LIVRE QUINZIEME
FIN DU MANUSCRIT D'AINHOA
Mt tPlr«|tritb Difla ««lat
I«t de Badrid cl da l'Eipagne à l-iffoemeat d« rerdloand VII Eolréc di
gT»Bâ-ioc de B«rK dani Madrid. Enlr«e de don Periund. — AtlUuds bpmbIi 4a gnad-diM. OéMBEbuleiiHUt pablic. ■ — BalKHnain royal. Dèaci^T da Haut. MouielleiportcupardoDFrajlaidra. — CODiénBtioDdajDicbiiB Départ d'AlDuapourOcana. Arriiée de Maria i Madrid. — Nipoléon 1 Baionne. Départ de Ferdlniad pour Burgo), pour Tiltoria, pour BaroiiDe. Leltre de Hapoléoa t » prinn. Praiiicti«( da général EaTary. Ordra d'abdiqMr loui peine da la Tk. — JosniM dn 1 oai. Fréparaliti da départ dci [nfanla. IrrilaliOD pubUtsa. ^ Haléâ à ûcaAa» Teatativa pour tutraloar âLquid daui la parti francaii. BÉ- Télationt de la Gilana. Départ d'Uoato pour Madrid. — Combattdt [ajournée. Déiolatioa. Eiécutioni au Prado. — Sort de Uaria. — Pin du manutcrit d'Amhoa.
' n A Madrid, la jaié piibliqoe tint du délire. La vengeance y eut sa part comme l'espérance. Le peupla sembla voi^ loir s'essayer au râle nouveau qui l'attendait paimi nous, en se précipitant siu- le paltis désert de don Manuel, pour tout ravager. A défaut de lui-même, on voulut punir de sa fortune et de ses tort» les choses qui Kvaient servi d'ïnslrument b >a grandeur, sauf à tourner ensuite contre les personnes les mômes colères. Ses meubles, ses plaques, ses cordons, ses hi^it* d'or, ses papio-s, ses livres, ees annes,
Coo^k'
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tout fut brâté sur la place publique. Là Puerta de) Sol, pour qui commençait un rôle nouveau, fut le lieu où s'éleva l'immense bûcher. La population enlière, laïque, religieuse, de tous icâ rangs, forniait la chaîne tout à l'entouren poussant des cris de joie. La fouie qui revenait d'Aranjuez ajoutait par ses récits et ses transports aux transports universels. Antonio, qui était allé comme les autres faire sa visite ea arrivant au palais de l'Amirauté, pour prendre acte de sa victoire, eut un grand succès à la Puerta del So), en comparaissant avec la montre, la bourse et les bijoux du favori que le peuple avait oubliés à sa cheminée. Il jeta au bâdm ces richesses au milieu d'enthousiastes acclamations.
ï Bientôt d'autres demeures furent visitées par celte joie insultante et dévastatrice : celle de la mère de Godoy, de son frère; de ses principales créatures. La révolution espagnole à ses débuts faisait sentir ce qu'elle pourrait devenir un jour.
( Ues parents entendirent ce tumulte. Hais le sourd retentissement qui parvint jusqu'à eux ne leur porta que drs doutes et des terreurs. Ils ne savaient pas si la terre ébranlée l'était par des chants d'allégresse ou par des guerres intestines. A l'heure où le ministre du saint tribunal apparaissait devant eux, ils osèrent demander la cause des mouvements extraordinaires qu'ils avaient entendus. ■ Vous êtes ici, leur « répondit-on, pour penser à la vie qui n'est pas àe ce monde. « — Hais, ajouta doila Léonor, en saisissant avec des ■ pleurs la main qui s'apprêtait à refermer la porte redoota- € ble, devons-nous craindre pour nos enfants? — Vousde- « vez craindre pour votre salut, > et ils restèrent livré» au désespoir.
• Pur bonheur, à ce moment, une recommandalitm du roi, les bons ofllces de don fray Isidro, peut-être plus que tout l'émotion des événements rendirent leur captivité moins sévère. Une lettre leur fut remise. Le cceur de mon père se ranima en me voyant honoré des faveui's royales. Ma mère mouilla de ses pleurs le papier qui lui parlait de
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ma tendresse et de mes promotions. Grâce au triom^^e de don Fernand, les prisons du saÎDUoflice virent couler des larmes de sntisfaction : c'était la première Tois.
■ Ainsi le nouveau règne faisait arriver un rayon de plaisir jusqu'au fond des cachots, il en fut ainsi dans tout le royaume. Jamais plus d'espérances n'environnèrent un pouvoir à son aurore. Les feux de joie coururent d'un côté aux colonnes d'Hercule, et de l'autre aux cimes des Pyrénées. Ils éclairèrent la prison de Godoy, l'asile de la vieille cour, la tente du soldat français. Le bonheur éclata égal^ meut sous la chaumière, au couvent, dans les palais. L'E^ pagne entière se crut sauvée. Ce jour semblait avoir réparé tous les maux du long règne qui n'était plus et conjuré tous les périls de l'orage qui s'amoncelait... Ce jour, grâce à Booaparle, ouvrait une ère d'effroyables calamités.
■ L'Espagne jouait une grande' et noble partie. Le maître du continent, après nous avoir enlevé nos armées, les avoir dispersées en Italie, en Allemagne, en Portugal, et s'être ialruduit au milieu de nous à la tète de cent mille hommes, voulait détrôner une dynastie alliée et soumise, en justiliaat sa chute par sa fuite. Il avait compté se piocurer sa fuite par la menace et la terreur. L'Espagne avait répondu en se serrant autour de ses princes, en les enchaînant au sol de la patrie, en préposant à leur garde l'honneur public. L'avénement de Ferdinand VII renversait toutes les espérances du généralissime français et toiites les combinaisons de celui qui l'envoyait. L'échafaudage de la trahison s'était écroulé. Hurat n'imagina rien de mieux que de protester contre une révolution patriotique qu'il n'avait pas prévue, et il annonça immédiatement son entrée dans Madrid.
a Que ferait le nouveau roi? Il résolut d'affronter les événements, de s'établir dans la capitale de son royaume, dans le palais de ses pèi'es.'sous la garde des trausporta de
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lOQ peuple, en présence et en dépit des baïonnettes iXtaagërog. Hurat surprenait Madrid par suite d'une hin^ne Teinte, d'un stratagème, qni, après six mois d'attente, dorait encore. Tkm Femand et ta nouvelle cour le reprenaient par l'amour publie. Je reçus l'ordre d'aller à Madrid prépann- b i^ceptîoD du roi.
« Quand j'arrivai, le bruit des fanfares me fît de loin tressaillir. Les deux grands abords de ta capitale, au nord et au sud , étaient remplis des colonnes d'Austerlitz et d'Iéna, prêtes à francbir les portes et précédées d'une musique guerrière. Par une proclamation, partout aDïctiée, . Sa Majesté Ferdinand Vit avait convié les Hadritègnes i les TMevoir en troupes amies et alliées de leur roi. Le broit batnlement répandu d'une expédition contre Gibraltar r«idait l'ot)éissance plus facile. D'ailleurs, l'Espagne était henreuse. La joie publique aidait aux commentaires favorables. Les soldais français pouvaient-ils être pour autre chose parmi nous que pour prêter appui au bien-aimé Fernand T « En conséquence, la population, les manteaux bleus surtout, malgré la pluie qui tombait par torrents, s'étaient portés à leur rencontre hors des murailles; dans tontes les rues, les balcons étaient garnis de femmes dont le •ein battait à ces sons lointains des airs français. Dès les bords du Hanzanarès, l'aspect de ces enseignes devant qui s'étaient écroulés tant de remparts, porta dans mon cœur de soidaVune émotion indéfinissable. Mes yeux se mouillèrent do larmes comme si elles m'eussent rappelé , aussi bien qu'à leurs défenseurs, d'immortelles journées. Je sentais ^e j'aurais été heureux, que j'aurais été fier de prendre rang parmi ces braves, de marcher à la victoire sous des étendards qui en connaissaient tous les chemins!... Peu de jours s'écoulèrent; et ruinées sans retour dans nos respects par rinouïe succession des trahisons du chef de l'wnpire, ces bannières ne soulevaient plus dans lés cœurs espagnols qu'une haine implacable.
■ « Kulle part, peut-être, ce qu'il y avait de réelle gloire
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dans Bonaparte n'uvait jeté un plus vif éclat qu« parmi nous. Sa ranommée était allée grofisùstuit à travav cette Espagne îgnoraute et loiataioe, comme lee éclaU du toanerre grandissent en roulant de cime en cime. Le peuple espagnol ne sépare point de la force l'idée de la grandeur d'Âme. Le premier des capiiaiaes, le plus formidable des potentats fut pour nous un béroc. Si on eût dit queiquea années auparavant que sa perlidie égalait sa puissance, on eût paru insulter à la dignité de la nature humaine. La perfidie était venue, et quelque choea de la première impression durait encore.
< Uadrid voyait donc avec un sentiment confus, mélange bisarre d'espoir et d'inquiétude, l'ai^rodie de ces légions célèbres du vainqueur de l'Allemagne et de l'Italie. € Après
■ tout, ine disait don Domingo, quels sont les chefs de ces
< cohortes? les héros des guerres de la liberté ne vi^a draicnt j^ parmi nous pour nous apporter des fers ! Ce ( serait mentir à leur origine, condamner leur fortune, ( abjurer leur gloire. Quand Napoléon met à l'avant-garde « de vieux guerriers tels que Uoncey, Duhesme et tous les
< autres, qui protégèrent, il y a quinze ans, la république « Irançaise contre nos efforts, il veut nous indiquer à'^r I vance la route où sa politique doit marcher. Les mêmes
< hommes ne paraîtraient pas deux fois sur le même sol, « armés hier pour la réforme, aujourd'hui pour la tyrannie. « Par eux les Pyrénées s'aplanissent. Des Ûots de lumière
< vont inonder nos provinces; l'inquisition et un camp
< français ne peuvent Eubsister ensemble. Toutes les bar-
< rières que l'oppresùon religieuse et politique avait éta- « blies autour de nous pour nous tenir loin de l'Europe et « loin du siècle, se trouvent forcément détruites sans eont-
■ bat. La liberté de la presse, mère de toutes les libertés, va
< régner demain. La tangue de l'Espagnol , muet depuis • trois cents ans, sera déliée enOo, et son oreille surprue € «ntendra proclamer les principes de la régénération unir « verselle.» — «Mais,luidisai»^e,ene6lrilainsienFran(«!'
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« Je croyais Bonaparte despote cbez lui. Pourquoi ne le € serail-ii pas chez les autres? ■ — c La force des choses! > reprit l'ardent vieillard, c'est-à-dire une de ces réiionset dont on se paye soi-même quand la ï>rovidence a résolu de déjouer tous les calculs de la raison humaine. < Malgré € tout, ajouta-t'il, je ne puis m'empécber d'avoir conSanœ « dans les baïonnettes philosophiques du prince Hurat. •
< Les gardes du corps avaient d'autres visées : ■ L'em- <( pereur devra être bien content de nous! Quelle alliance • nous lui avons préparée! Quel neveu pour lui que Fer- I nand de Bourbon, roi des Espagnes et des Indes! ■ l.e peuple et le clergé seuls, ayant plus de passion, avaient aussi plus de lumières. Son grand chapeau vert sur la léle, don Fray Isidro ne cachait pas ses ombrages à l'égard de ces balaillons qui avaient défendu, contre le courroux de l'Europe, les innovations religieuses et politiques de la FVence, qui, à ce moment même, violaient Tinviolable indépendance des Étals du saint-siége; mais il espérait que l'occupation ne serait pas de longue durée, et que l'audace de l'étranger tomberait devant l'éclat majestueux du nouveau règne.
< Enfin, l'heure sonna qui coupait court à l'aïuîété pi:bliqne. Nos portes furent franchies. Il y eut un saisissement dans tous les cœurs. 1^ pompe des états-majors, l'éclat des uniformes, la précbion de la marche, la gloire attachée i ces enseignes qui avaient vaincu l'Europe et l'Asie, firent une impression profonde. Les corps d'élite, la garde impériale, ces cuirassiers à la forte armure qui étaient pour nous des colosses, faisaient passer dans les rangs d'involontaires frémissemeiils. Les mameluks furent une surprise universelle. Le turban n'avait pas paru parmi nous depuis quatre cents ans passés. Par quelle dispensatiou Bonaparte étailit allé le chercher au pied des Pyramides pour le montrer tout à coup au royaume catholique, daus ce jeu confus des destinées humaines que permettait la Providence? Les religieux expliquaient au peuple que Bonaparte s'était fait monilman en Ëgjqrte, et que, depuis ceAeinps, pour sa pu-