‹ Don AlonsoChapitre 26 sur 62 · IH · texte numérisé non relu

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< La tristesse qui poursuivait Uaria au milieu du monde nouveau où elle était transportée, passait de son âme dans la mienne sur l'autre rivage de l'Atlantique, ie me demandais avec inquiétude ce que serait à la longue pour elle notre afTeclion, dans le vide de sa vie, parmi tant de tristesses, sur ce mouvant théAtre. Cette sympathie d'une &me si. pure, d'un esprit si charmant et si élevé, était à mes yeux la plus inappréciable faveur du ciel. Un tel bien anime le désert; il prête sa magie aux plus dures épreuves; il nous donne pour guide une conscience extérieure dont l'appui fOTtîQe la nôUe, dont le suffrage a plus de poids à nos yeux que toutes les voix de la renommée. Ëtais-je digne d'une telle fortune et me serait-elle laissée?

« Maria brillait aAors- endtainée au diar de la faveur

SVITE Dtl MAiniMIttT A'aÏMHOA. Sf9

pM- eeax qui me retenaieitt dans l'exil. Ils pArUrent sur

elle les grâces de la rein«; le collier de l'ordre de Marie- Loniie vint la gurprendre. Les grands «e preuaient autour d'elle ; les femmefl lui enviaient l'honjniage des maîtres à» i'E^Mgne. Cet bommage appelait antour d'elle les respects de la foule. «La cour, m'écrivait don Carlos, ne lui connaît

* pas de rivale ; les dons de la jeunesse et de la beauté re* I haunent l'éclat de son rang. Elle est la plus brillante étoile

* de notre flrmament. Son regard, sa télé, stt taille otlt dei « aiiB de conunandement naturels et involontaires qui ren*

* dent plus sensibles sa bonne gritce et sa simplicité. « Elle a des Itiçons de rougir inefTobles. Dieu me par- ( àoaoé \ mais je ne sais pas me refuser, de temps à autre, c l« spectacle de ces troubles q»i viennent risibleuient

* d'en haut... si tant est qa'il y ait lii-haut quelque chose! t II sont là plus belle parure du plus beau front de l'uni* t ver*. Je n'avais jamais rien vu de si charmant et de si adoc rablel C'est une nouvelle connaissance qui me ravit. Le « meilleur de nos actes sacramentels', celui du tMaèlepré*

< dicateUr, ne fait pas honneur aux franciscains d'une seule c prédication qui vaille celle-lft. Bref, ami mup mio, nous

< avons tous la tète à l'envers. Chose étrange! c'est si na- ( turel, que les femmes nous pardonnât notre idolâtrie, « une seule de nos belles dames exceptée. >

« Je reconnus trop Matéa. Constamment reponssée de cette cour, où la marquise était environnée d'honneurs, elle impata la froideur de Maria lantdt à une vanité injurieuse, taolAt à une ambitieuse circonspection. C'était une grande injustice. Au même moment, cette Maria chérie me disait ;

cLe charme des grandeurs n'a pas de prise sur moi. ■ L'honneur et le devoir peuvent se trouver, mais non pas

' Sortes de plïfet rcllgleotes tilMt i«irrblab1es t dos >ncien« ffljri-

'tra.

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tSO ' LIVRE' KUITIËHE.

■ le bonheur, dans une région où le faste Uent lieu de I dignilé; le bruit et l'éclat, de jouissances intimes; te I moment qui s'écoule, d'avenir ; le regard d'un pervers [ puissant, de mérite et de vertu. Le marquis, dont les [ jours se sont consumés dans la nécessaire subordination I du palais, se complaît à multiplier pour moi ces pom- I pauses obligations. Je suis touchée plus que je ne puis le I dire du prix qu'il met à ma situation favorable dans un ( monde qui tient tant de place dans les c<Bursespagnolsl

■ Hais mon cœur, tout aussi espagnol, se soulève chaque ( jour davantage contre les hommages qu'il faut si souvwt « recevoir de ce qu'on méprise, et rendre à ce qu'on ne peut

< estimer. Plus je vais, plus je comprends mieux à quel

■ degré est poussé ce profond oubli des devoirs les plus

< saints qui m'avait si promplement surprise. Il ne fait

■ rougir ni les coupables, ni les flatteurs. Le contraste trop

< fréquent entre l'élévation du rang et l'indignité des pw- « sonnes, par suite le mensonge perpétuel du respect dans c un lieu où le respect manque forcément, ce sont là des

* tristessesdc l'âme indicibles. On y sent un affaiblissement « de la monarchie qui épouvante. Est-ce par représailles

* que la royauté, de son côté, ne respecte pas non plus ses « serviteurs, lorsque tant de gloires réunies sur leurs têtes et t une dignité personnelle qui a résisté à tout devraient les c rendre respectables à la couronne, pour qu'ils le restasu sent au reste desEspagnes? Je ne sais ce qui m'ofïense le « plusdeschosesillégitimesquelaissedeviner la souveraine,

< ou des choses légitimes dont notre loyal souverain étale « le spectacle dans ses accès de candide gaieté. Ce qui se-

■ rait invisible partout ailleurs, il faut que, debout autour « d H brasero royal, mes dix-sept ans n'aient plus le droit € del'ignorer! Voilà où on arrive quand les femmes ne

< sont pas comptées comme elles doivent l'être, et qu'elles

■ ne font pas quelques-unes des lois du monde qui sont de

■ leur domaine! Sais-tu que j'arrive à penser de notre vé-

< nérable et cher don Louis ce qu'il dit lui-même ^ plaisam-

SDITE DO MARUSCIUT d'aÎNHOA. 221

c ment du héros de Cervantes, quand il avance que la dérai-

■ son prétendue de l'illuatre chëralier a raison contre le pré-

■ tendu bon sens de son temps et du nâtre, en signalant « l'afrBiblissementdesvieiliesmaxinies et des vieux respects K comme la perte du monde? Les choses en sont venues à ce t que les égards se pressent visiblement autour des femmes, « & mesure qu'elles encourent davantage le blâme public : « c'est traiter mon sexe avec un grand mépris.

■ Te le dirai-jeT toutes ces choses, qui m' étonnent et me f blessent, me semblent un sérieux péril pour la société espa-

< gnole des Deux Mondes, à présent que je vois, dans notre « existence fausse et vide, dans la différence de notre éduca-

< tiOD et de nos habitudes avec cellesde la Bociéléfrançaise, c UD calcul réfléchi et de longue date. On nous permet une

■ écriture grossière, pour éviter aux hommes le fardeau des A soins domestiques; t'étudede laguitareet du clavecin, pour K endormir leurs peines ou réveiller leurs ftmes engourdies. « On neveutpasquenousnousélavionsau culte des arts, aux t délassements de l'étude, aus connaissances qui chdrmenl a la vie et l'agrandissent, qui font de la mère la première in- « slilutrice de ses fils. C'est une bien fausse politique. La « jalousie et l'orgueil peuvent instituer le désœuvrement des

■ femmes ; la décadence générale des mœurs et des esprits

■ est le fruit qu'on recueille. Vous ne pouvez réussir qu'en • vous corrompant vous-mêmes à rabaisser notre destinée, « à étouffer en nous, par vos discours et vos exemples, ce

' ( respect de soi sans lequel il n'y a rien de généreux, ni rien « de sacré. 11 semblerait que Dieu ne nous a donné qu'une

< mission, celte de charmer vos yeux ; qu'un attrait, celui t de la jeunesse et de la beauté! et, parce que vous flé- « cbirez quelquefois le genou devant ces dons d'un jour, ( vous nous parlerez de votre culte et de notre royauté! c Quel est ce culte profane qui ne s'adresse pas aux pré- « sentB du ciel dans lesquels se perpétue l'étincelle -de la « lumière divine? Quel est cet empire contre lequel proc testent notre conscience et notre dignité? Ah! ils ne

i%i UVIM HUITIËMB.

« savent pas nous comprendre ceux qui ne veulent pu des < compagnes égales à eiu-^nfones ; ceun qui mettent la p^- » pétuelle- profanation ou la perpétuelle imposture du sen- « timent le plus saint qu'il puisse y avoir sur la terre, à la

■ place de ce sentiment même 1 J'ose penser qu'ils ne oomt prennent pas mieux la destinée de l'homme que la adtre, c s'ib imaaieent qu'un puisse impunément amortir la nuHtié

■ des âmes que Dieu a faîtes, impunément éteindre la moitié « des inlelligences qu'il a éclairées de sa lumière, chez un

■ grand peuple 1

• Quand il n'en était paa ainsi, le nom espagnol avait, c ce me semble, plus d'éclat daus l' univers. Alors, c'était

■ le bruit de nos victoires qui relentissaît par toute la f terre. Aujourd'hui, la marche rapide d'une aroiée fran- « çuse, des rivages qui font face à l'Angleterre, sur le Rhin « et au cœur de l'Autriche, la prise d'Ulm, si je dis bien ce « nom, ou toute autre bataille que gagne un étranger, avec

■ le sang de la Frauce, des Pays-Bas, de l'italie, d'un tiers « de l'Allemagne, sont la grande joie , vraie ou fausse, de ( notre cour et la grande afîaîre de notre nation ! A la vérité, « nous avons une part dans tous ces triomphes ! . ..C'est laçait tastrophe que tu vas apprendre, le sacrifice de notre flotte « entière qui a péri avec celle des Français dans les eaux de « Cadix, à la pointe de Trafalgar. Du moins, la grande Ar- « mada fut détruite par la tempête, et non par l'étranger! » Nous avons maintenant à enregistrer dans no»annalesua « désastre égal à la vicloiredeLépantel...

( Nos malheurs me reportent bien vivement vers le

« passé. La terre des Espagnes a été si féoonde en grands

u travaux et en grands hommes! Cette terre portail une

« noblesse si haute devant ses maîtres, et des soldats

u si redoutables à l'univers ! L'amour y était si élevé ,

K si tendre! Et maintenant elle semble glacée! Dis-nioi,

I mon frère, l'ère nouvelle que j'entends annoncer ren>

H dra-t-elle une âme à ce corps languissant de U mouaiV'

ft chie espagnole? Pour être chrétien, ne suffira-lril plus

SUITE Dtl lUKUSClUT D'aÏHHOA. tSt

* de respecter tes iiHes de l'élise en bravant les lois « de l'Ëvangilel' Les hommes cesaeront-ilfl de spéculer siir m les vices qu'ils ont et sur ceux qu'ils nous donnent 1 8'il c eo était ainsi, je m'erTrayerais moins des vœux que je K vois fumer da toutes parts ; car ja sens bien que la c tnisère et le scandale, au degré où nous les voyons, ne « peuvent pas fttre d'institution divine.

c Frère de mon cœur, toi-même me l'as dit ; Nous « sommes faites pour que tous les hommes nous parlent « de leur respect, et un s^il, quand Dieu le permet, de « son amour. Ne cesse pas de penser ainsi I Tu vaudras

• davantage, et tu auras une manière de plus d'être lieu-

« reux. Quelque jour bientôt peut-être, tu rencontreras

« celle que la Providence te destine. Quel sort que le sien, ( Jorsqu'ellese sentira si bien comprise, àla fois aiméeet res- ( pectée ! Que d'orgueil elle placera en toi ! comme elle jouira a de ta tendresse! Ah! je prierai Dieu, et son divin Jils, et a samèretroisfoissainte.qu'ellesuftlse à tant de félicité '....»

« Chaque lettre me faisait voir plus de découragement et d'affection dans le coeur de Maria. Quelques jours plus tard, elle me disait :

< Tandis que tu te plains de ta solitude, la mienne, c quand je peux m'y renfermer, est ma seule jouissance. • De toutes parts, on entend des voix qui crient : En-

< eor« un pew de temps, et Ninive sera détruit» ! C'eet « quelque chose de ne pas assister aux désordres, de ne pas f vivre parmi les hommes qui ont appelé sur la monarchie tt ce cruel anathème. Tu peux entendre parler de doulou-

< reux spectacles ; mais leur vue n'attriste pas tes regards ! € tu n'assistes pas à des scènes de désordre dans le palais f et da division dans la maison royale, qui rappellent le c festin rie Balthasar. On -y volt les signes manifestes ; on

< y reconnaît la main de Dieu, sans comprendre comment

< elle frappera, tAi\ bénis, bénis ton partage! tu auras le

224 LIVRE RDmËHE.

< droit et la tome d'agir, de servir l'Espagne, de concourir à

* sauver, j'espère, nos rois de l'abime qui se creuse sous leurs « pas et sous les nAlres. Moi, pour me distraire de ces peo-

< sées, j'ai mes lectures, l'altenle de tes lettres et les œuvres H pies, comme tu me le coosetUes si lûen. La douce p«ts- K sance de la religion calme mes alarmes. Mon esprit se c complet aux matières de foi, qu'on peut creuser sans fin, « comme l'éternité. Combien j'envie^ à Pablo le silence et

• la pnix du cloître! Que les épouses de Jésus-Christ sout

< heureuses de vivre sans distraction, en présence des « grandes pensée qui rendent plus faàle le passage de ce c néant animé à l'étemelle paix ; car la paix n'est, ami, que « dans le sein de la très-auguste Trinité. »

c A ce moment, Haria fut obligée de s'interrompre pour suivre la cour à la résidence de l'Escurial. Elle vit Pablo. Elle put juger s'il était plus heureux sous le cilice qu'ellemême dans ses liens dorés. L'un et l'autre n'eurent que la douceur de pleurer ensemble.

« Tandis que je méditms sur tant de graves révélations, dans ce séjour éclatant du Mexique, un orage gronda tout à coup sur ma tèté. Les autorités, les grands, tout ce qui m'avait prodigué des soins et des égards, ne me présenta plus que de froids dehors : il n'était pas jusqu'au grossier lepero, cet hôte demi-nu des rues de Mexico, qui, à mon aspect, ne cachât sa tête sous le lambeau d'étoffe de laine dans lequel il vit renfermé. Guatimotrila était facilement arrivée à la Louislune. Là, elle était sauvée. On sot qu'elle vivait aux États-Unis, tranquille, unieàdonCristoval, et, dans ce bonheur immense, ne souhaitant plus que le repos. Je fus accusé par des subalternes de la métropole, qui voulaient avancer, de n'avoir pas fait, pour couper l'arbre de l'insurrection jusqu'à ses racines , tout ce qui avait été dans ma puissance. On voulait que l'Europe me demandât

SUITE. DO MAMDSCHIT D'AÏNHOA. 2S5

compte du sai:^ de ia jeune Indienne que je n'avais pas immolée, bon Isidro était compris dans ces censures, et je me réjouis de voir mon nom associé à ce nom vénérable. Ceux qui devaient sitât après rom[«e avec la patrie espagnole demandaient mon exil à grands cris pour ne l'avoir pas assez vengée. Ces passions étaient d'autant plus vives qu'à ce moment même l'Angleterre mettait tout en œuvre pour propager les idées d'indépendance le long du double rivage du continent espagnol, le vice-roi du Mexique, le vertueux Azania, avait appris qu'une expédition anglaise menaçait la vice-royaut'é de la Plata. Il me chargea de porter celle nouvelle à Buenos-Ayres. Don Isidro partit de son côté pour défendre son troupeau auprès du conseil des Indes contre des rigueurs prêtes à se déchaîner. J'élaîs sûr d'être en même temps bien défendu.

« L'Angleterre, dans le duel oà elle était engagée contre un homme, tenait assiégés les deux mondes. H me fallut suivre lentement les côtes, quelquefois prendre la roule tracée par les Incas sur la croupe des Andes, pour parvenir au Rio de la Plata. Au terme de ma mission, j'avais parcouru, dans presque toute leur longueur, les dix-neuf cents lieues de territoire américain qui relèvent de la couronne des Espagnes. Ce voyage acheva de m'apprendrc les grandes destinées qui attendent le nouveau monde. Un jour tant de fleuves du nord et du midi, qui soot comme des mers roulantes, ne traverseront plus de silencieuses solitudes; leur cours prêtera à l'industrie l'assistance de leur force colossale et au commerce celle de leur marche impétueuse; le crocodile se verra disputer, par d'autres Amsterdam et d'autres Venise, les marécages qu'il infecte, et l'immense boa sera exilé de ces savanes qui pourraient nourrir tout un monde. Des nations, des empires couvriront cette éclatante moitié du globe. Lorsque j'aperçus ces contrées du haut des Andes, le général Miranda, fameux dans la révolution française et maintenant vendu aux vengeances britanniques, profitait des malheurs de ta guerre 1. 43.

996 UVBE I

marilime et de l'intcmiptioB des rapports avac la métropirie pour monlrer partout ie drapeau de l'iadépeadance. R0pousaé deui ans, il devait repreadre bientôt son ouvrage au milieu do nos désastres. Gr&ce à l'invasion française, Simon Bolivar a pu l'acoomplir. Bonaparte relâcha le Ues de l'Amérique et Ferdinand Vil ne l'a pas renoué l

« Au midi de l'isUune de Panama, je trouvai la «ilture, les arts, les richesses, qui naissent du travail de l'homme^ iDoius développés qu'au nord ; mais la Providence a fait d^ vantage pour ces régions équinoxialesoù la nature, prodigue de trésors, semble avoir reculé les limites de sa puissance. Figurez-vous le boabad, ce géant de la végétation, reposant sur un tronc de cent pieds de circonférence comme sur une ' tour inexpugnable, et les cimes des bois élancés dans tes airs à deus cents pieds de haut. Là se balancent l'arbre à dre et le bambou; l'acajou et le campAclie étalent partout leurs précieux rameaux ; des bosquets du myrte qui donne le piment tapissent les hautes régions ; et, sur une échelle de sept cents lieues, le kinkina décore les Dancs des Andea. Avide de produire, la terre se hérisse, plus encore qu'aa Mexique, de cactus gigantesques, de lauriers, de datnras, d'aristoloches aux larges feuilles , d'orchidées aux vives nuances, de lianes sans nombre qui courent suspendre leur parure aux escarpeoienu des monts où à la t^e altièce du palmier, du cyprès chargé de siècles. Sous cette décoration, tes forêts, vieilles comme la terre qui les portai étonnent l'imagination , ou plutôt relTraient par leur caractère de grandeur et de majesté. Qui dira jamais l'horreur mystérieuse de ces profondeurs qu'animent seuls les rugissements du tapir.etdu cougouar; où l'écureuil, le singe qui n'est que gracieux, et celui qui, terrible, fait horreur à l'homme de sa ressemblance, courent de branche en branche d'un bout de l'hémisphère h l'autre? En présence de telles ïcèues, je compris que le culte druidique de l'Europo primitive cherchât la Divinité au fond des forêts, et no permit pas d'autre sanctuaire à la foi des peuples.

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SUITE OD MANUSCRIT d'AÏNHOA. ÎÏ7

itMicux parée quela nouvelle Espagne, cette terre féconde doit ui9Ei k son épaisse Cordillère le bienfait de possMer en m^me tempstoutes les Eones. Établi àde certaines élérationfl, l'homme volt, du milieu des rochers quibordent sa demeure, une Asie s'étendre à ses pieds, une Europe l'entourer, un Groenland s'enfoneer au-dessus de lui dans le s^our deis nuages. Chacune de ces contrées se présente à ses regards avec les formes végétalesqui la distinguent. Leseaus, les bois, les uira, sont peuplés des hôtes de tous ces climats jusques anx limilesde la fécondité. Plus loin, des troupes de vigognes, et quelquefois des chevaux, des lamas, des bœufs sauvages perdus dans.leur fuite , des lions, des ours attachés aux pas de la proie qui les égare, se rencontrent dans lu région des neiges étemelles avec le sphynx et le colibri, emportés par les orages. Plus loin encore, par delà le Chimborazo, règne le condor. Ce roi des airs, embrasant dans son vol les climats lés plus contraires, part des sables ardents du rivage pour aller sur les confins de notre atmosphère planer à des hauteurs où nos nacelles aériennes ne pourraient pas le suivre. C'est bien là que se justitie par son essor audacieux l'allégorie qui donna l'aigle pour symbole au roi des dieux. « Ijes plateaux de Rio-Bamba, de Quito, du Pérou, sont plus élevés que celui d'Anahuac. Il n'est donné qu'aux Alpes de l'Amérique méridionale de porter des cultures, des villes, des universités Qorisaanles au niveau du Pic de Ténériffe. Là s'élèvent les cimes les plus escarpées et les volcans les plus formidables de la terre ; là se rencontrent des abîmes efiroyables, que le voyageur franchit sur un pont mobile de bambou ; là des fleuves tout entiers routent en cascades immenses. Les ruines de montagnes renversées sur elles-mêmes attestent les convulsions souterraines qui les ont détruites, après les avoir formées; tant d'impteants spectacles, au milieu desquels brillent par intervalles l'industrie et le luxe de l'Europe, donnent à l'Amérique méridionale un caraclère intixprimable de grandeur et de vie. Il semble que la nature, encore jeune et sauvage, montre dans

238 une HoinÈHE.

ces contrées toute sa torce première, en ne déda^;nant pas ^"emprunter aux arts de l'ancien inonde des orDemeots rt des richesses. Le ciel participe de ce caractère magnifique et extraordinaire. Qui n'a entendu parler de la croix du sud? Pendant ce long voyage, la nuit, je teoais l'œil rdigiensèment fixé sur l'étrange symbole que les Qucsada, les Vasco de Gama, les Pizarre contemplèrent avec surprise et respect. Je cherchais Maria absente pour y attacher ensemble notre regard et notre foi. Je croyais voir le labarum de Constantin suspendu à la voûte du ciel, comme un signe de triomphe et de conquête placé là par le Dieu protecteur des Espagnes, el.fort de cette pensée, j'espérais!

Je vis enfin se dérouler devant moi le Rio de U Plata, le fleuve d'argent, ce cours immense dans lequeirupf'' guay et le Parana se confondent, et qui roule ses llois épais sur [^UB de vingt-cinq lieues de laideur.

« J'atteignis la vaste plaine de Bué^ios-Ayres : depub près de deux mois, celte capitale était tombée aux mains d'une armée anglaise. Hais le sol même semblait la repousser. La Grande-Bretagne n'était connue dans nos domaines que par les anathèmes do la chaire ou tes barrières que ses flottes avaient trop souvent élevées entre les colouies el ta métropole. L'orgueil et Torthodoxie, c'est-à-dire les plus forts do nos sonlimenU nationaux, se soulevaient contre elle, et donnaient à la haine publique le caractère d'un préjuge : aussi les créoles, les Indiens,- les métis, avaient-ils pris les armes. Une troupe de ces patres féroces, de ces cavaliers indomptés qui, sous le nom de Gavchox, errent avec leurs trou[ieaux dans les solitudes des pampas, fut confiée à mon commandement. La lutte fut sanglante. Noos ''élablimes l'étendard espagnol sur les murs de Buénos- Ayres , et lurd Berosford mit bas les armes avec toutes ses troupes. Un émigré français, l'amiral de Lini^, eut la

SUITE DU MAHDSCRIT d'aÏNHOA. 280

gloire de cctle brillante journée. C'était le 12 aoAt 1806. L'Espagne enfin comptait à son tour nn jour digne d'elle. Ses soldats, ses matelots, sa population d'outro-mer avaient combattu pour la religion et la patrie avec transport. Mes gauchos terribles s'étaient s^alés par leur ardeur à chercher, jusque sur les batteries toanantes, des périls el du carnage. Leurs snccës me recommandèrent à la bienveillance du vice-roi, et je reçus avec le grade de colonel la mission de porter en Europe les trophées du plus glorieux triomphe qui eût depuis longtemps honoré nos armes. La fortune me ramenait, en dépit des maîtres de la monarchie, dans le sein de la terre natale, il y avait deux ans que je vivais en exil. Je partis sans savoir comment je réussi- .rais à passer au travers des croisières ennemies. J'allai chercher à la Enseîiada un bâtiment américain qui ne connaissait pas encore les prescriptions sauvages des ordres du conseil bn^nnique et des décrets de Milan et de Berlin. A ce moment, des letb^ de Maria me furent remises. Nos pensées s'entendaient d'une rive à l'autre de l'océan Pacîlîque. On eût dit ({ue son cœur battait déjà de ce récent triomphe. Elle semMait accourir sur le rivage de la patrie pour m'accueillir.

« O ami de mon âme, disait-elle, tandis que je t'écric vais le désastre de Trafalgar, tu me répondais par tes « succès du Mexique, ou plutôt ce sont les pièces du goûte vernement qui me les apprenaient en même temps qu'à M ton pays. Nos gouvernants ont si rarement à nous parler a de gloire, qu'ils ont saisi cette fortune. Comment te dire « le bonheur de m» parenUl La cour et la ville se sont « pressées autour d'eux et de moi. Je dois ajouter que la « de D"' a devancé tout le monde avec un grand air de joie. « Chaque soir,depuis l'arrivéedu courrier mexicain, des séré- « nades nous sont données. Voilà les premiers hommages a qui m'aient été chers. Il m'est si doux de te les reporter, « comme ta trop confiante amitié prétend.me reporter ta « victoire! Ami, je suis bien heureuse par loi! L'atlache-

t8D LIVHB aUlTlËHB.

a ment d'une Ame noble et d'un nolile.esprit est pour un « cOHir de femme un si légitime oi^ueil! Par là, on vaut c quelque chose ; on se croit utile ; nous sentons des reflète

< degloires'égarerjusqu'à nous, llnjouri une autre tiwidni « de Dieu et de ta tendresse le droit d'inspirer tes travauSi H d'en être lière, d'en jouir avant personne. Oh ! qu'elle soit (1 digne de toi! je le demande à la bonté divine, pendant « Is saint sacrifice, tous les jours de ma vie. Puis-je ne pas c payer de toutes les tendres sollicitudes un attachcoKiit « qui m'a soutenue dans toutes les épreuves Ue serais lrat> n peu digne d'une telle richesse, si je n'en étais pas rectuh « naissante jusque» au fond de l'àme. — Et maintenant, ■ frère de ma vie, que ton Rio de la Plata ne te garde

< pas trop longtemps! Ce n'est plus le cœur de don Luis

< et de ta mère, ce n'est plus celui de ta sœur qui t'apc pellent ; j'ai la joie de pouvoir te dire que c'est l'Espagne « .même qui t'attend, et j'ajoute qu'elle ne te réserve que • trop d'occasions de gloire! ■

( Ce mot de gloire que me renvoyait l'écho de la patrie par une voix si chère, me fut la plus vive joie que je pustie sentir. C'est un bien doux orgueil que celui qui nous vient du suffrage dun cœur aimé ! Je m'y abandonnais, le sein agité et les yeux humides. Enfm, le navire s'ébranla. Les flots de la Plala nous emportèrent comme un torrent. Les grandes lignes de la chaîne des Andes, courant se perdre vers le pôle dans les sommets de la terre de feo, s'effacèrent rapidement à mes yeux, et la pensée de l'Europe qui m'attendait se saisit de moi plus vivement que jamais! Uou cœur bondissait dans ma poitrine.

« Cependant, je ne m'éloignai pas des plages américiûiies sans attacher un dernier r^ard d'orgueil sur l'immense région qui aura dû à mon pays ses destinées. Il n'est qu'une voix eu Europe pour raconter tous les biens qv»les Espagnole ne firent pas dans leurs coionie$ et tous tes mawc gu'iU

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SUITE DU lAnUKRlT D'AÏNHOA. 931

firtnV. Sans doute, ces cootrées loioUines ont vu le fauatisma et la cupidité immoler des victimes, au cornmenceiqent d'un siècle qui devait donner, dans le Kin même de l'Europe policée, le spectacle de la Saint-Bar- Uiélem;. Hais, diuia une domination vieille de trois cents aoSiEaut-ilnevoirque lee emportements de ceux qui la fondèrent! Ëst-il une puissaiioe dont les titres n'aient pas été tracés avec le gang des hommes t

< Od s'étonne qu'une poignée de Castillatis ait soumis de grauds empires ; c'est que les seuls peuples civilisés que rencontrassent nos soldats, les habitants du Mexique et du Pérou, gémissaient sous le joug de hiérarotiies cent fois plus dures que notre domination, ou sous celui de despotes bien autrement terribles que nos princes. Ils tendirent les mains à l'Espagnol, arrivant, comme l'annonçaient les oracles, pour donner à l'Amérique une nouvelle vie.

• A dater du jour où l'autorité royale étendit sur ses domaines d'oulre-mer l'action ré(;ulière Av& lui», les aristocraties des deux plateaux purent seules regretter notre couijuële. De maîtres devenus sujets, et d'oppresseurs sans frein magistrats limités, les caciques, tout en restant nobles parmi nous, ont perdu le privilège de (gouverner à coups de Eouet leur nation, d'exercer le dioit de vie et de mort, d'être seuls propriétaires , d'exercer la plus dure tyrannie £Ous laquelle ait gémi la race humaine. L'indien, qui était serf de la glèbe et bête de sonune , se vit investir des deux biens les plus précieux de l'état de société ; la sûreté personnelle et la propriété. Ses villages devinrent autant de républiques, soumises seulement à un léger tribut

' Qiiel bien les Espagnols ne pouraieiit-ilB pse faire aui HcilcalDsF Di BTaleat t leur donner une rellgioa douce, \\t leur ppportèrent un* ■nporatlllon turleuseï Ut auraient pu rendre libre* lei esclava», et lli teadiieot eaciaTea leihommeii libres; ils pouvulent leg éclairer sur lei ibu» ded uiciiflcB» liuioaina, au lieu de oelu iU lea eitermtnèrent. is D'auraii'iainala fini à je voulais laconter tous Un biene i|u'iU no flreat pu «t tous lei ouui qu'ils Qieut. {Esprit des toit, Uv . X, cb. it.)

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et à une surveillance non moins légère. Si désormais ces bienfailEontcessédeliii suffire, si, proinuparnosefTortsàlft dignité d'homme, il élève sa légitime ambition plus baut et demande à devenir citoyen, ses nouveaux besoios sont loin de porter témoignage contre nous : ils attestent ses progrès.

■ Que dirai-je maintenant de l'Indien sauvage, de ces hordes d'êtres misérables qui vivaient sur les raraeam da palmier et se dévoraient entre eus? Ne sont-ce pas nos missionnaires qui les ont enlevés à d'impures lagunes pour les placer dans les conditions de la vie policée et sous le régime des lois, aplanissant ainsi devant eux la route immense qui sépare l'hftte stupide des forêts , du fondateur des pyramides? Le sol, qu'ijs abandonnaient ans reptiles et aux jaguars, a été forcé par nous de produire tes fruits les plus délicieux et les plantes les plus utiles des deux mondes. Noos leur avons pwlé tous les biens de nos climats, le cheval, le bœur,le blé , le fer. Je ne parle pas des sacrifices barbares que l'Évangile a abolis parmi eux, oi des vertus que la pan^ sainte a fait croître ! Hais quelles niainsont élevé dans les déserts de leurs rivages et de leurs montagnes, au milieu de marais, vieux témoins du déluge, des feimes industrieuses, des hom^s commerçants , des temples où on croit au vrai Dieu, des cités qui seraient un ornement pour l'ancien monde?

< Quelle égide hitélaire a protégé le développement de tant de nobles créations, en défendant celte moitié de l'univers contre un fléau homicide qui a de tout temps dévasté l'autre? La guerre, dont les fureurs désolaient, avant la conquête, les régions civilisées comme les régions sauvages, n'a-t-elle pas disparu devant le crucifis de nos religieux et le sceptre de nos rois ? L'avenir remarquera comme un rare phénomène qu'il fut, grâce à nous, une terre que, durant trois cents ans, le s^ng humain n'a pas baignée; où les générations ont pu se succéder, où elles se sont accrues i l'ombre de la paix et do l'autorité civile. La postérité dira aussi que nous avons secoué sur la croupe des Cordillères et des Andes le flambeau des lettres et des sciences. L'iavea-

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leur, ou seulement peut-être le propagateur de l'écriture fut immortalisé chez les Grecs, et nous, avec l'îiiipriiiierie, qui est autant au-dessus de l'écriture que la civilisation moderne est au-dessus de la civilisation antique, nous avons porté au nouveau continent tout ce qui entra jamais dans la Ephère des connaissances humaines. Les Tyriens tirent Car< Ihage ; les Égyptiens, Athènes. Hais l'Espagne a étendu ses Isenfaits sur deux mille lieues de territoire ; l'Amérique tout entière aura été, pour ainsi dire, prise au berceau, élevée, conduite à l'âge de maturité par nos soins. Quel peuple lit jamais autant pour les hommes ?

1 Sûrement, depuis quelques années, la main de la métropole s'est fait sentir aux royaumes d'outre-mer pour y resserrer nos liens plus que jwur y verser de nouveaux [ffésenU, Nous les avions amenés à ce point de civilisation et de prospérité où la tutelle qui fut bienfaisante devient impor^ tune ; un moment alors le pouvoir s'arrête effrayé de son ouvrage, et incertain s'il doit revenir sur ses pas ou abdiquer. « Aujourd'hui, peut-être dépendrait-il de la royauté capable, et plus encore delà royauté européenne, que le monde espagnol d' outre-mer se constituât sous l'égide de monarchies constitutionnelles de même origine, de même sang, de même foi que la mère patrie ; jusqu'ici on ne l'a pas voulu! Hais vihae sous les régimes précaires et déréglés qui peuvent se succéder pendantunsiècleencore, c'est un imposantspectacie ^ la jeune Amérique secouant ses entraves, et aspirant à mardier l'égale de l'Europe. On peut espérer que nos grands plateaux, pays agricoles destinés au luxe qui consomme plus qu'à l'induslrie qui produit ou féconde, reviendront à la monarchie. Pourquoi s'étonner , s'il arrivait que les populations commerçantes des côtes la voulussent avec des institutions libérales? La mer enfante partout tes tribunes. • Les gouvernements qui siégeront sur les rivages de l'Atlantique seront pour ceux de nos contrées un juste sujet de méditation. Quels qu'ils soient, ils mettront peu à peu leur poids dans toutes les affaires du monde. Ils briseront

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(M ou lard le système colonial par lequel l'Angleterte en-

•mTe le globe. Ils aideront l'Asie à aecou» la pousùère aanglanle de trente ou quarante BÎècles de servitude. On peut prévirrir le jour où les Indes, inimités et secondées par de grands exemples, établiront l'empire des lumières el G«lui des lus au cœur même de l'Orient, et jusque vers les plateaux élevés d'oiï l'espèce humaine est partie.

■ La culture antique de l'Orient eut pour rejetons les cnllures grecques et latines qui la surpa^reut. De leurs débris, plus lard, est née la nôtre, plus puissante encore, étendant plus loin ses découvertes et ses bienfaits, atteignant d'un cAté aui jMtifoiideurB du ciel, et de l'autre aux entrailles de la terre. Qui sait à quelle bautenr elle doit parvenir un jour, quand s'épuiseront les convulsions de aon berceau, sur cet admirable sol des Amériques oiï la nature affecte en toutes chosesdcs formes colossales, et où la grandeur des merveilles de la création exaltera les esprits et les funes, quand déjà l'Amérique du nord, méthodiste anglaise, implacable envers la monarchie, a fait l'État puissant qu'on sait, et a vu naître des hommes tels que les Franklin et les Washington, les John Adam el les JeFTerson ? Les peuples de l'Amérique du centre el du midi, plus sympathiques au reste du getirs humain par leur religion et leur génie, et plus vùsins d'un ordre ferme et stable jusque dans leurs plus extrêmes désordres, auront l'avantage d'une conformité de traditions, de culte, de mœurs, de langage, qui ne paraîtra ptnnl aux ftges futurs le moindre des bienfaits de la cimquéte ot de la tutelle espagnoles.

1 Les temps pourront venu* où le vieux continent laissera tomber à de plus jeunes mains le sceptre du monde. Cette révolution, devant laquelle nos esprits reculent, les hommes l'ont vue une première fois. Il y a trois mille ans, l'Asie était ce qu'est l'Europe ; elle avait de vastes empires, d'opulentes cités, des nations commerçantes. Les Chri^phe Colomb de ces temps reculés firent dans l'Occident de ce temps-là d'audacieusos découvertes. La Grèce et tes deux Hespériei,

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occupées par des races alors sauvages, les 11» de la Médilerranéë et les plaines que l'Atlas couronne, reçurent des colonies. Ces colonies grandirent peu à peu parmi les révolutions et les guerres civiles ; au bout de quelques siècles, elles portaient des noms à jamais respectés. Les Grecs renversaient l'empire des Perses ; Carthage menaçait Tyr; les Romains régnaient sur le Nil et l'Euphrale. Comment s'opéra cet étrange changement dans les destinées du monde? Comment l'AËie fitrelle pour devenir tributaire d'une poignée de ses fils, dispersés sur d£s rives lointaines? C'est aux siècles accomplis, peut-être au siècle qui s'écoule, à nous le dire.

• Certes, s'il arrivait que l'intelligence humaine reocoutrftt tout à coup dans nos agitations d'insurmontables barrières, que l'esprit de guerre et de conquête, avec ses ravages, ses subversions, ses revanches perpétuelles et toujours renaissantes, la menaçât d'une sorte de retour aux lempa barbares, ou bien encore si elle avait quelque jour à fuir devant les réactions sanglantes, les atroces folies d'Ërostrates nouveaux courant à la liberté , comme l'Ëroatrate ancieD courait à la gloire; alors elle chercherait un refuge au delA des mers, et l'Espagne aurait l'honneur de lui avoir préparé des asiles dignes d'elle.

« LÂt DOS folies contraires ne pourront pas l'atteindre. L'Océan ne se prèle qu'aux veaux de l'industrie et des arts. Indocile autrefois pourXerxës, il défendra l'Amérique contre nos barbares du dedans ou du dehors, et une terre restera indépendante, féconde, riche des biens que nous n'aurons pas su conserver , terre privilégiée vers laquelle toute pensée captive ou alarmée pourra tourner ses regarda oommevers la future patrie de la civilisation et de rhiunanité. Malgré les convulsions d'un laborieux enfantement, je crois à o« vers du poëte mexicain dont les accents arrivent, pendant que j'écris, jusques à awi : Amérique, tu as d'immenses horizons!

Magni&cos Uenes horizontea! >

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