LES ENFANTS DE L'ORATOIRE
Pendant qu'on prenait ces dispositions, la communauté assistait, dans la grande église de Marie Auxiliatrice, à une Messe solennelle de Requiem, précédée de la récitation du Bosaire et pieusement couronnée par la Communion générale.
A l'issue de cette cérémonie, les enfants et les ouvriers de l'Oratoire furent admis à visiter les restes vénérables de leur bienfaiteur. Le jour commençait à paraître, mais les tentures entretenaient une demi-obscurité qui eût imposé le recueillement, si le besoin de prier n'eût pas été le premier à naître dans tous ces cœurs.
Sur l'autel, caché sous les draperies, se dressait une grande croix, l'unique espérance du bien-aimé défunt, qui était assis comme à l'ombre de l'instrument de notre salut. Autour de lui, des cierges nombreux ; leur lumière douce laissait voir ce visage béni, où, après trente heures, la mort n'avait pas encore mis son empreinte.
Cependant les enfants se pressent dans la chapelle devenue trop étroite. A travers leurs larmes, ils cherchent à voir la chère apparition qui est là, devant eux, élevée de. quelques degrés, dans le Sanctuaire.
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Dans l'attitude de quelqu'un qui dort, la tête légèrement inclinée à gauche, les traits calmes, naturels et presque souriants, les yeux légèrement entr'ouverts, mais dirigés vers le crucifix qu'il serre pieusement dans ses mains jointes, Don Bosco repose. — 77 était notre Père! — répétaient dans un même cri ces mille cœurs brisés par un coup si terrible.
Que de souvenirs touchants, quel monde de pensées saintes et douces, quelle tendresse de filiale affection peuplèrent l'esprit et remplirent l'âme des fils de Don Bosco à ce moment. Instruits des moindres circonstances de la merveilleuse existence de Don Bosco, grâce aux récits que les anciens élèves ont toujours transmis avec reconnaissance aux nouvelles générations de l'Oratoire, ceux de maintenant voient comme traces sur les murs du modeste édifice, les labeurs incessants de leur Père, dont la charité ne s'est jamais démentie.
Il leur apparaît, au milieu des occupations humbles et pénibles qu'il s'imposait pour l'éducation religieuse, intellectuelle et matérielle de ses fils. Bien ne l'arrête: les obstacles les plus insurmontables, il en a toujours raison; et jamais les luttes les plus ardentes ne lui font perdre cette sérénité de calme qu'il conserve encore après un demi-siècle de fatigues inouïes. Devant ce tabernacle, il forme des projets insensés, qu'il réalise à l'heure fixée par lui, et qui ont rempli le monde de son nom.
Dans cette chaire, pendant dix-huit ans, sa parole d'une inconcevable puissance séduit les âmes, les entraîne, et arrache à son jeune auditoire avec des larmes d'attendrissement, d'héroïques résolutions.
Derrière l'autel , se trouve son confessionnal entouré de centaines d'enfants qui attendent , à genoux , le moment de confier à Don Bosco, et rien qu'à lui, le secret de leur conscience. Les anges connaissent les innombrables résurrections spirituelles qui se sont produites aux pieds de ce prêtre au cœur débordant de charité prudente, d'affection vraie, céleste. Oh! le voir maintenant, là, immobile!.... ne plus pouvoir se
pencher sur ce cœur où des trésors de miséricorde attendaient la pauvre âme blessée !.... Le voir maintenant, assis devant cet autel où pendant de si nombreuses années il célébra la sainte Messe avec cette dévotion simple, profonde, tendre, mais sans aucune apparence extraordinaire; avec une confiance qui obtenait tout, mais sans la moindre manifestation extérieure des faveurs merveilleuses qui en étaient la récompense.
Les plus anciens de la Maison se rappelaient aussi une parole qui leur paraissait singulièrement mystérieuse, à l'époque où ils l'entendirent de la bouche de leur Père, en 1848.
Don Bosco, juché sur une petite éminence de terrain, avait dit avec un accent prophétique aux nombreux enfants groupés autour de lui : — Un jour ou Vautre, à cet endroit précis, s'élèvera l'autel d'une église ; vous y ferez la sainte Communion et vous y chanterez les louanges du Seigneur.
Et la parole de Don Bosco n'avait pas tardé à se réaliser. Maintenant, Don Bosco reparaissait sur sa chaire d'il y a 40 ans; mais, cette fois, ses fils groupés autour de lui ne pouvaient plus sentir leur cœur s'enflammer aux accents d'une voix qui pénétrait dans les plus secrets replis de ces jeunes âmes.
Ce spectacle n'a trouvé personne insensible ; et un journal catholique de Turin (1) a reproduit trop fidèlement les impressions de tous, pour que nous ne donnions pas ce passage touchant: « Nous sentions, tous, la grandeur de cet homme, » puissant comme un souverain, bienfaiteur comme un Vincent » de Paul, doux comme un François de Sales , pieux comme a un Alphonse de Liguori. Au milieu du deuil profond causé » par une telle perte, on ne pensait à ne chercher de soula- » gement que dans la prière. Et ce dernier témoignage n' a » pas manqué à Don Bosco. Divisés par classes et par ateliers, » les enfants de l'Oratoire se succèdent au pied de l'autel de
(1) Le Carrière Xazionale.
» N.-D. Auxiliatrice pour la récitation du Rosaire ; et le soir, » à 5 heures, la communauté entière, réunie dans le Sanctuaire, » chante solennellement l'office des Morts. Mais, malgré tout, » ces prières avaient je ne sais quel ton d'indicible allégresse. » Les témoins de telles vertus se sentaient invinciblement » portés à prier ce si bon Père, plus encore qu' à lui assurer » des suffrages dont il n'avait plus besoin pour répandre, du » du sein de la gloire, de précieuses bénédictions sur sa fa- » mille religieuse et sur tous ceux qu'il aima d'un amour si » divin et si fort. Et sous l'empire de cette conviction, on » vit se produire des scènes émouvantes, comme on en lit avec » bonheur dans les plus merveilleuses légendes des Saints. »