XX INTRODUCTION
dans les habitudes de la vie un goût plus pur et des jouissances plus éleyées. Il n*estpas jusqu'aux membres du clergé lui-même, du clergé régulier surtout, dont la conversation libre et crue n'étonne souvent une oreille accoutumée, je ne dirai pas seulement au langage du clergé français , mais à celui de nos salons et de nos familles. Quoi qu'on ait dit à cet égard, l'abandon des discours, la nudité des images, où l'on a voulu voir quelquefois des indices de l'innocence réelle des mœurs, ne sont que les caractères d'une civilisation corrompue et blasée, si l'on peut parler ainsi, avant sa maturité. L'Espagne n'en a pas le triste privilège : la France en était là encore, il y a cinquante ans. Le dix-huitième siècle ne se distinguait pas par des habitudes pures ni naîves;
L'exposition des événements politiques entrait nécessairement dans le cadre de l'ouvrage. Tout ce qui a joue un rôle sur le théâtre mouvant des affaires de la Péninsule, pendant plus d'un quart de siècle, sera forcément nommé souvent, et aperçu quelquefois. Je dois avertir le lecteur, cette observation est importante, que les personnages historiques seront toujours désignés par le nom de famille, celui que connaît l'histoire. Les autres, selon l'usage général et invariable au delà des Pyrénées, ne le seront jamais que par le prénom, et le prénom se reconnaît au titre de don qui le précède toujours, qui ne peut accompagner que lui. Par exception, le prince de la Paix, dont il est question sans cesse, sera quelquefois appelé don Manuel. En ce qui touche un homme si important et si fameux, il m'a paru que le récit devait se conformer aux procédés constants de la conversation espagnole.
Image sincère de la scène qu'il décrit, le livre de Don Alonso a ce facile avantage que toutes les opinions s'y expriment elles-mêmes tour à tour, et, si l'on a souvent adouci les haines, on s^est gardé fidèlement d'affaiblir les arguments ou d'altérer les récits. On n'a pas craint de rapporter des anecdotes certaines, des mots caractéristiques de personnages qui ont influé sur le cours des affaires humaines.