‹ Dominicales du curé de campagneChapitre 31 sur 42 · LE THABOR ET LE CALVAIRE · texte numérisé non relu

LE THABOR ET LE CALVAIRE

Dictbant excessum ej'&s guem complecturus erat in Jérusalem* (Luc, ix, 31.)

Sur la montagne du Thabor, en montrant à Moïse, àÉlie et à trois de ses disciples un coin de sa gloire, Jésus-Christ leur parlait des ignominies qui l'attendaient à Jérusalem, lorsque serait venu le jour de sa Passion.

Il peut nous paraître étrange, mes frères, qu'au milieu des splendeurs de sa Transfiguration, le Sauveur parle des opprobres de sa mort. Qu'y avait-il de commun entre le Thabor et le Calvaire? Pourquoi rapprocher et réunir deux situations si opposées ? Dans le premier de ces mystères tout est gloire et délices pour Jésus-Christ : les rayons de sa'divinité l'enveloppent tout entier et transfigurent son humanité sainte : K* resplenduit faciès ejus sicut sol. Dieu 1©

Père proclame sa divinité et son indéfectible sainteté en reconnaissant en lui son Fils bien-aimé et l'éternel objet de ses complaisances : Hic est Filius meus dilectus, in quo mihi benè complacui. Dans le second, tout est opprobre et souffrance : Ego autem sum vermis et non homo, opprobrium hominum et abjectio pie» bis. — Foderunt manus meas et pedes meos et dinumeraverunt ossa mea. Sur le Thabor son visage est éclatant comme le soleil, la lumière qui l'environne lui forme un magnifique vêtement : Et vestimenta ejus facta sunt alba sicut nix; sur le Calvaire il est nu, défiguré, ensanglanté : Non est ei neque species neque decor. Dwiserunt sibi vestimenta ejus. Là, le Père éternel le proclame son Fils bien-aimé, ici, le Fils se plaint d'être méconnu et délaissé par son propre Père : Deus meus, ut quid derelicuisti me. Aujourd'hui ses apôtres ne peuvent s'éloigner de lui : Domine, bonum est nos hic esse, faciamus hic tria tabernacula ; au jour de sa mort, ils l'abandonneront tous, et Pierre luimême le reniera : Nescio kominem. Cependant, mes frères, ces deux grands mystères se rapprochent par des relations profondes et s'éclairent mutuellement. Méditons ces rapports et prenons garde de ne jamais séparer ces deux grandes choses, le Thabor et le Calvaire.

1° Le Thabor nous montre la gloire et le bonheur qui nous attendent au ciel ; le Calvaire nous fait connaître à quel prix nous pouvons obtenir cette impérissable couronne. Leur union nous apprend que sur la terre les douceurs et les amertumes, le§

consolations et les tristesses, la gloire et l'ignominie ne peuvent être séparées pour longtemps. Lorsque Dieu nous donne ses douceurs, ses consolations, prenons garde de nous enorgueillir, car bientôt arriveront les amertumes et les délaissements; la ferveur est souvent suivie de la sécheresse, et le goût des choses de Dieu est fréquemment remplacé parle dégoût de ces mêmes choses. Jésus nous donne les uns pour nous préparer aux autres, comme il a voulu que sa transfiguration préparât ses apôtres au scandale de sa passion.

L'union du Thabor et du Calvaire modère nos joies dans la prospérité; elle nous avertit que le bon* heur ici-bas est éphémère, et que la Croix seule peut nous mériter des félicités qui ne passent pas. Mais, d'un autre côté, nous trouvons dans l'union de ces deux mystères de quoi nous consoler dans nos épreuves et nous animer par l'espérance d'une éternelle transfiguration.

Cette union a surtout une force merveilleuse pour embraser nos cœurs du feu sacré de l'amour divin. Sans la Transfiguration nous serions moins touchés de la Passion. C'est après avoir contemplé la grandeur du Fils de Dieu, que nous apprécions mieux la charité qui l'a fait descendre pour nous au dernier degré de l'abaissement. S'il n'avait eu soin de nous révéler sa gloire, aurions-nous pensé au sacrifice qu'il nous a fait, non pendant quelques heures seulement, mais pendant tout le cours de sa vie ? Car, soyons bien convaincus, l'état de Jésus-

Christ sur le Thabor était son état naturel, autant que des yeux mortels pouvaient en soutenir l'éclat, et sa Transfiguration ne fut point un miracle, mais l'interruption momentanée d'un miracle d'amour, sans lequel il n'aurait pu ni s'humilier, ni souffrir, ni mourir pour nous. Le miracle permanent était que Jésus nous cachait sa gloire pour ne pas nous éblouir et pour arriver au fond de l'abîme des humiliations, selon la parole de l'Apôtre : Exinanivit semé tipsum.

2° Mais pourquoi Jésus-Christ n'appelle-t-il à être les témoins de sa transfiguration que trois apôtres : saint Pierre, saint Jacques et saint Jean? Premièrement parce que ces trois apôtres devaient plus tard être les témoins de son agonie, et le Sauveur, en leur montrant quelques rayons de sa gloire, a voulu les prémunir contre le scandale qu'aurait pu leur donner ses défaillances au Jardin des Olives. En second lieu, ces trois apôtres, par leur caractère distinctif, symbolisent admirablement les trois catégories de bienheureux qui auront au ciel une gloire plus grande : les défenseurs de la vérité les, martyrs et les vierges, tous ceux, en d'autres termes, qui auront triomphé de l'esprit de mensonge, du démon et de la chair. Les premiers sont représentés sur le Thabor par saint Pierre, le maître par excellence de la Foi, chargé de la défendre et de l'enseigner d'une manière infaillible à tous les peuples, jusqu'à la consommation des siècles. Les seconds sont représentés par saint Jacques, qui le premier des apôtres signe

de son sang la vérité évangélique. Le* troisièmes enfin se reconnaissent dans la personne de saint Jean, à qui Notre-Seigneur, vierge par excellence, confie la Vierge immaculée, sa mère, parce qu'il était vierge lui-même : Cui Christus in cruce matrem virginem virgini cornmandavit. Or, tous les chrétiens, surtout de nos jours, doivent être les apôtres, les défenseurs delà vérité. Le temps est venu où chacun de nous doit faire profession publique de sa foi. En face de l'incrédulité qui se montre le front haut, qui s'affiche en tous lieux, qui envahit les lois, les gouvernements, les tribunaux, les écoles; qui s'étale dans les livres, les brochures, les journaux, ce serait un crime pour nous, chrétiens, de cacher notre foi au sanctuaire de notre conscience, au loyer domestique même. Nous devons, à l'exemple des apôtres, de saint Pierre en particulier, la professer sans respect humain et la défendre dans la mesure de notre science et dans le cercle de nos relations, envers tous ceux qui la blasphèment par lâcheté ou par ignorance. En affrontant ainsi les . sarca.^mes, les railleries des incroyants, en nous exposant peut-être à la malveillance de gouvernements, de *upé"ieurs incrédules, nous couvrirons nos fronts de l'auréole des martyrs, et nous participerons au triomphe de saint Jacques et de tous ceux qui ont donné à Jésus-Christ le témoignage du sang. Nous aurons notre part aussi à la gloire de saint Jean et des vierges, en environnant notre chair de la mortification de Jésus-Christ, en résistant à ses convoi-

tises, à ses appétits sensuels. Le sensualisme le plus brutal nous envahit à la suite de l'impiété, il faut lui opposer la digue d'une chasteté en rapport avec notre condition : chasteté conjugale dans le saint état du mariage, chasteté virginale en dehors de cet état.

3° Le Thabor et le Calvaire sont deux choses qui se tiennent; l'un est souvent la conséquence de l'autre. Jésus nous conduit au Thabor pour nous préparer au Calvaire, et il nous fait monter au Calvaire pour nous conduire ensuite au Thabor. Et cependant, combien de chrétiens cherchent à séparer ces deux grands mystères ! Combien qui seraient heureux de monter avec Jésus au Thabor, mais qui refusent de le suivre au Calvaire! Ce sont to'is ceux que séduisent les illusions d'une vie commode, d'une dévotion facile. On s'abstient des grands crimes, on remplit les devoirs les plus rigoureux de la vie chrétienne ; mais c'est tout. De contrainte, de mortification, de pénitence, de croix, on n'en veut pas. Comme saint Pierre on veut être avec Jésus-Christ, on dit comme lui : Bonum est nos hic esse, mais c'est à la condition que ce sera dans les honneurs et les délices, au Thabor et non au Calvaire. On veut delà piété, mais d'une piété qui s'allie avec la recherche de ses aises : on court après les consolations du service de Dieu, mais on en fuit les peines, les amertumes. Quelle chimère ! Quelle dangereuse illusion I Jésus notre Maître, notre modèle, n'a passé qu~ quelques instants sur le Thabor, et encore il s'y ea&

occupé de sa croix et de sa mort, et vous voudriez que votre vie fût un Thabor continuel. La vie entière de Jésus n'a été qu'un martyre prolongé, et vous voudriez gue la vôtre fût un festin continuel ? Comment ne voyez-vous pas que vous vous mettez ainsi en contradiction avec Jésus-Christ et que vous l'obligez ainsi à vous dire : Nescio vos ? Ses exemples vous montrent la piété dans un sacrifice continuel de votre esprit, de votre cœur, de votre volonté, de votre corps, de votre vie; sa doctrine la fait consister dans ces trois choses : se renoncer, porter sa croix et le suivre : Si quis vult post me venire, abneget semetipswn, et tollat crucem suam, et sequatur me. Ces trois mots sont le précis de la morale, et dès lors comment prétendez-vous vivre sans croix? Vous voulez être le compagnon de Jésus à sa table, mais vous le délaissez quand il va au désert; vous le suivez volontiers jusqu'à la fraction du pain, mais vous refusez de boire le calice de sa Passion. Avec le prêtre vous renouvelez peut-être chaque jour à l'autel la mémoire d'un Dieu pénitent, mourant pour nous sur le Calvaire, mais vous n'entrez jamais sérieusement dans les pratiques de la pénitence. Ah ! mes frères, ce n'est pas là l'esprit de Jésus-Christ, et si nous n'avons pas l'esprit du Sauveur il ne nous compte pas parmi les siens ; Si quis spiritum Christi non habet, hic non est ejus. Entrez donc enfin courageusement dans la voie de la Croix, marchez-y avec persévérance ; c'est le seul moyen d'arriver un jour au Thabor éternel. Amen.

IIIe DIMANCHE DE CARÊME

ÉVANGILE

En ce temps-là, Jésus chassa un démon qui était muet, et lorsqu'il eut chassé ce démon, le muet parla, et le peuple en fut dans l'admiration. Néanmoins il y en eut quelques-uns qui dirent : « C'est par Belzébuth, prince des démons, qu'il chasse les démons. » Et d'autres, pour le tenter, lui demandaient un prodige dans le Ciel; mais Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit: « Tout royaume divisé contre lui-même sera détruit, et toute maison divisée contre elle-même tombera. » Si donc Satan est divisé contre lui-même, comment son royaume pourra-til subsister? Cependant vous dites que c'est par Belzébuth que je chasse les démons, par qui vos enfants les chassent-ils? C'est pour cela qu'ils seront eux-mêmes vos juges. Mais si c'est par l'esprit de Dieu que je chasse les démons, assurément le royaume de Dieu est parmi vous. Lorsque le fort armé garde sa maison, tout ce qu'il possède est en sûreté. Mais s'il en survient un autre plus fort que

lui, qui le renverse, il lui enlèvera toutes ses irmes dans lesquelles il mettait toute sa confiance, et il partagera ses dépouilles. Celui qui n'est point avec moi, est contre moi; et celui qui n'amasse point avec moi, dissipe. Lorsque l'esprit immonde est sorti d'un homme, il va par des lieux arides, cherchant du repos, et il n'en trouve point; il dit alors : Je retournerai dans ma maison d'où je suis sorti. Il y revient, et la trouve nettoyée et parée. Alors il s'en va prendre avec lui sept autres esprits plus méchants que lui, et entrant dans cette maison, ils y demeurent, et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. Or, il arriva, comme il disait ces choses, qu'une femme du peuple élevant la voix lui dit : heureuses les entrailles qui vous ont porté et le sein qui vous a nourri ! Jésus lui répondit : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et la pratiquent! » (Saot Luc, xi, 14-28.)

HOMÉLIE

La seconde année de sa prédication, Notre-Seigneur, après avoir donné à ses apôtres une importante instruction sur la prière, revint dans sa demeure ordinaire de Capharnaùm; mais la foule s'y porta en si grand nombre que ni lui, ni ses apôtres ne pouvaient même prendre leur repas. Sur ces entrefaites on lui présenta un possédé que le démon rendait jveugle et muet et il le guérit, il le délivra à la fois du démon et des maladies corporelles dont le

malin esprit était sans doute la première cause, de sorte que le malade voyait et parlait.

L'état de ce malheureux affligé de trois maux à la fois, était bien triste. Il ne fallait rien moins qu'un miracle pour l'en retirer; aussi était-ce le miracle que le peuple attendait de Jésus en lui présentant cet infortuné.

Ce possédé rendu muet par le démon nous offre l'image du pécheur coupable d'une faute mortelle. Par son péché il appartient au démon dont il est l'esclave; il est en sa possession invisible, il est vrai, mais réelle.

Le pécheur est aveuglé sur l'état affreux de sa conscience, sur les périls de cet état, aveuglé sur l'énormité des péchés qu'il a commis, sur l'état misérable de son âme, la honte de ses passions coupables; sur les suites funestes de son péché, dans cette vie et bien plus encore dans l'autre.

Il est muet pour prier, muet pour s'accuser, muet pour glorifier Dieu. Le Seigneur, du haut du Ciel entend les pécheurs qui l'invoquent du plus profond de leur cœur pour lui exposer leurs misères. Quand ils crieront vers moi, je les exaucerai, nous dit-il par la bouche du prophète Jérémie; mais pour en être entendu, il faut lui parler. Combien qui restent muets, et s'ils parlent, ce n'est qu'à des confidents de leurs passions, propres à les y entretenir ou à leur fournir des moyens de les satisfaire.

Pour recevoir la rémission de ses péchés et être purifié de toute iniquité le pécheur doit les confes-

ser ; car, dit l'Apôtre, s'il faut croire de cœur pour obtenir la justice, on doit confesser de bouche pour obtenir le salut. Or, comme le démon craint que ceux qui lui sont assujettis lui échappent, il les éloigne du tribuna delà pénitence, ou bien il leur ferme la bouche par la dissimulation dans l'aveu de leurs fautes.

Mais les ravages du démon muet ne sont jamais plus déplorables que quand il enchaîne la langue des pères, des mères, des supérieurs chargés par état d'avertir, de reprendre, d'instruire et de corriger. Les uns et les autres sont obligés de prendre en main la cause de Dieu et du prochain. Le seul silence dans ces graves circonstances est souvent un crime énorme et une cause de grands maux. Il est plus funeste que celui que gardait le muet de notre Évangile; et il vaudrait mieux être privé de la faculté de parler que de ne pas en user, quand on le peut et qu'on le doit. Dans le premier cas, on n'est que malheureux, mais dans le second, l'on se rend coupable, l'on pèche, et il n'y a point d'aussi grand mai que le péché. Rentrons donc en nous-mêmes, examinons l'état de notre âme et voyons si nous avons parlé toutes les fois que nous y étions obligés. Si jusqu'ici nous avons gardé un fatal silence, demandons à Notre- Seigneur de délier notre langue comme au possédé de notre Évangile et de nous donner le courage de parler à propos toutes les fois que le devoir l'exige.

Mais pendant que tout le peuple, témoin de la guérison du possédé, s'écriait avec admiration :

N'est-ce point là le fils de David, le Sauveur promis que nous attendons? les pharisiens disent : C'est pat Belzébuth, prince des démons, qu'il chasse les démons. Voilà le langage dicté par l'envie et l'incrédulité. Parce que ces ennemis irréconciliables du Fils de Dieu ne peuvent contester la vérité des faits, ils blâment la manière dont ils sont produits et empoisonnent le principe d'où ils émanent.

D'autres, pour le tenter, demandaient qu'il fît un miracle dans le ciel. Était-ce pour croire qu'ils demandaient de nouveaux prodiges? Mais ils en avaient déjà tant vu! Le Sauveur n'avait pas seulement chassé les démons en leur présence, mais il avait aussi guéri les lépreux, ressuscité les morts, apaisé les flots d'une mer irritée et remis les péchés des hommes. Ce n'était donc pas pour croire qu'ils demandaient de nouveaux miracles, mais pour le tenter. S'il en avait opéré de nouveaux et de plus éclatants ils les auraient attribués à des causes purement naturelles ou à la magie.

Et aujourd'hui encore, mes frères, nous rencontrons des incrédules, de prétendus esprits forts qui disent : Donnez-nous des miracles, montrez-nous des prodiges et nous croirons. Des miracles, mes frères, il en est un permanent, perpétuel, de premier ordre, c'est l'existence de l'Église, de cette Église qui n'a point de soldats pour se défendre, d'armées pour étendre au loin ses conquêtes; de cette Église qui est toujours attaquée, toujours persécutée, de cette Église dont on sonne si souvent le glas funèbre,

dont on annonce si haut les prochaines funérailles, et qui, malgré cela est toujours debout, toujours forte, toujours belle, toujours victorieuse de ceux qui avaient annoncé sa ruine et juré sa mort. Ah! plaignons ceux qui ne veulent pas voir ce merveilleux prodige.

Jésus connaissant leurs pensées, leur dit : Tout royaume divisé contre lui-même sera détruit et la maison s'écroulera sur elle-même. Si donc Satan est divisé contre lui» même, comment son royaume subsistera-t-il? Cependant vous dites que c'est par Belzébuth que je chasse les démons. Ici, Jésus ne répond point aux paroles des pharisiens mais à leurs pensées. Or, qui peut pénétrer les pensées? Dieu seul. Il leur prouve donc ainsi sa divinité: mais indépendamment de cette preuve il leur fait voir qu'il y a inconséquence dans leur raisonnement. Si donc Satan est divisé contre lui-même, ajoute- t-il, comment son règne subsisterat-il? Pour qu'il pût subsister, il faudrait qu'il fût vrai; mais s'il est vrai comme vous le prétendez, qu'étant possédé moi-même du démon, je chasse les démons, il est visible que les démons se combattent, qu'ils sont opposés les uns aux autres, et que, par conséquent, leur puissance étant divisée contre elle-même elle ne pourra plus subsister.

Ce raisonnement que saint Jean Chrysostôme met dans la bouche de Jésus-Christ était bien propre à faire sentir à ses ennemis qu'en le calomniant ils se contredisaient eux-mêmes ; mais pour les convaincre encore mieux, il leur cita l'exemple de leurs exor-

cistes, désignés sous le nom de leurs enfants, approuvés par les scribes et les pharisiens et qui, eux aussi, au nom du vrai Dieu, conjuraient les démons et les chassaient. Or, répond Jésus-Christ, je fais ce que font vos disciples, c'est le même Dieu qu'ils invoquent, et que je reconnais; c'est par lui et par sa vertu que je chasse les démons. Vous adoptez ce que font vos enfants, pourquoi refusez-vous donc de reconnaître ce que je fais? Cest pourquoi ils sei'ont eux-mêmes vos juges, et ils prouveront que tout ce que vous avez dit contre moi, n'a été dicté que par l'envie et par la partialité.

Et il leur dit encore : « Si vous étiez justes et équitables, vous verriez que c'est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, et vous en concluriez que le royaume de Dieu est venu jusqu'à vous; puisque ce n'est que pour l'établir parmi vous que j'ai été investi du pouvoir de chasser les démons, et que les miracles que j'opère au nom de Dieu, sont une preuve que c'est Dieu qui m'a envoyé. »

Pour leur faire sentir encore mieux c'jtte vérité, il ajouta : « Lorsqu'un homme fort et bwn armé garde sa maison, tout ce qu'il possède est en sûreté; mais s'il en survient un plus fort que lui, qui le surmonte, il enlèvera toutes ses armes dans lesquelles il mettait toute sa confiance, et il partagera ses dépouilles. » Cet homme fort et bien armé dont parle ici l'Evangile, c'est le démon qui s'était emparé de l'esprit et du cœur de l'homme, où il avait établi sa demeure et OÙ il régnait en paix. Mais Jésus-Christ, plus fort

que l'esprit des ténèbres, l'en a chassé; il Ta dépouillé de ses armes; il l'a vaincu, et nous a appris à le vaincre nous-mêmes. Profitons de ces leçons ainsi que de ses exemples, et puisque nous avons été délivrés de l'esclavage de Satan, ne nous attachons plus qu'au divin Libérateur qui nous en a tirés, en nous mettant au nombre des enfants de Dieu : Car il faut nécessairement choisir entre lui et le tyran infernal dont il est venu détruire l'empire.

Celui qui ri est pas avec moi, nous dit-il, est contre moi, et celui qui n'amasse point avec moi dissipe. Que de leçons dans ces quelques paroles ! Comprenezvous qu'il n'y a pas ici de milieu possible et qu'il faut de toute nécessité être avec Jésus ou contre Jésus. Que penser après cela de ces demi-chrétiens qui veulent accorder ensemble dans leur cœur Jésus- Christ et le démon, l'Evangile et le monde? Qui consentent à remplir quelques-unes des pratiques du christianisme et qui se permettent aussi ce que réprouve la loi de Dieu? Qui viennent dans nos églises pour y participer à nos offices et à nos prières, et qui fréquentent les lieux de plaisir où ils boivent à longs traits à la coupe des voluptés coupables; qui, pendant les dernières semaines de Carême, feront trêve avec les joies profanes et qui les reprendront bien vite aussitôt que le devoir pascal aura été rempli? De tels chrétiens sont-ils avec le Sauveur? Non, mes frèr^i, il sont contre lui; ils ne comptent pas parmi ses véritables disciples, et si quelquefois ils donnent au Sauveur un baiser passager et rapide,

ah! qu'il est à craindre que ce baiser ressemble à celui que le Sauveur reçut au Jardin des Oliviers. Et que devient celui qui n'amasse point avec Jésus- Christ? Il dissipe, il reste les mains vides. Sans doute, il peut amasser de riches trésors, accroître et multiplier ses domaines.... et quand même il gagnerait l'univers tout entier, à quoi bon, s'il vient à perdre son âme? Et c'est là le dénouement d'une vie passée loin du Sauveur; cette vie est nulle, stérile; elle n'a rien produit pour le Ciel, elle n'a rien amassé pour l'éternité.

Quand l'esprit impur est sorti d'un homme, il s'en va par les lieux arides, cherchant du repos ; et comme il n'en trouve point, il dit : « Je retournerai dans ma maison d'où je suis sorti. » D'après les Pères, Jésus- Christ prédit ici l'aveugtement des Juifs devenus l'opprobre et le mépris de toutes les nations. L'esprit impur était sorti de leur cœur quand ils reçurent la loi divine, mais depuis qu'ils ont méconnu Jésus-Christ et qu'ils ont blasphémé contre lui, ils sont possédés aujourd'hui d'un plus grand nombre de démons. Laissons ce peuple déicide dans son aveuglement et occupons-nous de nous-mêmes.

D'après ce que nous dit Jésus-Christ, il ne suffit pas d'être rentré dans la voie du salut, il faut y persévérer. Ce n'est pas assez d'avoir chassé de notre âme l'esprit impur, il faut l'empêcher d'y revenir. Après notre victoire sur le démon, nous nous endormons, mais le démon veille; nous nous livrons au repos et il ne se repose jamais : nous ne pensons plus à lui,

il ne cesse de s'occuper de nous; nous restons tranquilles, il agit sans cesse. Il rôde sans trêve autour de la maison qui fut son domaine. Il observe le côté mal gardé pour y rentrer par surprise, le côté faible pour s'en emparer par force. Avons-nous raison de yods dire : « Vigilate et orate. » Veillez toujours, car le démon ne sera pas seul à travailler à votre ruine; sept autres esprits plus méchants que lui uniront leurs efforts aux siens. En vous tenant sur vos gardes, vous vivrez et vous mourrez dans la grâce de Dieu et dans son saint amour. Ainsi soit-il.

POUR LE MÊME DIMANCHE

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