‹ Don AlonsoChapitre 25 sur 62 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

SUITE DU MANUSCRIT D'AÏNHOA

L'AHÉRIQOE HÉRIDIOnALB.

r" raAma malLrc ; mail Ui Ind» lonL leprlxt^.

Etprit ia Loit, Jit. XII, cï. Iflt'

Promotion de don Alonio. — Hootcllci d'Europe. — Rdalioiu de la marqiiiH et de dofli HiUa. — ËUt dei eipritt à la lUIe eti la eoitr. La graudciK. — le IbiUre. Lilltrature draauUqne de l'Eipagne. Lape de TtgafCakMrDD, HorM, GuHen de Cutro, Haralia, Harlineide laBoia. — Poitie Ijriqne. SolEi, Rioju, GoDgora, Kafi\ de SiaTedra(diH de Riiu].Coiale de Haro (duc de Friu).— CaracUre éleié de la lillératare eipegnole — Situation des lemmeieD Eipagae. — Hiière publique. Dteadenee de la monarcbie. Péri! dei eoloniea. — Aipect de l'Amérique néndionile. Rtebeue du toi. — Ggerre de Bu6iu»-Avre>. DéFaiteile lord Béreitord. — Senicet de don Alonie. Son retoor en Europe. — Coup d'oeil inc la ciTilliation amérleaine. Sei deatinéet.

( Toute la population de la capitale, avec ses eosUtmes si divers, ses fleurs partout étalées, son air de fèto , s'était {«'écipitée au-devant de nous en bénissant nos succès. A peine rangés en bataille sur la grande place, la plus magnifique peut-être qui soit au monde, le vice-roi était venu nous féliciter. Il m'avait déclaré sergent-major de la place de Mexico, poste fort au-dessus de mon âge et de mon ambition. En recevant ce prix de mes jeunes services, je jouis, pour tous ceui qui m'aimaient, de la réparation inattendue qoe ' m'accordait le sort ; je pensai à l'orgueil encouragé de Maléa! Je pensai plus encore à la joie de cœur de Harii- Ah ! elle pouvait se réjouir, en effet ; car tout était son ouvrage. C'était son épée qui avait vaincu; c'était sa croii

SUITE DU MANUSCIUT D'aIHHOA. 201

qui avait pardonné. Son image m'accompagnait partout, au combat, au désert, dans le contentement, dans la tristesse. La douce flamme de son regard était toujours ctHnme un fanal devant moi. <

c Une autre joie me fut donnée. Je trouvai à Mexico des lettres vainement attendues depuis longtemps; dans l'interraption absolue des rapports avec la mère-patrie , elles venaient d'arriver toutes à la fois par la voie des Ëtat&-llnis. La plupart étaient de la marquise ; il y en avait de Hatéa : je les lus toutes avec transport. Je passai de longues heures à les relire. Je fus frappé du contraste des billets courts et froids de la comtesse, avec sa conversatioa si facile, si brillante, si incisive, trop incisive peul-;ëtTe, tandis que Maria, toujours simple et réservée dans son langage, même quand elle cédait au naif enjouement de la jeunesse, mettait dans tout ce qui sortait de sa plume tant d'âme et de vîel Je compris bientôt qu'il fallait que ces deux femmes, qui occupaient si diversement ma pensée, eussent entre elles plus d'opposition encore que je ne savais; car des relations communes de famille devaient les rapprocher, et Matéa se plaignait d'avoir inutilement multipÛé les avances auprès de ma sœur. Masceur avait su repousser un vœu que je formais. C'était la première fois! De son cAlé, Maria s'afQigeait de n'avoir rien pu pour mon ra^^l, quoique don Manuel et Jaymé eussent entouré son retour de leurs empressements. Elle eut soin de ne pas parler de moi, tant elle se croyait sûre de tout obtenir. Je me réjouis de son silence. Jamais tant d'indignation ne m'avait animé contre les aibitres de nos destinées. Jamais non plus je ne sentis mieux combien Maria m'était ; chère et sacrée. La pensée que les regards d'un pervers en crédit pussent se fiser sur elle faisait arriver la colère et le désespoir au plus profond de mon âme. Elle me semblait aussi loin des vœux des hommes, aussi loin de la terre, que le ciel même où je la cherchais toujours. -

a Presque aussitôt après mon départ, elle avait pris possœsion de .sa nouvelle existence, oit tout lui était étran-

, ;,„- ,,C(K>'îl>J

902 tivfti ttblnliK.

ifsti m rieti ti'allttlt l Bon itteitr. t/hncleii gotivérfiëbr de

li Hinné né ttijt se diepëiiser de Ittt pc^r éau hoe^

Iti^ge. II ne partit qu'bH |)9Iissaht dè¥aiil IK flile de doU - Léonor. 11 )a contempla avec une étrarigé fltflidté. hëS tbàgrlns d'utie tnâHV«i9^ OMi^ei^Cë etâlëfit ëfopt^iHU bHt ton visage; des teKiôftli, trtë'dlVei^ p^ùl-èlréi le litmiest toi (iratiquei d'utlë miahrB àévài^nAl s'«U(it dotlHë M (A^M de fabriquer htiii et Jëur les «^oifêthl ttU pitUvre. BoB rsbot UtiutBlt plus d'tiii eblilie dfcAâ )S grdlléês^e , et l6 tflSfqbis «'indignait de 'rtAf dm JUan pârtagei'i âtëê des jiM^nâà^ dignes de t«spë<!tj Ih gloii>ed8»êtutc]ëUvfepié; Mrit iteai» HlmulAit pB9 ta dlspofiiitmt i cherehef »i lu) fê rttvîïàetit de la nièCe (Jft'U »tHH ftêrdâe. U» tflKthMfedJt, sôtiâ l'i^ U^inie de ht tefttii^^ &vfiif ba ima m dCéiirer ompuMét le chatfibeiid» tte itmuiH p8â qw ids beatt^n'M H'eitt df^

«e tomplDt, datis ua tempe oft II â'dvaK t:Ai e&dW« hiMKilH tin optitctit hétWOge, pofif augurer <t »« lll<l deë HiAlËsiies «t des honneurs. Les âOUpçotis dtt lOfftl Yi^tlBt^ tie reiiii pèchnietit pss d'Hlttiet' datt» se» «evetii ritnBge et i@ s^a^ veliii' de ledr Mêfë; L'ufl ^ l'eillti^ ^ liiotlU-ët^nt pi^ne ^fltemenl etitptvssés àUpfU OU tfl Hl»f(]trtfie < et qdtJlqu^6lle (lût pDTtëe â distinguer beïidt-oiip ëutte ëta, cite esëây^ delél^ Taire It tdll§ dettx le tfléme accueil. J'iiHèi^ ici quelqtieë pasàages de seâ letirëè. J'dltnsralg ft )6HI tt^Aserire.

H Prtre de meti »ew, doit Domingo k eu l'atteuUifli de

■ Me préstmter a la de t>"'< et de «isit^ nés patents sTec t ellei L'Ëxcelletitlsâinté comtesse a «édtiit l'ittlftf^iultloii

■ icu^tturs jDiitie et vive de mân père. U e«t vt-ai tfU'elIe t Itti a pafld des cHtfiptigtiës d'Italie fbrt M^ifeitt, et dé toi t toujours. Ëlieam^e pouâité le BOiti jHsqu'A neos ame^ I tier la Jolie eomieRite FePnMHditia que Iti M wiiiféti,

■ -i Hvee'deiekpreétiiohi4Htpet-tttettaient)eea«g()fe»lêfit^ui « fhTorablesi Doti Ltds, ieytl &. rDifianeiqbe ft éhû tge « Mtnfte4]iichevalierdesettrisadesitl'esiquetni{>d'

■,C(K>tjl>J

sDiTE m kAmfflcitiT o'aInhoa. MS

tt à f^tidte loiitea les choses à venir jMtàr dri pfSâMt e n ptesqtie pmit du [lassé; il Voit déjà t«<reili9 dé U ^rân> t tiesse les éeMi etifatits dont l'entrée dans le monde était I pour lui la tourcé de idiit d'atllères pensée!). Au rist}ue

■ de l'Aflligert je ne puis consentir à sot-tir d^ Ift retraite ofi f je vis, même pour cultiver ses illtlsions.

k En attetidunt, don Domingo me Ait une vhdle cbur

• dont je lui saJB réeilëmcilt gré: Ses assiduités sdnt (*«lleB f d'un vieillard simple, francj plein de verve et de drour.

< }'ei deui clievaliers ^ui tiendront à distancé j j'espërd,

< ceux de la cour et du monde. Il8sont,-Ën raitd'ot^niOrtSet

• de manières, aux antipodes l'un de l'autre. Vautre eât t tnoo père. Il me traite comtile une grande dame dent il

• viendrait de rslre la déwuvert«. Tu apprendrais Ift <%

• qu'étaient les manières d'autrefois auprès des fenlmeë, si i tu ne pouvais déjà t'en Taire 'une idée par tout ce que flous t avons Vu et admiré tant de fois (te mb révéï^icieuk ( fltnovir pour doSa Leonor. Sur le théfltrâ ob nous SOirh c fflesj car malheureusement on ne petit que trop employer f ce niot, don Luis Offre Un mélange charmant, dSti-oh

■ le traiiTer excéwif, de déférence et de dignité, dé bonne

< grâce et de respect. On y sent le dernier reflet de cette f galanterie religieuse et intrépide, qui B été le fond du ( caractère et de l'histoire de la nation espegRolf. 11 n'y t manque que l'héroïsme d'autrefois, et cela forcément : t notre t«mps y prête si peu ! 0 mon ami, j'aurais cessé de « penser tout haut avec toi, si je n'avouais qu'il y manque t poor ta Maria quelque chose de plus. Mon cœur est w ( dinicile à contenter qu'il aura toujours trouvé à rcdlreà

■ In tehdrestie paternellej dans la grandeur comme dans la

• médioerité. le me plaignais de trop de froideur. Je me

< plaindrais de trop de courtoisie aajourd'huij st j'osais I t 11 me sentble que mon père n'a pas le droit d'être si poli « avec moi. Tu sais sa masime charmante qu'on doit sC tnon- « trer à cet égard aussi attentif pour la famille et les aifils « que pour les indifférents, avoir la tendresse de plus et

S04 UVRE HUtTIËME.

< non pas la civilité de moins! je ne puis m'empècher de

< trouver qu'avec moi il la dépasse. A mille nuances inex- « primables de ses soins et de ses empressements, je suis « près quelquefois de me jeter dans ses bras et de lui

< dire : parce que votre enfant est grande d'Espagne, ne la « traitez pas comme vaip étrangère !

< Don Domingo a entrepris mon éducation. Il prétend me c donner des idées politiques; s'il réussit, j'essaierai de

< lui en donner de chrétiennes. C'est là un de mes cha- « grins, de voir combien le siècle abjure la foi de nos pères.

< 0 mon ami! ta Maria te supplie de ne pas bannir Dieu <c de tes pensées. Laisse-lui l'espoir de te retrouver dans K un monde où il n'y a plus d'exil. Je sens mieux chaque « jour combien, dans celui-ci, tu étais nécessaire à ta triste i sœur. Les distances qui nous séparent, les liasards que H tu cours, ces idé^ me désolent au théâtre, au palais, « partout où ton image vient s'ofTrir à moi , et elle est c toujours dans mon cœur! Que sont devenus les jours de

■ notre enfance, quand nous gravissions ensemble les cimes c aiguës, poursuivant à nous deux, dans l'infini de l'espac» t et de nos idées, les mille sujets des doctes, des délicieux

■ entretiens du soir ? Hélas, nous nous promettions de tra- « verser ainsi, unis l'un à l'autre, ce monde que nous ne c connaissions pas! L'arrêt du ciel a trconpé tous les vœux « et tous les pressentiments de notre premier âge... Maisdu t moins que le ciel même ne soit pas entre nous! La roule M nous sépare ; que le port, un jour, nous rassemble ! laisse' «• moite le dire: je fais bien des neuvaines pour ta vie; j'en c fais plus pour tes pensées, pour ton cœur, pour ton « âme, pour ton salut! Seraitril possible que l'un de nous c deux s'exposât jamais, par les manquements, par les en-

< tralnements d'ici-bas, à ce que nous devenions des étran-

< gcrs l'un pour l'autre, dans la vie qui ne doit pas finirTi € Plus tard, après m' avoir raconté l'érection do royaume

d'Italie par Bonaparte, son couronnement pompeux de Uilan, la réunion de Gènes et de la Ligurie à la France par

C3.l:.-:ij,CiOOtjl>J

SUITE DD NAKUSCRn D'AINHOA. 305

décret impérial, au milieu de la paix du continent, enun mot toutes ces surprises de l'Europe plus vaincue que résignée, toutes ces représentations monarchiques de révolutionnaires dorés sur toutes les coulures et plus fascinés que convertis, elle me parlait douloureusement du monde et d'elle-même:

( Le marquis s'attlige, avec une boulé paternelle qui tt me va au cœur, de la secrète tristesse où il me voil,etque ( malheureusement je sens croître chaque jour. Il la devine f à travers ces éclats de gaieté que tu me connais et qui

< prouvent, en elTet, si peu, qui deviennent d'ailleurs cha- « que jour plus rares ! Il me mène beaucoup à la cour, K et tu vas juger de la pente de mon esprit, quand tu n'es f point auprès de moi pour me guider : je ne jouis pas de ce « spectacle, malgré son éclat et sa nouveauté ! Serait-ce que ■ je ressemble au doge de Oënes!^ Non, ce qui m'étonne le

< plus, n'estpasdem'y voir, mais de voir et de comprendre f tout ce qui est venu si promplemenl attrister mes regards t el mes pensées. II en résulte que j'ai le tort de moins sonn ger à tous ces soleils de puissance et de gloire qu'on me ( fait contempler, qu'à Dieu qui est plus haut et à notre t malheureuse Espagne qui est plus loin. Je conçois main- H tenant les vœux si communs do régénération publique;

< c'est to dire, ami, que bien des choses m'humilient et

< m'épouvantent!

< La Sainte^Trinité m'est témoin que j'allais au palais, en > sortant de notre vie solitaire, et que j'y vais encore. Dieu ( merci,aYecun profond sentiment de vénération etd'orgueil. ( C'est une si grande chose que la vraie royauté, dans une n monarchie sur laquelle le soleil ne se couche pas! Je sens I si bien que vers ce faite du monde espagnol s'élèvent I les regards, non-seulement de la vieille Espagne, mais f de tout cet hémisphère où lu erres et où tu combats, ceux K de tes soldats, les tiens, mon frère! 11 me semble ainsi ( me rapprocher de loi, comme quelqu'un qui visiterait le t soleil pourrait se croire rapproché de tous les mondes

flOO LivM numixB.

k qu'il éclaire el qu'il goUTertie ! Une chose m'énieilt) d^

■ notre enfance a été instraile à s'enQi^eillir, qui fait t battre au même degré les cœurs espagnols des deux bé>

■ misphères: la pensée d'âfoir pour maîtres des Bourbons, « les preffliers genttlshomdien, les premiers eheraliera, lés « premiers rois de l'univers, les plus dignes de tenir sous

■ leurs iDJs tant de foyanmes ! C'est bien réellemeot cfue je « ocmsidère dons les fils de Blanche de Castille et de tant

■ d'infanlès, les successeurs naturels de la lignte, tHip Idl « interrompue, de Ferdinand et d'Isabelle. Mon oœUr, de « ce cOtéi devrait donc Être content, d'autant plus que nous « avoOB le bonheur de retrouver dans le rbi , natre sei-

■ gneur; tous les sentiments digneë de sa éouronnél... t Pourqugi faut-il qu'il j ait une 6mlire à ces si^etideurst i urte ombre ittipoesiblB à ignorer T Et cela dans uU temps

* 0(1 les périls que la royauté a courus; les sacrifices qu'elle t a traversés lui eommandaielit si haut d'tqouter le poids 4 de ses terluB S lu dignité de ses épreuves, ne fàt-ee (]ue I pour relever et aff^mir par le respetit pdblic oe moei<-

* doce des rois qui est st nécessaire au moUdej tnaÎB qui t comprend tant de devoirs envers les hommes I

« Ce dont ta sœur jmiit beaucoup, c'est de contempler i autour de soi tous les grands noms de la patrie Espagnole I i Ma fierté naturelle de Castillane s'accroît h la pensée de

■ loulce qu'ils représentent devictoires,detrailés,degrandes fi actions. Uhe beauléde la monarchie que je vantais hier. t & lion Domingo, mais qui échappe aux esprits phïleeo- « phiques tels que lui, et aux ânies vulgaires comme la foule,

* est précisément de rassembler aupi^ du souverain les M grandesexistences qui sont l'image mënieetl'bistoirad'un U peuple.Mon courbât de retlcotltrerdanstouscesseignairs 6 graves et dignes, dans toutes ces femmes si souvent eharti titantes de grâce et de beauté* des Hendoce, des SiUa, des

* Guïman, des VelascO] des Carbajàl, des Guttierrez, des fe Zayas, des Cardone, des Aguilerai des Toledo» tant de « ttial^ns qui sont depuis des siècles la force etTI

SUITE DU MAHUSCRIT D'aIHMOA. 9Bff

M éeiatm pays. Je ne saurais te dire quelle était mon émotion . u dans les premin^ temps, lorsque, demandant le nom des,

■ inoonnus qui m'entouraient, pn m^ri^pondail, un jour: « lesâucsde Uédinargidonia, ije HedinarCtBli, d'AIhuf qiterque,delParque,dfiHijar,deVeraguas,deSai)TCarlos, « 4*< SotaniayoF, de Berwick et d'Albe; une autre foi», les

■ marquis de la Conquiets, de Cérslbo, de GuudalûasaT et t tfiiis 1^ autres. J'aime que les ^nds Hnâoes anciens et

• Qouvaaiu laiaul là confonclus; que les descendants de c Christophe Colomb et de Piiarre, hrillenl h ce Taile de 1 l'illustration, comme ceux de Conzalve de Cordoue et de a Fernand de la Cerda. Mais, à présent, je comprends trop « bien ton regret de voir la vie de cour absorber tant de

■ ^an^fuva, et notre pays n'avoir qu'une noblesse ciHnme « la France , au lieu d'une aristocratie comme Venise,

f Rome, l'AngleterFe, quand elle a des noms Itlrës par la ■ « gipire nationale, point par )a faveur, et aussi popua I^fres que glorieui parc^ qu'aucune révolution n'a brisé

■ leur aseeadant. Pourquoi les plus simples devoirs res-

• (apWils l'unique emploi de tout ae qu'il y a dei pern UKinages illustres, quand ils pourraient concourir à K l'exeroioe du gouvernement, au ooramandement des ar-

■ niées, à la garde des fuéros, des lois, des finances, hélas I

■ des mmurs publiquesï Ces réQexiona mettent le trouble- I daqa mes sentiments -et mes pensées, Vierge §aîntc! H n'eatrce pas un tort de faire sortir une tristesse de tout ce t qui pourrait charmer ou au moins distraire mon &me1

K D.Oaorio veut dissiper mon eimui bon gré malgré. U « a soin de me mener régulièrement aux eorrSde*. J'ai t TBÎneli, pour lui plaire, l'hcffreur de ce sang, de ce carj « npge. Je nâ puis vaincre ma surprise et ma fatigue de a cette foule, de Des transports, de ces airs et de ces cris < de triomphe pour si peu. Aveo tant de bruit, je voudrais

■ plus de gl<nre. J'ai ie travers de porter tout mon intérêt

• sur le malheureux taureau. Je no sais qu'admirer et fl plaindre net animal supeite. alora que, malgré sw eour

E08 LIVBR ULITIËHE.

{ rage, malgré sa force, il va succomber sous les coups I d'adversaires dont aucun ne pourrait lutter contre lui . I corps à corps. Tout un peuple, dont hier il labourait les ( champs, s'assemble aujourd'hui pour applaudir sa lente ( agonie. Cette pantomime cruelle m'attriste et me blesse ( comme une image trop vraie des combats que l'ingra- [ titude et l'envie livrent au talent et à la probité.

« Nous allons souvent au tbéfttre ; ce sont d'autres joutes t et d'autres aventures. J'ajourne à un autre courri^ le t plaisir d'en causa ensemble.

• Encoar, jaiUdlïOS.

( Puisque la guerre et les m^^ nous séparent , je vtm n me faire l'illusion de reprendre avec toi l'un de nos

> principauK sujets d'entretien , quand m<Hi père nous I lisait nos chefs-d'œuvre , que ma mère nous les ohih t mentait au point de vue de ses grands hommes, et qu'«i

I reprenant tous deux son cours de littérature française à

II propos et aux dépens de l'art espagnol, nous finissions par I nous avouer en même teiiips qu'elle nous avait charmés et I non convaincus. Maintenant, mes impressions sont plus

> vives mille fois, peul^tre parce que j'ai des années de I plus, peut-être par la nouveauté et lamagie de la diction, ■; du jeu, du spectacle, des spectateurs, aussi transportés t dela/euneiM du Cid que duFandango etde la Coehucha: n comment dire plus? Je veux une fois te conduire aux t seuls lieux profanes où j'aie passéde douces heures, et dans X la seule société où il me semble par moment que la tienne I me soit rendue. C'est au théâtre deia Crus et à celui (faj

■ Principe ; deux noms que j'aime comme des 'symboles ; car

■ là certainement on sent profondément ce que la croix t et le prince sont pour des âmes castillanes ! Tu n'es

■ jamais allé au spectacle , m'as-tu dit , dans ton séjour K de Madrid, par la tristesse de notre séparation? Prends K donc place au baleo» de Maria : tu la consoleras des

SUrrE DU MANUSCHIT d'aïhhoa. 209

f regàrdsimportunsqui s'attachent sans pitié sur les f^nines,

• J e me persuade quelquefois que tu as quitté tes déserts ,

■ que l'hiver des tropiques t'a ramené à Mexico, et qu'en ( . effet, nous faisons en même temps la même découverte et ( la même étude ; car c'est un des titres d'honneur du c peuple espagnol d'avoir instruit le Nouveau-Monde à

< ctnnprendre et à aimer les plus rares créations de l'esprit « humain, en semant, d'une extrémité à l'autre des Andes c et des Cordillères, vingt capitales où le théâtre commu- ( nique tous les soirs à tant de peuples nouveaux l'une des 1 plus nobles et des plus belles littératures qu'il puisse y c avoir sous le firmament. La littérature espagnole est ainsi

■ le charme et l'orgueil des deux tiers du globe ; elle exalte c les àmesdepuislesBaléares jusqu'aux Phihppines. Quelle

< autre eut jamais de si vastes domames î

< Ami, tu vois déjà que tu as des rivaux dans mon cœur! c L'audacieux, l'inépuisable Lope de Vega, le fécond , le « noble Calderon de la Barca, Guilen de Castro qui eut là

■ gloire d'inspirer Pierre Corneille, Moreto, si gracieux c et si élevé, Tirso de Molina , quelquefois si heureue sèment créateur, me charment, m'exaltent, ne me « laissent qu'un regret, celui de Ion absence. Il me semble

■ qu'avec toi, je me complairais doublement parmi ces c grandes Scènes et dans la société de ces grands esprits.

• Toutrancienrépertoire nous montre nos poètes si hardis, € si inspirés, si dramatiques! tant d'honneur et de généro-

< site, tantd'audaceetde chevalerie, respirent partout dans

< leurs narrations, dans leurs chants, dirais-je! Ils sa-

■ vent si bien nous redire avec amour les beaux traits de « nos aïeux ! Ils les font revivre à nos yeux avec tant do « vérité, d'àme, de pensée! J'ai le cœur si fier en les « écoulant, fier à la fois de tous ces siècles qui ont fait do c si grandes choses , et de celui qui les a si glorieusement « célébrées ! Arrive-t-il dans les théâtres de la nouvelle «t Espagne, comme je le vois malheureusement dans les nA- « très, que ces créations grandioses et ces patriotiques sou-

SIO UVRR BUITI^B.

% veoirs raient place la plupart au iempa, k U foule éei

< porapoutions isodemes , pÀles imitaUons du th^tre de 4 France'où manque lalwgli? de Corneillai de Raciae, de n Uolière, et qui, n'ayant rieu du génie ^pagnol, n'an\ c rien pflii plus du vrai génie françaisT

■ Ma vaère qe comprefid pas que j'aie contracté a^f: M vive t passioii de noire ihéâtrq natioaal. N'est-ee pa^ avwt c eimplement celle des grandes cboiee et des graeds a liompieB? J'en suis sâre, mon Aleuso, loa ç^aur b»t avec « le mien, i ce double merveilleui des nQl>lQs aclioiis et des <t nobles eentipients qui remplit la scène e^tilUm- Je 1D9 f persuade que la popularité uqiverselle i)'a ipanqué à de* « couvres si souvent admirables, que parce que \tt ^ui « p^rt pe saut pas ^raduit^s, comme elles devraient l'Être,

< dans toutes les langues. Ûais pous, Espifgpolp dep Deux n Mondes, ciHnment ne pas pous y attacher de taules les

< forces du cœur et de la pensée? C'est le génie p^agnol

■ lui-même, C'est notre histoire , où jes dâu inilta cinq f cents pièces de Lope de Vega, les sis ce^ts d^ Calderon, 1: nous retraçant d'un bout à l'autre tout ce qu'il y a de ç passionné, de chevaleresque, d'héroïque, de terrible dans c nos annales, depuis les temps de Récarède et de Wamba c jusqu'aux nôtres. Et, ce qui me charme, e'est que lou?

■ jours l'esprit du poêle soit en quelque sorte de DOirt * pays, plus enoore que les grandes tlgures qu'il met ea « scène. La religion) la patrie, la vei^geance , la vengeance s fille de l'honneur, animent et exaltent toutes les aitua- •I tions e\ touti^s les paroles. 1^ génie de l'aventure abonde, ç partout extraordinaire, partout épique, parpe que c'est le

< fonds du caractère national et le vrai ressort de tous la

< travaux de nos pères. Quelle autre nation a poursuivi une H aventure de sept cents ans comme la guerre des Maures, o« ft des aventures de héros et de géants telles que noscampa- « gnes d'Italie cl des Pays-Bas, nos conquêtes de Naples et « de Sicile, nos expéditions et nos établissements d'Afrique, % notre découverte d'une moitié du globe, ce ren^erseineat

SUITE DP UIUJBCRII D'aIKBOA. Itt

a du trànfl àm At^ec^ et de celui des Inoas par ( tpifil^u^s f^enàeiirs d^ npndes »% de péFils I Kqr grandi) f ffuiwrs w RWt fmpirés de pes p^vcoin ini»HnparaT 1 j^ , et imir m^ite & m» yeDs bsI< de me fBir« bien

t çoffîttf^qodr? qu^, soute^ pQp Is foi et l'ép^i )â CastiUaq f ^t ^c(»iFnnU Untr lie ppodigea,

fi Unfl autT9 (i)}£ise in'9 été séréléfl par cas vivants ta> I lileaMX i ih m'aijt expliqué que je peuple qui 9 p^ Paver et f meq^r k 'Rn de» piipses si aupérie^F^P k Irpulep celles d« ti l'^tiquité, 9pit lyinque dans ses éerilg cquime dans ses % npli^m, qu'il porte ça p^raetère dans tpus )PP travaux de « la peas^, û»m l'Itistt^rg corame. à^m la tragédie, dans p l'é^pôe ÇfHWne d^ne l'hymne et les rfliuBuœros. Ia lene V <Ii)i A prj>di)it t9i)td'eiitrppria^l)éFCHqueaettantd'l>éroÏT « f|itp« p|iev^li^rs piTre d^ si étranger particujafitis ! t^lle fç #'e6|, honorée d'us ^ç^erdpp^, épri^ des leUrps pomme de g |a &)i, et st^ilifoe par )')iistp)r@, par 1^ itoésie, par le ttî^ire i misfii lueif que p^r le poqtificat, le gouvernefpeiit et Iç 5 ffiarIjTe I ^l)e a eu la fortuge dp pqrt^r une notilease esclave « 4b rbpqnpur autant que nulle aiitre, et ardente ^ rechtTf ch^ i^^ p^mps de l'esprit el du e^vpir dans-tout le cours f des sièclee, pon moins que Ips trioiq^es de la croit et ceux «t 40 U guerre ! Un tel pays devait trouva dans son sein les ^ premiers lyriques des temps ipodernes : les Herréras, les « 3p|i8, les Rioja, les Qongora, ces soleils du monde, a-t-op ? Ait longlemps, auxquels ii faut jpiiîdrp nécessairement « tQOB nos grands tragiques. Çart asrtu pris gard^ pomme ^ l4Wgp)è|entl*ode, lepantique, une sorte de cliantinvolonf tflire, ail tissu du drame ! Les chœufs de Itacine, quelques f allées dP t^rneille ont imite pi) beaux vers ce type essonfi tiell^ntPilt espagnol, m^is s^ns avoir fait école et ^ana pév a^m 4aas le sept^fAent put^lic. Ab ■ p'i^st qu'il fallait à ce « ge^reeinliousiaste les naturelles et aiidanieu^ allures de f Qf^re f»médie de cape et d'épéel II y fallait nos fn^iBurs I et; nos proyauepa; il y fallait nos amours profonds et U lerrit)les, q\ù s? paisissent de, l'Âme entière pour y régner

[•„i- j-,C(K>tjl>J

212 LIVRE HUITieNB.

« jusqu'au delàdu tombeau, l'entraînant à tom les excès du

< crime, ou la conduisant par la vertu du sacrifice aux félicî- H tés du paradis. 11 y fallait, par-dessus tout, nos rois, nos « grands, notre peuple, ces sombres et ilers courages qui se ( précipitent dans tous tes dévouements, non pas parce que « c^est écrit, comme font les compagnons de l'Abencerragc,

< mais en vertu d'une foi aussi absolue en étant plus a sainte, c'est-à-dire, parce que Dieu le veut : Estdde Diàs ! « Il y fallait enfin l'&me de notre nation et le ciel duTage. « La poésie lyrique est nécessairement froide et p&le, elle « est dépaysée partout ailleurs ; et je sens dans mon cœur « qu'elle devait s'épanouir et régner au soleil des Ëspagnes.

« Ce que je ne comprendrai jamais de l'esprit français « qui a tant de nobles cordes en commun avec nous, c'est H qu'il ait répudié la comédit héroigae, qui me semble le K fonds de la vie humaine prise de haut , et qui par cela n même remplit notre théâtre. Je vois combien j'étonne ma « mère, en lui montrant la véri(é unie presque toujours k « lahardiesse, sous lamainde nos grands radtres; car,dans M leurs compositions, la comédie, qui tient tant de place n parmi toutes les choses de ce monde, se mêle à la vie des

< rois sans les faire jamais déroger, et la-tragédie jaillit des ( scènes de l'esistenee commune, sans rien perdre de sa « hauteur de vues et de langage par cette application nalua relledesesdeuxgrands attributs, la terreur et la pitié. ]'ad- « mire, je l'avoue, ce qu'il y a de puissance et de fécondité ( dans un genre qui met le monde sur la scène tel que Dieu « l'a fait : c'est-à-dire, le sombre et le comique, le simple et R le sublime, le peuple et le roi à c6té l'un de l'autre. Hais « je m'en rends bien compta : ce qui maintient ce genre ex- « cellentparminous, c'est lafacondontilestmaniéparuue « nation au génie ferme et noble, qui descend quand il le <c faut et ne s'abaisse jamais. Le caractère de ce génie, « croyant et hardi à la fois, est de n'abdiquer nulle part la « dignité native de l'Espagnol. Il ne dégrade et ne flétrit « rien; il élève et ennoblit tout; son rire mime sera celui

r:„i- :i-,G00tjl>J

SUITE DD MANtlSCHlT D'AÏNHOA. SI3

« de Quevedo, de C«TSntès et de Horeto. Le fonds est sé- € rieux , la forme digne, la vue élevée. On se sent dans les a hautes régions ; on y vit par les sentiments, les pensées, « le but, et alors il est tout simple qu'on ne s'inquiète pas • si l'auteur se renferme, slriclement ou non , dans des « règles qui doivent surtout avoir pour objet de défendre c l'art contre ses déchéances ou contre ses excès. < C'esi là précbénient ce qui me platt dans toute noire

■ grande littérature, i;elle qui s'étend de l'époquedes roman- « ceros ou de la prise de Grenade au règne de Philippe IV, à

< cette ère des peintres, des poètes, des historiens, qui

< commença la gloire du grand siècle, égalem«il ad- I mirable des deux cMés des Pyrénées. Le double métt rite de l'inspiration et de la dignité, de l'audace et de « l'élévation n'y manque jamais. La muse espagnole est « toujours chevaleresque par le fond, royale par la forme, n On sent que l'écrivain et l'auditoire sont une même race « intrépide et altière. 11 n'y a pas de roture dans les idées ou « 1(1 langage du poète et du prosateur, plus que dans les sena tiinents du puUic. N'est-ce' pas parce que tous ont tra-

■ veiï^é les mêmes épreuves, affronté les mêmes combats, € servi le même Dieu, espéré au ciel la même couronne? Nos

< écrivainsontétépresqucinvariablementdesguerriersjdes « ecclésiastiques, des hommes d'État, des grands seigneurs c du plus haut parage, les vrais chefs de la société espagnole

< avant d'être ses int^prèl^, ses modèles, et, comme on

« disait autrefois, ses demi-dieux. Nous avons eu une lit- .

■ léralure, la plus belle que le monde ait possédée jusqu'à a Louis \1V, et nous n'avons presque pas eu de gens de let- « 1res, c'est-à-dire d'hommes faisant leur état des lettres, en « vivant, n'ayant pas d'autre carrière, pas d'autre horizon, « partis de loin et ne pouvant aspirer haut, exposés par c Ta à tourner centre eux-mêmes ou contre leur pays l'étin-

< celle qui était en eux. Le marquis de Villena , le mar-

■ quis de Sanlillane, le marquis de Santa-Cruz , te due

< d'Albe (don Antonio), sont les plus grands personnages du

9li UVBB HUITlfelU.

■ royaurqe. Ils oqt m en Qiain les plus grvids eommaader fi iq^nts et les plus grfttideB alT^irofi, Cervantes , Ercilla, « CarcilasEO de la Vega sont HfiS gneiriers béroïquas. GaFr « cilasâu négocie eomme il cdtnbat; Lope de Vega sert f sur l'Armada et entre dans l'Église; l'Église nous donne H )es Calderon, les Horatp. lea Gwgpras, les Rioja, presque

■ toute notre poésie at loiit niHre tltéâtre , comme elle « enranle la plupart de nos savanla, de noe historiens, de

< nos homnias d'État. Çesl une rare faveur d^ }a Frttvb- « deni» qua la noblesse et le sacerdoce aîen^ topîoiu^ vpulu « |narçl)er à ja té^e ^e- la nation par \b» lettres, aiitMit que « par les emplois ou par les arpies, Fapt^il ^'étoimef que

< les IptUes pariu) ^us ne soient ni aptj-aociales, ni im-

< p|es, ni vulgaires , qti'il n'y ait, par suite, qu'un es^ % dans )a nation, que notre peuple ^'ait pas été aXTonipu, « qu'il n'imagine pas de séparer dans ses respects les or-

< dres, les corps, les plasses de l'Ëtat, tout ce q^te Di^o a « si fiHtemenl uni ! 0 mon Alonso, toi, )e seul ami avec qui

■ je puisse m'abandomier au cours de mes pensée^ daqs la « confiance inSnie et le secret impénétrable de nos eSusion^ « réponds-moi : ai-je ttwt de penser qu'un peuple ijui, par u ces glorieuses particularités de son histoire, aime MUwe « les grands, respecte le^ rois, dit : ^ Majesté le Saint »t Sacrement, fait ses promesses parles sept plaies de ff^grer s Seigneur et en conséquence n'y manqife jamaJsra eq«)re

< devant soi de grandes destinées! Penser k loi toujours me i( fait agiter toqtes eep idées. Je suis conyainpoe que l'âme de K nos graqds hommes est toiyours dans la natiqn, et qu'au Il premier péril on verrait l'espagnol se réveiller, jeter des H flami}iea, périr qn vaincre poiir Diaii et la patrie.

«Un mpteiicore! unechosequ) m'est ifouvelle et quisou^ f lève en moi de vives émotions, c'est la beautéi de wtra •I langue parlée tout haut. Je pe l'avais entendue qu'aui H humbles prànes de notre vieus curé de la Cabrera, et soui f la voûte de notre chétive église. La chaire et le théâtre me « 1^ font mte^x copnaitre. Comme notre If M^Mufe» elle nw

SUITE DU tfAROBCRIT p'aINROA. SIS

< sembteraitGpbnrleshéros,lespoêtesetlealt>i9.QuGl1cma- ( jesté 1 quelle hannonie ! Je ne puis m'eipliqtier aut treoieiit que par le châtiment de la tour de Babel pesant R encore sur le monde, que ce magnifique Instrument, si I plein, si di^e, &i retentissant, ne soit pas la langue prin-

■ dpale du genre hunlain. Je me dis ce qu'elle était dans

< nos tieilleâ Uirtès, employée par les grands à redresser k aTfté respect les fautes des fois et à assurer l'hànnent de « la tiftlîoti. Elle a été trempée exprès, semble-t-il, pour ces t nobles débats qui faiâtiient l'office, sfins choc ni meurtre, « du justicier d'Aragon. Tu ne t'étonneras pas pourtant ai « ce que j'aime le plus de notre magnifique langue castr Ullaoe, ce n'est pas sa pompé, sa splendeur, ses grands t sotie qai saisissent et émeuvent comme l'orgue de nos cat thédraled, mais sa douceur égale h sa fierté, mais son art & € dire la tendresse, sa multitude d'expédients pour exi^îmer ti les nuances les plus délicates du cœuf, sa richesse ihépuit sable de formules, de diminutifs, de tours choisis, qui font (I arriver à l'âme de cent façons le cri : Je vous aime, soit qu'il « s'êlanfcedu cœur de Rodrigue et deChimène.oudecelui de la il Mère, de l'amlidu frère,de la soeur, j'espère! Comment tra- K duire seulemetlt dans une aUtre langue, même universelle a corriitli! celle de France, cesfflu^Mfo et ffiujrMfa' échangés « SI iiaturelleniënt entre nous, et qui font nos délii^csî Doiia M lionor répond à cela que je suis viefUe Espagnole plus

■ qtie lés sept ittfints de Lara, ef je l'embrasse en français K oU eh espagnol, à son choix, pour terminer le différend.

n Eu tout, mon ami, je coniprends qu'avec lant d'heu- « rteux dons de la Providence, nous ayons marché à la têle f du nionde depuis Ferdinand et Isabelle, c'est-à-dire de> « puis rétablissement de l'unité espagnole jusqu'à ces jours a ttrillants de Philippe IV, sitôt suivis des incomparables (t splendeurs de Louis le Grand. Je conçois moins bien que <i le rare essor de la France et même la perte de quelques

' Trte-nilèn, tirft-mienne, trèà & moi,

r:„i- :r-,G00tjl>J

216 uvRE HumiitB.

c provinces lointaînes aient suffi à nous ravir notre etnfHre.

■ La pensée de celle éclipse, que je veux croire passagère, « est un poids d'airain qui pèse sur mon cœur au delà de ce

< que je saurais dire.

c J'espère que nous avons louché le fond de ce déclin. Je R crois voir des présages rassurants. Pour ne pas sortir da

■ thé&tre où je devrais me reprocher d'avoir retenu si loi^~ c lemps un vaillant émule des Pizarre et des Cortez tet que n loi, je te dimi que déjà quelques contemporains prometa tenl des jours meilleurs. Notre ingénieux Moratin mérite « loule la renommée que tu lui connais. On parle bean- « coup du jHMchain coup d'essai d'un trè^jenne homme, c àfm Francisco Martinez de la Rosa , qui m'intéresse € particulièrement. Car, en attendant l'ouvrage, j'ai m ( l'auteur. Il est à peine plus &gé que toi. Il porte dans le tt regard ce rayon des hautes destinées qui ne troaapc pas. ( Il a tes sentiments. Je suis sûre que vous aurez la même « carrière. La sienne ne restera pas enfermée dans les lettres « plus que la tienne dans les camps.

« J'ai vu en même temps deux autres jeunes gens des

■ plus grandes maisons , qui m'ont aussi ravie. L'un est te c comte de Haro, héritier des ducs de Frias, l'autre don

■ Angel de Saavedra, qui a bien des chances de devenir duc

< de Rivas. Celui-ci a seize ans k peine, l'âge de Lopé de « Vcga, et il écrit déjà avec talent. Le poète inspiré, l'au- H tcur tragique, le grand cœur se révèlent en lui comme

* dans son ami. Tous deux ont cet air inspiré qui tn'^frap- « pée si anciennement chez un autre jeune homme, que Dieu <( me permet d'aimer de toute la force de mon cœur. Aussi je

■ passe mon temps à les regarder tous deux et à les écouter,

• au risque, Dieu me pardonne, de me compromettre ! J'aime ( leur illustre naissance. C'est pour moi une consolation,

< parmi nos tristesses, de voir les grands noms se placer « d'eux-mêmes à la lête de ce mouvement de renaissance « littéraire que j'appellede mes vœux. Ah! jesaîs bien qu'il c en serait de même d'une renaissance par les armes.

SUITB DD KANUSCRIT D'aINUOA. 217

c Et, après t'avoir dit tout cela, après l'avoir parlé de mon ( enthousiasme, il me faut ajouter une très-pénible con- « Ire-pàrtie de cet emploi de nos soirées. Comment te « peindreàquBlpointlesinévitablesfa^nèffs'd'auiourd'hui « me fatiguent et m'étonoent ! Le noble plaisir du théAtre ■ est par là véritablement gâté pour moi. Tantôt les mots « les plus simples, tanlAt des saillies tout à fait incom- « préhensibles, excitent dans l'assemblée entière un bonf heur presque égal à celui de la danse du boléro. Je ne H sais point me réjouir de ce que je n'entends pas ; tous les « hommes qui sont avec nous me déconcertent par des le regards et nn air imperlinenls de surprise et de raillerie. H II n'est pas jusqu'à ceux de nos gens, qui achèvent de « l'emplir ma loge, dont le gros rire ne s'associe aux sai^ B casmes des cavaliers. Comment nos grands si illustres et c qu'on dit si fiers (entre nous, je trouve qu'ils ne le ( sont pas assez!) s'accommodenl-ils de cette familiarité « de tous les moments! Frey don Jaymé prend toujours c cet instant pour ses visites; ses plaisanteries sans merci

< Gl sans esprit finiront par me rendre insupportable mon « délassement préféré. Son frère, don Carlos, qui est habi- « tuellemcnt de la plus aimable bonté, n'a pas lui-même f pitié de moi , et j'en souffre au delà de tonte expression.

c Pourquoi donc, dans la sphère nouvelle où Dieu m'a H placée, rien do ce qui charme les personnes de mon • Age ne réussit-il & me satisfaire pleinement? Les autres

< femmes savent se sufiire sans le secours de l'étude, de I la lecture, d'un travail suivi. Elles n'ont même pas, t avec la sévérité du costume national, cette aflaire de « la toilette qui tient tant de place dans la vie française, « selon ce que nous conte ma mère. Le mouvement incesf s«nt des visites et les actes de piété remplissent sans c effort leurs journées. Moi , je ne sais pas me passer

' Petite pièce qnl complète tontes les TepréMnl allons. Des boulToa- AOies llewcieusu en tout trop sonTeut le principal mérite. J. 13

21 ft LIVKB HlimbMB.

« de nés oecupaUons [avwites. Il faut que lea ItTKt me

< fassent vivre aux dépens d'autnii. C'était aux tiena

■ autreiiHs! Sur mon jM'opre fonds, je ne recueillerais « que de l'amertuine, et je sena qu'avec la dispoMtioo

• de mon cœur, ce serait bientôt du désespoir.

( Que me parles-tu d'écrire, ami de mon ftmeî comment « celte pensée a-t-elle pu te passer par l'esprit? Nesai&-tu

• pas que jamais Espagnole ne l'a tenté. La grande sainte,

■ que tu me cites toujours n'a écritquedans le clottre,8ur la

■ théologie, bien visiblement inspirée; ta pauvre Maria ne « l'est point; elle ne mérite pas de l'être! elle ne sait point

■ assez vaincre son propre ceeur, se plier à la vie que Dietf

■ lui a faite. Le lia», mon ami, puisque tu y reviens « encore, est la plus faille des femmes; l'aigU n'a d'essor « que pour un moment et à tes côtés. Peut-être eussé-je

< pu aider au vol d'un autre; du moins aurais-je su en « jouir; mais saile, je ne puis que parcourir terre à terre la € route de la vie, et c'est au delà que je place toutes mes « espérances... Tu sais où j'ai placé, depuis notre première

< enfance, omhi ambition et mon orgueil. ■

Page 1