LIVRE QUATRIÈME
les profits d'un tel sacrifice, acceptât de t«ls échelons, recourût à des protections ainsi achetées , pour frayer sa route? Quiconque n'a pu se passer de patrons ne méritait pas d'en avoir.
« La perspective des périls qne Maria, si jeune et si belle, allait courir dans une cour dépravée, ajoutaient une nouvelle anxiété à celle de ma douleur. Cett« pensée me tenait la tét« et le cœur en feu. Une nouvelle lettre vint apaber cet orage.
« Cher frère, je t'écris quelques lignes k la hâte, pendant
■ un relais. Le marquis est allé remei*cier le commandant t du fort, otticier de ses amis, qui a salué notre arrivée « des trente coups de canon dus à la grandesse. Je \eta € m'entrctenir un moment avec toi.
< C'est dans la chapelle de la communauté que don Oso-
■ rio a reçu ma foi. Durant cette heure solennelle, mcoi
I cteur te cherchait, mon frère; ne te trouvant pas, j'ap- « pelai Dieu plus que jamais à mon aide. Ha mère et la « bonne supérieure m'ont soutenue; toutes deux étaient ( bien agitées : Dolorès songeait qu'elle aurait pu voir sa « Manuelita couverte des voiles et des parures de l'hymé-
< née. Ces pensées ont tant ébranlé son ^e, qu'à la fin t elle s'est évanouie : j'étais restée a^ez maîtresse de mm-
II même pour pouvoir disputer à tous l'ineffable douceur do u la secourir.
i Tout le monde pleurait : don Luis, d'ordinaire si ferme i et si calme, était d'une agitation extraordinaire. Pablo f sanglotait. Le pauvre Pablo ! on va bientôt le conduire
< au royal monastère de Sau-Lorenzo del Escorial, dont un « parent du marquis est prieur. Dieu lui envoie sa grâce et
< le rende digne de l'habit auguste des Hiéronymiles « qu'il va revêtir! Lui aussi a un esprit remarquable. « Son caractère est sensible et doux. Rien ne lui manquait € que ton énergie altière pour honorer son nom dans le siècle.
t Pour moi, mon ami, ta plus précieuse des consolations
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r m'est donnée. J'ai appris que le marquis porte sous ( rhabit de cour, quine le quiUejamaig, une Ame au niveau I de sa naissance. Il y a quelque chose de religieux et de tou- I chant dans sa vénération pour ses souverains, malgré tout 1 ce qui étimne, affiige et confond sa loyauté. J'ajoute : quoi I de plus profondément chevaleresque que les égards si af- I fectueux et si délicats dont il m'entoure ï Le jour môme I des engagements éternels : — Mon enfant, m'a-t-il dît, à I dater de ce moment je te tutoie, parce que tu es grande I d'Espagne, et je m'applaudis que ta noble famille ait la
■ joie de voir sur ta tête tous ces titres qu'elle a honorés:
■ Hais j'ai un demi-«iècle de plus que loi ; je suis d'un temps 1 où l'honneurconsistaitàsavoir respecter quelque chose. Je c respecterai le sentiment paternel qui m'a eutrainé vers loi;
■ je respecterai le souvenir que tu nous retraces à lousi ( dont tu as vu les effets sur la chère et sainte Dolorès, ma
< sœur devant Dieu, plus que sur personne! ce serares- ( pecter en même temps ma vieillesse à moitié caduque, c et ta candide jeunesse, ton cœur et ton air d'auge, tout c ce qui autrefois était un culte pour la chevalerie espa-
< gnoIe. Au lieu de te demander des sentiments que tu
■ ne peux pas me donner, j'attendriû de toi, en toute « sécurité, le seul retour que je puisse vouloir : ce sont des ( soins pour mes derniers jours qui s'avancent, et tu u'ou- I hlieras pas, je le sais, au milieu des tristes exemples où t tu vas vivre, que c'est attendre avant tout le soin de ma t dignité, le respect de mes vieux ans, le culte du nom f sans tache quedonOsorio met librementàtes pieds, qu'il K confie, le cœur tranquille et charmé, à ton honneur... '< — Ami, tu imagines ce qu'était pour moi ce langage. Je t sais ce qu'il sera pour ta tendresse!
■ Nous nous retirons dans la Bizcaye, où sont les biens du ( marquis, sans que je sache les motifs de ce brusque départ. « Freydon Jaymé.qui assistait à mon mariage avec toute la ( cour, vint ausûtôt m'entretenir d'une affaire à laquelle « il cousacrait tous ses soins : il s'agissait de ma présenla-
lOe LIVRE (KlATUtn.
« tion. Peu après, la roine exigea du marquis qu'à l'instanl a même il all&t BolliclLer du roi Ift p^mission de visilâr « son État et qu'il pftrUt sur l'heure. Il m'a fallu quiU«r
■ dotia Monor et &or Dolorès; c'éUil brisM' à la Sm» deui • cœurs de mères. Celte nouvelle séparation m'a navrée de u douleur.
c Les mules sont prêtes, et font retentir leurs mille ^ef lots. Elles sont impatientes de m*entraîner. Adieu, mo» « frère tant aimé. Consola^toi, tu vins que je ne euis pas i - <c plaindre. Ha nouvelle fortune me permettra de verser f quelque bien autour do moi ; je ferai des heureux : ce sera « l'être, mon ami. Séparée de tout ce qui me fut cher jus- « qu'à ce jour, toul«e mes anciennes aftections se trouvent < blessées k la fois; mais je m'étais soumise à ton absence : ( ces nouveaux sacHTices, que Dieu m'adoucit d'une façon
■ inespérée.ne seront pas au-dessus de mon courage.
« Adieu encore, frère de ma vie; ne t'afflige pas pour « moi ; sois heureux ! Et fasse le oiel qu'à b^vers les afEec- « tioiiË du monda, tu puisses réserver une digne (riace à ta « pauvre sœur, qui t'en fait une ai grande dans son coBur!
t ASGUSTIAS. »
f Je ne pouvais me raéprmdre auK dispositions v4ntables de Maria. En m'applaudissant de découvrir dan* ces liaules régions où elle allait vivre des sentimmU dignes de la noblesse espagnole et dignes d'elle, il y avait pour pion âme étonnée, dans tmit ce drame étrange, mille su* jets de trouble et de désespoir. Ses lignes rteignéea disaient assee l'état de aon esprit et de son cœur. La fortune se inontrait dans ses faveurs aussi oruellfl pour ma flimillB qu'elle l'avait été dans ses disgrâces.
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