LIVRE SEPTIÈME
primitive, et des avenues, des aqueducs, des chaussées , ' des églises, des monastères, d'nutres cités tout«s modernes où semble se déployer l'Europe. Dans les vapeurs du sudouest, les pics de Chapoltepec montrent leur château magnifique, résidence des vice-rois et auparavant des empereurs, sorte d'acropole mexicaine où des cyprès immenses, vieux de cinquante siècles, dit-on, attestent, comme des patriarches éternels, l'histoire ancienne du Nouveau-Monde. Hais déjà la reine de l'Amérique espagnole, la ville de Guattmotzin et de Hcrnan Cortez laisse apercevoir ou plutdt deviner ses monuments; et, au fond du tableau, par dessus les hautes cimes d'Afaualco, les deux volcans, avec leur air de puissance et de sérénité inexprimable', resplendissent encore des feux du jour , longtemps après que , dans )a vallée, et sur les montagnes même qui lui servent de ceinture, planent les ombres de la nuit;
« Les plus vastes ouvrages qui soient sortis de la maÎD des hommes étaient épars autour de nous. Ici, c'est la desagva, ou canal souterrain de Huebuetoca, galerie de quatre lieues creusée par deux cents ans d'efforts à travers les montagnt^ pour porter au Rio-de-Montczuma, et de là à la mer des Antilles, les eaux menaçantes delà vallée. Là s'élèvent, dans la plaine de Téolihuécan, à l'instar des monuments de Chcops, deux pyramides colossales qu'un peuple de pyramides plus petites environne dans un ordre calculé pour reproduire sur la terre le cortège qui accompagne aux cieux les deux flambeaux du jour et de la nuit. Ainsi, au centre du plateau Mexicain, l'Amérique nous présente des débris aussi imposants que les plus vieux ouvrages de l'ancien Monde. Le savant y remarque cette combinaison des données de l'a^- ; tronomie, des mystères de la religion et des travaux de l l'homme, qui forme partout le caractère de la civilisation primitive, et atteste l'origine commune des peuples.
I Un soir, d'épais nuages avaient étendu leur sombre voile sur nos létes. La nuit était venue, et elle étaii assom- 1 bHe par la tempête. Les' éclats de la foudre nous guidèrent '
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seuls vers le lac saté de Tczcuco , celui qui baignait autrefois les remparts de la capitale, portail des flottes, dit-on, cl menaçait sans cesse laville de ses fureurs: il dort aujourd'hui loin de MexicoJArrivés en vue deses bords, nous remarquons qu'à l'aspect de nos rangs, peut-être au bruit de nos armes, une chaumière de bambous que toute la flore mexiciùne pressait de ses innombrables festons, s'ouvre à quelques pas de nous; un inconnu s'y montre, soutenant une femme dans ses bras; leur terreur visible fixe sur eux tous les regards. Nous allions nous élancer. Aussitôt, le sol qu'ils foulent se détache tout entier du rivage et les emporte à travers les eaus^ A leur suite, quelques hommes se jettent à la mer, chassant devant eux le bosquet mobile. Les soldats , frappés d'une terreur sainte , regardaient silencieusement fuir sur les vagues la cabane poétique, ses arbres à fruits, ses shinnus au mélancolique feuillage, sa large ceinture de Ûeurs. Déjà l'ile flottante se perdait, comme une grande ombre, dans les teintes confondues des nuages et de la nappe humide. Tout à coup, un de ces éclairs qui mettent en feu le ciel et la terre, embrase les ténèbres, et nous fmt voir, à la lueur du rapide inc^idie, l'Ile fugitive, ses d6m es verts, ses hâtes, un moment entourés de lumière. Ce moment a suffi pour nous les montrer à ge- , nous. Un bras étendu sur l'abîme, les regards élevés vers le firmament, une fille d'Anahuac pressait contre son cxur la main d'un feune blanc incliné vers elle avec amour. Elle avait une expression de tendresse et d'effroi' qui semblait conjurer en même temps les hommes et les éléments.
< A ce grand jour tVun instant avait succédé une nuit profonde; l'étrange navire, ses secrets, le couple qu'il emportait loin de nous , tout s'était évanoui, comme une vision de la nuit s'efface au réveil parmi les ombres.
« Nous suivîmes les traces des voyageurs mystérieux sans les atteindre ni les revoir. Au lever du jour, l'extrémité du lac faisait place à une longue suite de ckinampas, anciennes lies flottantes; assurert-on, qui servent à la fois
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dfi wi^EWS QU de parterres , et Bont pour ce pa]râ de ner^ TfiiUe8 une parure el une richegae. Hillabarquea, eha^^ de.Q^ira brilUnles et de fruits suaves, se pressaient vers le omial 4e la Vjga pour porter ces tributs à la populatioo 4e Hexica qui en est avide. Aux jours de fête, les mille Indiena qui les accompagnent sont couronnés de pavots. Au son de la harpe, qui est la guitare du Mexique, ils dansent, sur leur barque qu'agite ce piétinement cadencé, charmtuit ainsi des éclats de leur joie les abords do leur ancienne capitale. Heureux le peuple vainqueur, qu'il me soit permis de le 4>re, quand les vaincus réjouissent sa puisr sance du spectacle de leurs jeux sincères et libres 1
4 J'entrai le matin dans Mexico. Les ponts, les aqueducs, les avenues qui y conduisent de tous côtés, les docfiers, les dAmes qu'on découvre, font sentir partout la grande capitale. L'imposante muraille des Cordillères, avee ses deux volcans qui, Ik aussi, s'imposent incessamment aux regards et à la pensée, revêtent la scène d'une inexprimalile grandeur, en créant un homon à des distances et i des hauteurs inaccessibles. Dans la saison des [duies, les inimenses nappes d'eau qui couvrent la plaine, ajoutait i In beauté du spectacle La majesté du ùte communique je ne sa.is quelle pompe à la oaiulâle de la NouvelIoTEapagne, ot ses Uiï^es rues, parées de tous celés de somptueux édifices, reproduisent le majestueux appareil du dehors.
1 Je ne me lassais pas d'admirer les oohstructions savantes de Mexico, ses palais, ses temples, ses places publiques, ses théâtres, son cirque, ses promenades, ses aqueducs, préationg superbes de l'Espagne, et bientôt j'allais itdinirer davantage ses nombreuses écoles, son amour des Kpieiices çx^ctes, le culte des arts qui descend chaque jour d^ classes élevées à tous les rangs. Je voyais à la ffRUyell^Espagqe un air de prospérité, de vie, de progrès dont je n'aurais pu trouver que difllcilâiienl une idég d^ns U mère-patrie.. La liLtérature françaisa près* qvi9 aussi connue, presque ^ussi étudiée que la ni^
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même, a développé au Heicique ce mouvement extraordinaire qui se remarque dans l'hémisphère tout entier. Il est des siècles prédestjiiés au^ grandes c1)qsç8. Le gem-e humain alors travaille tout entier à prépwer des destinées inconnues que hâtent également ceux qui les invoquent et ceux qui les redoutent. Hais, pour cela, il faut qu» la semence aiï éUi jet^, et rttistoit^ 4ir° qiie, d'une extrémité de l'Amérique à l'autre, elle t'a été par les mains du peuple espagnol.
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