INTRODUCTION. XX
Attentif à ne pas mettre dans leur bouche une parole qu'ils n'aient prononcée, j'ai cru rester dans la limite de mes plus simples droits, si, par exemple , montrant un moment en action un soldat français qui a brillé quelques jours sur ua trône, ses discours sont littéralement conformes à des documents ofPiciels qui émanent de lui.
Je n'ai pas hésité non plus, sinon à peindre sansréservej du moins à condamner sans détour l'épouse de Charles IV. Cette coupable reine est descendue dans le cercueil. Dix révolutions nous séparent du moment où elle tomba du trône. D'ordinaire on respecte, dans la riîère qui n'est plus, le fils qui vit encore. Mais c'est là un des malheurs du roi Ferdinand, que, loin d'être intéressé à défendre la mémoire de Marie-Louise, il a besoin que l'histoire soit sévère pour elle, afm qu'elle le soit moins pour lui.
Ce prince occupe souvent la scène ; son nom est dans toutes les bouches; lui-même parait. J'ai pu apprécier, dans sa cour et dans son entretien , l'exactitude de tout ce qui est dit ici de son extérieur , de sa politesse singulière. La malignité publique chercherait en vain d'autres détails sur sa personne et son caractère. Ferdinand VU est roi. Les Espagnols de mon livre parlent de lui uniquement comme faisaient, dans la Péninsule, sous le régime constitutionnel lui-même, les hommes et les partis à qui il avait été le plus sévère. Il faut juger par là, non pas ce souverain SUT qui prononcera Thistoire , mais l'esprit , mais le caractère espagnol. Et il faut se réjouir, lorsqu'on estime les hommes, qu'il y ait un pays oi!i l'on s'attache à respecter, malgré les plus légitimes ressentiments, quiconque a reçu de sa destinée l'honneur de marcher à la tête de la patrie, à la tête des sociétés humaines.
Mon voyage de 1820, au delà des monts, occupera lou?jours mon souvenir. En vivant au milieu de la nation espa^ gnole, j'ai appris à discerner dans son caractère, parmi les
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vices d'un État corrompu, dirai^je tous les défauts ou toutes les vertus de la jeunesse, une noble exaltatioui une confiance plus généreuse que prudente, de la grandeur d'âme au lieu d*habileté, autant de facilité au pardon envers les ennemis vaincus que de persévérance impitoyable contre l'ennemi armé, une loyauté chevaleresque, enfin une fierté native et universelle, dont l'excès est réel et funeste, qui combat le progrès par l'orgueil, les exemples étrangers par la vanité nationale, les services rendus par l'ingratitude, mais qui crée dans les âmes, à tous les degrés de l'échelle sociale, un fond d'honneur et de dignité à l'aide duquel doivent nécessairement se refaire tôt ou tard les destinées d'un grand peuple. Ces présents du ciel ne seront pas perdus pour le bonheur et la gloire de l'Espagne.
Il m'en coûte de quitter la plume sans payer un tribut de reconnaissance aux Espagnols qui voulurent bien m'accueillir comme si, entre les deux nations, il n'y avait pas de Py<rénées. J'aurais à envoyer l'hommage d'une respectueuse gratitude jusque sur les marches du trône ; je devrais y associer plusieurs des ministres étrangers qui résidaient à la cour de Madrid. C'était le moment où une révolution, d'abord militaire, bientôt civile, venait de proclamer le gouvernement constitutionnel. Le besoin de voir et de savoir me conduisit seul dans la capitale de Charles-Quint et de Philippe II, pour y étudier ce phénomène qui me fut vite expliqué. Quoique la Péninsule semblât sortir d'un long sommeil, on ne voyait qu'en petit nombre ces réunions qui rendent si brillante et ù douce l'existence des grandes métropoles, de Paris plus que d'aucune autre. Les membres du corps diplomatique ccMnposaient un cercle où je fus promptement admis, et où je rencontrais les dons les plus attadiants du caractère et les plus élevés de l'esprit. J'y contractai des amitiés qui me suivront dans tout le cours de ma vie. La noble étrangère autour de qui s'assemblait ce cercle étroit y portait un charme inexprimable, celui de qualités brillantes et solides qu'oublie seule celle qui les possède, un apprend auprès de