‹ Don AlonsoChapitre 42 sur 62 · LIVRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIÈME

craintes? AvaienUils la triste douceur ^le souffiir ensonbleî « Je De quitlais lo pied de ces murailles que pour trouver Madrid tout entier empreint du deuil qui désolait moo àme. Tous ces groupes silencieux et mornes que je travereati s'inlerrogenient du regard, se répondaient de la même manière, et paraissaient attendre avec angoisse l'arrêt que l'avenir, un avenir prochain, allait porter sur les destinées publiques; la constemalion universelle, l'échafaud de Ramon, les fers de mes vieux parents, l'absence et l'esil de Maria, l'humiliation et les dangers de la patrie, toutes ces pensées m'assiégeaient à la fois ; je portais mes regards en avant, et ne voyais que des sujets d'épouvante; les p(»tais-je eo arrière, je n'apercevais que des sujets de douleur.

< Ob! qui dira jamais te morne étonnement de cet âge, où l'homme, entré à pleines voiles dans la vie, voit s'évanouir do toutes parts les brillantes chimères dont son imagination Tavait peuplée! J'avais eu le spectacle du hasard classant les hommes, de l'intrigue brisant seule sans eSbrt les hiérarchies en faveur de ses adeptes, du timon des empires tombant trop souvent aux mains les plus inhabiles ou aux plus coupables. Qu'élail-ce donc que cet univers avec ses pompes et ses merveilles? Que faire sur la terre si tous les hommes d'Ëtat ressemblaient à l'arbitre de nos destinées; tous les frères à Jajmé ; beaucoup de femmes à Hatéa? Ou trouver un refuge contre le vide de notre existence impuissante à la fois et agitée? Où fuir ailleurs qu'au fond des cloître! La pensée d'y ensevelir le reste de mes jours eût été pour moi, comme pour don Carlos, l'espérance qui console; mais une voix intérieure me cria : Crois-tD encore? et ce mot retenlil douloureusement au fond de mon cceur. Le monde devenait une affreuse énigme, et je tr«nbiais d'en chercher le mot.

( L'expérience que faisait l'Espagne du régime absola dans sa caducité avait un caractère de malheur et d'abaissement qui portait dans les esprits je ne sais quel farouche désespoir. La Providence semblait sî bien s'être retirée du

SUITB DU MANUSCRIT D'AÏNHOA. US

milieu de nous pour laisser flotter les rênes aux miiins de la perversité, que Dieu lui-même était chaque jour davantage banni des croyances. L'al^iéisme sortait des misères de la monarchie, comme sortent d'une atmosphère empoisonnée les fléaux qui désolent et qui tuent. Don Carlos dans ses lettres me demandait, avec son ironie amère, si j'étais toujours aussi convaincu de cette justice, de cette intelligence souveraines dont je lui avais tant de fois parlé, etroon esprit troublé ne savait plus réfuter une doctrine contre laquelle se réaottaient si profondément mon cœur, mon âme et ma conscience, le cherchais une donnée morale à saisir, comme une planche de salut, dans ce grand naufrage: ma raison, flétrie par la douleur, ne trouvait que d'amëres pensées. Je tombai à genoux, demandant à ce monde intelligent, dont je sondais sans cesse les profondeurs, mi Ql conducteur qui me donnât des forces pour supporter ma destinée on bien pour la finir; car la seule jmûssance de l'incrédule doit être le suidde.

«Cettesombre disposition, sigén^aIeets)vive,aélépour beaucoup, je le dis à l'avance, dans les crimes dont se souilla quelques semaines plus tard le peuple espagnol , dans l'un des soulèvements les plus soudains, les plus héroïques et les plus légiLimcs qu'ait vus le monde. Les &mes étaient ivres de colère et de désolation. Les peuples ne sont pas faits pour soufTrir tant d'abaissement et tant de corruption. On s'étonne parfois qu'ils n'aient plus de frein. C'est que les temps précédents l'avaient brisé. *

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