XVIII INTRODUCTION
lui, il nous apprend comment un gctire, jusque-là bâtard et dédaigné, au lieu de bouleverser le domaine de Thistoire, pourrait le féconder et l'élargir. L'esprit trouve un charme inexprimable dans ces peintures tellement vives» tellement caractérisées, que nous reconnaissons, sous la plume de l'auteur de Waverley ou d'Ivanhoé, une époque au sein de laquelle nous n'avons pas vécu, aussi facilement qu'un Français de nos jours reconnaît d'abord^ sous le burin» l'image de Henri IV ou de Louis XlV. Hume n'a plus qu'à compléter l'ouvrage, en nous montrant sur la scène les potentats, les ministres, les orateurs, les capitaines fameux» Familiarisés déjà avec leurs usages, l'esprit de leur siècle^ leUr siècle tout entier, quand nous lirons leurs actions» nouscroirons assister aux grands drames qu'elles composent. Walter Scott fait de nous les contemporains de nos aîeux« Si j'osais tracer la poétique de ce genre aussi neuf qoe vaste, je dirais que l'écrivain doit s'abstenir d'impliquer dans son intrigue romanesque les personnages histori» ques. Il peut nous les signaler , nous introduire par exem*ple dans le palais des rois, les offrir à nous» comme les virent leurs sujets, à la distance où les tenaient les pompes du trône : mais s'il leur prête son langage, sll leur donne des passions, s'il les associe aux sentiments secrets et aux intérêts privés de ses héros imaginaires, je m'égare sur ses pas; je ne sais plus retrouver la barrière aux pieds de laquelle s'arrête l'invention. Richard traverse-t^il devant nous une épaisse forêt? Nous aimons les couleurs sous lesquelles noui^ le représente l'habile peintre ; nous lui tenons compte de la vigueur de son pinceau : si tel ne fut pas le teiYible Gorar-de-Lion, tel ont dû le voir beaucoup de ses contemporains. Mais quand je rencontre Ix)uis XI lK)rs de son palais, sans gardes, aux abords d'une rivière que toot le monde peut franchir; quand je le vois discourir avec un inconnu qui lève son bMon ferré sur Tristan, j'hésile : je me demande s'il est bi^ vrai que cet entretien se soit passé ainsi. Alors je me souviens que je parcours le livre