. De même que Jésus-Christ disait : « Je le veux, sois guéri; » de même son délégué dit : « Ego te absolvo. » C'est le même pouvoir suprême qui fait disparaître les diverses lèpres. C'est la même parole à laquelle obéissent les maladies du corps et celles de l'âme.

Alors Jésus lui dit : « Gardez-vous de parler de ceci à personne, mais allez vous présenter au prêtre. » Si Notre-Seigneur, pour nous donner une leçon de modestie et nous éloigner de l'ostentation, impose silence au lépreux sur le bienfait qu'il vient de lui accorder, il lui commande d'aller se présenter devant le prêtre pour constater sa guérison : Vade oslende te sacerdoti, c'est aussi le devoir des pécheurs qui veulent se convertir. Un tribunal de miséricorde les attend; un juge doit prononcer sur eux une sentence de pardon. Il faut qu'ils aillent se montrer à un prêtre, à un ministre du sacrement de pénitence, à un de ceux qui ont reçu le pouvoir conféré par ces paroles : « Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez* ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez; » et que doivent-ils montrer? Leurs larmes, leurs sanglots, leur front humilié, leur visage abattu? Non. Ils doivent montrer leur âme souillée. Ils doivent révéler leur conscience cou-

pable, faire l'aveu de toutes les fautes mortelles qu'ils ont commises depuis qu'ils se sont éloignés de Dieu, ne rien déguiser, ne rien diminuer, se manifester i.ols qu'ils sont simplement et sincèrement : Ostende te sacerdoti. Que cet aveu ne les épouvante pas ; il est moins pénible qu'il ne semble au premier aspect. N'y a-t-il pas dans le coupable un instinct qui le pousse à confesser sa faute? Il sent que cet aveu le soulagera ; il se sentira meilleur à ses propres yeux quand il se sera déclaré criminel. Allez donc sans crainte, ô pécheurs, allez recevoir, non point des paroles de reproches, vous le savez bien, mais des paroles de pardon, des paroles d'absolution et d'encouragement, des paroles qui vous délivreront du fardeau de vos iniquités, des paroles qui rendront à votre âme troublée le calme et la paix : Ostende te sacerdoti.

Prenez en ce moment la résolution que prit autrefois le roi-prophète et dites avec lui : Dixi : Confitebor adversum me injustitiam meam Domino; et tu remisisti impietatem peccati mer. Dixi : Je l'ai dit, et c'est à vous, ô mon Dieu ! qui m'invitez à la pénitence et qui m'offrez mon pardon que je le répète : Je ne manquerai plus à ma parole : confitebor : J'avouerai dans l'amertume de mon âme toutes mes fautes. Je dirai tout le mal que j'ai fait : injustitiam meam. Je parlerai des injustices que j'ai commi^s contre Dieu, des grâces dont j'ai abusé, des ton* faits à mon prochain, des intérêts de mon âme volontairement négligés. Je ferai une confession humble, en-

tière et ?m~ère au ministre de votre miséricorde qui tient votre place, ô mon Dieu, Domino. Et vous m'accorderez la grâce de purifier de plus en plus mon âme coupable : Et tu remisisti impietatem peccati met. Je me rendrai ain>i digne de votre amour e. de la gloire éternelle. Amen.

POUR LE MÊME DIMANCHE

ÉYANGILE

Comme Jésus était entré dans Capharnaum, un centurion s'approcha de lui, le priant et disant: « Seigneur, mon serviteur gît paralytique dans ma maison, et il souffre violemment. » Jésus lui dit : « J'irai et le guérirai. » Mais le centurion répondit : « Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous mon toit ; mais dites seulement une parole et mon serviteur sera guéri. Car moi, quoique soumis à la puissance d'un autre, j'ai sous moi des soldats. Or, je dis à l'un : Va, et il va ; et à un autre : Viens, et il vient, et à mon serviteur : Fais cela, el il le fait. » Jésus, l'entendant fut dans l'admiration. Et il dit à ceux qui le suivaient : « En vérité, je vous le déclare, je n'ai pas trouvé une si grande foi dans Israël. Aussi, je vous dis que beaucoup viendront de

l'Occident et auront place dans le royaume des Cieux avec Abraham, Isaac et Jacob ; tandis que les entants du royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures. Là, seront les pleurs et le grincement de dents. » Alors Jésus dit au centurion : « Va, et que selon que tu as cru. il le soit fait; » et son servit» ur l'ut guéri à cette heure même. (Mathieu, VIII, 5-14.)

HOMÉLIE

Comme Jésus entrait à Capharnaiim, un centurion romain, c'est-à-dire un officier commandant à cent soldats, avait un serviteur qu'il aimait beaucoup et qui était malade et se mourait. Cet officier avait sans nul doute beaucoup entendu parler de Jésus, de ses œuvres merveilleuses, des prodiges qu'il 0| érait, de sa bonté toujours prête à mettre sa puissance extraordinaire au service des infortunés. 11 s'approcha de lui comme le lépreux, il adressa une prière à Celui qui commande en maître à la maladie et à la mort : « Seigneur, dit-il, j'ai dans ma demeure un serviteur qui souffre beaucoup ; la maladie lui ôte l'usage de ses membres : Puer meus jacet in domo •paralyticus, et maie torquetur. »

Admirons ici la sollicitude de ce centurion pour son serviteur ; il le traite, non pas comme un esclave, mais comme son propre enfant. Il va exposer au Sauveur, l'état déplorable où se trouve cet infortuné. C'est ainsi que les maîtres chrétiens

doivent se conduire envers leurs serviteurs. Avezvous pour vos domestiques, pour vos inférieurs, pour vos frères, la même charité? Ayez-la du moins pour votre âme ; n'est-elle pas depuis longtemps comme paralytique et sans mouvement pour les choses du Ciel et pour les bonnes œuvres, tandis qu'elle est si vive et si ardente pour les choses de la terre ?

Le centurion ne demande rien, il se contente d'exposer l'état du malade et c'en est assez pour le cœur de Jésus. Représentez-lui vous-mêmes avec une pareille confiance les infirmités de votre âme, ses plaies et ses langueurs, ses péchés et sa tiédeur, et il la guérira. Jésus lui répondit : « J'irai voir le malade et je le guérirai. » « Ah ! Seigneur, reprit le centurion confus, je n'ose prétendre à cet honneur: Vous, venir chez moi, ce n'est pas ce que je vous demande ; je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison ; dites seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. » Le centurion révèle sa foi vive en même temps que sa profonde humilité. Il croit que tout doit obéir au Sauveur ; que, de loin comme de près, rien ne résiste à sa volonté divine. « Seigneur, ajoute-t-il, moi qui suis constitué en dignité, moi qui ai sous mes ordres des soldats, je n'ai qu'à prononcer un mot pour être obéi à l'instant ; je dis à l'un : Va l et il va ; je dis à un autre : Viens ! et il vient ; je dis à mon serviteur : Fais ceci, et il le fait. Or, vous commandez à toute la nature avec bien plus d'autorité que je ne commande à mes soldats. Pou-

vait-on reconnaître et confesser plus énergiquement la divinité de Jésus-Christ? Quelle profession de foi pour un Gentil ! Il reconnaît que le Sauveur a un pouvoir souverain et illimité, qu'il n'a qu'à parler pour être obéi. Ne nous formerons-nous donc jamais une pareille idée du pouvoir du divin Maître? Pourquoi, en nous adressant à lui, cette timidité, cette défiance, cette inquiétude secrète qui nous resserrent le cœur? Ah! c'est que nous ne connaissons ni son pouvoir, ni sa bonté ; c'est que nous n'avons ni foi en l'un, ni confiance en l'autre. Apprenons-donc aujourd'hui à connaître notre Sauveur. Commençons à croire en lui et à mettre en lui toute notre confiance. »

Jésus, l'entendant parler ainsi, fut dans l'admiration, et dit à ceux qui le suivaient : « Je vous dis en vérité, je n'ai point trouvé une si grande foi dans Israël. » Quand donnerons-nous à Jésus-Christ cette satisfaction de voir et de louer en nous une foi vive et parfaite ? Un étranger a plus de foi que les Israélites, un homme engagé dans le monde et dans la profession des armes, en a quelquefois plus que des chrétiens qui vivent dans la retraite et fréquentent les sacrement^. Que ce contraste est glorieux pour les uns et humiliant pour les autres ! Audiens autem Jésus, miratus est.

Le centurion était Gentil d'origine ; il avait vécu longtemps dans des pays idolâtres, il avait cependant plus de foi que les Juifs, nés dans le sein de la vraie religion. C'est pourquoi Jésus-Christ dit à ceux

qui le suivaient : « Je v<-us déclare que beaucoup viendront de r Orient et de l'Occident, c'est-à-dire des différentes parties de l'univers, presque entièrement plongées dans les ténèbres de l'idolâtrie, régneront dans le Ciel avec Abraham, Isnac et Jacob, tandis que les enfants du royaume, c'est-à-dire les Juifs qui étaient plus particulièrement appelés à y régner, seront jetés dans les ténèbres, oh il y aurait des pleurs et des grincements de dents. » C'e>t là en effet ce qui arriva. Ces Juifs infidèles qui avaient abusé de toutes les grâces dont Dieu les avait comblés, et qui avaient fermé les yeux à la lumière de l'Évangile, furent réprouvés et tombèrent dans les ténèbres, tandis que les Gentils que Dieu semblait avoir abandonnés, furent substitués à ce peuple aveugle, et occupèrent dans le ciel les places qui lui étaient destinées. C'est là aussi, mes frères, ce qui. nous arriverait à nousmêmes, si nous abusions du précieux don de la foi dont le Seigneur nous a enrichis, et si, étant environnés de lumières, nous ne faisions que des œuvres de ténèbres. Dieu, pour nous punir, laisserait obscurcir en nous les clartés de la foi et ferait passer ce précieux héritage en d'autres mains. Ce terrible châtiment dont il se sert pour punir ceux qui repoussent les lumières de la religion n'est point inouï. Des nations entières l'ont déjà subi ; et si nous imitions leur endurcissement et leur incrédulité, nous pourrions bien le subir nous-mêmes. Mais il en sera tout autrement, si nous conservons soigneusement la foi qui est la source de tous les biens.

Àiissilôt que Jésus eut looé la loi du centurion, il lui dit: « Allez, et qu'il vous soit fait selon ce que vous avez cru. » Et à C heure même soti serviteur fut guéri. Par ces paroles, le divin Maître nous apprend que la foi qui anime nos prières, est la mesure de leur efficacité. Si nous le suDulions avec la confiance ferme et ardente du centurion, il nous est accordé selon que nous avons cru. Si nos prières émanent d'une foi faihle et chancelante, il i>e bous est encore fait que selon ce que nous avons cru.

Nous nous plaignons souvent que nos vœux ne sont pas exaucés. Voulez-vous en connaître la raison ? Saint Jacques vous la donne : « Vous demandez, dit-il, et vous n'obtenez pas, parce que vous demandez mal : Petitis, et non accipitisy eo quod maie petntis. » L'un des principaux vices de nos prières est qu eiies ne reçoivent pas de notre foi l'impulsion qui les fait monter jusqu'au trône de l'Éternel. « Demandez, nous dit le même apôtre, avec foi, sans défiance, sans hésitation. La prière qui procède d'une foi hésitante, ressemble au flot incertain qui, après avoir été poussé de côté et d'autre, vain jouet des vents, retombe sur lui-même et se brise sans effet. » Lors donc que nous voyons nos prières ne pas atteindre leur effet, cherchons le remède dans nous-mêmes ; ranimons notre foi, et comptant sur la parole sacrée qui ne peut jamais tromper, soyons assurés de recevoir tout ce que nous demanderons avec foi. Et omnia quœcumque petieritis in orattone, credentes, accipietis. Dans nos infirmités spirituelles

et corporelles, au sein de nos douleurs et de nos chagrins, recourons à Jésus-Christ avec la foi du centurion, et comme lui nous serons guéris et consolés. Amen.

POUR LE MÊME DIMANCHE

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