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6, UVRË PREMI^II,
J'errai longtemps dans cette partie des monts de Ziigfiramundi. A l'oceident et au midi se déployaient des vapeurs qui semblaient d'autres montagnes assises sur la plaine humide. Le nord était écltitant et puri Mfn cceur attendri savait gré aux liori^ons dç ma patrie de rester sai)G nuages. I^ ciel, la terre et l'Océan ((valent rovètu leurs habits de fête. Sus)»endu avec majesté au milieu de cette grande scène , le soleil semblait être là pour jouir, comme un monarque superbe , des merveilles de son empire ; je songeai qu'il était là, comme un serviteur docile, pour eiqbiillir ma demeure. Seul cayiable de comprendre la ct^lioii, d'en étudier les trésors, d'en célébrer la magnificeuce, d'en bénir l'auteur, c'est l'homme qui est le roi du inonde.
Les rayons brillants qui tombaient d'aplomb sur niia tète m'iivcrtirent de regagner la route. Je me décidai à faire halle dans un petit village qui se montrait au-dessus de moi, encaissé dans une gorge profonde; c'est la première bourgade navairaise que le vojageur rencontre, lorsqu'au lieu d'entrer en Espagne par Irun et le Guipuscoa , il se dirige de Bayonne sur Pampelune, en traversant les bourgs français d'Ustaritz et d'.\nihoa.
Urdax n'a pas cinquante feiu ; un couvent qui le domine décore lo paysage et anime la contrée. Non loin de l'église, prèi du cimetière où des générations d'hommes simples et paisibles dorment au doux murmure de l'Ugarana, une posade ' est tenue par l'alcaldo du lieu. Sur la façade noire de siècles, je remarquai un large écusson de pierre, placé là de tout temps, ainsi qu'on en voit sur la plupart des mair sons espagnoles, pour annoncer, par l'étalage d' armoiries sculptées d'une façon barbare, l'iinportapce, et, comme on dit, V^idalgie des propriétaires do cet Uutnhle pianoir,
< Auberge 4$ rm% intériei^t.
C3.l:.-:ij,CiOOtjl>J
BËJOtR AUX FRONTltRH D'fip^GNE EN 1830. 7
Adois^ à un pilier du grossier hangar qui swl dignemoit ds portique, un jeune villageois d'enviroo quinie ans semblait regarder av«c gravité pa»ser les heur». Je vouloa lui donner mon «^«val & tenir. 11 demeura immobile, et jf pourrpii» croire encore qu'il ne m'avait pas entendu , si unç e<[H'e68ioP de surprise et de polèrfi ne s'était aussilàl réflé. oh(«, de Bon visage, dans les regards d'une foule d'enfauta dont mon sir éM'aiiger m'avait valu le cortège, Je ue trouvai rien de mi^gx que d'attacher raoirmdme ma monture à uq poteau du vestibule rustique, et un escalier, tremblant sous mes pas, me conduisit h un corridor sur lequel s'ouvraiont
deux chambres wiircÏM par 1» nialpropretè, la fumée et la
tumps. Dans l'unç, dçs éUox de fer suppârtaienl de* plan" obet; da chaos qui servaient dfl lit» tiu% voyageurs ou ai) ipénage. L'autre avait poitr tout mobilier des tables vermoulue». J'entrai. Un )iomme, avec un grand chapeau sur ta tdte, était assis, les jambes croisées, et savourait attentivemmft les parfums de sou cigare. A la dignité de son main^ tien, k son œil, tout à la fois fjie et indifTéi^nt, qui semblait m'inl^roger avec une autorité magistrale et suppléer la réponse aveq toute la superbe espagnole) je le reconnus pour le maître du logis, et lut demandai ce qu'il aurait à me faire servir. ■ Ce que vous apporte;;, m me répondit-il froideqient ; et il qontinua de distribuer avea industrie tout à l'en^tour i^ longs flots de fum^i sans pr^ra garde à ma personne. J'insistai pour savoir s'il n'y ^vait pas au moins du pain et (lu vin dans la maison, -^ « Sans contredit! le pain f du plus pnr froment et le vin rouge de Tudéla abon- < dent che^ moir* J'espérai que l'ceuf , qui chei nous ne manque jamais au village, pourrait compléter mon modeale repas. « Cherohe? dans le pays, • répliqua le seigneur don Gérunjmo; et il rentra dans son imperturbable silence.
Le jeune Navarrais à l'air impwtant m'avait suivi et s'était arrêté sur la portq de la salle; malgré ses grands yeux atl%:hés vxe WU on diU dît qu'il dormait dehout. Je
me hasardai à réclamer encore une fois ses bons offices; aussitôt, une femme parut, munie de je ne sais quel ustensile de ménage. < Vierge Hariel > s'écria-t-elle avec un inconcevable flux de paroles, * de quel pays de mécréants f venez-vous pour ne pas savoir que le seigneur don Fran-
< CISCO de Paula , mon fils , n'est pas fait pour votre ser- « vice, mais pour celui de Dieu ? Il va-prendre l'faabit des
< dominicains , cet ordre vénéré qui a fourni, comme cha-
< cun sait, soixante-dix-huit cardinaux, une nuée d'inquic sîteurs de ta foi, plus de mille évèques, et des papes « innombrables comme les sables de la mer. Peut-^tre un
< jour Dieu nous fera-t-il la grâce de donner aux Espagnes c un saint de notre sang et de notre nom. Parce que nous « sommes à la lèle d'une posade, nous prendriez-vous par
< hasard pour des posaderos? Ce que nous en faisons est
< pour plaire au roi notre seigneur, c'est-à-dire au roi tout
< court d'après les nouveautés, puisqu'on prétend que nous
■ sommes simplement ses iujels et non plus ses vassaux.
■ Toujours est-il que le seigneur don Carlos, preiqier du « nom , empereur de l'univers en même temps que roi «d'Aragonet deCastille, aordCHiné,il^ a quatre cents ans « peut-être , qu'Urdax eût une hôtellerie. Si les ancêtres
• du seigneur don Géronimo, mon époux devant Dieu,
< et, de par le roi, alcalde, de père en fils, jusque dans la « nuit des siècles, fui'ent seuls en état de donner cette sa- « tisfaction à leur souverain, ce n'est point là, j'espère, une « raison d'imaginer que mes fils dérogent! Dieu soit loué,
• ils n'auront rien à s'envier l'un à l'autre. I.'alné, le sei-
< gncur don Juan de Dios , étudie à l'Université de Pam- « i>elune pour faire honneur à ce majorât. Voilà l'autre en ( possession du titre de béat dans toute la contrée ! U
■ saura faire respecter son rang, môme dans ce temps ( maudit où les pervers foulent aux pieds la religion et la
< noblesse. On reconnaît dans tous les deux les dignes desf cendants de l'un des colonels qui , dans la grande ba- « taille gagnée ici près, à Roncevaux, conlxibuèrent le plus
SÂIOCn AUX PRDKTIËItES d'ESPAGNB EN 1830. 9
t à rejeter au delà des monU le puissant empereur... Cliai^ ( lemagne. s Le lorrent s'arrëla; cette autre Comélîe, si fière de ses iils, n'était vêtue que d'un corset de laine et d'un jupon de bure qui laissait à découvert, jusqu'au genou , ses jambes el ses pieds nus , flétris de temps immémorial par la poussière et le soleil. Son mari l'appelait longuement la seUora doâa Urraca.
Ce fut à lui que je pris le parti de m' adresser encore, avec tout le respect dû à un si noble personnage. Alors il appela , touj.our6 immobile, Francisca ! et Francisca ne vint point. J'attendais; il se décida, après un long intervalle, à appeler encore, et Francisca parut, accompagnée d'un religieux dont elle baisait vivement la main. Tandis que don Géronimo se levait àmoitiépourrecevoÎT le saint personnage, Francisca me regardait avec curiosité. Cette jeune fille, au jupon court, à la magnifique chevelure balancée en deux tresses égales le long de sa taille, m'étonna par le feu de son regard. La fraîcheur de dii-buit ans colorait d'un vif incarnat sa peau brunie par l'ardeur du Midi , et sa démarche légère aurait annoncé une fille de l'Andalousie . plutât que de la Navarre.
Le religieyx venait de prendre place sur un banc à c6lé de l'alcalde. Son prE«iier mouvement fut de retrousser les laides mandies de l'habit blanc et noi{ de Sainl^Dominique. Je remarquai qu'elles étaient ornées de plusieurs rangs de ces galons d'or qui distinguent les grades supérieurs de l'armée espagnole. Ensuite, il rabattit son vaste capuchon , montra une tète belle encore sous l'étroite couronne de cheveux qui ceignait son front rasé, et alluma son cigare au réchaud commun.
Francisca, ou, comme l'appelait le dominicain, Paquita, nom de tendresse, qui, la plupart du temps, remplace celui-là dans toute la Péninsule, s'était hâtée de lui servir une bouteille de vinblanc. — «Vis mille années! > dit-il, en portant aux joues de la jeune fille une main qu'elle n'écarta doucement que pour y altacl^er de nouveau ses lèvres avec respect. I. *.
10 LIVI|B PK^HIBR.
J'osai me reauninandeF it la belle Esp^[iiole. Elle m'é* coula, en raillant des yeux et du sourire mon accent français. Dame Un-aque parut, teul aussi indignée que la preii^iëre fois : ■ Vous ne savez pas, me dit^lle , à qui voua
< avez affaire? cette satarita n'est pas moins noble que le
< Heigpeur don Francisco de Paula, qui s'appellera bientôt <c fra; ' Francisco, s'il plall à la sainte Mère do Dieul Elle 1 est fille de mon frère, maréchal de camp des armées du
< roi ; et, quoique le seigneur général se soit enrôlé, avec a toule l'armée que les saints maudirent Idani; les ennemis t de Dieu et de la royauté, il n'en a pas moins rang de seti « §%eurie, ajoutez qu'il est natif du canton de Darroca, ( dont les habitants sont tous égaux entre eux, et par con- « séquent tous hi^algat ^ autant que prinee du monde.
< Faites donc vos affaires voua-méme , au lieu de donner « des ordres & une personne qui n'^ dans les veines que du c sang de vieux Ëspagl>DlB, de vieux nobles, et j'espère,
< ajouta-t-elle avecuu soupir, de vieux chrétiens!... »
Le bruit d'une chaudière renversée mît tin k la harangue de dadie Urrsque. Paquita me lit signe qu'elle allait ^«ndre soin de moi , el partit sur-le-champ. Je restai en présence du religieux et de l'alcâlde. Ils s'entretenaient ensemble à voix basse , ou plutôt , dans ce monologue à deux parties , le dominicain fournissait les paroles, et son interlocuteur se contentait de marquer la fin des phrases par une excla<matiqn douloureuse, qu'accoinpagnait pieius«anenl un mou- \ement presque uiécapique de ses yeus vers le ciel. Le père procurateur, ainsi que l'appelait l'alcâlde, s'exprimait iivec une grande véhémence. Quelques éclats de sa voix tonnante m'apprirent qu'il exhortait don GéFonimo à prendre les armes de concert avec lui.
* Fray, frère, tllrequi remplace le don pouf les rellgleui, etnes'apr pUque aussi qu'au prénom. LcBchevalierg désordres mitllàires reçoivent le tllre de trey qui ne dllKre que par l'orthographe.
* Hidalgo, noble. Ce mot vient, soit de hijo de algo (BU de quelque cliose), Miil plus prubablement de A^ 4el Coda (ÛU da Golli),
- . Coo^k'
SÉJOUR AUX FRONTItRBS D'ESPAGNE EN 1830. 11
Un eaiillon eeurd et uniforme annonçait l'approche d'ima recka de mulelier ; je m'étais mis à la fenâtre pour respirer un ail' mains enfumé. Je vie le convoi %' arrêter sur la porte. L'ari riéro sautft du siég« élevé qu'il occupait flëremant sur »a mute préférée, auiai Ugei que l'Arabe quand il s'élance du haut de son dromadaire. Paquita le regut dans ses bras; puis elle s'enfuit, monta les degrés en courant, et, pleine d'un trouble qu'elle essayait de cacher, elle vint partager avec sa lanle leE soins du ménage.'
Le nouveau venu parut aussitôt : il aalua gaiement, jeta sur une table sou vaste manteau, laissant voir le costume andaloux dans Unile sa raoberehe. Des frangea de toutes les couleurs galiwnaieiit sur toutes les eouturea sa veste en* tr'QUverle et aa culotte courte. )1 joignait à ces ornements une plus noble parure : deux déûor^tioDs brillaient sur sa poitrine, sorte de récompenses nationales dont l'Espagne abonde. Tout le monde en est chargé, et tout le monde las porte avec oi^eil, L'Andalous semblait se grandir pour faire honneur à son double trophée de la guerre de l'Indépendance, 11 faut dire que, dans cette classe, les deux médailles guerrières aDnonc>ùent des servieea peu communs.
L'eacopette ' armait se main* Il eut soin de la placer délicatement sur son manteau, oommes'ileraignaitde la blesser. 1 £»eopette , ma mie, âiaait-îl en foisant ses apprêts , flùie 1 niignonne, la temps n'est plus où, presque tous les jours, f tu mettais en danse le roi Pépé '. ^^ Je ne sais ai je me N trompe, dit alors le domintoain ) mais je crois que les in<i « &biimeatsdec6gsnre reprendront lùenûtileursymphonie. K -^ Sans eoniredit ! a ajouta l'aloalde, et il continua de fu-' < mer. Le muletier s'élail retourné, avait jeté un regard de côté sur le religieux, et porté ses provisions à la cuisine. Il réu»lit à presser la main de Francisoa, sans être aperçu de doîïa Uirqqne, mais non sans recevoir au passage une de ses
* Petit mm dajQsepl).
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12 LIVRE PREHIBR.
apostrophes sur l'audace de ceux qui, ne pouvant démontrer la pureté de leur sang, osent jeter les yeux sur les nobles demoiEelles. Après un moment, il revint. A sa vue, un étranger, que j'avais à peine remarqué daiis le coin obscur où il était assis, s'émul visiblement. 11 s'agita. Il suivit constamment des yeux l'Andaloux , et prêta l'oreille avec une attention inquiète, lorsque celni-ci, s'élablissant à l'autre extrémité de la salle, en face du révérend père et de l'alcalde, reprit la conversation oii il l'avait laissée uii quart d'heure auparavant.
« Très-révérend père, dit-il, vous êtes donc de ceux qui ( pensent que tout ceci finira mal ? — Ami, je ne sais pas
• bien ce que la Providence destine à notre malheureuse Es- « pagne; mais je sais que quand un peuple violente son roi, « cette révolte est toujours suivie d'un châtiment effroyable. « — Sans contredit ! b ajouta l'alcalde ; et les mouvements de l'étranger annoncèrent une anxiété croissante. Il releva à moitié la tête, que ses mains avaient jusque>là soutenue et cachée.
Cependant, te muletier agitait tranquillement un biscuit de sucre, la blanche ou toseasuearilla, dànsua verre d'eau fraîche. < Mon révérend père, répondil-il enfin, vohs tireu « votre poudre aux nuées. Qui songerait h faire violence au < seigneur don Femand ? Les méchants savent bien comment ( nous l'avons défendu une première fois. Hoi, par exemple, « j'ai renversé sur la poussière des millions de soldats de
• l'intrus, avec l'assistance de Notre-Dame immaculée. ... —
• Immaculée ! » murmura le dominicain. Le muletier continua : ( Lorsque le roi notre seigneur courra un danger, il ■ n'a qu'à le dire à son peuple! nous saurons encore faire « notre devoir. »
tl se tut. Paquita lui présentait, non sans rdugir, un plat où nageaient, perdus dans lo terrible piment, des poiscliiches qu'il avait apportés. Elle lui renouvela sa cruche d'eau, et prit séance à côté du dominicain, en face de son amant. Dame Urraque vint s'établir entre eux, vig-^-vis du
SÉJOUR AUX KROHTIËRES d'eSPAGNE EN 1830. . 13
religieux qu'elle contemplait tnec béatitude, en murmurant, d'un air aoariûtre et dévot, des paroles saintes sur un chapelet de verre. Toute â son occupation pieuse, elle ne s'en Jaissait détourner que lorsque la voix du personnage sacré s'élevait tout à coup. Elle l'écoutait alors avec recueillement, et croyait n'avoir pas cessé de prier Dieu. (Homme!
* avait-il repris avec plus de calme, si vous aimiez don Fer-
■ nand, notre seigneur, que Dieu garde! il fallait le dé-
* fendre lorsque, au 9 mars dernier, la révolte embrasait ( le nord et te midi ; que les soldats étaient insurgés à l'Ile
* de Léon ; qu'à Madrid l'armée se taisait et laissait les philoc sophesparlerdeconstitutioneldeliberté; queBallesteros, « ce digne interprète d'une foule menaçante... — Nous « n'avions rien à y voir, interrompit le muletier; tout le
< monde était d'accord, sans en excepter le roi , que Dieu c garde! puisqu'il a promis sur les saints Évangiles d'ob-
< server le système. — Ne vois-tu pas, repartit le moine, « que le serment, dont les révolutionnaires se prévalent, « fut arraché par la force? — Mon révérend père, si je le ( croyais!... Mais je sais, par mon expérience sous l'intrus,
■ qu'on ne peut pas être contraint de jurer ; car on peut
■ toujours mourir. >
H y eut ici un long silence. Paquita sortit : je ne fus pas surpris de voir l'Andaloux se lever pour aller à son bagage. Don Géronimo regardait le disciple de saint Dominique d'un aiF d'affliction et de s^^acité. (Seigneur alcalde, lui n dit enfin le religieux au désespoir, voilà pourtant où la B corruption des maximes françaises nous a conduits! Que « vous dirai-je? i) n'est pas jusqu'à l'Église de Jésus-Christ a qui ne soit infectée des doctrines de l'enfer. Le clei^é se- H culier est digne du siècle en effet ; le curé de cette paroisse « a osé parler d'une épltre d'apostasie, d'une adresse de tt félicitation à Sa Majesté tes futures cortès souveraines! >
L'inconnu, qui avait écoulé silencieusement jusqu'alors, se leva brusquement : i Des corlès! une constitution ! Que « se passe-t-il donc?» s'écria-t-il,eii cédant au trouble dont
14 LIVRE PEtBMmB.
il était agita... L'alcalde s*ébran)a, pour porter un regard du calé da l'hôte qui l'interrogeait. > Seignour fiasque, diuil sn u £(percevant dans rorol>re le costome béarnaja, iBchei qtie
a la nation s'est mise en rébellion contre le roi, notre
« Elle m'a forcé de prendrai te titre hiirétique d'alcalda ooniu titulionnel; au lieu d'être chofdu canton par droit héi-édîn « taire, il faudra, à ce qu'on prétend, que je sois élu par le « peuple. Ce n'est pas tout, j'aurai à rendre def> comptes... u -^ Haie enfin , interrompit vivement l'étranger, qu^le u constitution r^it ai^ourd'hui la monarchie !f Qui l'a faite, a qui l'a donnée? — Ce sont des républicains, répondit le « moine ei) se ratourvanl pour la premiers fois, c'^uki . n dire des ennemis de Dieu et du roi qui l'ont conçue ; des K soldats et des marchands révoltés l'oqt dernièrement im- H posée au monarqqe notre seigneur : on l'amielle la contt stitution de Cadix. > A ces oiqts, l'étrange pressa son front de ses muins; il jeta une pièce de monnaie sur la table et disparut. Les deut Espagnols se r^ardêrent. < Je me « trompe fort , dit le père procurateur , ou ce Basque n'a u pas vu souvent dans son enfance les neige^ des fyfé-. a nées. — Sans contredit! ajouta l'alcalde. f
L'Andaloui était rentré, a Je ne me serais àoa^ pas « trompé! s'écria-t-il plein de joie; j'ai cru le reconnaître • au passage, malgré son costume et six longues années! H Mais ses traits sont altérés; ses cheveux déjà bl«n- « cbis...Il m'avait semblé qu'une fausse ressemblanoe m'a* « b usai t. »
Paquita ne doutait point que l'étranger ne fût un monta-: gnard du pays de France. Elle l'avait remarqué plus d'une fois, de l'autre côté du pont d'Oholdi&un. âa tète était afi faihlie sans doute, ou une grande douleur tourmentait son àme : il errait seul toujours; quelquefois il' se mettait à genoux sur les Ixirds de l'AIsagueri, aux lieux où ce (orr^t sépare les deux empires; quelquefois même, elle l'ayait vu franchir l'étroite barrière, s'arrêter sur le bord espiignoli y incliner sa tête, puis, presser la tçnrç de se» lèyrest
SÉJOUR AUX FIlONTtfjRES D'ESPAI^NE EN 1830. 15
et s'en retourner à travers les ravins. Il ne serait pas impossible que ce fûl un malheureux échappé au ch&timent de quelque grand crime ; car un jour elle s'était tout à coup trouvée auprès de lui, là-haut, du càté d'Ochaî, parmi des rochers ^rides sur lesquels il prenait du re[K)s, et elle le vît contempler avec un sombre regard ses mains marqué<!S d'empreintes récentes. Pourtant, son air annonçait beaucoup de noblesse , peut-être beaucoup de repentir, et elle avait souvent implor^ pour ses fautes ou pour ses malhpurs la miséricorde du ciel.
Ici, le muletier se leva précipitamment, u Je ne puis
■ douter plus longtemps, dit-il, et je cours après lui. ■ — H Gardez-vqus-en bien! > s'écria, d'une voii tonnante, le religieux qui semblait transporté de colère. « Ne savez-vous R pas qqel est cet hoipme? Un pervers souillé des plus a grands attentats. — Mon très-révérefld père, je préféreu rais un pervers comme lui à mille serviteurs de Dieu Cl comme nous en connaissons, De ce pas, je cours à sa « poursuit^, heureux si je iCai pas déjà perdu ses traces!
■ -^De par tous les maints! homme, je te défends de passer « outre. Demeure! pu je t'excommunie. »
L'Andaloux semblait pénétré d'ind^nation ; la fureur brillait dans ses ïeus; mais le crucifix étendu devant lui le tenait immobile. " Puisse, dit-il, au jour du dernier juge- « ment, Dieu le fils ne pas vous demander compte de la vio- B lence que vous me faites ! » !1 revint à sa place avec un soupir et finit son repas. On fil silence jusqu'au moment où il reprit sa cape, son chapeau, son arme, et partit, en disant d'un ton briisque : « Que vos grâces restent avec Dieu ! » Tous les assistants ripostèrent à la fois : € Votre grâce aille avec Dieu l » Ces mots ne sortirent qu'avec elfort de la bouche à'e Paquila. Elle tremblait en les prononçant; les regards sévères du religieux, de don Qéroiiinio, de donu Vrraque, qi)'elle rencontra en même temps fixés sur elle, la. coQlraigaireol à baisser les yeux. Elle uo put jouir do l'adieu muet que lui envoyait le triste muletier.
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En ce moment, un homme vêtu de noir enb^ dans la salle; il avait la démarche grave et l'air hnportant. Il portait le manteau bleu ' . Une de ses mains en sortit pour adresser & l'alcalde ce mouvement précipité des doigts, le saint ordinaire de la Péninsule. Toute la famille hii répondit en l'appelant le seigneur Exeribano, c'esirà-dire le seigneur tabellion, l'homme d'affaires de ta communauté. Il s'approcha du procurateur et lui présenta de^ papiers dont tout le cercle parut se réjouir. Ou eût dit une liste d'enrôlements. < J'es- « père bien, s'écria doua Urraqne en regardant le ciel, que « mesdeus fils grossiront le nomhrcdes héros. ..d^élnsde « la reine des anges. — Il faut qne les défenseurs de la foi se (I hâlent, repartit le tabellion en comptant ses paroles; car a je dois vous annoncer une mauvaise nouvelle. Des troupes « arrivent; elles ont votre frère à leur lëte, dona Urraque. > Paquita s'était placée d'un air insouciant à la fenêtre, sans doute pour voir plus longtemps l'Andalouï. Aux derniers mots, elle se retourna vivement. La joie éclatait dans ses yeux. Son sein agitait avec violence le corsage de satin noir qui le tenait captif : l'espérance semblait y avoir pris la place de la tristesse. Dofia Urraque gourmanda ce coutentement, qu'elle déclarait roturier, sarrasin, janséniste; et elle-même se mit à montrer un bonheur sans mesure, à la vue d'un petit jeune homme noir, le fils de son cœur, dîtelle, qui parut tout à coup et se jeta dans ses bras. Il portait en avant la longue corne d'un immense chapeau retroussé sous lequel il était tout entier enseveli. Les embrassementa maternels souffraient de cet obstacle : mais don Géronîmo
' L'Eapagne est tout enUèn dlvigée en deux claues : le» manteaax bleuB et les manteaux bruDS, CeDX-ci rorment le penple. Il« «ont et aurtoat ils étaient alors presque unlversellemeDl conlralTei aux iiéet lUiU'
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SÉJOUR AVX FROfrrnËHES D'ESPAGNE EN 1830. 17
aurait renoncé à l'écusson de pierre qui ennoblissait sa posâde, pluUVt que don Juan de Dioa au terrible couvrechêf qui attestait ses études savantes : «J'ai appris ï s'én cria-t-il, que le père de Paquita venait visiter ce dis- « trict de l'antique Vasconïe, et j'accoarsî — Fortbien, a répliqua le tabellion, d'un air d'int«lligence. Vous sc- « rez un digne champion de la bonne cause. — Sans H contredit ! murmura l'alcalde , répondant pour son (Ils. a — Vous êtes gradué, reprit l'homme d'affaires; vous en ( savez trop pour ne pas penser sur la liberté et l'égalité... H — Ce qu'en pensèrent, interrompit l'étudiant avec une • volubilité prodigieuse, Arislote, Ëpictète, Aristophane, ( Lycurgue, l'auteur de l'Évangile, celui de l'Esprit des « Lois, Caton, Fénelon, Cicéron, Fabius, Hortcnsius, Hel- « vétius, Grotius , Métellus, Térence, Terpandre, Charon- « das, tout ce qu'il y a de grands hommes, passés, présents H et à venir ! >
Les assistants, d'après tant d'autorités, se réjouirent d'avoir recruté un aussi rude jouteur. L'alcalde et doiiaUrraque, tombés dans les bras l'un de l'autre, confondaient leurs larm^; ils ne pouvai^it s'enorgueillir assez d'avoir donné le jour, comme ils le disaient, à un théologien de cette Torce. Don G^Y)nimo surtout regrettait que le devoir de perpétuer une race illustrée par ieg souvenirs de Roncevaux, ne lui permit pas de vouer aux prélatures un fds formé par le ciel pour être au moins prédicateur du roi, archevêque de Tolède, ou professeur à Salamanque. L'étudiant reprit : « Jesuis « venu , 6 Paquita, contempler, dans la personne de ton père, K un des héros qui, au milieu de mille hasards, ont pris la H défense de notre auguste constitution de 1812, de ce code « sacré devant lequel le genre humain prosterne un front ( jaloux!...» A ces mots, un même cri sortit de toutes les bouches; doSa Urraque et son mari, se disputant leur chapelet, craignaient qu'un squI rosaire ne pût les préserver des foudres vengeurs. Je ne sais comment cette scène se serait terminée si le bruit des trompettes ne s'était fait ent^dre.
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18 UVKÏ PRMQR-
Paquita se précipilti à la fêDèUe. Elle annonce l'arrivée d'un escadrofi, un général à sa tète, et atvt aana rien écouta. En même tempe , le tambour du village eisaya de répondre aux fanfares ; quelquei habitanle , qui étaient accourus , écoutaient, troublés el muets, les cria de vive la Cotutit tution ! vive le roi ctmftitutionttel / que faisaient retentir lus soldais. Indignés, le. pare procurateur et l'homme d'affaires se moiitrèranl aux croisées. A leur ftepeel, les viN lageois reculèrent loin de la troupe. Déjà les femmes, dont l'opposition ne s'était manifestée que par un morne aîlenee, reprenaient courage, quand le curé parut; il alla au général, lui serra les mains. Us finirent par tomber dans les bras l'ui) de l'autre. Les paroissiens rassurés se rapprochèrent par degrés de leur pasbsur; ils ne craignirent plus de prêter l'oreille aux disQOurs retentissant^ du seigneur étudiant, du fils de leur alcalde; tous étaient fiers de posséder un tel gavant dans leur hameau; quelques-uns, convaincus qu'il ne pouvait errer plus qu'un iriédeoiii maui-e, répétèrent peu à peu SOS acclamations. Le ruban jaune et rouge Qotta sur liiUrs chapeaux. Les noms du Code sacré et du bierniimé i'ernuntî sortirent bienlét de presque toutes les Ixjucbes; le religieux et l'homme d'afEaires se reconnurent vaincus; ils abandonnèrent le champ de bataille, et s'enfuirent par une porte qui s'ouvrait du cété des montagnes.
Cependant, Paquita, ivre de plaisir el de lendreeae, avail rejoint son père. Le général baise son front, presse les longues tresses de ses cheveux noirs qui flottaient jusqu'à t^re, et dit d'un accent ému ; n fu as 1^ beauté qu'avait ta mère, s> « taille,sa chevelure!. ..vLncemoment, il relèvela téte,découvre que ce large écusson en pierre de taille, qui est particulier à l'Espagne et s'appelle la pierre de la Constitution, ne brille pas sur la maison commune, et, se dégageant brusi quement d'une douco étreinte, il réprimande d'un ton bref et dur la lenteur des habitants à rétablir le signe de la ri* génération publique. Les villageois s'excusent sur ce qu'ils n'avaiept pfis osé manquer ainsi h ralcalde» aa v
SÉJOUR AUX FR0)iT(ËRE6 D'KWAGNE EN 1830. 19
voisin et au tabellion. Du reste, tous ne hâtent de réunie les pièces de la table coustUntipnnclle renversée ^uii' les soldats en 1814. L^ plupart aies débrifi avaient c\é con»ervé6 secrèt€ment au presbytère en h&jne du clei^ régulier qu'aninie un autre esprit; le Fest« se retrouve chez des paysans ennemis de l'alcalde, el c'e$t sur la façade du vieux manoir da don Géfonîmo, à côté de ses aro)(>irie^i que s'élève, au milieu des applaudisieuieiil^ enthousiastes de l'escadron et des. acclamations plus lenlas de la foule, parmi les malédictions étoulfées de dame Urraque, la pierre où aonl tracés cn,^ltrQs d'or ees mots : Consiitution de la monarchie espagnole, sanctionnée le 19 mars de l'an 1812!
i^j^^al arttra chez i;a sœur, accompagné de son étalmajor. Les officiers qui le composaient portaient attaché à la cocarde rptige le rub^n vert des soldats de l'île de Léon, où se Usent les mots : Çonstitucion o mverle. Ils étaient presque tpns fort jeunes, et annonçaient par legrs manières une naissance plus relevé^ que leur chef. C'était un liomme d'un abord farouche ; grand et robuste, 11 avait, avec son écliar[>e qui traînait jusqu'à terre, une sorte de dignité sauvage; nn regard menaçant perçait à travers les longs cils dont sa paupière était armée; son sourcil épais cacliait ia inoitié de ses yeux; sa grande moustache, ses dievcux en désordre, plusieurs çicalrices profondes couvraient io reste de son visage. Dn reconnaissait, au premier aspect, un parvenu de la guerre de l'Indépendance. Il reçut fort durement les attentions obséqi4teuae3 de l'alcalde et les compliments sonores de l'étudiant, ii Mûius de phrases et d'incli- I nations, dit-il en s'asseyant sur le banc qui régnait le Itmg (1 de la muraille ; ma seigneurie, puisque ce mot vous plait, n n'a besoin que d'une chose i c'est d'obéissance aux lois n que don Fernand a jurées. Vous it'ëtes pas plus grands a seigneurs que lui : imitez-le, et que ce hameau puisse « voua bénir comnie l'Espagne entière bénit son prince ■ magnanime, v L'alcalde e@ baissa jusqu'à terre pour rér pondre : « Sans contredit! » Mais on sentait que ce mot
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20 LITRE raEIIIBH.
lui aoûtait à dire, et doSa Urraque, agitant son rosaire, observait avec indignation l'air soumis de don Géronimo.
* Sœur, lui dit le général, tu ne me regardes pas avec « des yeux de chrétienne; tu as encore sur le ccBur... — H Tout ce que je veux y garder! — Soit! mais, si voas « vous souvenez de la manière dont je ch&tie quand il le « faut, épargnez-moi l'obligation de vous boiter Ions comme
* ta fille aînée, et, par les saints anges ! je le ferais l — Frère, « pas un mot déplus! ou moi aussi je te tuerai comme uu
• mécréant. Du temps de ma malheureuse enfant, au moins, « tu servais ton roi; aujoui-d'hui, tu le trabis pour les nou- « veautés!»
La manière dont ces mots furent prononcés , H îarièjàa geste et du regard, les souvenirs trop précis qui étaient invoqués, me firent bvmblcr. J'avais tort : le mot matar (Iva) est le plus commun de la langue espagnole. On l'entend partout d'un bout de la Péninsule k l'aulre. 1^ mère l'emploie pour morigéner son enfant. Le général refH'it avec plus de mansuétude : • Sœur, tu ne parles pas comme une Ara» « gonaise ; tu devrais savoir que les certes ne sont pas chose
< nouvelle. Les Ëtats de la couronne d'Aragon étaient libres ff de tout temps, elle seraient encore, sans les Camarillas ', « que Dieu et ses saints maudissent! Sœur, je ne plaisante « pas.... Le roi a juré le système, et certes il était temps.
< La nation et lui faisaient assez mauvais ménage. Les voîU ■ réconciliés ! Trois millions de fois malheur à qui tenterait c de rompre iMir accord 1 11 n'y a pas de frère, sœur ou « neveu qui tint; je ferais tout fusiller sans merci. Notre- H Dame del Pilar elle-même perdrait sa peine à vouloir vous « tirer de mes mains. »
Un otHcier se pencha vers son oreille, pour lui rappeler
> CamArilla (petite chambre). Ce mut comprend tout tu qui est »AmisâvnlT habituellement le monarque, quelquerols danideseondiUMU trèB-dlvetws. La Camarllli lui compose un cercle Intime. LA , qoetqueTiris, te décide le Knt de l'emplte.
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SÉJOOR AUX FRONTIÈRES d'BSPACHB EN 1S30, Si
qu'un termes d'un article de la CoDstilution, l'autorilé mililaire ne pouvait pas Taire fusiller ou pendre les citoyens sans forme de procès, u Bon! reprit-il, vos articles ne peuc vent pas r^arder les maudits de Dieu qui enfreignent « le Code sacré. Us se mettent en dehors; tant pis pour < eus ! Au jour du jugement dernier, ils réclameront, s'ils
Paquita s'occupait à servir le chocolat à son père, quand une musique discordante et des cris de joie, partisdu dehors, avertirent qu'un groupedevillageois, plus nvdiKeis que les autres peu trétre, ou plus intimidés par les dragons, prétendaient donner une sérénade au général. L'étudiant, les ofliciers, l'alcalde mémet à son corps défendant, le supplièrent de satisfaire l'impatience du peuple, qui voulait contempler une fois encore le héros de Y indépendance nationale et de la liberté àvile. Il Démonio, répondit-il, ces gens-là sont foiis 1 quand ' ils m'auront vu, les voilà bien avancés. » Comme les cris redoublaient, il ajouta : « Tiens, Paquita! représente è ma t place : ta Qgure leur fera plus de plaisir que ta mienne.u Puis : II Elle est belle comme sa mère, » se dit-it à lui-m^ne, et, cette fois , une larme coula sur ce visage qu'on aurait cru insensible.
Enfin, les sollicitations devinrent si pressantes que, pour s'en délivrer, il se leva, en disant : u Ils me prennent donc « pour une statue de saint Christophe ! S'imaginenl-ils que f ma vue préserve de la mort subite? » A ce mot, le terrible chef parut à la fenêtre, une main dans son écharpe, le cigare à la bouche, l'œil attaché avec un imperturbable sang-froid sur la foule en partie silencieuse, en partie le saluant de ses bénédictions et lui jetant des fleurs.
Il y avait près de deus heures que j'étais daus la posade; Paquita , occupée d'intérêts plus chers , avait oublié de me servir. Je me disposai à venir chercher sur le sol de France une meilleure fortune. U me fallut régler mes comptes. Dona Urraque me demanda fort peu de chose pour l'avoine et la paille hachée ; je m'étonnais de sa modération, quand
elle réclartid cinq i-éatix' poi(f la ptàéé Oc'CUpée (iahs \*écUrië. Mon cheval était demeuré Stir la vb\k piibltque, et il tii'ëAt été diffldlé de l'établir ailleurs; cctlê remarque malencontreuse in*àiUfa tih déluge d'imprécations furib6ndes« qui se termina par là demande de je tie saiâ combien de féaux de plus pour le btiiit,;?ar(ïti/fMj(ld/ Je pensai qu'il me fallait payer le bruit que j'avais entendu ; elle me répttttdit, Indigiiéë, qu'il s'agissait de celui que j'atais feH. 4 On Toit bien, poursuivit-elle , que vous n'avez jamais t Voyagé AAfii les États àë Sa Majesté catholiqtie. Voiis • béniriez toti'e bonne étoile de Vous avoii" conduit chez « des gens comme nous : partout ailleurs, cet article vous f èflt coûté un million de fois davantage, ii
Je donnai les réauji. Le seignenr don Francisco de Paula, [lortant pour la première Tois ta main k son chapeau, et qntttant le seuil de la porte contre laquelle il était resté tout le temps Immobile, dérogea de sa dignité future jusqu'à réclamer, d'abord atec d'humbles paroles, ensuite ifun ton très-élevé, la bonne-main du garçon. Sa mère, révolta de ffià sm^irise, reprit alissilôt le cours de Ses injures. Dans l'espoir d'ameiitef la multitude, eliê avait soin de m'appeler maudit Français! Hais le temps était passé où l'Espagne entière se soulevait à ce nom. L'orgueil, un orgueil outre mesure, est l'unique sentiment qu'éveille dans les ftmes te souvenir de la guerre de l'Indépendance; ou, si parfois la haine s'y mêle encore, c'est pour se perler toute brâtante sur le seul anteur de l'attentat de Ëayonne. Nos soldats né sont pas compris dans l'anathème. Sous la cliaiimière, on parle d'eux avec admiration e( avec bienveillance, comme dans tes salons on cite, on invoque sans cesse nos écrivains, nos hommes d'Ëtat, nos pubiicistes. Un jour, des ruines s'offrirent sur ma route; je demandai qui tes avait faites. « Ce sont les l''rançais, me répondit un paysan; mais « que Toulez-Toug? ils étaient nos ennemis! — Et celles-IS,
' L* ré»! laut TWst-Jix centime».
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SËIOUR AUX FMMtlGREB D'tf^AGNE EN 1630. 33
i ^i» loinf -^ Ce sont les Anglaie, » Wpril-ll avec «n règnrd mtiote plus dxpressif que les tnalMl^tlôns, quftrtd il ajouta : n CéUtcittnosiiillésl >
Je pris mon chflvdl. Quttlqttdi dragons M détachèrent d^ la fbiil6« qui oontlnbfeit à saltier de stè vtvain le général immobile; HBTini^nt fflA téttif l'éti^r. Un brigadier me proposa de me donner une escorte pour traverser les rk^tapes, infestées, me dit'-iK dé banditfl et d'ours blattes. Lee ornementa de letirs eaMjues étaitml brisés; leurs vStementa tombaient en lambeaME. La diversité des étoffe^, des coulsurs, des formesi ajcmlail ft leur délabrement. Quel^ queMina portaient t'habit de nos soldats, ramaxsé, il j a dix am^ sur le champ de bataille. Ces nialheureux défenseurs d'un grand petiple, qnaiid Ils Virent que Je n'acceptais pas leurs iffoposttions de m'accompagner, se décidèrent à me dire qu'ils s'avaient pas tollché leur paye depuis vingt mois. Ils me dfflnaUdaient de venir an letours de leur indigence : < La Constitution, continuaient-ils, allait acquKtër « les dettes de la patrie ; mais elle n'avait pas eu le temps ' « encore, et la Vierge sainte itie rendrait ce que j'aurais fait u pour eux l > Une sorte de pudeur fit rougir mon front de vieux soldat, tandis que je donnais l'aumône h ces humbles Bélisaires; je partis, en plaignant la liberté espagnole des triâtes héritages que te poovotr absolu lui avait légués. Le général fautait toujonrs officiellement h la fenêtre. Don Juan de Dios lui persuada qu'il ne pouvait Se dispenser de haranguer les villageois. I) étendit la main ; un grand BlleDce régna aat 1» |itace. Je Ds volte-face, et tis, auprès du farouche orateur, le petit bachelier qui s'élevait sur la pmnte du pied pour dicter la harangue et montrer son importance à tous lés yettx. II souflla atissi haut que les hoinaies ehargés de eét emploi dans les théâtres espagnols : « La CotistitutiOn de ta nionarchle. . . > Et te général répéta ce mot exaotement. € Est, poursuivit l'étudiant, te saphir « des institotMos lit>éraiéB et ('étoile polaire de l'univers ci- « viliBé...»Le{iàrsdciFraneiEeaav8itcommencé de redire
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cette phrase. 11 s'arrête, repousse le soufneur, et se contente de crier : c Mes amis, le bieD-aimé don Fernatid et la t CoDstitutioa!... la Constitution et le bîen-aimé don Pernand...^ Les soldats enthousiasmés répondirent par le cri de ralliement des troupes de l'Ile de Léon : t Être libres ou mourir... Vive le roi ! » La foule se tut , ou cria : t Vive ■ le roi ! >
*Je repris la route du passage â'Oholdtsun. A ma droite, une longue procession de religieux blancs et noirs descencendait du monastère qui d^re la colline. Ils venaient tenter le pouvoir de leur présence pour arrêter le triomi^e du syitème. Je rencontrai, avant de loucher la frontière, le muletier andaloux, assis sur une éminence, au milieu de ses mules qui paissaient en liberté. Tourné vers Urdax, il semblait ne pouvoir se résoudre à quitter le séjour de Paquita. La guitare était oisive dans ses mains. Son cœur trouvait, dans cette vue lointaine, des aliments à sa rêverie. Il n'en trouvait pas À ses chants.
Ce fut à la faveur d'une température délicieuse, jarmi de riantes cascades, des forges, des moulins sans nombre, que je rentrai sur la terre de Francei J'arrivai bientôt à un vaste bassin qu'enveloppent les plus hautes cimes de cette portion des Pyrénées. Là se rencontre le premier village du pays des Basques : au milieu d'un long carrefour, dont une petite esplanade occupe le centre, règne une hôtellerie; j'y fixai mon gîte.
Une maison bien tenue, une chambre arrangée avec recherche et presque avec goât, un bon dîner, de la ftoprelé dans tous les détails de l'ameublement et du service, seraient, parlons pays, choses précieuses dans un hameau* Le voyageur les remarque surtout quand il vient de s'assemr au foyer du paysan espagnol; les soins empressés el les
onncs grâces de ma vieille hdtesee achevèrent de me rendre
SÉJOUR AUX FRONTIÈRES D'ESPACNE EN 1630. Sti
lieureux et lier du parallèle. Je recommsade & ceiix de mes lecteurs qui parcourront les Pyrénées, la boone tnadamo Hiriart d'Aïnhoa.
AInhoa est composé de deux cents maisons. Toutes ressemblent aux chalets de ta Suisse, lin balcon régne réguli^^ment sur la façade. C'est là que les vieillards cherchent une distraction durant la longueur des jours; le ménage ne manque pas d'y accourir, si, par grand hasard, d'autres étrangers que les muletiers espagnols viennent à traverser le pays. Aux heures de repas, les mille habitants siègent sur leurs portes, et l'on dirait d'autant mieux la communauté de Lacédémone, que la grande rue, la seule de la boui^ade, possède aussi son gymnase. C'est une large arène pour la paume. Les Basques excellent à ce jeu, qui demande autant de vigueu^ que d'agilité. Au momeitt de mon arrivée, ils charmaient par cet exercice les loisirs du dimanche, et tandis qu'ils recevaient la balle de plomb sur un gant de fer, les filles étaient toutes réunis^ pour d'autres amusements sur l'esplanade située devant l'hétellerie.
La cloche religieuse fit entendre son appel. Les jeux cessèrent. Tout Aïnhoa courut à l'orEice du soir. Seuls, quelques anciens du canton, appesantis par les ans, demeuraient au logis dont ils ne devaient plus sortir qu'une fois. A les voir agenouillés sur leur balcon, pour prradre leur part de la prière commune, on eût dit qu'ils bénissaient les générations qui passaient devant eux.
L'église est spacieuse. Des masses de dorure recommandent le choeur à la vénération du pays, et la voùteest chargée de peintures à fresque, qui représtmtent mille fois la Vierge avec l'enfant Jésus dans ses bras.
Le vénérable ecclésiastique qui distribuait la parole sainte était un de ces philosophes selon l'Évangile, dont la foi est ferme et la charité douce; médiateurs sacrés entre les offenses des hommes et le pardon du ciel, entre les misères de la vie et ses espérances divines.
Aïnhoa doit au chef de la paroisse la concorde qui unit I. 2
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96 LIVRE IhlBMiER.
iGiis BC8 hatiilanis. Nos orages politiques se sont arrêtés anx pteds de leurs monlagiiBs. Us ont vu la guerre et ses ravages : ils ignorent les dissensions civiles. Seulement, les vieillards ne se consolent pas de voir le costume national s' alléfer et se perdre. Ils prévoient de grands malheurs parce qne lé coutil ou le drap moderne remplacent le velours du vieUi temps; encore n'est-ce là qu'une des révolutions qui les affligent. La jeunesse, selon l'usage, rit de leurs alarmes, et ils ne persistent que plus invariablement pour leur comptedans les Routumes antiques. On les reconnaît t la sandale jaune que des cordons bleus attachent sur leUrs pieds t»lllés par le soleil, et à leurs jarretières ouvertes et flottantes qui laissent vnlr la jambe nue jusqu'au-^leGsUs du genou. Lé nombre des Basques fidèles diminue chaque jour. Le seul signe national sera bientôt celle lesleetmate coiffuredu berrel qu'Henri IV a porté, espèce de bonnet plat qui se pose sur le côté de la tête et donne l'air martial à tout« cette race, l'une des plus nobles, des plus hardies et des plus belles qu'il y ail dans l'univers.
Là, les offÎGes chrétiens sont plus imposants qite patmi les pompes de nos villes ; il y a quelque chose de plus religieux dans la distribution aussi bien que dans TalUtude des assistants. Les hommes sont séparés des femmes comme chez les sectateurs de l'ancienne loi; ils occupent une balustrade de bois de chêne qui règne en deux étages tout autour de la nef et lui sert d'ornement. Les femmes restent dans le bas de l'église; quelques-unes doivent au privilège des années, irès-respcclé de l'heureux canton, la chaise qui les soutient : les autres demeurent k genoux ; et, comme si la distance neles protégeait pas assez contre lcsrcgards,contre les pensées que la maison de Dieu réprouve, toutes, au son de la cloche, ont caché leur tète soUs une longue pièce de drap noir qui descend jusqu'à terre. C'est le plaid de l'Ecosse dans nos montagnes du Hidi.
J'allais retrouver la plupart de ces usages dans la Péninsule. Les femmes y occupent également une enceinte
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SÉJOUR AUX FRONTlUlEK D'^^A^KE EN 18S0. 37
réserva; Iw église* t«8 pluB mttgniflquea n'ont pas de »éges poar ei\e$, et la mantille noire flotte au sommet de leurs tèl««. Mais la leanliUe, loin de les dérober k l'attea^ lion de la îotile , semble bien plutôt les signater à toui les yeux par les perpétuels cban^meota à vue de celte mobile déeorfttloQ. Fat^uées par la longueur dea cérémoniea sacrées, ces jeunes filles, ces illustres dames qui succombent, finissent par s'asseoir négligemment sur le pavé du temple; elles se tom-mentent à trouver une posture commode, promènent de tous côtés leurs regards de feu , et l'ét^uelle oscillation de ces têtes nues, que les hconmes dominent et ccml^oident des neb latérales, accuse trop la distraction commune et sert à l'enlretenir. J'ai cornivis qu'avec »es monastères lnac»nbra))les, ses prébendes, son afint ofQce, ses pratiques sans nombre, l'Espagne ait donné lieuquelquefiiisauxobservateurfi superficiels de croire que le roi catholique régaait sur le pays le moins religieux de la terre.
Je fus distrait des réflexions que m'inspirait la modeste majesté de l'église d'Ainhoa, par l'aspect d'un homme qui iwrtait dans sa contenance et dans son regard je ne sais quoi d'eilraordinaire. 11 n'était pas avec les autres hommes. Debout sous l'un des deux escaliers de la balustrade qui leur £st réservée , une main appuyée au bénitier de pierre , ses grands yeux noirs reposaient sur une fenome, plus jeune de quelques années, qui était agenouillée devant lui, dans l'altitude d'iine profonde méditation, F:ile se tenait seule dans son voisinage. Il y avait autour d'eux un cercle de solitude, quoique les rangs des fidèles, étroitement pressés partout ailleurs, s'étendissent jusqu'au milieu du cimetière. Les villageoises, qui se trouvaient le plus près de l'inconnu, Bemblaienl distraites des mystères saints par une secrète inquiétude. Cescptimentne lui échappait i>as, et, son visage,
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28 UVRB PREMIER,
d'une beauté sévère , s'animait d'un de ces sourires où se peignent un peu d'ironie et beaucoup de tristesse. C'était un homme jeune encore, de trente-deux ou trente-quatre ans ik peine; mais au milieu de sa noire chevelure une touffe de chevetix blanchis brillait sur son front, comme ces llatnmes que les peintres font jaillir de la léte des personnages sacrés. L'énergie, la fierté, l'habitude des fortes pensées se lisaient dans ses traits calmes et graves; son œil seul révélait une tme ardente. La pose de sa tête , ses regards qui ne tombaient que de haut, son attitude droite et impérieuse, tout en lui, jusqu'à une sorte de sourire amer empreint sur sa bouche et près d'en altérer la gr&ce, annonçait les mouvements de dédain dont ne peuvent toujours se défendre, dans l'abaissement, les hommes qui ont traversé une haute fortune, et fait une triste expérience des inju^i tices humaines. Vêtu comme les Basques, on devinait sans peine qu'il n'était pas né parmi eux; sa ceinture rouge avait sur le càté gauche un nœud qui lui donnait plus d'élégance ; son col était rajiattu avec plus de goût ; ses cheveux, courts par devant , flottaient en plus longues boucles sur ses épaules : cet usage du Béarn date peut-être des vieux fils de la Germanie. Avec son berrct, on l'eût pris pour un des rois chevelus.
C'était l'étranger dont la présence avait si diversement ému le dominicain et l'Andaloux dans l'auberge d'Urdax. Les vêpres achevées, il présenta l'eau bénite, avec une gr&ce naturelle, à la jeune femme que 'j'avais remarquée devant lui. La foute s'ouvrit pour lui livrer passage; les mères le montraient à leurs fils, et les enfants, murmurant des mots injurieux, s'attachaient à ses pas avec la curiosité cruelle de leur âge. Il marchait au milieu de ce cortège, comme si l'attention publique n'avait rien de nouveau pour lui. Son air assuré irritait les villageois. Ils étaient près de donner un libre cours à leur vertueuse colère, ■ quand ils virent la jeune femme dont il tenait le bras se presser contre lui avec émotion. Elle les désarma. Un
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SÉJOUR AUX PltONTIËnEa D'ESPAGNE EN 1S30. 29
plaid de laine noire, qui flcdtait sur sa figure, enveloppait sa grande taille. Je n'aperçus qu'un pied remarquable par sob ël^ance, une démarclTe plus remarquable encore par sa distinction, et une simple robe des étoffes bigarrées du pays.
Je demandai quels étaient ces étrangers, t Des gens exé- ■ crables, me répondit-on ; l'hommedu moins! c'est lefugitîf € des galères : nous ne lui connaissons pas d'autre nom. > Il était venu, depuis quelque temps, s'établir dans le canton, et vivait loin de tout commerce avec le voisinage. On ignorait son rang et sa patrie; ses mains Irafairent le secret de son malheur : on les vit chargées d'indignes empreintes. Cette découverte avait déjà révolté les âmes , quand on se rappela qn'un grand d'Espagne, égaré dans cette partie des Pyrénées peu de temps auparavant, était descendu des sommets de l'Atzulaï, pénétré d'horreur : il venait d'y rencontrer un Espagnol qui avait tué son père. On n'avait point douté qu'il ne parlât de l'inconnu. Cette pensée faisait frémir tout le village. Le législateur de ce peuple simple et religieux aurait pu, comme celui d'Athènes, ne pas écrire dans ses lois le parricide.
Vainement quelques habitants assuraient-ils que, lors du passage du grand d'Espagne, l'hôte de PAtziiliû n'avait pas encore paru dans le canton. On savait qu'il avait habité le séjour des coupables; le reste importait peu. L'aspect d'un bomme sur qui ont passé les châtiments publics inspire le même efTroi que les apparitions: dont se nourrit la crédulité populaire. Ce sont là de ces superstitions de la conscience contre lesquelles heureusement la raison ne donne pas des armes. Grand motif pour tes pouvoii^ équitables et généreux de nepasatteindredes mêmes peinesledissentimentetle crime;onpeat3ecroirecontraiatde frapper des adversaires; les traiter en coupables passe notre droit et notre puissance.
Le soir était venu : les jeux recommencèrent. Les filles, velues de leurs plus beaux atours, dansaient au son du tam-
3â LIVHB PHUUBH,
iKHirin. Tout le villqge rassemblé aulour d'elle» s'aasooiaU àieiirs plaisirs, et des mqleliers, des eonlr^taBdibre esp»^ gnoU, enveloppée du maateau fidèle , se diaUsguaiaDt au milieu du eercle par leur attitude grave eounne leur ooalume. Des fenêtres de nion hâtellefie, j'avais le spectAole de la fêle. La lune l'éclairait, voilée à moitié pn les nusges, comme si elle voulait prèUir son Ûamtteau k d« ohiutea amusements, et faire une part au mystère.
Bientôt la danse languit; dans le mojqdeoii nous sonunes, tout s'éteint et meurt, mëaie les innocentes ioiee, et \» village n'eist pas eiampt de lu loi commane. Un muletier prit sa guitare. Son nunteau, gelé sur l'épaule aveo grâce et pressé gous le coude, développait ses longs pUs jusqu'à terre, en laissant lilu-e ainû la main qui tirait do l'ipstrument de vibrants accords. Son pied était appuyé au pai'apet, aaa regard élevé vers les- nuages, tour à tour brillants et sombres, sur lesquels la lune semblait gliatîer eumme un ra^ dieux esquif. Il redisait une de ces romances, où l'âme du Caslillan et le génie de l'Arabe respirent à la foi». La con^ quête dure encore pour la littérature espagnole. Elle n'a pas secoué le joug de l'Orient. Il en est d(> langage avec ses images éclatantes, il on est même de» traits, des habitudes populaires dans la l>éninsule, comme de ces temples consacrés au Dieu des chrétiens depuis l'ej^pulsion des Maure» : on reconnaît tmijours la mosquée.
Cei>endant, l'Aodaloux poursuivait ses chants; il applw quait si tnen les stances des rontanceroi à ses propres amours, qu'on les eût jn^es pour ime brillante et facile improvl* sation. Les Basques, pressés autour de lui, trouvaient dn charme à écouler cette langue grave et aonore dont il» n'avaiwt qu'une intelUgenee imparfaite; et, dans le loi^ilain, un écho lui répondait, comme pour l'^vorlir que se» tendres accents étaient euleiidus. Il disait :
« J'aime, et mon cœur est triste comme on jour d'orage! Le deuil règne dans mon âme, et je vais chanter!
SÉJOUR AUX FROKTIËKE:» u'tSPAUNE EN IStO. 31
n Si je vous parlais de mes longues souflranpcsf eî je voua racontais mes vœux re|)ousséB. mes espérances détruiLes, ma tendresse enûn et mon désespoir, vous fuiriez loin de moi... Hais vous me prêterez une oreille attentive : abattu, eOBiine le roseau bous les eoups de la tempête, je vais obuiter I
N Ma bien-^imée v^ut mieux nue le ciel el la teire ; car» pour Le cie) et la teirei uu soleil peut suffire ; il on est deus pour ta tête charmante; ses yeux lancent des flammes plua étincelaoles que la foudrei plus douces que le feu secourable qui é^Jiaulîe et ranima le passager an sortir du naufrage.
uSa taille est droite comme le palmter ou le sycomore; la rose jalouse pâlit devant l'éclat de ses joues vermeilles ; plus suave que le citronnier, le myrte, l'orapger, toul'ce qui cm-r baume les champs de mon heureuse patrie, le parfum de soi) haleine inonle aux célestes sanetuaires, e( vai charmer ^ur. son Irdne l'éleriielle trinfl^.
« Qui la voit au Iwrd du torrent, la prend pour la reine (tes fleurs ; qui la voit aux pieds des autels, la prend pour U reine des anges. Mais, fûtK3lte la plus éclatante parure de nos jardins, je ne pourrais que l'admirer; fitl-elle ce qu'il y a de plus adorabledans les divins parvis, je ne pouiv rais que fléchir le genou devant elle. 11 faut qu'elle soJt mieux enoore, puisque j'ai un eœur pour l'aimer, un bras pour la servir, une voix pour la çhant«r.
« Ce qu'elle est, sachez-le. Elle lient le milieu entre le% anges et les fleurs : elle est femme! je l'aime... Mon coeur est triste comme un jour d'orage; je n'ai que des douleurs à chanter.
I Ha bieu-aimée est reine, et même impératrice. Son empire est partout où pose l' empreinte de ses pas, partout où attaul 1^ feu do ses regards, partout où brillent les dja-
inants de sa bouche. Elle a pour sujets tout ce qu'il y a de cœurs sur la terre capables d'aimer.
R Paquita est son nom. La noble et belle Espagne la vît naitre; celte gloire était due à la terre du myrte et de l'or, à la patrie des saints et des héros. Sois fier, 6 mon pays, de régner sur les Amériques que tu as découTertes et conquises; sois-le davantage de compter parmi les diamants^ les hlles de tes royaumes ta séra[4iique beauté dont je du les altratls! Entre tous les trésors de Ion sein, j'aurais à choisir, que je ne prendrais pas ceux du Polose.
«Toutes les félicités du ciel résident dans son sourire.- Les chevriers du canton, les poètes de la cour, les preux de la grandesse , disent à son passage : « Sa bouche ne « saurait s'ouvrir pour prononcer le mot : je t'aime, sans < que la terre ne s'émaille de rubis ou de fleurs sous les pis « de l'élu de sa tendresse, il fera l'envie et le désespoir des ■ dominati<«is, des trônes et des chérubins! > C'est à md qu'elle a dit la parole enchantée! Paquita m'aime !... dkhi cœur est triste commeunjour d'orage: je n'ai que des douleurs à chanter !
( J'ai vu la terre promise, et je n'y peux atteindre! J'ai vu le oouveau monde comme nos (lers conquérants, et ma barque est emportée loin du rivage! IJoranger étale ses pommes d'or près du désert où je vis , et ma main ne peut les saisir; mon cœur ne peut désaltérer la soif qui le dévore! Entre le bonheur et moi l'oi^ueil élève sa montagne glacée. J'ai pu la défendre et je ne puis l'aimer! Pour un autre que moi grandit celle que j'ai sauvée.
c Maintenant,plaignezmondestin,vousqui savez lestour» ments de l'amour; vous qui savez ses bonheurs ineffables, plaignez mon destin. Si je vous avais raconté mes longues soiiltrances, si je vous avais dit ma tendresse et mon désespoir, vous auriez fui loin de moi; mws vous m'avez ptité
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SÈMOR AUX FHONTIËRES D'ESPACNB BN 1830. . 33
une oreille attentive : abattu, ainsi qne le roseau soua les coups de la tempête, j'ai t^antél >
Le muletier se tut. La foule attendait toujours. Sa guitare resta muette, et peu à peu les lialiîtants d'AInboa se dispersèrent. L'Andaloux demeura seiil, toujours dans la même attitude ; il ressemblait à un barde du Nord, à un poêle inspiré plus qu'iï un homme des derniers rangs. L'Espagne présente constamment ce phénomène. L'éducation, ' la naissance, les richesses n'y ont pas, comme ailleurs, le privilège particulier de la noblesse du maintien et do la gravité du langage. On dirait que la nature se complaît à protester ainsi contre l'ouvrage de la fortune. Cette mère impartiale distribue ce don sans ^ard pour les faveurs du sort, et, si quelquefois vous le voyez inégalement dispensé, il se pourra que les positions élevées ne soient pas toujours les mieus traitées dans le partage.
Le muletier allait regagner l'biMellerie, quand une voix se fit entendre qui l'appelait; celte voix était faible et tremblante comme un murmure de )a brise des nuits. Le muletier tressaillit : il n'osait pas en croire son trouble ; un second appel lui apprit que l'écho n'avait pas él^ seul à répondre' aux expressions de son amour.
C'était Paquita ! Demeurée jusqu'alors sous la protection de l'ombre épaisse que projetaient les dernières maisons du hameau, elle se hasarda enfin à paraître. Elle avait entendu les chants d'Antonio; elle était très-émue. Cette jeune fille venait de recueillir la plus vive jouissance qu'il y ait sur la terre, celle de se sentir aimée. Je remarquai qu'elle n'avait plus l'assurance qui m'avait frappé dans la posade d'Urdax. c Voici la première fois, ditrcUe, que je mets le pied sur la s terre de France, et la nuit, seule, à l'insu de ma tanle!> L'Andaloux baisait ses mains avec transport : i Écoule, « reprit-elle, mon père est arrivé! — Quoi! ce serait lui c dont les troupes ont relevé la pierre conslitutionnelle « après mon- départ? ~~ Lui-même! J'esp^ tout de sa
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a bouté; liâte ton retour; nous l'implorerons ensemble. )1 a te coanaît el t'aime depuis longlemps. 11 t'a vu dans les a périls ! 11 consentira à nuire bonheur, v
Le muletier saisit avec ardeur cet espoir. — < Je ne savais I comment l'avertir, continua la nièce de la dame Urra-r K que; il n'y a aucuue communication entre les deux vil- 1 lages, et, en eùl-il esisté, je n'aurais pu y recourir. Uain- « tenant, ajouta~t-elle en se défendait contre une lendtv tf reconnaissance, je repars en toute hâte. Songe que mou IX père nous quitte dans deux jours. — Je serai auj^aravant <r à tes pieds, Paquita de mon cceur; je comptais, au lever
s du jour, gravir l'Atuiilaï où réside, m'a-tnû dit Mais
« non! je vais sur-le-champ courir h Bayonne, j'expédierai s mes balles, et volerai auprès de toi, en passant par la s montagne. »
Antonio était ivre de joie et d'amour ; il voulut reconduire sa Francisca chérie. — ■ Non, lui dil-elle; j'aime mieux * être seule, j'aurai moins peur! > £i) parlant ainsi, elle s'enfuit avec la légèreté d'une fiUe des montagnes. 11 la suivit de loin pour proléger sa marche, et, àeuj. heures après, j'étendais le retentissement d'un bourdon monotone. Les pas pressés d'une longue file de mules qui s'éloignait de l'hôtellerie, m'apprirent que l'amant de Paquita courait vers les rives de l'Adour, sans attendre ati matin.
J'ét«is alors tout entier à -un autre intérêt, l'endant ces heure* recueillies, devant un ciel superbe,au milieu de l'univcreel silence, je lisais. Madame Hiriarl, dans la soirée, m'avait vu visiter curieusement uii casier de chêne, sus|Kndu 4 la muraille de ma chumbre avec deux rangées de livres pou^ dreus, et la bibliothèque modeste n'avait oITert i. mes loisirs que des missels écrits dans les idiomes qui ont cours eq Béam et Navarre, un volume espagnol d'alchimie, des thèses ascétiquee de l'université de P^mpelune, uq recueil de cbansonsdu pays, uneFlorefrangaise, D'après ma recherche, monhôtesseeut la bonléde concevoir une haute idée de m^ Itllérature ; je la vis bientôt paraître armée d'un qianuscril
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SËJÛVR AUX FRONTIÈRES u'B^ACNE BN 1830. 35
que 80D âls , bel enfant à l'air intelligent et courageux , avait trouvé, longtemps auparavant, sur les cliemins, du càiâ de la frontière. Elle me parla, avec la prolixité des héros d'Homère, de l'intérêt qu'elle avait pris à cette lecture. Son suffrage m'encouragea, et je lus à mon tour la relation castillane, transcrite ici pour le public français. Plût à Dieu que, malgré les défauts d'une traduction, où on n'a pas même tenté de reproduire la pompe invariable et les brillantes images du style espagnol ,
Tout Paris pour Rodrigue eût les yeux de Chiméne!
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