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françaises auront fait pour la condition future d^un grand peuple. Les hommes légers regardent le moment qui s*écoule, et jettent au vent des oracles; les hommes graves étudient le passé.
J'avais eu le dessein d'écrire l'histoire de ce passé, déjà si plein, quoique si récent. Mais, quand tous les mystères ne sont pas dévoilés, tous les résultais connus, toutes les colères assoupies, qui oserait prononcer sur les faits et sur les renommées, dispenser la louange ou le blâme, remplir enfin, dans sa sévérité et dans sa grandeur, ce noble ministère qui consiste à devancer, et peut-être à préparer les jugements de la postérité?
D'ailleurs, la narration de l'historien est froide, brève, austère. Je ne sais si elle peut suffire à la curiosité exigeante et frivole, défiante et passionnée des contemporains. Il leur faut plus de mouvement et plus de vie, par conséquent plus de détails. Ce n'est pas assez pour eux de l'existence publique : ils demandent à pénétrer dans les habitudes privées des hommes et des partis; ils veulent, non apprendre, mais écouter et voir. Cette sorte d'intérêt sera surtout excitée, si des mœurs tout à fait nouvelles, des contrastes frappants, des coutumes originales, une autre société sont en scène. Quel spectacle que celui d'un empire dont les domaines s'étendaient encore, après tant de pertes successives, des îles Baléares jusque par delà les Cordillères, où toutes les provinces et toutes les classes diffèrent de goûts, d'usages, de costumes, où se trouvent en présence, dans les deux mondes, l'homme sauvage et l'homme policé, les principes de 1789 et les pratiques du moyen âge, le quinzième siècle et le nôtre !
Le drame qui se déroulera sous les yeux de mes lecteurs, embrasse plus d'un quart de siècle. Les personnages assistent aux scandales de la domination du Prince de la Paix, aux premières insurrections des Américains, à la révolution d'Aranjuez, aux complots de Rayonne; ils accompagnent Napoléon sur le champ de bataille, et Joseph dans ses pa-
lai», ou oonnbftltefit avee Fes guérillaiSy siège»! au 9^'m det assemblées i)atk>nale» de Cadix et de Madvid, ae^^esseuiti en ISH aiUoii^F du ppitice que leur persévérarure a 7ecoai|iiiiis; ; enfin, le règne de Ferdinand les a pour instruments,<Hi)i)Our viclime», et la plupart siduent, à son aurore, é'xm même eri â'esfMBrance, l'ère lihférale de 1820, èffe brilkuvte atorseli paci&fiie, qui semblait promettre à leur patrie U réeonciri^iation de tous ses enfauts et F heureux aceord des idées de monarchie et de liberté, en donnant à l'univers le preiqieF exemiple d*une révolutio» sans résistance et sans Féactions^ ie ne me dissinaule pas que le récit de leiurs aventures sera considéré comme une fiction; dès lors, ce mélange d^ vicissitudes privées, qu'on déclarera imaginaires, avec les événements publics les plus éclatants, cette innovatiœ», ptur conséquent, de mémoires fictifs au milieu d'un grand cadre politique, court le risque d'être blâmée comme un eœfûé^ tement du roman sur l'histoire. Je dois essayer de la dé* fendre.
Tout peut être compris dans un genre qui, embrassant ^ la fois l'Emile et la Cyropédie, Gulliver et Tom Jones, Corinne dl le Roman comique, Gil-Blas et Robinson Crusoé, Mathilde et Clarisse Harlowe, Candide et la Nouvelle Itéloîse, les Mémoires du comte de Grammônt et Werthe?, la princesse de Clèves et Adèle de Sénange, les créations de Rabelais et le chef-d'œuvre de Cervantes, appartient e» même temps à la pastorale par Paul et Virginie, à la poli<t tique par Bélisaire et Lascaris , à l'histoire par Ivanhoé el les Puritains, à l'épopée pat Téléiinaque et les Martyrs. Vaste comme l'imagination, et changeant comme la so^ ciété, le roman échappe à toute définition comme à toute ^■Érave. H pénètre avee Fontenelie dans le sanctuaire des sebnee»; i) interroge l'antiquité sur les pas de Barthélémy. Ses Kraites ne soikt autres que celles du sentiment et de la pensée. Son domaine esl l'univers. Mesurant sa marche sur h% progrès de la civihsalioB, et enrichi par tout ce qui la èitveiopptt^ app^unvi pa^ tû«i ee cpj« l'altère, il réfléchit h
vive tpiajfe de ce(U reine du Eiende : c'est là $oft vvai Ulre de glaire.
Ou a remarqué que le romaa fut à peu près iueoikpu d^m rantiquité grecque et latvue. Je ne saurais croire» avee U9 de nos maîtres les plu» brillants et de mes plus illustred a^^Ls» que iQui V empire de la fiction fût envahi par le poly^r ikéisfne^ et que cette croijance dût suljire aux imagination les plus vives \ Est-il vrai que les imaginations, une fç^ excitées, se satisfassent à si bon compte, et que, vaincues plus qu'exaltées par les grâces qui cbarmeiit ou les pompes %tti étaunen,^ elles se renferment dans un même cerele de figures et d'idées ? Ne serait-il pas plus exact de penser que tout ce qui plaît à Tcsprit développe à la fois ses besoius et ses farces? Loin de faire honneur de la lacune qui noua occupe à la fiécoudité des vieilles mythologies , j accuserais^ plutôt la stérilité de ces religions vides et mensongères qui pe parlaient au eceur que pour le corrompre et à Vintellir> gence qwe po4ir l'égarer. Le monde du paganisme est eir-r conscrit de toutes parts. Le ciel qu'il nous découvre, aii lieu d'agrandir nos contemplations en fuyant sans un d«N vant elles, ne fait que réfléchir les misères d'ici-bas. Ce çie\ est de ^i^rbre : il pèse de tout son poids sur l'âme et sur la pensée.
Ce fut le caractère de la civil isaticHA antique d'être incewp plète et limitée. Apanage de quelques nations, ou plutèt de quelques cités^ qui jetèrent uu éclat immense au milieu des tcnèbjires de l'univers inhabité ou barbare, elle n'était, dans ces coins de terre privilégiés de la fortune, que TçxetusiCpfi*) yilége déclasses étroites et jalouses. Encore faut*il ajiM:iter que le sexe fort, celui dont la sensibilité est la moins exigeante» la moins délicate, la moins inventive, participait seul à ses biei^faits. Les femmes, esclaves fécondes, languissaient dé^ laissées; il n'y avait de littérature ni par elles, ni pour elles.; je ne s»is mêflae si c'était en leur honneur que le poète» la
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plupart du temps, quand il voulait chanter la beauté, accordait sa lyre. Sans influence sur la destinée de ces écrivains corrompus, de ces citoyens ombrageux, de ces infatigables rhéteurs, comment leur âme, stérile ou méconnue, aurait-elle prêté, à des maîtres dédaigneux les inspirations, si hautes et si diverses, qui ont révélé au génie des modernes un monde ignoré des anciens, le monde des sentiments intimes ?
Dans ces républiques dont M. Villemain retrace les perpétuels travaux avec autant d'éloquence que de pénétration et de vérité, le cercle entier de l'existence était plus étroit que parmi nous. Elle n'avait rien d'intérieur. Borné à quelques aflections de gymnase et d'académie, le cœur semblait ne pas exister encore; l'imagination elle-même ne prenait son vol que lorsque, élancée sur les traces de Platon , elle essayait de planer, avec le disciple de Socrate, au-dessus des nuages de la métaphysique. Des peuples qui ne se délassaient des froides réalités du gouvernement que par les arguties, plus froides encore, de l'école, ces peuples durent négliger le champ de la fiction : ils ne possédèrent d'autre romancier qu'Hérodote.
Par quel prodige une société imparfaite produisit-elle des Thucydide ? N'est-ce point que l'histoire, qui est en quelque sorte le roman des hommes, ne manquera jamais aux nations libres? Ces politiques, qu'on appelle des historiens, naissent sur la place publique; ils ne sauraient naître ailleurs complets et puissants. Vous m'objectez Bossuet? La chaire chrétienne est aussi une tribune ; elle en a les droits, l'assurance, l'autorité. Vous m'objectez Tacite? La république romaine se survivait en lui.
Cette liberté d'un seul sexe, d'une seule classe et d'un seul coin de terre, qui, sans le concours des femmes, avait, par sa propre vertu, créé la civilisation antique, cette fausse liberté s'écroula. Les hommes retombèrent sur eux-mêmes : ils ne pouvaient plus se suffire. Les courtisanes prirent dans leur vie ia place que les lois y avaient occupée. Ces ci-
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toyens déchus aimèrent...; ils aimèrent comme savent aimerdes êtres énervés et vieillis; mais, enOn, ils connurent des plaisirs et des peines intimes. Initiés à des admirations nouvelles, en proie aux tourments de la crainte et du désir, leur âme chercha un confident, et le roman naquit. Conçu dans la corruption et la servitude, il se ressentit jusque dans les naïvetés de Daphnis et Ghloé, jusque sous la plume de révêque Héliodore disant les aventures de Théagène et de Ghariclée, de la licence, de la monotonie et du matérialisme qui entouraient son berceau. Pourtant, en lisant ces pages émues , en contemplant ces tableaux d'impressions ignorées jusqu^alors, on sent des cordes nouvelles dans le cœur de Thomme.
G^est que le christianisme était venu : législateur sublime, qui restituait à la race humaine sa divine nature ! Ce maître austère enseigna l'amour. En plaçant des devoirs où l'antiquité n'avait vu que sujétion et volupté, en y joignant des espérances sublimes, en scellant jusque dans le ciel les unions de la terre, la loi nouvelle compléta le monde; ello prépara l'avènement d'un sexe tout entier à l'empire. L'homme trouva une compagnedansson esclave de la veille. Il apprit à la respecter : c'était apprendre à l'aimer. Chose admirable ! l'homme avait cessé de régner seul, et, en partageant sa puissance, il fit autant pour sa grandeur que pour sa félicité. L^abdication de sa longue tyrannie le mettait en possession de tous les biens que son auteur lui avait inutilement départis jusque-là. A dater de ce moment, on eut des jouissances, on eut des inspirations, on eut des douleurs, on eut des espérances inconnues aux Grecs voluptueux du Bas-Empire, non moins qu'aux éternels discoureurs du Portique. De la sorte, la vie des modernes renferme en même temps plus de réalités que celle des anciens, et plus de poésie. Une vive, une noble influence l'anime et la féconde. L'activité des sentiments et des idées recule sans fin les bornes de la littérature. Autrefois, elle n'appartenait qu'à l'esprit, maintenant il faut qu'elle satisfasse aux besoins de
l'âtaîé et du ««e«ri 8a nutwe «'eet éévelop^éfe tel ^àftdKft èi»ttiltie «on thééife, <jui «^ l'uni ve*^.
Vf^yë*-, ^ ^t, comme, fi^i seîn tnêttie des lénêblies fèôdàies, rittwigîttaiîoti sfe fr afe de toutes p«irts "des routes tiou- V€41(9B. Les eottlposilions sont exlrava^ianfreis sans doute ; maffi elles attestent la présence du Diev incomru qu' Athèmes 11^ »ut pas découvrir soUs le beau ciel de la Grèce. Avec no* tristes elitnats , une grande ignorance et des institutrons fmrfeareê, le ^\ie des femmes, «ous le nom de clievalerie, ^îféa les paladins et les rvnmneief's.
Dans ces temps héroïques, appliquant à tout , même à ranvonr, ce besoin de sacrifices qu'on appelait l'honneur ; plus tard, rcveiir et philosophique chez les Allemands, moi^tiste et passionné en Angleterre, le roman revêt partout l(M formes de la civilisation qui l'enfante. Partout il manîfefite la nature et le degré de l'influence qu'exerce le sexe Sont il relève.
C'est ainsi qvi'Amadis de Gaule, V Astrée^Cléliê, quB,nd se tsonstituent ensemble la littérature et la société modernes, rassemblent en lui tous les traits de ce génie nouveau du monde, qui est à la fois héroïque, délicat , ingénieux, ardent aux choses de l'âme et à celles de l'esprit, ami de l'idéal dans l'amour comme dans la gloire. Sous Louis XIV, (|uand tout est haut et fier, quand les esprits ne connaissent pas de lîn^ites à leur essor, ambitieux et galant comme le grand roi, il s'attache à poursuivre jusqu'au milieu des nuages je ne sais quelle ombre quintessenciée de l'amour, cti étudiant trop dans le cœur du courtisan le dévouement du chevalier. La main d'une femme, la main liabile de M"' de La Fayette se charge de le ramener aux sentiments vrais, en lui laissant ce charme des sentiments délicats , qui est la vme richesse des modernes, car il rehausse sans les restreindre, il épure sans les refroidir, les bonheurs de tous les temps. Avec le siècle suivant, le roman descendra de ces hauteurs. 11 revient, sous la plume des Voisenon , des Diderot, flcs CrébHloiiydes Dorât, des Louvet, au terre-à-terre de son
k&rceBm; il €li éiak la imdité. La «ociéié firancnae la fwl'qtie daase de cèU« «oeiélié ,greoq<uie^ «u Aéetin de laquelle ë fuid ttaissafiœ. EU« a tronté la oofTupUon «tans l'èxeèi^ oamme ratuiiquijlé dàss r<Mit)lt, ées droM.S'et de reiiiipined«« féfliMn«6. À force de le«r livrer le fiou^r, «MB eu «rt aitiiéâ rabaadmuier ans. fBoitis dignes d'entre dlecu Coname ma lempsdeleur esclavage, les Aspastec niarcbeiit la léte lewéai Les lHHiiflies «e sont abaissés et corromfïvis «H sWaiçattl derrière ees |)viissances ftouTeraines et aTiltes* Le rona^se mulliplie, se dégrade, prend toutes les formes^ il prend ménie le masque antique fH>ur entretenir les imagiaiaiiféns de FufiîqiAe intérêt qui occupe à la fois rhomtne privée les grands ^ iioiit un pevufAe. Montesquieu tixMive des loisirs à consacrer au Temple de Griide; le citoyen de Genève se chargederecueillir les soufnrsde rintM^cencequi sttCoond3é% ^ nous montre dans le repentir la v^rt^ des temps dépia-^ tés; enfin, l'homme dont Tesprit lient au grand siècle par ce qu'il a de classique, au nôtre par ce qu'il a de popnWre^ an sien par oe qu'il a de onm^rapu, l'iiomme en qui toutlK)n siècle respire^ Y4(»l taire :porte dans ses créations cet1« Jicenee de moto et d^idées «[ni semble naître de l'alliance infuriente du scandale et de la royamté, pour élever sa tète sur les ruines de toutes les croyances, et poursuivre de son^rire insnitafit la morale fugitive. Elle ne trouve qu'un trop faiUe asile dans le roman pastoral de Gessner et de Florian. Mieux ÎAsptrée, l'œuvre pure et diarmanie de Patti et Virginie^ Vont à conp apparue âlmB, semble la protestation de l'ordre social qui timibe contre les dérèglements et les folies où il ▼a s'abboer.
Déjà, en effet, le règjie de l'ironie est passé. Du sein de k dissalution universelle^ la révolution est sortie sanglante» effroyable, telle qu'on la devait attendre de génératicMis grandies à l'ombre d'un pouvoir absolu et licencieux. D«k rant longues années, notre oreille n'entend que le fnaeai des trônes écroulés» les claineurs de partis triomphant comme les partis triomphent, le lM*uit ées chatoies, leii