XIV INTRODUCTION
l'àitic «t du cœur. Sa nature s'est développée et agrandie comme son théâtre, qui est l'uniTers.
Voyez, en effet, comme, au sein même des ténèbres féodales, l'imagiuation se fraie de toutes parts des routes nouvelles. Les compositions sont extravagantes sans doute; mais ellœ attestent la présence du Dieu inconnu qu'Athènes ne sut pas découvrir sous le beau ciel de la Grèce. Avec nos tristes climats , une grande ignorance et des institution barbares, le culte des femmes, sous le nom de chevalerie, créa les paladins et les romaneiera.
Dans ces temps héroïques, appliquant & tout , môme k l'amour, ce besbin de sacrifices qu'on appelait l'honneur; plus tard, rêveur et philosophique chez les Allemands, mo raliste et passionné en Angleterre, le roman revêt partout )eB formes de la civilisatioii qui l'enfantA. I>arlout il manifeste la nature et le d^ré de l'influence qu'«tNt» le seie dont il relève.
C'est ainsi qa'Àmadis de Gaule,VAstré6, Clétie, quand se constituent ensemble la littérature et la société modernes, rassemblent en lui tous les traite de ce génie nouveau da monde, qui est k la fois héroïque, délicat, ingénieux, ardent aux choses de l'ftme et à celles de l'esprit, ami de l'idéal dans l'amour comme dans la gloire. Sous Louis XIV, quand lout.est haut et âer, quand les esprits ne connaissent pas de limites à leur essor, ambitieux et galant comme le grand roi, il s'attache à poursuivre jusqu'au milieu des nuages je ne sais quelle ombre quintesseiiciée de l'amour, en étudiant trop dans le cœur du courtisan le dévouement du chevaher. La main d'une femme, la main habile de H*** de La Fayette se charge de le ramener aux sentiments vrais, en lui t&issant ce charme des sentiments délicats, qui est la vraie richesse des modernes, car il rehausse sans les restreindre, il épure sans les refroidir, les bonheurs de tous le» temps. Avec le siècle suivant, le roman descendra de ces hauteurs. Il revient, sous la plume des Voisenon , des Didnvit, des Crébillon.des Dorât, des Louvet, au terre-à-terre de «oo
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bCTceau; il en étale la nudité. La société française a quelque chose de cettu société grecque, au déclin de laquelle il prit naissance. Elle a trouvé la corruption dans l'excès, comme l'antiquité, dans l'oubli des droits et de l'empire des femmes. A force de leur livrer le pouvoir, on en est arrivée l'abandonner aux moins dignes d'entre elles. Comipe an temps de leur esclavage, les Aspasies mardient la tète levée. Les bommes se sont abaissés et coirompus en s'eflaçant derrière ces puissances souveraines et avilies. Le roman se multiplie, se dégrade, prend toutes les formes, il prend même le masque antique {>ûur entretenir les imaginations de l'unique intérêt qui occupe à la fois l'homme privé, les grands et tout un peuple. Montesquieu trouve des loisirs à consacrer au Temple de Gnide ; le citoyen de Genève se charge de recueillir les soupirs de l'innocence qui succombe, et nous montre dans le repentir la vertu des temps dépra* Tés; enfin, l'homme dont l'esprit tient au grand siècle par ce qu'il a de classique, au nôtre par ce qu'il a de pq>ulaire, au sien parce qu'il ade corrompu, l'hommeen qui tout son siècle respire, Voltaire porte dans ses créations cette licence de mots et d'idées qui semble naître de l'alliance injurieuM du scandale el de la royauté, pour élever sa tète sur les ruines de toutes les croyances, el poursuivre de son rire insultant la morale fugitive. Elle ne trouve qu'un trop faible asiledans le roman pastoral de Gessner et de Florian. Mieux inspirée, l'œuvre pore et charmante de Pavl et Virginie, tout à coup apparue alors, semble la protestation de l'ordre social qui tombe contre les dérèglements et les folies où il va s'abimer.
Déjà, en effet, le règne de l'ironie est passé. Du sein de la dissolution universelle, la révolution est sortie sanglante, Croyable, telle qu'on la devait attendre de générations grandies à l'ombre d'un pouvoir absolu et licencieux. Durant longues années, notre oreille n'entend que le fracas des trônes écroulés, les clameurs de partis Iriomptianl comme les pailis triomphent, le bruit des chaînes, les
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chani^ tlii petipte applnudissant aux vicUtiri^ île vninqiioiiTS coupables. Bercée de bruits sinistres, notre Ame aura besoio dans les jours meilleurs de retrouver une grave harmonie au milieu même de ses plaisirs. Elle va la rechercher jusque dans Ossian, quand les deux plus grands écrivains de notre époque, l'auteur de (ktrinne et celui de René paraissent. Le retentissement de nos orages se fait sentir dang leurs compositions, et le public en jouit, comme le naufragé qui touche au port se comptait h écouter les derniers bruissements de )a tempête.
Pourquoi ne pas le dire? On la sent apaisée dans Hathilde, qui renoue la chaîne de la société ancienne à la nouvelle, en redemandant à la chevalerie pour nos temps rationalistes et démocratiques ses inspirations et ses exemples. M™ Cottin encore. H*" de Souza, l'auteur de Flatalie plus lard, emploieront le roman à rasseoir l'ordre social. Des jours viendront-ils où d'autres femmes s'en servent pour reporter la destruction dans les fondements?
Au milieu de longs bouleversements, la civilisation a fait un pas. Ce ne sont plus, comme chez les anciens, un sexe, une classe, quelques points du littoral de la Méditerranée, c'est le genre humain qui participe à ses travaux et à ses présents. Parmi nous, cette région des plaisirs délicats, cette région de l'esprit, du goût, des grâces brillantes qu'on nomme le monde, inconnue dans Alhëncs et dans Rome, limitée naguère aux grands seigneurs et aux traitants, s'ouvre pour des classes que l'égalilé des fortunes et des droits a subitement anoblies. Le roman s'est agrandi de tout œ qu'il y a de passions, d'idées et d'existences nouvelles. Les politiques se saisissent de cet instrument qui fait vibrer toutes les cordes de l'âme humaine. Les interprètes les plus éloquents des partis les plus opposés ne dédaignent pas de fréquentes excursions sur ses domaines. La même main qui traça la Monarchie selon la Charte a prêté sa plume au vœu fatal d'Atala; H. de Constant publie à la fois les aventures d'Adoli^ie et un cours de Monarchie conslitulionneUe ;
INIKODUCTION. XVII
M. Fiévée prélude aux dévelupponenls de son système inlermédiaire par la Dot de Susette. On peut prévoir qu'il y a là une veine nouvelle qui sera abondante; puisse-t-elle ne {las l'être jusqu'au débordement !
Encore flottante et sans autre couleur décidée que celle des sombres pensées, des natures ambitieuses et maladives qui constituent le genre incompris, cette branche de littérature attend, pour [H'endre ses vrais caractères, que l'ordre politique, en retrouvant des bases, fixe ses futures destinées, et qu'un homme de génie enseigne l'art de la plior aux nouveanx besoins des esprits. L«8 principes, les formes de la liberté constitutionnelle conservent, à travers tous les chocs, leurs conquêtes, l.a perversité éclatante est restée sous les décombres de l'ancienne monarcliie. Une courtisane sur les avenues du trône voilerait sa puissance; elle craindrait pour son crédit la. clarté du jour. Les femmes régnent au foyer domestique, et ne régnent que là. Elles ne tiennent point en main le sceptre de l'Ëtat, ni celui des lettres. Seulement, elles sont la portion la plus passionnée, ta plus spirituelle, la plus délicate de ce public dont les arrêts classent les productions de l'esprit et dont le goût les (ait évlore. La frivolité , celte autre corruption , jiée aussi des désœuvrements de l'ancien régime, a disparu, moins sous le poids de nos malheurs, que sous l'essfH' des intérêts nouveaux. Tandis que le sexe faible conserve toute sa valeur, le sexe fort a repris sa dignité. L'amour embeUil l'existence; 1» volupté ne la remplit pas. Notre cœur a des soins plus grands et plus chers que ceux de son bonheur même: car nous possédons une patrie; nous délibérons sur ses d^tinées, nous espérons, nous combattons, nous craignons pour elle. Le temps du roman dure encore; mais celui de l'histoire est venu.
Sir Walter Scott semble avoir eu la mission de mettre d'accord l'un et l'autre. Sachant instruire et plaire, l'illustre Écossais associe la vérité k l'invention, et, donnant enfin des modèles de ce roman historique, si souvent essayé avant
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lui, il nous apprend comment un genr«, jusque-là bftiard et dédaigné, au lieu de bouleverser le domaisede l'histoire, pourrait le fécondw et l'élai^ir. L'esprit trouve un obarme inexprimable dans ces peintures tellement vives, tellenieiit caractérisées, que nous reconnaigsoDs, sous la plume d<> l'auteur de Waverley ou d'Ivanhoe, une époque au seio de laquelle nous n'avons pas vécu , aussi facilement tpi'wa Français de nos jours reconnaît d'abord, sôos le burin, l'image de Henri IV ou de Louis IIV. Hume n'a plus qu'à compléter l'ouvrage, en nous mcmb^nt sur la scène les potentats, les ministres, les orateurs, les capitaines fameux. Familiarisés déjà avec leurs usages, l'esprit de leur siècle, leur siècle tout entier, quand nous lirons leurs actions, nous croirons assister aux grands drames qu'elles composent. Walter Scoll fait de nous les contemporains de nos aïeux. K j'osais tracer la poétique de ce genre aussi neuf que vaste, je dirais que l'écrivain dcÀt s'abstenir d'impliquer dans son intrigue mnanesque les personnages historiques. Il peut nous les signaler , nous introduire par exemple dans le palais des rois, les ofiVir ft nous, oomme les virent leurs sujets, à la distance où les tenaient les pmnpes du trône : mais s'il leur prête son langage, d'il leur donne des passions, s'il les associe aux sentiments secrets et aux intérêts privés de ses héros imaginaires, je m'égare sur ses pas; je ne sais plus retrouver la barrière au2 pieds de laquelle s'arrête l'invention, Richard traverse-l-i! devant nous une épaisse forétî Nous aimons les couleurs sous lesquelles nous le représente l'habile peintre ; nous lui tenons compte de la vigueur de son pinceau : si tel ne fut pas le terrible Cœur-de-Lion, tel ont dâ te voir beaucoup de sa contemporains. Mais quand je rencontre Louis XI hors de son palais, sans gardes, aux abords d'une rivière que tout le monde peut franchir; quand je le vois discourir avec un inconnu qui lève son bâton ferré sur Tristan, j'hésite : je me demande s'il est bien vrai que cet entretien se soit passé ainsi. Alors je me souviens que je parcours le livre
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(l'un romancier : la begiieUe qui m'avait transporté dans les anciens temps est tout à coap brisée; et, comme le prestige, mon phiisir s'évanouK.
Il est périlleux de tracer des règles : c'est (tonner aux censeurs le droit d'être sévères. Mats aussi c'est indiquer nettement la route où l'on voudrait marcher. Je voadraîs, si le public voit une fable dans mon Histoire espagnotê, qu'on fût contraint d'y reconnaître un mcmument élevé par les mains de la Fiction h la Vérité.
On peut se fier pleinement, j'ose le croire, h l'exactitnde de cette chose indéterminée et importante qui s'appelle la costume. Des usages, des locutions, des idées contraires k nos opinions ou à nos habitudes, se rencontreront dans le cours de l'ouvrage. Une sagacité bienveillante se rendra e(Mnpte que plus, un préjugé ou une pratique paraissent étranges, pins la narration est Hdèle. Il est bien peu d'incidents qui ne pussent élre justifiés par des exemples hîstori> qnes; il n'en est pas qui ne soient conrmmes aux notions que toat voyageur attentif recueillera en parcourant la patrie de mes héros.
Dans les grandes circonstances où nous 'sommes, le publie fera voile volontiers vers cette autre moitié du globe dont iine bulle fit présent aux successeurs de Pelage, Non content d'avoir réuni â Madrid des renseignements officiels et nombreux, pour constater la justesse des tableaux, j'ai In ce que nous avons d'écrits le plus estimés sur 1^ provinces transatlantiques. Il est superflu de dire que l'immense travail de H. de Humboldt m'a été d'un grand secours. Ce savant a complété l'œuvre de Christophe Colomb : grâce à lui, nous connaissons le Nouveau -Monde.
Dans la peinture des mœurs espagnoles, le culte de la vérité doit trouver des bornes. La Péninsule est probablement la contrée de l'Europe où les entretiens s'éloignent davantage de celte retenue qui , sans attester toujours le r^ne de la morale, annonce au moins dans les cœurs pins de respect pour ses lois, dans les esprïtii plus de délicatesse.
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dans les Itubiltides de la vie iiii goAl plus pur el des jouissances plus élevées. Il n'est pas jusqu'aux membres du clergé lui-même, du clei^é réj;uiier surtout, dont la conversation libre et crue n'étonne souvent une oreille accoutumée, je ne dirai pas seulement au langage du clergé français , mais à celui de nos salons ut de nos familles. Quoi qu'on ait dît à cet égard, l'abandon des discours, la nudité des images, où l'on a voulu voir quelquefois des indices de l'innocence réelle des mœurs, ne sont que les caractères d'une civilisation corrompue el blasée, si l'on peut parler ainsi, avant sa maturité. L'Espagne n'en a pas le triste privilège : la France sn était là encore, il y a cinquante ans. Le dix-huiiième siècle ne se distinguait pas par des habitudes pures ni naïTes.
L'exposition des événements politiques entrait nécessairement dans te cadre de l'ouvrage. Tout ce qui a )oué un r6le sur le théâtre mouvant des affaires de la Péninsule, pendant plus d'un quart de siècle, sera forcément nommé souvent, et aperçu quelquefois. Je dois avertir le lecteur, cette observation est importante, que les personnages historiques seront toujours désignés par le nom de famille, celui que connaît l'histoire. Les autres, selon l'usage général et invariable au delà des Pyrénées, ne le sraont jamais que par le prénom, et le prénom se reconnaît au titre de don qui le précède toujours, qui ne peut accompagner que lui. Par exception, le prince de la Paix, dont il est question sans cesse, sera quelquefois appelé don Manuel. En ce qui touche un homme si important et si fameux, il m'a paru que le récit devait se conformer aux procédés constants de la conversation espagnole.
Image sincère de la scène qu'il décrit, le livre de Don Alonsû a ce facile avantage que toutes les opinions s'y expriment elles-mêmes tour à tour, et, si l'on a souvent adouci les haines, on s'est gardé Tidèlement d'alfaiblir les arguments ou d'altérer les récits. On n*& pas craint de rapporter des anecdotes certaines, des mois caractéristiques de personnages qui ont influé sur le cours des allaires Imotaines.
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Attentif à ne pas mcUre dans leur baiicbe une parole qu'ils n'aient prononcée, j'ai cru rcBler dans la limite de mes pliis simples droits, si, par exemple, montrant un moment en action an soldat fiançais qui a brillé quelques jours sur un trône, ses discours sont litléralemeat conformes à des documents officiels qui émanent dé lui.
Je n'ai pas hésité non plus, sinon à peindre sans réserve, du moins à condamner sans détour l'épouse de Charles IV. Celte coupable reine est descendue dans le cercueil. Dix révolutions nous séparent du moment où elle tcwaba du trône. D'ordinaire on respecte, dans la mère qui n'est plus, le (ils qui vit encore. Hais c'est là un des malheurs du roi Ferdinand, que, loin d'être intéressé à défendre la mémoire de Marie-Louise, il a besoin que l'histoire soit sévère pour elle, aûn qu'elle le soit moins pour lui.
Ce prince occupe souvent la scène; son nom est dans toutes lesbouches;lui-mëme parait. J'ai pu apprécier, daus sa cour et dans son entretien , l'esaclitude de tout ce qui est dit ici de son extérieur , de sa politesse singulière. La malignité publique chercherait en vain d'autres détails sur sa personne et son caractère, Ferdinand Vil est roi. \JBS Espagnols de mon livre parlent de lui uniquement comme faisaient, dans la Péninsule, sous le régime constitutionnel lui-même, les hommes et les partis à qui il avait été le plus sévère. Il faut juger par là, non pas ce souverain Bur qui prononcera l'histoire , mais l'esprit , mais le caractère espagnol. Et il faut se réjouir, lorsqu'on estime les hommes, qu'il y ait un paya où l'on s'attache à respecter, malgré les plus légitimes ressentiments, quiconque a reçu de sa destinée l'honneur de marcher à ta tète de la patrie, à la tête des sociétés humaines.
Mon voyage de 1820, au delà des monts, occupera toujours mon souvenir. En vivant au milieu de la nation espagnole, j'ai appris à discerner dans son caractère, parmi les
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vice* d'aa État corrompu, dirai-je tous les défauts ou toutes les Tertns de la jeunesse, une noble exaltation, une confiance plus généreuse que prudente, de la grandeur d'âme au lieu d'habiteté, autant de facilité au pardon envers les ennemis vaincus que de persévérance impitoyable contre l'ennemi armé, une loyauté chevaleresque, enfin une fierté native et universelle, dont l'excès est réel et funeste, qui combat le progrès par l'oi^eil, les exemples étrangers par la vanité nationale, les services rendus pnr l'ingratitude, mais qui crée dans les ftmes, à tous les degrés de l'échelle sociale, un fond d'honneur et de dignité à l'aide duquel doivent nécessairement se refaire tôt ou tard les destinées d'un grand peuple. Ces présents du ciel ne seront pas perdus pour le bonheur et la gloire de l'Espagne,
Il m'en coûte de quitter la plume sans payer un tribut de reconnaissance aux Espagnols qui voulurent bien m' accueillir comme si, entre les deux nations, il n'y avait pas de Pyrénées. J'aurais à envoyer l'hommage d'une respectueuse gratitude jusque sur les marches du trône ; je devrais y associer plusieurs des ministres étrangers qui résidaient à la cour de Madrid. C'était le moment où une révolution, d'abord militaire, bientôt civile, venait de proclamer te gouvernement constitutionnel. Le besoin de voir et desavoir me conduisit seul dans la capitale de Charles-Quint et de Philippe II, pour y étudier ce phénomène qui me fut vile expliqué. Quoique la Péninsule semblât sortir d'un long sommeil, on ne voyait qu'en petit nombre ces réunions qui rendent si brillante et si douce l'existence des grandes métropoles, de Paris plus que d'aucune autre. Les membres du corps diplomatique composaient un cercle où je fus promptement admis, et où je rencontrais les dons les plus attachants du caractère et les plusélevésde l'esprit. J'y contractai des amitiés qui me suivront dans tout le cours de ma vie. La noble étrangère autour de qui s'assemblait ce cercle étroit y portait un charme inexprimable, celui de qualités brillantes et solides qu'oublie seule celle qui les possède. Oii,apprcad auprès de
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M" k marquise de Brignole combien la grftce peut inspirer de respect.
Je De saurais dire quelle satisfactioa des Français, «près tout un jour passé au milieu de cette silencieuse Espagne, ti froide de relations et d'aspect, en étant au fond si ardente, trouvaient à se rencontrer parmi les représ^itanU du reste de l'Europe, à parler des affaires du monde, i échanger les jouissances d'un commerce spirituel et amical. On pense bien que tous ces flis des contrées les plus diverses et les plus lointaines n'avaient, pour s'enlendre, qu'une langue commune : c'était la n6tre. La fortune a eu beau faire : nous régnons par notre civilisation, quand ce n'est pas par nos victoires. Il me souvient qu'un jour, dans uo salon espagnol où j'avais obtenu que, malgré ma présence, on parlilt castillan , l'ambassadeur d'Angleterre fut annoncé : tout le monde reprit le français pour faire honneur au frère de lord Wellington, à l'excellent et loyal lord Cowley. De tels hommages réparent bien des injures.
Pourrais-je attacher le nom de l'Espagne au livre que je publie sans consacrer le souvenir de bontés qui m'ont rendu le séjour de ce pays aussi agréable qu'utile? Je fus assez heureux pour trouver dans notre ambassadeur un de ces hommes qui conservent au milieu des affaires publiques une inépuisable bienveillance de c<eur et d'esprit. Frappé récemment dans la plus chère affection et le plus cher orgueil de sa vie, il s'intéressa aux travaux et aux entretiens curieux d'un jeune homme, comme un autre les aurait redoutés. Sa grande existence, sa conversation toute h'ançaise, cet heureux mélange de l'élégance de l'ancien lomps et d'une Instruction solide, une exquise délicatesse de manières, les souvenirs même de sa maison, chers» durant des siècles, à la gloire nationale, me faisaient retrouver une France auprès de lui. En même temps, sa sollicitude infmie m'aidait à mieux connaître l'Espagne, en se plaisant à me réunir avec tous les membres du gouvernement, des certes, de l'armée, des aca4émies, des professions libérales, que
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j'jivais intérël à reHcontrer. J'admirais, daos ma patriotique fierté, sans imaginer que je dusse un jour renouveler l'expérience en mon propre nom, comme ceux qui lui étaient le plus étrangeré, le plus inconnus, se faisaient honneur de répondre aux appels de l'ambassadeur de France. Chei celuiqui représentait alors près les Bourbons d'Espagne les Bourbons de France, cette haute situation était rehaussée par le plus noble caractère, le plus aimable esprit el le pins grand nom. Je pourrais ne pas nommer H. le duc de Hontmorency-LavaL
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