‹ Dominicales du curé de campagneChapitre 7 sur 42 · PRÉPARATION A LA NOËL · texte numérisé non relu

PRÉPARATION A LA NOËL

Parate viam Domini; rectas facile semilas ejus. (Marc, 7, 3.)

Pendant l'Avent et surtout durant les jours qui précèdent immédiatement la grande solennité dô Noël, l'Église nous rappelle sans cesse et les soupirs des patriarches qui appelaient de leurs vœux impatients l'arrivée du Sauveur du monde, et les oracles des prophètes qui l'annonçaient. C'est pour nous îappeler à nous-mêmes les dispositions par lesquelles nous devons nous préparer à cette fête. Afin d'entrer dans les vues de l'Église, notre mère, méditons le grand mystère de la venue de Notre-Seigneur et recherchons quelles dispositions nous devons apporter dans la célébration de la solennité qui nous le rappelle.

Quel est celui qui va venir et dont nous allonc célébrer la venue? Comment vient-il? Quels son^ les fruits de sa venue? Que devons-nous faire pou^

y participer? Voilà ce que nous alions examiner dans ce court entretien.

Quel est celui qui vient habiter parmi nous ? Quel est ceiui qui a inspiré aux prophètes ces transports d'allégresse, ces images magnifiques, ces idées sublimes qui élèvent nos âmes et nous annoncent la grandeur de leur objet? C'est le Messie, le désiré des nations, l'attente d'Israël, c'est le Verbe éternel consubstantiel au Père; c'est la sagesse incrée, dont la parole a fécondé le néant ; c'est celui qui a fait le ciel, la terre, tout ce qu'ils contiennent, qui les soutient par sa puissance et qui pourrait d'un seul regard les faire rentrer dans le néant; c'est le Fils de Dieu, qui, pour élever l'homme jusqu'à lui, descend, s'abaisse jusqu'au niveau de l'homme.

Le soleil, mes frères, se contente d'envoyer ses rayons à la terre; mais il demeure toujours dans sa splendeur, sans jamais se rapprocher de nous. Le Verbe du Père descend parmi nous, il se couvre du voile de notre chair, non pour obscurcir son éclat, mais pour le tempérer et le proportionner à la faiblesse de nos regards. En un mot, c'est un Dieu qu se fait homme, c'est le Verbe qui se fait chair et qui vient habiter parmi nous : et Verbum caro factura est, et habitavit in nobis.

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Gomment vient-il? Quelles sont les circonstances qui accompagnent l'avènement du Fils de Dieu ? Vient-il avec l'éclat de sa majesté? Non. Viest-il au moins avec l'éclat qui environne les puissants de la terre? Ne va-t-il pas choisir la capitale du monde pour le lieu de sa naissance ? N'aura-t-il pas un trône pour berceau ? Ne fera-t-il pas reconnaître son autorité par tous les grands du monde, dans une brillante cour? Juifs charnels, voilà bien le Messie tel que vous l'attendiez ; voilà aussi les signes auxquels nous voudrions le reconnaître. Mais, chrétiens, les pensées de Dieu ne sont pas les pensées des hommes. Ce n'est pas ainsi que doit apparaître à la terre le Sauveur que Dieu a promis aux hommes. Voici sous quels traits l'ange du Seigneur désigne le Messie aux bergers de Bethléem : « Je vous annonce une nouvelle qui sera pour tout le peuple le sujet d'une grande joie. Il vous est né aujourd'hui, en la cité de David, un Sauveur qui est le Christ. Et voici à quels signes vous le reconnaîtrez, et hoc vobis signum : Vous trouverez un enfant enveloppé de langes et couché dans une crèche, invenietis infantem pannis invûlutum, positum in prosœpio. »

Allaz dans la cour des rois, nous dit Bossuet, vous reconnaîtrez le prince nouveau-né par les couver-

tures rehaussées d'or, et par un superbe berceau dont on voudrait bien faire un trône. Mais pour reconnaître le Christ qui vous est né, ce Seigneur si haut, que David, son père, tout roi qu'il est, l'appelle son Seigneur, on ne vous donne pour signal que la crèche où il est couché et les pauvres langes dans lesquels est enveloppée sa faible enfance, c'est-àdire qu'on ne vous donne qu'une nature semblable à la nôtre. Car qui de nous, dit toujours Bossuet, qui de nous est né dans une étable? qui de vous, pour pauvre qu'il soit, donne à ses enfants une crèche pour berceau ? Jésus est le seul que l'on voit délaissé jusqu'à cette extrémité, et c'est à cette marque qu'il veut être reconnu.

Il quitte le ciel, où il a établi le trône de sa gloire, il descend sur la terre, et il y paraît dans l'humiliation et l'abaissement. Dieu fait homme, il se soumet à tous les besoins attachés à la nature humaine, à ce que l'intempérie des saisons a de plus rigoureux, à ce que la pauvreté a de plus extrême et de plus humiliant.

Riches, il a voulu abaisser la hauteur de votre orgueil. Pauvres, il a voulu vous consoler dans les privations qui sont la suite de votre position si humble. Et voilà pourquoi il préfère votre condition à. l'état si recherché et si envié des heureux du siècle. Loin de vous donc les plaintes et les murmures au sein du dénûment et de la douleur.

Pourquoi vient-il? L'homme s'était révolté contre le ciel. Tous les vices réunis inondaient la surface de la terre. Touché de commisération pour ses malheureux habitants, l'Homme-Dieu entreprend d'en renouveler la face, d'y faire régner la justice et la paix. De réparer l'injure infinie que l'homme criminel avait faite à la souveraineté de Dieu. Pour que la réparation fût égale à l'offense, il fallait qu'un Dieu en fût l'auteur. Tous les hommes ensemble auraient été impuissants à donner à Dieu une satisfaction suffisante. Jésus-Christ, pressé par son amour pour nous, l'a donnée en réunissant en sa personne, par l'Incarnation, la nature divine à la nature humaine. En sorte que l'Homme-Dieu a effacé les crimes dont les hommes s'étaient rendus coupables.

Ainsi, mes frères, le règne de la paix rétabli sur la terre ; la terre réconciliée avec le ciel ; la justice divine pleinement satisfaite parles mérites et la satisfaction d'un Dieu : Voilà les fruits qu'il apporte au milieu de nous, en allumant dans les cœurs le feu de la charité : lgnem veni mittere in terrain, et quid vola nisl ni accendatur.

Quels puissants motifs de nous préparer à la venue du Sauveur et de nous mettre à même d'en recueillir les fruits !

Que devons-nous faire pour participer aux fruits de sa venue ? Qu'un prince de la terre daigne quitta sa capitale pour honorer de sa visite les provinces de son empire, quels préparatifs ne fait-on pas pour le recevoir ! Les populations se mettent en mouvement, remplissent les routes et les disposent pour son passage; partout s'élèvent des arcs de triomphe en son honneur, et les fleurs jonchent le chemin qu'il doit parcourir; de toutes parts on entend répéter ces paroles : Préparons-nous à recevoir le prince qui daigne visiter son peuple. Eh bien ! mes frères, le Roi des rois va descendre du ciel sur la terre pour venir visiter ses créatures, les combler de grâces et de bienfaits. Déjà, Jean-Baptiste nous le montre et nous invite à lui faire honneur : Parate viam D'imini, rectas facite semitas ej'us. Que demandet-il de nous? Quelques fleurs, quelques arcs de triomphe ? Il faut des choses plus sérieuses et plus agréables à notre D;eu. Il veut que le péché disparaisse de notre âme par une pénitence expiatrice, c'est-à-dire par la digne réception du Sacrement qui est l'océan des miséricordes divines. Il faut donc nettoyer, purifier et rendre propres nos consciences par une bonne confession. Il faut bannir de notre esprit et de notre cœur tout ce qui n'est pas droit, sincère,

et remplir le vide de notre vie par toutes sortes de bonnes œuvres et par la pratique de toutes les vertus chrétiennes. Omnis vallis implebitvr. Oh ! que du vide il y a dans le cours de notre existence par l'oisiveté, l'amusement, la bagatelle et les habitudes vicieuses! Réparons tout cela par une sincère pénitence, par un redoublement de ferveur dans l'accomplissement de tous nos devoirs. Nous mériterons ainsi que les bénédictions célestes descendent abondamment dans notre âme. Et, après avoir largement participé aux bienfaits de la rédemption divine, nous aurons un jour le droit de régner avec Jésus dans les splendeurs du ciel. Amen.

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