‹ Dominicales du curé de campagneChapitre 30 sur 42 · NOUS DEVONS SUIVRE LA VOIX DE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

NOUS DEVONS SUIVRE LA VOIX DE JÉSUS-CHRIST

Hic ett Filius meus dilectus in quo mihi benè Cumplacui : ipsum audite.

Dans l'Evangile de ce jour, Dieu le Père, après avoir proclamé hautement la divinité de Jésus-Christ et déclaré qu'il est son Fils bien-aimé, l'objet de ses complaisances, nous intime l'ordre de l'écouter : Ipsum audite ; écoutez-le, dit la voix céleste. Ce mot est important ; comprenons-en toute la portée.

Il signifie prêter l'oreille à la parole de Jésus, l'entendre volontiers, de bon cœur ; il signifie de plus écouter, méditer ce que l'on entend, en approfondir le sens t il signifie encore exécuter ce qu'on a entendo et compris : Ipsum audite. Ecoutez-le l c'est-à-dire recevez ses enseignements, méditez-le», pratiquez-les.

Ce précepte n'émane point des princes de la terre, mais du souverain Maître du ciel. Soyons donc attentifs à cette voix salutaire, et considérons en combien de manières elle se fait entendre. Jésus- Christ nous parle :

1° Par les décisions de son Eglise, à laquelle il a confié, avec le dépôt de son enseignement, la prérogative de son infaillibilité. 11 a promis d'être avec elle jusqu'à la fin des siècles, l'assurant que les portes de l'enfer ne prévaudraient pas contre elle ; elles prévaudraient, si l'erreur pouvait se glisser dans son enseignement. Il avait dit auparavant: « Quand vous prêcherez, ce ne sera pas vous qui parlerez, mais ce sera l'Esprit de mon Père qui parlera par votre bouche. » C'est à ses apôtres et, en leur personne, à tous leurs successeurs, que Jésus-Christ adressait ces paroles. Elles prouvent évidemment le devoir, pour tout fidèle, d'écouter l'Eglise et de lui obéir. Vous devez donc croire avec fermeté les vérités qu'elle enseigne, rejeter avec indignation les erreurs qu'elle condamne, recevoir avec docilité les instructions qu'elle publie, pratiquer avec exactitude les préceptes qu'elle dicte. Cette soumission que vous devez à l'Eglise vous impose l'obligation de repousser loin de vous tout enseignement qui n'en émane pas, de rejeter, comme des poisons mortels, toutes les doctrines qui ne vous sont pas présentées par elle, de vous éloigner soigneusement de ces chaires empestées où l'hérésie distribue insidieusement, sous le

nom de doctrine évangélique, le mensonge et l'erivur. Rentrez un instant au dedans de vous-même. L'Eglise est-elle pour vous cette mère chérie dont la voix ne s'élève jamais en vain ? Prenez-vous pitié de ses larmes? Cherchez-vous à consoler ses douleurs ? Vous réjouissez-vous avec elle lorsqu'elle est dans l'allégresse? Quel respect portez-vous aux pasteurs de l'Eglise et à vos pères dans la foi? En quels termes en parlez-vous? Avec quelle docilité acceptezvous leur enseignement?

2° Jésus-Christ nous parle par la voix des prédicateurs qu'il appelle ses agents, ses ambassadeurs, ses représentants, ses porte-voix : Pro Christo legatione fungimur ; ses coadjuteurs dans l'œuvre du salut: Dei sumus adjutores. C'est ce divin Sauveur qui les envoie parmi nous pour nous instruire : Sicut misit me Pater, et ego mitto vos... Evangelizare pauperibus misit me Pater.., Euntes, docete omnes gentes... Qui vos audit me audit ; qui vos spernit me spernit.

Le prédicateur est donc l'organe le plus direct qui nous fait entendre les oracles de Jésus-Christ. Les exhortations du ministère pastoral sont donc la parole du divin Maître ; et le Père éternel nous ordonne de l'écouter attentivement : Ipsum audite. Ecoutez sa doctrine, pratiquez sa loi, imitez ses exemples, prenez son esprit, suivez ses maximes. Sommes-nous dociles à cette voix du Thabor ? L'avons-nous comprise ? Interrogeons notre con-

duite. Est-ce Jésus-Christ que nous avons écoulé? N'est-ce pas bien souvent le démon, le monde, nous-mêmes, notre humeur et nos passions? Ecoutons-nous Jésus-Christ, lorsqu'il nous dit de renonter à ce péché, de rompre cette habitude, de résister à cette passion, d'étouffer ces mouvements de notre cœur, de réprimer nos sens, de retenir nos regards, d'arrêter notre langue; lorsqu'il nous dit de fuir la dissipation, de nous livrer à la prière, à la lecture des Livres saints, à la méditation ? Ah ! n'étouffons-nous pas sa voix, ne fermons-nous pas l'oreille pour ne pas l'entendre, n'y résistons-nous pas ouvertement lorsque nous l'entendons? S'il en est ainsi, que faisons-nous du précepte : Ipsum audite? Et quelle responsabilité n'assumons-nous pas devant Celui qui sera notre juge ?

3° Jésus-Christ nous parle encore par les pensées saintes qu'il fait naître dans notre esprit. Cette horreur naturelle que nous ressentons pour le mal, c'est sa voix qui nous engage à l'éviter; ce remords qui trouble notre conscience, c'est sa voix qui nous appelle à la pénitence ; ce désir que nous éprouvons de faire une bonne œuvre, c'est sa voix qui nous y encourage ; ces mouvements pieux qui attendrissent notre âme, c'est sa voix qui nous presse de l'aimer. « J'écouterai, dit le prophète, ce que le Seigneur daignera dire au dedans de moi. » Nous devons de même prêter une oreille continuellement attentive à cette voix qu'il fait pénétrer dans notre cœur. Elle est douce, et pour être entendue, elle a besoin dètre

écoutée avec un grand recueillement. Hélas ! combien le défaut de recueillement nous a fait perdre de salutaires inspirations ! Combien de fois Dieu nous a parlé, tantôt nous suggérant une bonne action, tantôt nous détournant d'une mauvaise ; ici, nous rappelant les préceptes de la loi, là, nous en présentant les promesses ouïes menaces! Et nous, emportés par notre dissipation, nous ne l'avons pas seulement entendu. Nous avons méconnu ses dons, ignoré ses grâces, été sourds à ses instructions ; nous en avons été punis par la perte des bienfaits qu'il nous offrait.

4° Jésus-Christ emploie un autre langage plus sensible que les précédents, et encore moins écouté : c'est celui des événements. Tous ceux qu'il fait passer sous nos yeux sont des instructions qu'il nous donne. Quant il lance son tonnerre sur les empires et qu'il les bouleverse par des révolutions, il nous révèle l'instabilité des choses humaines : quand il précipite du faîte de leur puissance ceux qu'il y avait élevés, il nous apprend le néant des grandeurs terrestres: quand il frappe, au milieu de leur carrière, et enlève soudainement de la terre des victimes de sa justice, il nous avertit de la certitude de la mort et de l'incertitude de son heure. Les exemples de vertu nous apprennent ce que nous devons faire, ceux du vice- nous disent ce que nous devons éviter. Par les prospérités, il nous excite à lui rendre grâces ; par les adversités, il nous engage à recourir à lui. La rencontre d'un pauvre est une exhortation à Tau-

mône ; l'aspect d'un temple est une invitation à la prière ; la vue d'une croix est un souvenir de la Passion. Dans l'intérieur de nos maiso-ns comme au milieu des places publiques, dans le silence de la solitude comme dans la dissipation des sociétés, partout Jésus-Christ nous parle. Il nous parle encore par les livres de piété aujourd'hui si répandus dans le monde. Lisez-les avec soin et recueillement ; vous y découvrirez la voix de Dieu.

Il nous parle surtout au cœur dans la divine communion, quand il se renferme en nous, comme un ami qui vient s'asseoir au foyer de son ami... Mais ■vous, mes frères, l'écoutez-vous bien? L'écoutezvous comme Madeleine quand elle le recevait à Béthanie, dévorant en quelque sorte les paroles qui s'échappaient de la bouche divine? Cependant le Père céleste nous commande de l'écouter et de l'écouter attentivement : Jpsum audite.

Mais, insensés que nous sommes ! nous vivons environnés de ses instructions sans y prendre garde ; nous marchons à travers ses avertissements, ses exhortations, ses instances, sans y réfléchir, sans les apercevoir. Les événements nous frappent, et ils ne nous instruisent pas; nous en parlons, nous en Taisonnons, nous en recherchons les causes, nous en calculons les effets; la seule chose que nous n'y voyons pas, c'est ce qu'il nous serait le plus utile d'y voir, ce que Dieu y a mis pour nous instruire, nous exhorter et nous toucher. Habituons-nous donc

à reconnaître la voix de Jésus toutes les fois qu'il nous parle durant le cours de notre pèlerinage ; profitons de toutes les instructions qu'il nous donne; c'est à cette docilité qu'est attachée notre sanctification et, par suite, notre salut éternel. Amen,

POUR LE MÊME DIMANCHE

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