‹ Don Carlos dans les IndesChapitre 20 sur 58 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Le duc de Madrid part pour Goa avec M. Melgar. — Avenir de Goa. — M. Texeira-Guymaraës. — Le vicomte d’El Paso d’Arcos. — Les capitaines de Lorena et Moreno. — Grand bal offert par la colonie portugaise. — Visite au tombeau de saint François-Xavier. — Honneurs royaux rendus au duc de Madrid par l’archevêque de Goa, primat des Indes. — Lunch offert par des ingénieurs anglais. — Départ.

Le duc de Madrid arriva un jour avant le duc de Mecklembourg. Le lendemain, don Carlos alla, à la gare, au-devant du duc et de la duchesse, pour se concerter avec eux sur le voyage de Goa. Mais tout le monde fut d’avis que la traversée était impossible pour la duchesse. Les bateaux ayant à peine 80 tonnes, ils n’ont ni cabines ni cuisinier. Ils sont en-

combrés d’indigènes des deux sexes, parqués comme du bétail, les uns sur les autres. Par conséquent, le duc de Madrid partit seul avec M. Melgar, son chambellan. 11 faut trente-six heures pour aller et trente-six heures pour revenir. Le bateau s’appelait le Shartis. 11 y avait 800 Hindous abord; tous avaient le mal de mer.

Parti à cinq heures du matin, on arriva le lendemain à quatre heures de l’après-midi. Les bateaux s’arrêtent seize ou dix- sept fois pour déposer la poste sur la côte de Malabar. Arrivé en rade de Murmungoa, port de Goa, on se trouva sur une magnifique rivière, dans un très beau pays.

Un secrétaire d’État pour les Indes, M. Texeira-Guymaraës, est venu sur le bateau du gouvernement au-devant du duc de Madrid. Il lui a dit que sir James Fergusson avait télégraphié officieusement au gouverneur de Goa. Ce gouverneur, vicomte d’El Paso d’Arcos, étant dans une résidence, à la campagne, à cause de la santé de la vicomtesse, envoyait M. Texeira-Guymaraës pour mettre le palais du gouvernement à la disposition de Monseigneur, et, en même temps, M. Texeira lui a présenté le capitaine Bernardo de Lorena, frère cadet du comte de Sarcedas, aide de camp du gouverneur. Le capitaine était mis à la disposition du duc de Madrid pendant tout son séjour.

Pendant sa traversée, don Carlos eut le vif plaisir de trouver un officier carliste, le capitaine Moreno. Sa mère étant Portugaise, il

avait émigré en Portugal après la campagne. Il avait passé de brillants examens, avait été nommé ingénieur des ponts et chaussées et choisi comme chef des travaux du chemin de fer qui doit relier Goa au réseau angloindien. Le capitaine Moreno pleurait à chau' des larmes en embrassant les mains de Monseigneur. Le duc a demandé de garder le capitaine Moreno en même temps que le capitaine de Lorena. On a répondu que le duc de Madrid était chez lui.

Arrivé au palais, le duc de Madrid a reçu le vicaire général du diocèse. Il venait demander à quelle heure le prince voudrait se rendre au Te Deum ordonné par Tarchevêque, Mgr Valente, pour fêter l’arrivée du petit-fils de Philippe V. Le duc de Madrid s’y rendit une demi-heure après. 11 fut reçu par tout le clergé et conduit en chœur sous un dais.

L’archevêque de Goa est primat des Indes. Cet honneur est bien dû au Portugal qui, le premier, a évangélisé les Indes. Les autres États catholiques sont furieux ; mais le Portugal tient bon. Le primat a quarante ans, sa figure est régulière, il est brun avec des

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yeux très vifs : c est un homme du monde accompli.

A son retour au palais, le prince trouva le président et le vice-président du Club de Goa, MM. Candido Gordeiro et le capitaine de vaisseau don Antonio Sergio de Souza, exgouverneur de Damao. Ils invitèrent le prince à un bal donné en son honneur par la colonie portugaise. Le duc s’y rendit. Toute la colonie lui fut présentée. Nommons : comte et comtesse de Sarcedas, vicomte et vicomtesse de Ribodar, l’alcade mayor des îles de Goa, colonel Corneiro, membre du conseil suprême du gouvernement, et mademoiselle Gorneird ; le commandeur Nogar, membre aussi du conseil suprême, don Joaqiiim Lobaton de Laria, le comte de San-Vicente, MM. ülivet,et Worth, memlires de la commission anglaise pour In construction du port.

Le duc de Madrid dansa avec la (^.omtesse (It^. San^edas et madame de Souza.

DANS LES TNDES.

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Le lendemain, à six heures du matin, le prince s’est rendu à la vieille Goa. Sa première visite fut pour le tombeau de saint François-Xavier. L’église du Bon Jésus, dans laquelle il se trouve, estime grande église très pauvre, très délabrée, très dénudée. Le grand saint n’y est pas, comme ses collègues de gloire saint Ignace et liOiiis de Gonzague à Rome, dans une basilique de marbre et d’or. Mais son immortalité est la même, et le lieu de son repos est bien choisi. Le conquérant des âmes dort sur le champ de bataille, au milieu de ses conquêtes. Et quand les cloches appellent les fidèles de Goa â l’office et à la prière, il leur semble entendre la clochette avec laquelle l’humble religieux appelait autour de lui les indigènes pour le catéchisme, pour la prière, pour l’aumône. Les libres penseurs nient les miracles opérés après la mort de Xavier; mais peuvent-ils nier le miracle d’un pauvre prêtre convertissant, à lui tout seul, des milliers d’Hindous à la foi chrétienne ?

Sur le tombeau de Xavier en marbre, et d’une grande magnificence, des bas-reliefs représentent des épisodes de sa vie. Il y avait des richesses dans l’église autrefois : le marquis de Pombal les a pillées.

Après, visite à San-Cajetano, église qui tient à l’ancien palais du gouverneur. La vieille cathédrale est une vaste église en pierre, un peu lourde et très pauvre. Monseigneur fut reçu sous un dais. Tout le clergé est noir, excepté les familiers de l’archevêque, qui sont Portugais, et le recteur du séminaire de Rachol.

Il y a un couvent de religieuses, où il n’y en a plus qu’une très vieille de la fa mille du capitaine Lorena. Le gouvernement portugais a prohibé ce couvent. La vieille religieuse parle le portugais des vieux livres de messe.

Les ingénieurs anglais offrirent un lunch au prince dans les chantiers de construction du chemin de fer. Il s’y est rendu accompagné de M. Cordeiro et des deux capitaines.

Après le déjeuner, les ingénieurs anglais lui ont montré, en détail, tous les chantiers du chemin de fer, ils ont fait manœuvrer devant lui les machines, l’ont fait assister au lancement des blocs pour la consolidation du port. Celui-ci est appelé à donner une très grande importance à la rade de Murmungoa. On fait, en même temps, le tracé d’une grande ville, à laquelle on donne le nom de Vasco de Cama.

Rentré à la nouvelle Goa, appelée aussi Panyirn^ le duc de Madrid a donné un grand dîner d’adieu à ses hôtes, et s’est embarqué à neuf heures du soir sur le Cotch^ bateau dans le même genre que le Sharlis. Mais les autorités avaient fait aménager une cabine pour le prince. Le surlendemain matin, on était de retour à Bombay.

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