LIVRE QUATORZIÈME
SUITE DO MANUSCRIT D'AlHHOA.
a KT<«rf *e 11 Ulkirgie, ntia par 4u ■
Tiaion mjriltritDM : Que ta Forltine tt\ la juitice. — Arriiée de don Pray Iiidro.
— NuDTfllei d-Argnjuri. Tumulte de la FuertidelSol DiKcnn de doo AImm
— Drpitt du p«iip1c de Madrid pour iranJBej. A^eol de eatt» rMdmcc. Terreur de la covr. — Chute de Godoy. Se> péri[(. •— PrétenlalioD de doD Aloufai i donFemand. — AlHlic-tiaBduroiddelireins. tmprécalioatde 1> reine, krénemenl de Ferdinand Tlt. Allégreiae puÎTeraelle. Dbdks. — Chant propbétiqw
« J'étais descendu à l'hôU-.! de C", Cet hôtel désert me fitisait davantage sentir toutes mes douleurs. Mais ie n'y trouvai qu'une fausse solitude. Maria était partout. Partout je croyais la voir et l'entendre sans pouvoir arriver à elle. Le mayordome n'avait pas voulu que rien fût changé après son départ. Toute chose restait, comme son brusque enlèvement l'avait laissée : son prie-Dieii, pendant le froid aigu d'une matinée glaciale, rapproché du hrasero; ses livres, ses papiers tout ouverts sur le guéridon de France où elle écrivait ; sa guitare, sur laquelle tous les jours elle répétait un air des chcvriers de nos montagnes, posée sur
soiTE BU HAiniscRrr d'aTnhoa. ÀVJ
80D clavedn ; la manUlte blanehe, qui pressait son front et ta taille au tnomait du départ, semblant encore l'atten» dre; ses pantoufles de soie et d'or, qu'on eût dit destinées i délier tout pied humain, laissées par ses femmes à la place où elle les avait qiiittt^es pour suivre les officiers de la couronne. Au milieu de tous ces souvenirs et de toutes ces images, j'étais éperdu, hors du moi.. Je ne savais qu'incliner mon front sur tout ce qui me ta retraçait, et chaque Q\^fA la retraçait i moi, la rrndail pré&r>nte, ine faisait vivre sous son souilla et son regard. La nuit s'écoulait dans celorage. J'ouvris ses livres. Jo vis avec surprise uiTvolume de Schiller. Elle était probablement la seule Espagnole à qui oe nom, ce livre, cette langue fussent arrivés. Martyr comme moi des caprices du despotisme, abattu comme moi par le spectacle de la servitude et de l'iniquité, le poêle appliquait son ardent et sombre génie li la solution du grand problème de l'univers. La marquifie avait traduit envers castillans ses dithyrambes philosophiques. Jamais la muse n'employa de plus nobles accents. Caldéron a moins de vigueur, Erciila moins de majesté, Carcibisso de Véga moins de grâce et d'harmonie. J';idmirais cette Sapho ignorée qui gardait si bien le secret de son génie. Je plaignais notre pays des préjugés qui ravissent à sa gloire des travaux et des noms dont il pourrait s'honorer. Puis je songeai qu'autrefois Maria ne me carbait pas les élans de son imagination naissante : pourquoi maintenant devais-je an hasard la confidence de son savoir et de ses pensées?
« Dans une de ces odes , le poêle montrait un jrunc homme introduit dans un sanctuaire de la vieille Egypte, OÙ résidait, voilée à tous les yeux, l'élemelle Vérité. 1^ léméraire osa soulever le voile, et le lendemain les prêtres le trouvèrent sur le pavé du temple, insensé de désespoir.
K Dana la disposition de mon âme, ce tableau fil sur moi une impression profonde, J'étais en proie h un trouble délû'ant. Ëtait-il vrai que la Vérilé connue de l'homme dût être pour lui le désespoir et la mori? Une strophe admi-
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rable de Maria réfutait, au nom de la foi dirétiemie, cMte . triste vue des secrets de l'univers. Mon âme pouvait-die ne pas penser connue elle? Au milieu de mon aplatit» brûlante, mes yeux se fermèrent, sans que le sommeil et la lassitude changeassent le cours de mes pensées.
c Je me vis égaré dans les gorges de montagnes arides et sauvages ; là s'ouvrait une de ces galeries souterraines où les Carthaginois et les Romains cherchèrent de l'or, les Goths un refuge, les Sarrasins leur proie. Je marchais dans les ténèbres; seulement, de temps à autre, une lueur douteuse pénétrait à travers les fentes des rochers et éclaî' rait l'horreur de ce séjour; les cryptes lugubres retentissaient d'accents plaintifs ou d'affreux mi^issemcnts. La caverne n'avait pour hôtes que d'horribles dragtms qui se livraient la guerre, des reptiles au dard homicide, ou des animaux immondes qui se jouaient dans la fange. A.u milieu de cette scène d'effroi, s'élevait une statue gigantesque, enveloppée d'un voile d'aîraJn sur lequel se distinguait gravée l'inscription fameuse : < Je suis ce que je suis. > Ces mots me firent juger que le colosse était une Isis, transportée peut-être sur nos rivages, au temps où , suivant les récita des historiens, Sésostris embrassa la Péninsule dans ses conquêtes. Je m'approchai, et découvris bientôt, à travers les franges peudantes de son manteau , le n(«a de la Vérité tracé sur le piédestal en lettres de feu. Une crainte religieuse me frappa soudain. < Quoi! m'écriai-je, celte 11 puissance terrible, dont j'ai tant désiré pénétrer les mys- « tères, réside là, à la portée de nia main et de mes re- ■ gards? je pourrais écarter le faible obstacle qui me la « dérobe; mais l'exemple du malheureux que Schiller a c chanté m'épouvante : je n'ose. » -^ Ose , répéta l'écho d'une voix imposante-, et, tombant à genoux ctHome si j'eusse obéi à une inspiration divine, je portai mes mains sur le voile sacré. Le tissu que j'avais craint de trouver trop pesant pour mon bras était de la soie la plus l^ère, le coin que je soulevais céda àmon premier eflbrl. Aùs^tAt
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le sol se colore d'un nouveau jour. Tout est changé autour de moi ! Quelques rochers montrent encore ç& et là leurs pointes aiguës; d'aride sentiers se déroulent toujours à travers le site agrandi ; il s'y rencontre des gouOres périlleux ; le serpent dresse çà et là sa tête ; mais c'est pour Cuir aussitôt et cacher ea tremblant son dard émoussé ; les précipices sont ra<^les à tourner ou à franchir; il n'est point de roule si escarpée qui ne soit tapissée de fleurs. Ces métamorphoses m'enhardirent : j'achevai d'écarter le rideau magique, et je me prosternai, ébloui, sous les flots de l'umière dont fut inondé ce monde nouveau. La sombre voûte des souterrains s'était ouverte; le firmament déroulait au-dessus de ma tète ses globes enflammés, et je croyais entendre la sublime harmonie des sphères célébrant les louanges de celui qui a fait le sentiment et l'inlelligence, l'infini et l'éternité. Mon faible regard n'aurait pu ploog» dans cet océan de clartés; mais je ne songeais pas à interroger les célestes parvis. Auprès de moi, sur un vaste trépied de bronze, siégeait, l'œil levé vers les cieux, la croix au front et une balance à la main , la Divinité secourable que j'avais invoquée tant de fois; elle déployait, sous une tuniquo légère, son corps diaphane et sa beauté divine, tantôl n'ayant que la taille , le regard, l'apparence d'une simple mortelle, tantôt échappant à ma vue, et portant sa télé radieuse dans le séjour des soleils sans nombre et des éternels concerts. Aatour d'elle resplendissait une atmosphère éclatante et embaumée qui développa dans mon cceur, à mesure que je la respirai , je ne sais quelle joie et quelle force surhumunes.
< A ses pieds reposaient sur des nuages, tels que des voyageurs fatigués qui avaient fini leur jouniée, un grand nombre de génies aux cheveux blanchis. On les reconnaissait pour les fîlB du Temps au clepsydre dont leur main était armée ; mais te sable immobile ne marquait plus les heures, et ils semblaieut se demander l'usage qu'Us en avaient fait, en pensant à l'immortalité. Les plus éloignés avaient la barbe
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limoneuse oa pfwtaMnt la dépooîlle des asiimnx téroee». Les autres étaient v6tus de la robe orientale , au manteau grec, de la loge romaine; ceux-là de la tunique des prêtres de Jésus-Christ ; ceux-ci de l'armure des guerriers du îiord ou du costume des derniers tempe. Trois ou quatre portaient au front un laurier, et entre eux le plus voisin, appuyé sur une ancre, à l'instar de la Foi, avait un air vaillant et inspiré qui me frappa. Celui de ces vieitlards qui venait a[»^ loi était remarquable par un air de méditation et d'ironie; il essuyait des taches de sang à ses genoux, quand il s'éeria : c Mon fils! ■ Il voyait accourir un génie ieune et robuste, qui agitait avec violence un livre et une épée cachés sous son manteau. ■ Je viens , dit rudement celai-ci à la « figure mystérieuse, je viens me plaindre à toi de la vaf nité de tes promesses. Tu annonçais que les longues sonf-
< francesdes peuples ne seraient pas perdues pour eux,
< qu'un avenir meilleur allait être donné à la tore : je c croyais marcher hbre et fortuné! Loin de là, le génie de c la guerre, l'esprit de conquête et d'usurpation asservit le « monde; les préjugés régnent; l'oppression se pn^iage. ( Dis, n'est-ce plus moi que les hommes appellent le fils ( heureux du dix-huitième siècle, l'héritier de ses cod- « quêtes et le réparateur de ses crimes ; ou bien quelle est « la foi due à tes paroles? — Fils de Dieu, écoute, répon-
< dit-elle en détachant ses regards de la balance qui les t tenait fixés; les maux dont tu te plains sont à la (bis f l'ouvrageet le châtiment des hommes.Tu voudrais n'av(»r c pas hérité des misères de les soixante davan(»ers. Pour- « quoi as-lu hérité de leurs passions et de leurs faiblesses! « pourquoi, après six mille ans d'épreuve, les gouvernants
< ne sont-ils pas encore las de corrompre ou d'opprimer, <• et les gouvernés de renverser ou de servir t pourquoi les ■ Dations ne savent-olles autre chose que l'esclavage ou t l'anarchie? L'espèce humaine a reçu de son auti^ar le « bienrait du libre arbitre : qu'elle en fasse une fois usage « pour préférar la modération à la violence, le droit à la
StlITE M HANtISCHIT d'aInHOA. 431
d torce , les mâles jouissances de la liberté au temijle
« jeu des révolutions, ou & la léthargie de la servitude.
K J'ai dit qu'un jour il en serait ainsi; mais cet avenir,
c vous seuls pouvez le hâter. Déjà la condition est nieil*
< leure que celle de tous tes devanciers. Tu as reçu en « dépdt des connaissances plus vastes, des doctrines plus c élevées, des inetitutions pins voisines de l'équité, des
■ mœurs plus douces; puisses-tu, persévérant dans tes ( vœux , étendre les progrès de la raison et de la morale t uaiverselles ! Tu as derrière toi des noms immortels ! c puisses-tu ne pas mériter que la voix des générations fuc tores maudisse à jamais ta mémoire, et t'accuse d'avoir
■ perverti les destinées humaines! — Quelle dérision, ret prit le génie, de faire des vœux que tu pourrais exaucerl « Au lieu du bonheur et de la vraie gloire, pourquoi c m'envoyer des batailles et des revers , des infortunes et
< des outrages ? — Téméraire ! répondit l'immortelle, ai-je t encore besoin de te dire que tes malheurs attestent ma • justice? La race entière des fils d'Adam est devant le I père de la vie comme un seul homme. Il a dit, à la nais-
■ sanee des âges, que les maux nailraieut des fautes, et a les biens, des vertus. L'arrêt, prononcé une fois, s'ac- « complit toujours. Rentre en toi>mëme; interroge aussi
< les souvenirs des temps passés, et tu sauras que partout I où se placeul des malheurs, il y eut des torts et des fautes.
< La chutedesempires, les guerres, les réactions sanglantes,
■ toutes ces graa<^s vicissitudes que le monde nomnie,datts u son langage impie, les jeux du sort, ne SMit autre chose
< que des ex^ùations méritées. Je te promets de ne plus en- € voyer la tyrannie sur la terre, le jour où il n'y aura ni « des excès pour la provoquer, ni des lâchetés pour la « souOrir. >
< Le génie inclina la tële et passa. Je brûlais de coo< suller l'oracle à mon tour. — t Oh ! qui que vous soyez!
« m'écriai-je, que n'est-il permis à un simple mortel de
« vous inti^rogerî — Parle, repartit la voix céleste, je ré-
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« ponds à quiconque m'appelle, et je n'ai que trop rare- « ment à répondre. — Qui donc ètes-Tons, ajoulai-je, tous « dont la main parait tenir les rênes du monde? — Qui je c suis? La terre ine nomme la Fortune. Fille du Très-
< Haut, qui me créa à son image, je suis la Justice el t vis dans cbamn des bommes sous te nom de la Conc science ; la Providence m'institua pour ministre de ses dé- « crets, pour arbitre des vicissitudes humaines. C'est moi ( qui , pesant toutes les actions et toutes les pensées, ai c reçu la mission de rémunérer et de punir. Je dispense au ( familles comme aux États le bonheur et l'infortune, seloa I les mérites de chacun et de tous. — 0 reine de la tvre! ( lorsque la peste, la guerre, la famine désolent nos pro- « vinces, c^ fléaux destructeurs frappent sans disceme- « ment, et le juste est atteint aussi bien que le pervers. — c Crois-tu que beaucoup de ceux qui succ(Hnbent aient
■ toujours été amis sincères, hâtes fidèles, époux irrépro- « chables, magistrats impasàblesT Le juste n'existe pas : « et se trouvâUI parmi vous , pourquoi se plaindrait-il « des épreuves qui font sa vertu, ou de la mort qui assure « sa récompense? I..es récompenses sont dans les cieux: ( il dépend de vous qu'elles commencent sur la terre. >
■ J'^outais : ma bouche tremblante put à pane poursuivre : ( Pourquoi voit-on les bonnes causes si souvent c vaincues, les partis les plus justes.... — Arrête! dis-moi, ( où est la bonne cause que ses e&cès n'aient pas atfaiblieï « Où est le parti qui n'ait pas appelé à son aide l'iniquité, « la spoliation, le meurtre peut-être, qui, après avoir été tt violent dans ses jours de triomphe, ne se soit pas montré
< pusillanime ou divisé, aveugle ou apostat, dans ses jours
■ de revers? Qu'il se rencontre un homme, un parti, un
< peuple qui ail eu pour devise : Justice et constance; je te
< promets de lui livrer le monde, et de le lui livrer sans
< retour! b — Je me taisais, étonné de ce que je venais d'entendre. L'ange reprit : « Toute l'erreur des mortels est ï de confondre le bonheur avec la prospérité. La prospérité
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SUITE DO MANDSCRIT D'aINBOA. 433
« n'est le plus souvent dans mes mains qu'un cfa&timent « pour ce^r à qui je l'accorde aussi bien que pour ceux h c qui je la refuse. Le bonheur ne natl pas des succès obte- ( nus, mais des devoirs accomplis. C'est en moi qu'il ré-
< side. J'habite dans le sein de tous les hommes, pour épu- • rer leur vie et l'embfllir. Ceux qui savent m'entendre me
< doivent d'ineiïables voluptés que le vulgaire ignore; je « suis la gloire, et par moi seule existe l'amour. »
« En disant ces mots, l'immortelle me présenta une do Bès mains. Tandis que je me saisissais de cette main divine, il semMait que mon âme, emportée sur des ailes de feu, allât s'associer aux contemplations et ans délices des célestes demeures. Au milieu de cette extase sainte, j'osai lever mes yeux sur la fille du cieL... Je tressaillis en ne trouvant plus à sa place qu'une simple femme, mais ravissante de beauté, de grâce, de noblesse, ayant quelque chose d'inspiré dans le regard et dans le sourire, le front radieux, la tète éclairée d'un vif reflet des clartés du ciel : c'était Uaria, et'' elle me pressait doucement sur si poitrine, en me montrant ^ au-dessus de nos tCtcs le sanctuaire où réside, au milieu des harmonies-de l'univers, celui dont la loi est la rémunération.
u J'éprouvais une émotion si vive que je me levai en sursaut sur mon séant. Le sonameil avait fui loin de moi. Ces nobles et douces images qui venaient de me bercer s'évanouirent. Cependant, un calme inconnu dominait le trouble de mes sens. Les impressions de ce songe extraordinaire captivaient encore mon âme, et Maria continuait de briller à mes yeux parmi les nuages dorés du réveil.
c J'achevai de soulever ma paupière ; un personnage vénérable était devant moi. La majesté des années et celle des vertus avaient imprimé plus profondément leur auguste caractère sur le front de don Fraylsidro, depuis le champ de bataille d'Actopan. Promu h l'archevêché de '", dans la 1. 25
, ■ Cooyic
m LITRE aOATOftZlËHR.
Péninsule , au moment où il essayail de b-averser l'Oc^ malgré toutes les rigueurs de ta guerre maritiiDe) pour venir défendre auprès de la niélropole les droits des colonies, les vents l'avaient forcé de relâcher à Lisbonne; il y était resté caché dans un couvent, lors de l'invasion française^ Il avait pu partir enfin, et il venait de rencontrer le marquis et ma sœur en passant à Badajoz. il s'empressait de me porter une longue lettre de la marquise. Je lus, je relus parmi d'îaexfH'imables sensations de confiance et de joie ces pages où elle avait tracé, pour relever mcn courage , des conseils et des maximes qui faisaient luire à mes yeui, sous un jour nouveau, les hautes vérités qui venaient de s'offrir a moi. Sa philosophie chrétienne me parlait le langage de la figure mystérieuse; je me demandais si ma veille n'avait pas été interrompue, ou bien si le songe durait encore.
« L'archevêque m'entretint longtemps de Maria et de ses douces vertus; il me parla de mes parent^ captifs, et l'espoir entia dans mon cœur. Son intercession pouvait faire arriver la v^ilé jusqu'aux geôliers de ma mère. Les maux de l'Espagne occupèrent aussi une grande place dans ses discours. Le saint prélat s'effrayait moins qu'autrefois d'un retour violent^ la conslitution antique; il déplorait la destruction des vieux /u«r«j, et croyait nos chances de salut attachées à leur renaissance. 11 me fit comprendre, par ses Bùres inilicalions, que l'heure des grands événements était venue. Le p-and-duc de Berg, et derrière lui, disait-on, Bonaparte en personne^ étaient en route pour Madrid; cent mille impériaux s'avançaient à marches f^cées sur la capitale, par les deux routes de Somo-Sierra et de Ségovie, toujours silencieusement, sans explication de la cause, du but, ou du droitde cette marche étrange et terrible, toujours sans réponse aux plaintes et aux interrogations dignes et royales de Charles IV. Don Manuel, plus i:)ue jamais en butte à la haine publique comme l'auteur de tous les maux de la patrie et le complice de l'étranger, venait pourtant de refuser péremptoirement les dernières prc^sitious du ca-
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binet des Tuileries, nos nul doute fallacieuses eomine les autres, sur l'édiange des provincea de l'Ëbre contre le Portug&i. Mais, dansl'cxlrënijt^ oà on était, il ne voyait qu'une , ressource : c'était de passer en Amérique. Et l'instinct nation^en ooniprenait une autre, c'était de garder ses princes et de les défendra. On ne voulait fuis faire à Bonaparte le plaiar de trouver le trône vacant, si, «près avoir donné des n^aiimea A tous ses frères, il prétendait faire asseoir son beau^rère Hurat, le iravo théÂlral, et, disait-on, héroïque de ses années , sur le tr&ne de Philippe V. Le jour où il déclareratt que ses intimes alliés, les Bourbons d'Ëspagoe, avaient cnsé de régner comme les ^Hinces d'Étrurie, de Naples et de Portugal , il fallait le placer en présence d'un droit saint, d'une dynastie légitime et nationale, voir c<Nn> ment il eu userait devant cette puissance; et, s'il osait passer outre, il apprendrait ce que peut la nation espagnole outragée ! Quel cœur castillan ne donnerait point son sang pour son Dieu et pour son roi? Déjà, le conseil de Cas- Ullo, le levier jusqu'alors de l'autorité royale, maintenant cehii de la rénstance publique, venait de protester e« ctn-ps contre les idées de départ, et c'était à lui que répondait UDO proclamation du roi qui, la veille même, lesavut déniées. Jusque dans le consul de la couronne, le minklre de la gr&ce et de la justice, le marquis de Cabaliero, avait levé l'étendard en face de don Manuel. Une autre protestation, plus puissante, était celle de la population d'Aranjuez, ou plutôt de la Hancbe entière, qui s'était levée comme un aeul homme, et s'opposait violemment au dessein visible et imminent de la cour. Le bien-aimé don Fernand pensait comme TËspagne. Il ne voulait pas fuir. H appelait à son aide tous les loyaux Espagnols. Les troupes qui tenaient garnison à Madrid étaient mandées en toute hile autour des nialtres de Godoy, pour protéger leur fuite contre un peuple qui voulait garder ses [U'inces à tout prix, et qui saurait, au besoin, mourir pour eux. Une vie nouv^le, -en é(»utant le saint prélat, animait déjà non sein; je
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