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L'ESPAGNE

SÉJOUR AUX FRONTIÈRES D'ESPAGNE EN fSSW

■ tAEN BT SAVAmiB.

Von omnei trbufU ^nnaL, tmmnft^iK iifritB' fil nsimni BT^TU, rjliB lint ronai^lc digns. TiJui.,*(H.Jr.

T>B^ dM Pjrinéci dut la bun NiTarre. — Tillige eipi^ol d'Urdu. Sctoe d'hAldlerie. — Béai. Alcalda. DoBa Urraqne. Paquita. Le muletier âDianio. Pire procurateur de L'ordre dei doniniciiDi. L'homme dei plirei. — Bfcltidt Il rtiolntioii du 9 mar<,dllede l'île de L&iD, — Arriiée d'ua réginSDi. Génlnl don Bartidomê, OtSeiers. Rftabliueneot de U pierre conttitaitiaiiaelle. — Compte d'auberge- Soldats qui mendleul, — Hetour ea France. Village d'AînboA, Hteun et usages dea Baaqoea. ^^ Service dlvla- Encore l'homme des galères. — Fêt« do lOir. — Chant d' Antonio. — Hanuiciit eaililkn.

J'allais visiter le peuple par qui l'Europe a repoussé la loi des califes, conquis le nouveau monde, et, depuis, brisé lejot^ de la plus grande domiDation des temps modernes.

J'étais arrivé au pied de l'imposante muraille qui sépare la France et l'Espagne, le Béam et la Navarre. La beauté des sites me retint quelques jours, au delà de Bayoniie et de Saint-Jean-dc-Luz, dans ces cantons montueux et charmants du pays des Basquesi où les Pyrénées, voisines de I. *

2 LIVRE PRBHIER.

l'Océan, n'dtit pltis la baittOHr coldssaki Rï les aspects sévères qui leur doanenl un si grand caractère de majesté dans la région du Mont-Perdu. La chaîne immense et superbe ne se couvre plus d'un manteau de neiges étemelles. Ce ne sont point Ad nttfhHhéàlrH de pics sourcilleux , des glaciers sans bornes, des abîmes sans fond. La nature se montre partout accessible et bientaisante. Il n'est pas de scène qui ne respire un air de richesse et de vie. Des vergers, des cultures, de gras pàturagAs embellissent les vallées ; le penchant des niontagnes 3ei*e\êt de rhododendrons, de sycomores, d'arbres à fruits; la cime même est presque partout couronnée de bois, vastes guirlandes qui, déployant leurs festons de sopamets an sommets , prêtant un cadre magnifique à un magnifique tableau. La métairie est suspendue, aussi bien qtw la hutte dn patteur, à ces monts fortunés; et des champs de tomates, de concombres, de lûaii s'y succèdent, non moins fertiles que dans les vallons arrosés pai* l'Ustaritz et l'Adour. A peine quelques pointes aiguës, où les nuages semblent pouvoir seuls atteindre, ignoreiit-elfes le travail de l'homme et sa sueur féconde. Hais celles-là même n'attristait point les yeux ; l«ur fr(»it n'a rien d'«ustère. Le thym odorant et 1« bruyère y attachent leur pantre. ÊptirSj comme une décorfition tirante, des troupeaux animent Cé3 solitildes; la chèvre y bofidit, et , suspendu aux croupes allières, peut-être même détaché du sol qu'il foule par les vapeurs errantes le long des hauts lieux, le bœuf, immobile au-dessus de la scène immense, a l'air encore d'être le dieu de la vieille Egypte.

On dirait an parc sans limites. Seo)6, la haie de nttlrïers aauvagei rappelle çà et U que tout n'eet pas eii eotatnnn sur une to-re qui a plus de fruits qtf« les bomiflej n'ont de besoins. Rien n'arrête 11 vue , pas même tes erfttes qui arrêtent ta marobe del itaèêi^ To» regards s'enfoncertl •ans fin dans les vallées (fai vont s'agrandiesant toujotira devant vous. Chaque pa» vous conduit à Une découverte. Tanidt c'est un hameau dont les élégantet ehaumijires s'éttt-

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SËJOUR AUX PRONtlËKES D*ESt>AGNE &N 1830. 3

lentpérilleusemehtsiirlahïchc noire qui, dépuis mille ans, semble prête à les entraîner diins Une chule Jirochaitto. Tantdtc'estla docile rcltgieusedobt]6ssohspénétt^nls viennent charmer et ennoblir votre rêVerle; et vous découvre!, sons l'abri d'iln châtaignier, une chélive (église où vit, encore brillante et pure, la foi du diristîanisme naissant. Quelquefois le bi^il des màrteauk, prolongé d'éclio en écho, vous avertit que l'industrie a pénétré dans ces liéUx agrestes. Ici, l'écorce {HDfonde, canal sans faste et sans art, vous montre le premier aqueduc inventé par les hommes ; vous entendez *a-ier la roue, devenue, grâce au torrent captif, la richesse au canton. Là, mille ruisseaux se croisent, s'entre-choqiient, lotment un lac d'écume, et vont, en grondant, réjouir le hieunier du voisinage ou les troupeaux de la vallée.

Plus loin, passé auprès de Vous en chantant la fille du Basque, aux grands yeux Hoirs, à la taille l^èrc. Les pieds nus, la tête chargée d'un fardeau que soulâreraient mal les manœuvres de nos villes , elle fuit Comme la flèche à travers les sentiers escarpés, et tricote, dans sa course, le gilet de dix couleurs dont elle parera son vieux pfe^.

Ailleurs, c'est un homme assis au haut de balles énormes sous lesquelles disparaît ta mule qui les porte, parée de festons, de franges et de pompons Sans nombre. CoilK d'ordinaire de l'immense chapeau rabattu, du vrai sombrero espagnol, quelquefois les cheveux renfermés dans la rédeïiHe flottante du royaume de Valence, ou serrés dans le foulard aux riches couleurs que surmonte le petit chapeau à bords relevésde lacoquette Andalousie, toUjoursenvdoppé du manteau national, de la lai^e cape brune, il fume isuperbemenl le cigare de la Havane. L'énergie et la noblesse de ses traits TOUS ont frappé; son œil est pensif^ à voir aa main appuyée aUr l'escopette toujours charge, vous croiriez un guerrier qui médite des combats; à voir la guitare pendante au ftanc de sa monture , vous crcùriez un poëte qui rêve à ses chants : c'est un muletier, le 6er arriéra. 11 voyage à la tête de vingt mules pesamment chargées, dont ta der-

4 LIVIIE PREMIER.

nièrc* par le brait monotone d'un gros bourdcm , lui garantit la marche fidèle de toutes les autres. La France en est à ce degré de civilisation où le génie de l'homme multiplie les moyens de communication, où le commerce abandonne les routes pour les canaux. Encore ceux-ci bientôt paraîtront- ils trop lents peut-être ! '. L'Espagne n'est pas arrivée à l'utile charrette : pour s'élever jusque-là, elle attend qu'un gouvernement tutélaire lui donne des grands chemins.

Plus menaçant que le muletier, le contrabandiste des provinces Bascongades le suit de près. Un fusil brille dans ses mains pour protéger sa funeste industrie, à peu près la seule que possède la plus belle contrée de la terre. Les laines de l' Aragon et des CaslilleS, qu'il porte h nos villes, repasseront bientôt avec lui la frontière, 'converties en ridies étoffes dans les ateliers français.

I.es mœurs des habitants du pays se maintiennent, de siècle en siècle, pures du contact des étrangers, aussi biai que leur langue, qui semble vieille autant que les Pyrénées. Les Basques ont un respect religieux pour les traditions, non moins que pour les coutumes de leurs pères. Le paladin que chanta l'Arioste est populaire parmi eux, comme dans toute la chaîne des Pyrénées. Partout où vous voyez deux masses de rochers qu'un lai^e ravin sépare, c'est Roland qui, surpris et indigné de trouver un obstacle sur sa route, a su, d'un j coup de sa terrible épée, s'y frayer passage. Les rochers 1 épars à travers la vallée, c'est lui qui, dans sa fureur, les a | lancés du haut de la montagne. Cette plaine fut témoin de] ses victoires. CeUe autre mène aux gorges qui virent loior ber l'illustre preux, et vous n'apercevez guère de chapelles gothiques où ne repose le plus formidable pourfendeur d'infidèles dont les romans de nos pères aient éternisé la mémoire.

* Quand ce livre était iait, li grande InveDlion moderne n'esI^Uit pat encore. L'Espagne aniiera aux chemint de fer esne avoir eo di routes.

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S&JOUR Alix FRDHTIËEUES d'BSPACNB EN 1830. 5

L'fige d'or devrait s'être perpétué dans ces poétiques, dans ces belles contrées ; et des haines de village à village font sentinelle sur la limite des deux empires t Les Basques d'Espagne et ceux de France vivent étrangers, ou pour mieux dire ennemis. Ces discordes agrandissent l'étroit torrent au bord duquel s'arrêtent la monarchie de Louis XIV et celle do Charles-Quint. Combien les passions des hommes paraissent petites et coupables, parmi des scènes o£i la Providence a «npreint de toutes parts son calme étemel dans la splendeur de ses ouvrages !

Pendant que vous agitez ces pensées, un jiont à moitié détruit se présente. Votre cheval passeliardiment sur l'arciie ébranlée, plus hardiment que vous pent^tre. Pourtant, si votre coeur se serre, s'il bat plus fort, ce n'est point la crainte qui l'agite. Vous avez franchi le périlleux passage, et c'est toujours avec inquiétude que vous promenez vos r^ards autour de vous! Vous vous arrêtez pour voir, une fois encore, une petite croix de pierre que le temps a couverte de mousse et de lichen, seule chose qui soit restée solide sur le pont en mines. Pourquoi cette émotion à la vue d'une chétive croix de pierre? c'est que là est la limite du royaume catholique et du royaume très-clirétien. Le modeste monument vous avertit que le sol où vous marchez n'est plus celui de la patrie.

Vous vous êtes troublé d'abord, comme s'il n'y avait pas assez d'air pour vous sous le ciel de l'étranger, ou comme à de grandes dislances vous séparaient déjà de la terre natale. Rassurez- vous ! gravissez, avec moi, parce chemin que des noyers ombragent, le pic qui se détache au-dessus des autres dans l'azur des cieux. De là, nous dominerons d'un côté les montagnes muettes de la Navarre; de l'autre, les champs, les ports, les cités de France, l'immense forêt de pins de ce pays des Landes qui semble une autre mer à côté de la mer véritable , et , jusque sous nos pieds , au déclin des Pyrénées , nous verrons dormir paisible, le long de nos rivages, la nappe étincelante de l'Atlantique.

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