LIVRE DOUZIÈME
SUITE DU MANUSCRIT D'AÏNHOA
■•■OCfcB.DU PftlHCK DBS ASTCBIBS.
Coone de don Alooio i l'Eicoriil. Arriiie de Hunon. Conespoiuta«e di t,tet ¥nj Pahlo (t de tnj Fiblo awt «rKHiiion de Vnj Fiblo. — Quadrille de ]
Rupture d'AlooK et de MiMi. Arrtltatioii Se U eomteiH. gen de don Carl«. Solide lu Bven-Beliro. Coaptoli de T ■irgiriti, d'ElTire, du commiBddjr, — Amitelioo de to« lei partiMM *e
don CirLoi la «Hitenl de Sor Oolom. AmsUtim de Min». ~ AgiUiMBd» Hadrid. Fr^dieUiou dei moiaei. — Compirntiou d'AloiiM et de Miria deiiiil leconieilde Culille. — Irritation popalure. Terresn de Oodoj. TentâtiiM* triniution. Sonmiiuoii de don Femud et pardon de Charte! IT.
< Je ptïuvais être appelé à l'arméiî. Je ne voulus pas m'éloigner sans avoir revu mon frère. Jt; pi'is congé de Maria el partis. Je ne parvins à San-Lorenzo que peu avant la fin liu jour; tout était morne, suivant l'usage séculaire, dans cette résidence d'un monarque, de sa famille et de sa cour. Quelques mojnes, un ou deux chambellans en costmne, la chèvre et le pourceau erraient seuls sur l'immense parvis. Près de pénétrer dans te cloître, je fus surpris de rencontrer Ramon, qui, expédié en toute hàle par la marquise
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Vo^ Fray Pablo aussiUt a(H^ la visite du commanilour, reparlait, encore tout couvert 'de sueur et de pouNsièrc, pour porter des lettres tout aussi pressées de mon. frère A ^le et à Matéa. Taudis que je réfléchissais à ce mystère , à cet échange de messages rapides, le page s'éloigna de toute la vitesse de son cheval , et je franchis le seuil de la demeure sainte. Mon étonnement s'accrut , en api^-enant qne l'obscur Pablo venait d'être appelé chez le prince de la Paix. La soirée s'écoula sans que je pusse arriver à loi. Le lendemain, au lever du jour, je retournai au monastère, el ne fus pas plus heureux.
« Je voulus parcourir l'aile de cet immense édifice où nos rois résident , au-dessus du tombeau de leurs pères; un garde du corps me repoussa : je remarquai que la donletor et l'indignation étaient empreintes sur son visage. Enfin, un religieux vint me dire que mon frère gémissait dans un cachot; on croyait savoir dans la communauté que les satellites du prince de la Paix avaient saisi un billet transmis la veille par Pablo à don Fernand pour lui révéler des périls inconnus. Je ne pus en apprendre davantage. Le silence du reUgieux et l'air consterné de tous les hiéronymites m'annonçaient de grands malheurs. A ce inoment, un adjudant du majordome Hayor, qui était instruit dema présence, vint me donner l'ordre de retourner sur l'heure àHadrid. Il me fallut partir, en proie à de vives perplexités, mais bien loin de soupçonner quels nouveaux scandales je laissais dans cette silencieuse Thébaîde.
• Deux lieues me séparaient encore de Madrid, lorsque d'un ravin large et profond qui bordait la route s'élança une gttadrille ' nombreuse. Une femme mêlée A la cavalcade m'inspira de la sécurité, jusqu'à ce que je pusse démêler son costume, et recomiattre une Gitana. Quelques cavaliers, à l'aspect sinistre, se détachèr^t du reste de la troupe pour venir à mm. Parmi eux je distinguai Fortunalo. Il ne s'é-
' Tronpe de «avallers amin.
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tonna point, c Hiih chef condistl^ff, frïe dlt-I) iôèoléMtnéAl, a on De vous dèmaAdè qite' Ùerii bhosés iiidiSëteates k An « philofloptfe t«l tjtH« touâ : H botitaè on fa «të. > — Je të-~ ponds CD (tiett^nt l'Ëpée à là thaîAi; il s'eAMt éfHoifvQnté; mais sM compagnons nfenvironnéhl ; et le mie'us tnonté d'entre eux, le plus ^and, celui tjui semblait Coffimauder à tous les antres,- dégngé une inain de' soif tnanteatr, se dresse 9ùr Vétrier ardbé, Saisft une Iiache â deilx ffancfiantâ, et m'ordonne d'une yoîï terrible de m'apjrf^ter S mourir. Il était jeirtie ericofe ; One rédéiille enveloppait sa chevelurt épaisse et noire, il portait la veste aragunaise; sa ceinture de cfrir était hérissée ât pistolets et die poigilardÉ; ia plume jfiUne Orrtbragéalt son hrge ctiapead ; sa taillé, sa contenftfice, ta coiïpe de ses traite achetaient de Ini donner ui) air imptMSRt et farouche. Je me rappelai le mari de là Citana de' Sïilamart^ë, le meOrtrier du comte de D**; c'était loi. 9a face menaçante conservait l'empreinte du coup que je hfi avais port^ en défendant Fcmanda contre ses fureurs. Itésoln cette foîs de disputer ma tië, je m'étais élancé: son arme favorite , qa'on eût prise pour la framée des vieux Francs, renverse mon chetal sur la poussière. — Tu as dn € eœur, me dit Bartoloirté, comme un citt*yen de TAragcm,
< comme un homme ({ni n'aurait pas sucé le lait empoi-
< aoKné de Ia éottr; Pourtant, tu as des galons d'or à tes « manches, et dans ce temps héréfitjuei Dieu sait qu'on « de les donne qu'aux élus de Satan ! Quelle est ta patrie ?»
— Je nommai la terre de mes ancêtres, la vieille Castille!
— « Vieux Castillan!.., jeté donne un quart d'heure pour « fidre ta paix avec Dieu ; qu'il te pardonne les franchises
< de l'Aragon détruites, vos fois vendant les biens de la f Sainte Église romaine, vos seignenrs insultant à des enc fants du même père, plus panvres, fnais plus chrétiens et c moins Iftches qu'eux I » — Fortunato voulait que je livrasse sur-le-champ l'or que j'avais Sur moi. « Digne fils « de la Castille, lui dit l'Aragonais, tu n'as pas osé le dé- « pouUler tout à l'heure, quand il pouvait se défendre:
SUITE pp VlNDfiCVT d'aïnhoa. 3&1
( |ajs tm métier 4e £p[f^4 jusqu'au bout; «ttend* qu'il A ajt cessé de vivre ! » — |l«s brigands rsillëreot leur compagnon déconcerté. Le dief reprit en s'idte^uA à moi : f Silif rencontres là-bas ceux de nos rois qui ont détruit f Qos privilèges et mis à mort le Grand Justicier d'Aragon, ■ jet'ordoqne de leurdirececi de ma part : Le/ui<ifta Mayor « revit depuis cinq années ; il a établi son siège au sein dee « Castilles, et sa vengeance est inexorable pour quiconque « pactise avec ce sabbat doré qu'on appelle la Cour. >
« ^ ce moment , ia femme du terrible chef accourut pour jouir du spectacle qui se préparait, file venait d'é> lablir ses enfants, non loin de'noug, dans une maison abanionnée. ^- f Femme, cria TAragonais, {lourquoi mets-tu la
< Paquita de mon cœur et son cher auge de frère dans une
• prison de terre et de paille ? Ne t'ai-jf, pas dit que les en? « tants de Bartt^omé devaient toujours respirer un air
• libre comme eux? Je ne veux pas qu'ils rencuMiU'mt de ( voûte qui les empêche de grandir, jusqu'à ce que leur ( tête, s'il plaît à D|eu efr i- ses saints anges, atteigne le
• lirmamep^. >
• }ci, se rappelant que le quart d'heure est passé, il rap.proche ses épais sourcils; Fortimato a ç(»nprig cet ordre. Il disputait à ses complices le plaisir de l'exécuter, quand la Gitapa s'élance entre les assassins et moi, belle enoore comme au temps où le Diari de Matéa brûlait pour elle de ^s funestes liepx.
,<[ Le cclgpel don Alonso, s'est^lle écriée , n'est point un
< ennemi de l'Espagne et de la foi. C'est )ui qui nous a rof conquis la Yice,-royaulé de ^uénos-Ayres , l'une de nos
• couronnes d'outre-raer. m A ces mots , tous les cavalière forment un cercle autour de moi, en se disant l'un à l'autre d'un air étonné : < Celui.-là nous a reconquis nos royaumes « d'oulre-mef !. » Leurs visages exprimaient l'admiration et le respect çompfe s'ils eussent contemplé t'ombre de cee conquistadores dont nous conservons religieusement le souvenir héroiqt^e. Seul , }^ chef de 1^ iqu^driUe est à peine
35f U?HE DODZlfiMB.
ébranlé. « Mon maître, lui dit la fille de l'Andatotisie, ton
■ poignard a su accomplir t«s vengeances : les miennes ne « font qne commencer. Laisse vivre le colonel ! Celle qui c prétendit me dérober & ton amour se consolerait de sa « mort plus facilement que de son indifférence; il faut
< qu'elle é[Mrouve un su(q)lice égal à celui qu'elle me desli- « nait, quand elle voulut me séparer de toi, et probablement
« mefaireasEassiner.» A ces mots, Barlolomé semble prêt i ' se rendre; mais, excitée par le (Ils d'Elvire, la troupe voulaitune rançon. ■ Hé bien ! s'écrie-t-il, enfants de juifs ou de « marchands que vous êtes, demandez ce que vous voulet « avoir, puisque vous préférez l'or au sang ! ■ ' «. La question fut gravement discutée; Fortunato cita plusieurs fois les catégories d'Aristote. Pendant ce temps, la Citana m'aborda en chantant : ■ Seigneur colonel , me t dit-elle, nous sommes d'anci^ines connaissances ; voos c aviez TU à Salamanque, vous avez vu plus récemment, le « soir du guet-apens de Caravanchel, tout ce qne je sais et c tout ce que je puis! Je suis bien fâchée de ne pouvoir pas « vousdécouvrir le préscntet l'avenir. Mon maître m'inleru dit l'exercice de mon art, quoique j'y tienne comme à la
■ mémoirede mes pères. Hais je tiens àsavolonté comme à t la vie de mes enfants. 11 est un mvKtëre facile à vous dire « sans recourir à la magie. Je le voudrais au prix de mon a sang. Car ma vengeance serait comblée, et tout votre
< avenir y est attaché... Un pouvoir invincible, celui d'un « serment, me f^me la bouche. Ce grand secret, trois « personnes avec moi le possèdent : Inès, qui vous hait € comme les femmes savent haïr : elle mourra sans vous le « dévoiler! Puis Ramon, son amant, qui le tient d'elle sur « son âme : sa discrétion est à l'épreuve de l'or et du fer; puis ( votre vieux père... Je ne compte pas une personne de plus,
< vraie fille de Satanl... Celle-là prendra, s'il le faut, ces
< trois vies cl commettra tous les crimes pour tenir fermfe à
< la lumière vos regards... et votre cœurl... > — « Femme, « m'écriai-je , si tu railles, le moment est mal choisi ; ai tu
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« dis vrai, douze mille réaux, vingt mille pourvu que lu € parles! > — cOui! et la damnation éternelle au bout!... c Contentez-vous d'apprendre de moi une chose : il est écrit < dans les astres que vous ne pouvei! trop détester l'excelc lentissimeconitessedeD"*,ni tropaimerrexcellentîssime « marquise de C". Savez-vous qui donna le conseil au com- « mandeur et à son ami le grand enjôleur de majestés, que « Dieu ijamne, de vous exiler en Amérique pour assurer la K tranquillité de ses amours? Ce fut dofta Hatéa, quand vous « veniez de lui sauver la vie I Savez-vous qui , dernière- € ment... — Femme, s'écria Bartoiomé, fais-tu encore de ■ la sorcellerie , à l'exemple des sept disciples du marquis K de Villéna, qui mérila si bien de brûler dans ce monde « et dans l'autre î Je te le dis pour la dernière fois, il faut « choisir entre l'ange des ténèbres et le père de ta fille l ■ I^ Gilana liessina autour de Bartoiomé quelques figures du fandango, et elle courut à ses enfants.
« Je méditais sur tout ce que je venais d' entendre. Le sénatde bandoléros mit fin à ses débats. Us s'étaient arrêtés à exigerde moi quinze cents piastres. Lu mission de m'accompagner à Madrid, pour recevoir le prix de ma liberté, écbi.t à Forlunato, et je m'éloignai sous l'escorte de l'assassin de Haria. Tout ce qu'il y avait d'assurance et d'ironie dans le langage de ce détestable aventurier, durant la marche que nous fîmes ensemble, ne saurait se décrire. Celui qui peu auparavant avait levé la hache sur ma tête, invoquait les souvenirs de notre amitié; et, quand j'essayai d'apprendre quels conseils avaient tourné ses coups contre la marquise, il me parla de son innocence avec un accent qui aurait convaincu tout autre que moi ; tant d'audace me fit frissonner.
( Presque aux portes de la ville, d'autres brigands nous assaillirent. 11 échangea les mots d'ordre avec eux, et nous arrivâmes en paix. Je m'occupai d'acquitter ma rançon. Quand l'honneur ne m'eût pas défendu de violer des engagements auxquels je devais la vie, je n'aurais pu trahir le misérable qui venait de traverser fièrement à mes cétés les
fues de la capitale, sans livrer aif poign^ met f^rfmb. Maria, tout ce qui ifi'était cher. Voilà fve qu'avû^n^ faîf de l'Espagne trois centé ans de pouvoir absolu : il p'y aiai^ plus d'iBssor que pour le brigandage, de sûreté qua ppur If PTime, de poliice que contre l'inLelligeflce bumaîne.
a. 11 était trop lard pour cljercher à voir Maria. Reslà seul , je revenais sans cesse malgré moi sur les paroles de la Gilana. Qu'y fivail-il au fond lie ce mystère dont elle avait agité les ténèbres autour de moi? Devais-je le sonder? Ne me fallait-il pas bien plutôt fuir de redoutables clartés, ignorer toujours ce que Maléa, ce que mon père voulait que je ne susse jamais? Matéa!.., ce que je venais d'apprendre s'accordait trop bien avec les odieuses confidences de Jaymé sur elle. En ce moment, il me sembla entendre le rire crue] qui m'avait poursuivi sur les degrés de son palais cinq années auparavant, le jour où j'avais trouvé à ses côtés, la veille de mon exil pour l'Amérique, quand j'étais dans toute la candeur de mon admiration et de mon dévouement, le prince de la !*aii et le commandeur. Ce rire, après un si long intervalle, venait frapper mon oreille et serrer mon cœur comme alors; mais cette fois il me pénétrait de honte et d'épouvante. Il faisait pour moi de tout le passé un triste mensonge : les faits et les paroles des dernières années venaient assaillir ma mémoire pour dépouiller l'expression que mon inexpérience leur avait prêtée. La de D"' était la proie d'indignes amours.dans ces temps d'innocence enthousiaste et de foi naïve oij je n'osais pas élever mes v<eux jusqu'à elle ! Depuis lors, elle avait changé de sentiments... Avait-elle brisé ses chaînes? Dans ses rapports avec moi, elle s'était prise au piège de sou inépuisable besoin de domination et de succès, peut-être saos recouvrer l'empire d'elle-même. Ce n'était pas mon dévouement ni ma personne qui l'avaient touchée; c'était le spee-
SUITE DO mausatiT d'aInboa. 3â5
t^c\e d'une Wlr^ ifieçiion dpo^ elt^ av^it prpmplemeo^ mesgré iifjeus i}ue mûi-mêmB la «ouyeraiiic pui«san(¥ sur ines seqtiin^atg, me? idiées, jaes a^tiops. C'est ^ c«ite pensée de rivalité qup s'^t^ent allHinées ses passions jalouses. Où j'avais vp l'amour, j@ iie voyais plus que la liaine et l'envie. Dans in^ dogleur, je jelai sur le papier, poitr la faire atriyer à Matéa sans pitié, l'indignatioi) qui remplissait mon âme,
■ Le jour vèniJ, je youlus envoyer le mejisage qui contenait l'arrêt de mon cœur. Ha maison était déserte. Sa Majesté le Saiiit-Sacrenient était passé. Uq de jnes domestiques l'avqit suivi. L'autre venait d'être arrêté pour reiidie compte de mon absence. Je sus que des arrestations reir.plissaient et épouvantaient, de tous côtés, la capitale.
< A ma porte vivait, depuis plusieurs générations, uge de ces familles qui oPt p<»ir demeure la voie publique, pour lit le pavé, pour abri la voûte du ciel. Ces lazaroni castillans, enveloppés de haillons qui servaient lo jour de manteau au plus âgé d'entre eui, etianuilde couverture à tous, n'avaient pour exister que le produit des aumônes et le travail du plus fort de la troupe. C'était un jeune homme ^rand et robuste qui se nommait Ambrogio; Je l'appelai pour qu'il portât ma lettre â la comtesse, H resta étendu sur Vocéra' sans me répondre; et quand je m'approchai pour me faire mieux entendre, il souleva à moitié sa tète que soutenait l'épaule de sa mère, et me dit qu'il ne pouvait pas travailler de tout le jour, parce que c'était la fêle du seigneur saint Judas Tadée, patron de son grand-père. Je réclamai jes bons offices d'up aguador qui m'objecta que ce saint avait aussi présidé à sa naissance. Un niendiant à qui je présentai mon récado s'excusa sur ce qu'au prlK de tout l'or d|i monde il ne voudrait pas commettre un péché mortel. Étonné de ces scrupules chez des gens qui profitent trop
1 Oa appelle atoel une ligne de dalles od trottoir i ni de lerre qui bOTiJe lei maisons ; le milieu de la rue est pavé en uaiUoux.
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SM LIVRE Dovzikme.
souvent des privilèges de l'indigeDce pour remidir tow les minislères, je voulus rassurer la conscience du mendiant : c Oh! que m'importe! répliqua-t-il. Il n'est pas de
< mari si jaloux, de père si méchant, de moine si attentif, « que je ne sache tromper s» Burreillance, et je prie ea
< pareil cas voire seigneurie de compter sur le zèle de son a serviteur, citoyen catalan d'origine, et vieux chrétien ■ s'il en fut; mais aujourd'hui je ne peux pas me permetlre • de travailler, car nos uicux étaient de Gironne. Ignorez- « vous que nous sommes à la vigile de la fête du grand « saint Narcisse, évêque et martjT, patron de cette dté! t Votre seigneurie voit bien que je ne puis rien faire au- ( jourd'hiii, ni demain; mais plus tard... » Un h<»nnw achetait une tranche de melon à la vieille Elvire; je recourus à lui; il me regarda longtemps, el, affectant la dignité des princes de théâtre, il entr'ouvrit lentement son manteau déchiré pour me laisser apercevoir une sale livrée ; ce geste fui accompagné de ta déclaration que lors mCme qu'il n'aurait pas ta faveur d'être le trots cent quatre-vingt-quatrième domestique de l'excellentissimo comte de'", il ne pourrait pas'me satisfaire par respect pour lu fôte du curé de sa paroisse. Je maudissais tous ces hommages au saint du jour, ^ns réfléchir que celui du lendemain et celui de la veille m'auraient été aussi contraires.
« Dans mon impatience, je courus au palais de D"*. Je vis Matéa. Je parlai. Mes premiers mots lui apprirent It révolte qui était çn moi. Elle était immobile, c Quoi! s'éc cria-t-elle; Alonso, que voulez-vous dire? » Je me Os violence pour achever. Je dis Jaymé, mon exi\, ses perfidies. Alors, elle tombe à genoux; des mots entrecoupés sortaient seuls de sa bouche, parmi des cris de douleur. Tout à coup, elle se rclêie. Son œil ardent semble chercher au fond de mon âme si j'ai tout dit, si la mesure est comblée, si j«
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sais tous ses crimes; puis un cri de douleur et d'épouvante s'échappe de sa poitrine : < Ah! dit-elle, vous voilà bie»,
< vous autres hommes! quand on est jeune, belle, entourée
< d'hommages, on vous voit tous à genoux. Vous prodigues « les idolâtries, les promesses, les serments ; vous les scel- « les, s'il le faut, au pied des autels, devant Dieu et ses ( saints. Sur la foi de ces engagements sacrés, une infora tunée donne à un homme, à un caballero, elle le croit du n moins, tout ce qu'elle a reçu de Dieu : son cœur, son c âme, sa vie, et le lendemnin cet homme se joue d'une
■ existence qui s'est immolée à lui tout entière! Il la dé- * laisse, il l'insulte de rivalités parjures, il l'abandonne à la « solitude, au désœuvrement, au péché, !i la perdition étcr- « nelle. m'abandonne, par quels motifs? |Hiur quels intérêts « et quelles séductions! Pour le jeu, le vin, les autres fem- « mes!.,. Quelles femmes encore? Souvent les plus indignes « de toutes : une danseuse de fandango, peut-être une Ci-
< tana ! 11 brise ainsi sans souci, il foule aux pieds sans re- « mords les derniers rcfugesoù se serait appuyée une pauvre I âme désolée : la gloire de ses ancêtres, la dignité de son c rang , l'honneur de son nom. Et ensuite on s'étonnera si « la malheureuse créature, à ce point outragée, prend an
< mot le mépris que vous faites d'elle, si elle ne croit plus k « rien, si elle ne respecte ni son honneur ni le vôtre que vous
< traitez de la sorte, si elle s'abandonne enfin, comme vous
< l'avez abandonnée 1 Hélas ! ce sera par désespoir, par ven- « geaoce ; quelquefois aussi, car cela m'est arrivé, par Indiffé- « rence de tout et de soi-même! Pourquoi en ce temps-là me « serais-jedéfendue, et pour qui? Qu'aurais-je prétendu gar- « der en moi, la rivale impuissante de la Gitana, des dons M que dédaignait celui qui les avait achetés au prix de tous « les sacrifices pour n'en tenir aucun compte au bout de quel-
■ ques jours?... C'était mon droit et ma vengeance de n'en « tenir nul compte à mon tour. J'ai accepté sans amour, sans
< illusion, avec un indicible mépris de la vie et du monde H tels que je les voyais, l'appui qui s'offrait à mon déses-
8jS6 UVBB fiWIZlilIB.
( poiretàniB8olîtude.EDapprenaRtàju^rJ«ysaé,jeiieliit « ai point relire mafoi, quoique dans U foule qui s'est presUt « ^ulour de moi, j'«ie distingué àeni bomini». J'ai estime Ht danB sir Geoi^os un caraclère indépendant, i]uen<rtre vit « decouruecoRDaltpas, ^ j'ai été impitoyable pour luit 11
■ me rendait le respectde moi que l'on m'avait ôté : je me rer u levais en lui résistant. Toi, je t'ai aimé, je t'aimai du jour ju où je te vis. Â ton premier regard si tendre et si superbe, c à tes premières paroles si timides et si nobles, si hautes, c si brillantes, je reconnus l'image que j'avais cent bit c rêvée, te compagnon, le guide, le héros que les romane
■ ceroi m'avaient promis, et que la vie ne me donnait pas. .« Je sentis qu'à tes tAléa, mes jours auraient coulé pleins « et honorés. Je me disque j'eusse été digne de loi. Je recoor s nus avec désespoir que je ne l'étais plusl... Cachaotsout « des dehors étourdis le trait qui était arrivé au plus pror
■ fond de mou cœur, je ne m'appliquai qu'à te le laisser f ignorer. Tu t'ignorerais encore , tu m'aurais trouvée d'at-
■ rain pour toi , si je n'avais été entraînée, en dépit de
■ moi-même, par le besoin de vaincre à tout |H'ix la rivale « heureuse que j'avais aperçue, longtemps avant toi, as « fond de ton $me. Elle a vaincu ! La bohémi^ne et la
■ grande dame auront été tour à tour plus fortes qiw <f fptnl Cette découverte a mis dans mon sein upe Gan# « de rage. Oui 1 je l'aurais poignardée, et le genre husuip .« avec elle, pour qu'elle ne fût jamais à toi ,... jamais! t
I Plusijïurs fois j'avais voulu l'interrompre ; j'éclaty .enfin '■ «Taisez-vous! m' écriai-je, pa8usqv4 de plusl you» • blasphémez! s
a Elle avait-r^i)- é^ré : jpo» m d'horreur sembla l'averUr et la rappeler à elle-fixéme- Elle me r^arda d'ug fBJl qiy semblait vouloir lire jusqu'à^ fond de mon être. Tout à c^uji deux rivières de larmes roulèrent de ses yeux snr son visage et sur sa poitrine. E)le vint alors s'asseoir à mes côtés, et laijr sant tomber sa I£l6 sur mpn épaule: * Non, non, repril-^llg < fivef un accent désespéré, je ne bl^sphèms pas, mais je
sUiTe rrii MÀNnâCRiT d'aÏnhoa. 359
i Sdisbieit [rfalheurcQse ! Je croîs \dir partout des irionsires! « Je Aotiffre des tour rnenla qui vengent et an delà ceux dont « je me SïUs plu IrOp lofigtemps h ftie Voir aimée. La pensée ( ^o^ton »£iirsoitàtinë autre, qaetavie pâtluiap()Brtenir; c cette pensée impossiblfij ta as raison..., fait mon désf espoir, me met hors de moi, me rend capable, de toulea « les Ttmgeances. Je t'en avertis,- maintenaift que je suis
■ teinte : il ti'y a pas de vie si sacrée.... >
< A ce moirieift, Fernanda et dofla Inès entrèrent éper-^ dues. Si)F Uùts pas, accourait, avec la casaque rouge et noire, nn tflguaxil annoncé au ndm du roi. 11 avait laissé son mam teau ainsi que lé chapeau à plumes sur les degrés ; un gref* fier âe Ëbambre était atec lui.
* Ces mess^ers redoutables déclarent à la comtesse' q6e, sur l'aiAorisaticHl du conseil de Castille, elle devait livrer sa maison aux perquisitions de )a justice, et suivre k l'instant même les agents de la force publique. L'infortunée, cahnée à l'instant et pâlissant, leTa \ês yeux sur nioi, me seira la main,, et dit : < La volonté de Dieu soit faite! La
• mort que Godoy me réserve peut-être me paraîtra moins « horrible, après avoir {terdu la dernière illusion de votre c amonr; mais comment avez-vous eu le courage de m'sn-
■ noHcêr ainsi l'arrêt que votre coeur a porté? ■ Et elle fondait en pleurs, me demandant grâce pour ses emportements d'an accent désolé. L'alguazil était impatient de saisir sa proie, « Que Votre Excellence veuille bien se hâter, dit-il ;
* car nous avons ordre d'être incwruptibtes, et, pour tout « l*or de nos royaumes d'outre-mer^ nous ne lui ferions pas < grâce d'un qeavi d'heure. i> En effet, les prières et les présenta les trouvèrent inexorables. Cette rigidité inaccontnmée parut à la comtesse oA aussi mauvais présage que sa captivHé même. Au moment où on l'entraînait, elle aperçut F^nanda qui gardait le silence et pleurait. < Du moins, ditc elle au grefTier du conseil royal, je puis emmener ma fille
■ dans le monastère où vous allez me conduireî » — Il répondit avec embarras qu'un monastère n'était pas la de-
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meure assignée pour Son Excellence. < Quoi ! reprit-elle en 4 p&lissant ; une femme de ma classe ! il se pourrait qiie je ( fusse enfermée ailleurs que dans un cloître I Parlez : altei- H vous sur-le-champ me mettre en chapelle pour mourir!
< — Nous avons onlre de conduire Votre Ëiceilence & la « prison de ta Couronne. > Hatéa tomlu sur le plancha-, et Yesléro ' put seul amortir la violence du coup. Elle ne revint à soi que pour promener des r^ards égarés, en criant :
< Que deviendra ma pauvre enfant, seule entre mes laquais « et mes femmes, sans parents, sans protecteur? Ohl Alonso, « je la confie à tes parenls; mais pourquoi nous as-tu c HuvéesÎM
< La Iriste Femanda demandait à grands cris qu'on lui laissât sa mère; elle venait à moi, baisait ma main, et me disait: t Seigneurcolonel,nenousabandonneEpasl sauvei- « nous encore une fois! > Dofia Inès, pendant ce temps, s'abandonnait à tous les mouvements de l'oi^eil outragé. — c On doit saveur,- répétait^Ue, qu'on peut tout me con- « Ger sans péril. Son Excellence a fait uiie assez longue
< expérience de ma discrétiou et de ma sagesse I La jeune « comtesse serait-elle déshonorée sous ma garde? Il n'y a c point. Dieu merci, dte sang roturier dans mes velues ; mais
■ quand des filles de marchands épousent des grands d'Es-
< pagne, il est tout simple qu'une personne comnnc me» se
< Tcûe méconnue. La noblesse et la religion soat foulées « aux pieds. Patience ! la cloche de Vélilla, qui sonne toute
■ seule quand de grands désastres nous menacent, se fen « bientôt entendre, et il ne sera plus temps! >
■ Enfin, Hatéa monta, en frémissant, dans sa voiture. Je pris place à côté d'elle pour relever, s'il se pouvait, sod courage. Femanda, DoAa Inèa, une autre camarera, le chapelain, l'alguazil suivirent. En quelques instants, la vaste et splendidc demeure bâtie au milieu de la capitale pour les
* Ta|ris de paille oa de Jonc dmt Ions les appartements sont s^nii dam l'automne.
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SUITB DC HAKUSCniT d'aïnhoa. 361
prisonniers de tous les états, s'ouvrit devant elle. Valeayde^ 1s reçut avec respect) assisté de l'aumônier, vieux d^ris de la société de Jénu, qui possédait autrefois le privilège de desservir la prison; il semblait, avec son air sombre et grave, protester contre la dissolution de son ordre par les Araada, les Choiseul et les Pombal. Tons deux la firent transporter, sans mouvement et presque sans vie, dans le quartier des femmes. Je fus obligé de la laisser aux soins des fllles du concierge : aucune de ses camareras n'obtînt la permission de s'enfermer avec leur maltresse mourante.
c En traversant la Puerta del Sol, pour conduire la jeune comtesse toute en pleurs chez 'ma mère, je fus frappé de l'attitude de la foule , plus nombreuse et aussi immobile que jamais; elle se taisait, suivant sa coutume. Mais la surprise et la douleur se lisaient sur tous les visages.
t Nous nous occupions encore à sécher les pleurs de la pauvre enfant et à esipédier un courrier à don Domingo, pour lui apprendre les malheurs de sa fille , lorsque j'entendis la voix de don Carlos m'appelant au travers du,guichet. J'ouvris. Je fus étonné de son retour dans Madrid, de sa présence dans un lieii où il n'a^^it jamais paru. Luimême, à peine entré avec sa brusque assurance, s'arréla tout à coup devant mes parents : il semblait perdre contenance en présence de doîia Leonor. Il s'assît et me dit vivement : « Je le poursuis de maison en maison, afin de te « donner à la fois le baiser de l'arrivée et celui du départ.
■ — Comment donc! où allez-vous, où vas-tu , mon ami , « à peine revenu de tes îles Baléares î > — < Dans l'autre
■ monde, supposé qu'il y en ait un. » — i Quelle est cette < folieî » — « Le crédit de mon père, reprit-il en rougis- « sant , m'a enlevé à mon exil. J'arrive. Hais Godoy juge t à ma taille que mon lot est d'être en cage. La comtesse,
3fi9t trvHB QatuiËMB.
« gous$wverrQVS,nt'iifMlpr4v«f|iirqtt'il ^UitTeOu^eVG»* « curial des nouvelles toenacantes, el FoilniBato m')>sMn « qv9 tous les limiers de 1» jueiice ipe twdent dé^ leun « filets. Fortunstol car dos maîtres avaient besoin d'un K tioonêhB bomme de plus Jk leur »ervic«, et, comme leiir
< atain est bettroiise, ils sont tombés sur le âîs d'E)vir« ; «e H muérable m'a parlé d'arrestations sqiis nombre. J'igopre <i cequieefMEHo: mais sois sûr qu'un gtand coup \a dtm
< frsppéil'EscMrial!» — «TwpeflS^raisqu'ils'agjtileqiiel?
■ que choe« de sérieqji 1 « -> c Qui, car il m s'agit pas de « w» t^te. Ou je qte trooipe fpd., oi^ o» ^ veitf i^ celle de « don Femand. »
« 4e frénûsu Un sovuire Dvait brillé parmi les pleurs de Femanda,, à l'aspect du parent dont elle était habUuée à aimer les caresse^ ^^ les sailli^. Il la prit dans m bras avec émotion. > — ■ J'ai tort, dil41, pobrecita', « j'ai (ort de regarder tant ces beaux yeux, encore si purs et « déjà si tendres. Quelle jolie fleur qu'un enfant de cet âge! « Il s'exhalede cet angélique visage un parfum... Eh! vrai- « ment, me voilà romanesque, je pense. Démonio ! c'est le
< devenir un peu lard, la veille de mon de ptxfundis... — <t Si tu as des craintes pour toi , inlerrompis-je, pensons k 5 te trouver un asile. — Sansdouteietie te propose de venir ( te promener avec moi au Buen-Retiro. — Y songes-tu,
■ mon ami? parcourir la ville quand la nuit commence à « peine, traverser le Prado à l'heure oii la foule le couvre « encore, affronter l'autorité suprémedans tes jardins d'une « maison royale ! Ce serait insensé ! — C'est pour cela ( qu'il n'est pas de parti phis silr. Viens , ou je vais seul. »
■ Je suivis don Carlos qui cnron(,^a son chapeau militaire, couvrit sa joue des longs replis de son manteau, et se dirigea sur la Puerta del Sol avec sa confiance accoutumée. La foule, toujours aussi pressée, m'inquiéta pour mon împrudenl ami. Les boutiques et les lanternes latérales je-
* PobreeUa, pauvre pelita, terme de tendresse.
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SlItTi! DD MARCseitT* b'aÏNBOA. 3U
taiMtt assez de clarté poor que nous pasaienB être aiiaémeat rranarqivès. A peine cImis ta me, nous renoontriraes ■ une des (Hooessiens qui , boub le nom de Soiarios , »Honnent et sanctifiwt liatirid à toute heure. I) Tallut déconvrir nos tètes, et, parmi les homineB qu'enli^nait la bannière de la Vielle; se Uouvait Ramon portant les lanternes bénites. Il m'aperçut, me salua pv mon nom, et comprit danseette malencontreuse politesse don Carlos qui s'inclinait jnsqn'à terre. L'altentioR de qndqnea groupes s'arrêta sur lui ; car le bruit de son arrestaUon avait déjà couru. Hais l'eipifission de tous les visages disait assez que les affidés dn favori: n'étaient pas eeiix avec qui sympathisait ta douleur publique.
c DoB Carlos, promptenient initié aux espérances et aux alaimesdes amis du prince des Asluries, m'aigrit en chemin qi^is évén^nents, pendant mes denx jours d'absenee, avaient surpris et épouvanté les esprits. Je savais de reste que des Femand s'était décidé ^ifin à écrire à Bonaparte, pour liû deqjaniler à la fois sa protection et son alliance. J'igiKurais qu*une maiu inconnue eût livré une copie de la lettre à don Manuel. C^ se passait au momrait où se e4Hicluait à Fontainebleau ce traité perfide qui précipitait l'Espagne sur le Portugal et les armées françaises sur la Péninsule, sous le prétexte d'assurer le blocus continental et de conquérir à Godoy la souveraineté des Algarves. Le vainqueur du continent poursuivait ce qu'il appelait ses grands desseins. 11 voulait renverser du trône les deux dynasties du Midi et transporter dans sa maison la couronne de Philippe V, sans (aire l'honneur à la nation espagnole de la subjuguer au prix d'une bataille. Les divisions de la famille royale, les complots de la reioe et de son amant, la complicité involontaire d'un roi chevaleresque et aveugle, les alarmes et les imprudences 4'un fils entouré de périls semblaient devoir suffire à lui livrer sa proie, il avait encouragé, [n^ssé parson ambassadeur, assurait-on, la dénurche jrx^hèare du jeune et malboireux don Femand, poar «rflOfr
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ensuite le courrous du rtn et du père. Ce qui est certain, c'est que munis delà lettremëmeda prince, et.fcvlsdu traité de Fontainebleau, la reine et don Uanuel ne craignirent plus de faire enfin le vide par ne grand attentat sur la premi^ DUtrohe du trône. Alors que j'avab trouvé tmtt silencieus et morne à San-Loreuzo, le roi, noU^ seigneur, arrêtait en personne le prince des Asturies qu'il accusa de complots parricides. Il se fit remettre son épée. Dans son empâtement docile , il alla jusqu'à frapper de sa main son royal héritier. La reine remplissait le palais de ses cris de vengeance. Elle ne parlait que du sang qu'elle voulak répandre, sans songer que c|était celui du prunier de ses fils. Don Carlos, d'après tout ce qu'il avait su, ne doutait pas qu'en effet les murs de l'Escurial ne fuss^it destinés ù être une seconde fois rougis par un meurtre des temps barbares. Mais du moins, quand Miilippe II frappait l'infortuné don Carlos , les peuples virent la royauté terrible, et point avilie. Ils purent s'intéresser aux personnes royales jusque dans leurs plus extrêmes égarements. Le pouvoir suprâme inspira la stupeur qui naît des grandes catastrophes, non cette indigiiation qui se compose de beaucoup de haine et d'encore plus de mépris.
« Ici, à toutes les déchéances se joignaient toutes les épouvantes. C'étiiit un monarque odieusement trahi , une reine odieusement fascinée, tlès longtemps blanchie dans l'oubli de tous ses devoirs de femme, de mère, de souveraine, qui travaillaient h dépouiller leur propre race par un crime affreux, dans l'intérêt d'un serviteur indigne qui marchait vers des catastrophes inévitables sous le poids de la haine universelle. Bonaparte , conspirateur plus habile , comme il appartenait à un tris de l'Italie, avait raison de penser que, si la couronne des Espagnes pouvait jamais être saisie par surprise et sans coup férir, ce serait à la faveur de tels attentats, et dans la confusion du soulèvement public.
« Les véritables desseins du gouvernement et de la conr ne se manifestaient que trop dans le chois du tritHmal as»-
, , , Coo^k'
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gué à l'auguste victime. Le conseil de Castille était chargé de l'information. Une commission de onze membres, choisis par don Manuel, allait se rendre immédiatement à San- Lorenzo, et là, dans le silence d'un désert, parmi les ombres d'un cloilre, sous l'oeil du monarque irrité, elle prononcerait sur la vie du royal accusé. Cette procédure avait un air de famille avec celle du donjon de Vincennes. On semblait vouloir flatter le maître de la France en donnant une seconde représentation du drame funeste. Don Carlos pleurait de douleur de cc»npter son père au nombre des juges.
a. Le Prado était désert. Nous arrivâmes aux vastes jardins du Retire. Ce lieu, tout rempli du génie de Philippe IV, ce palais où la royauté espagnole devança les grandeurs de IxtuisXIV, en se montrant entourée d'un cortège de grands hommes égala celui dontla France est à bon droit si Tière, fait toujours sur moi une impression profonde. Je crois voir les ombres illustres de Lope de Vega, de Calderon, de Solis, revivre autour de moi. Les fontaines sans nombre de cette fastueuse retraite, la royale statue, les eimltages et les kiosques, sanctuaires de la religion et du plaisir, qui s'élèvent au milieu des bosquets , les spacieux étangs que l'art a creusés sur ces collines escarpées , avec les embarcadères élégants dont ils sont bordés ; toutes ces merveilles , pour lesquelles Tordes Amériques a été prodigué, parlent puissamment h mou ftme. La lune prétait à la scène une majesté de plus.
( Du haut du parc , sur le plateau, nous avicms devant nous le Prado , les Délices , les bords lointains du Hanzanarés, Madrid tout entier, dont les clochers et les dômes se détachaient au-dessus des ombres en aiguilles ou en masses d'argent. Jamais la capitale n'a autant de magnificence qu'à cette heure, avec ses pompes.du ciel déployées au-dessus de ses palais , avec cette brise des nuits méridionales
M6 LIVRE DODZIËIB.
qui, reproduisant au dernier jour d'octi^re l'agréable M< dieur du print^nps, ouvre l'Ame aux seoBatioas les pins douces, et la dispose aui plus nobles jouissances. Alors les aspectsde la plaine aride s'efTaoent dans l'obscurité on ressortant en nappes brillantes. Les longues chaînes de €uadarrama et de Bjytago, comme d'indestructibles remparts, élèvent autour du spectateur leurs fronts qu'un bandeau de neige éclatante couronne. Le bruit des fontaines, le nigissement du lion ou de la panthère qui s'indignent, non Ida de \k , de leur captivité ', mêlent aux effets de cette ravissante nature je ne sais quelle vague émotion , quelle imnge redoutable des déserts africains : il n'est pas jusqu'à la statue de Philippe IV, qui n'ajoute à la magie de la scène, tant, le piédestal disparaissant dans les ténèln^s, le bronze .s'anime par la pensée, et semble un cavalier mystérieux élancé au milieu des airs.
« Je retrouvais dans celte scène un souvenir du bassin d'Anahuac et des grandeurs de Mexico. Sur ma tête s'étendait encore ce ciel sans nuages, aux couleurs vives et pures, dont la splendeur est inconnue dans les climats du Nord: Le flambeau des nuits était là toujours versant ces flols de lumière par qui la nuit n'est qu'un poétique reflet de la magnificence du jour. Combien d'ailleurs tout était changé en moi et autour de moi ! Hatéa et ma sceur, ces nonas qui avaient tant occupé mes veilles dans le cours des nuits américaines, quelte place différente traient-ils maiolenant dans mon cœur ? L'un n'y laissait plus que des souvenirs cruels et d'amers regrets! L'autre m'était mille fois plus cher. Mais il se liait en moi à un trouble inexprimable, et, tandis que tout était incertitude et douleur au fond de mon àme, qu'allait-il advenir de notre Espagne? Là aussi tout est obscur et redoutable. Quedevient mon orgueil pour mon pays, et par là même que deviennent mes longues per^ieo-
' La m^nsgerlB royale, composée d'aae vli^teine ite tites, occape ufi pavlUoD du Boen-Reliro. . .