CHAPITRE XIII
Retour. — Quarantaine à Suez. — Arrivée au Caire. — Entrevue du prince avec le Khédive. — Excursion aux Pyramides. — Dans le désert de Saccara. — Le duc de Madrid s’embarque pour Livourne, le duc de Mecklembourg pour Trieste.
Le 1"" mars, à midi, la Bérénice leva Lancre, et les princes voguèrent vers rAfrique. i.e duc de Madrid ramenait une vingtaine de singes. A l’arrivée à Aden, le général gouverneur de la place envoya une lettre au duc de Madricl et au duc de Mecklembourg, leur exprimant ses regrets que des mesures sanitaires le privassent de l’honneur d’aller les prendre à bord et de les recevoir. En eflét, vingt-quatre heures après le départ de la Bérénice de Bombay, le choléra a été déclaré aux Indes. La nouvelle en fut télégraphiée, et on ne laissa à Aden ni débarquer ni lecevoir des visites à ]jord.
A Suez, les princes durent subir une quarantaine de vingt-quatre heures; ils la passèrent à bord. Débarqués à huit heures du matin, ils prirent à dix heures le train pour le Caire. Ils traversèrent le champ de bataille de Tell-el-Kébir. L’emplacement des batteries et des tranchées était encore parfaitement visible.
Ils descendirent au Neio-Hotel^ hôtel européen. Le lendemain, le comte de Sala-Pacha, général de brigade, premier aide de camp du Khédive, se présentait à l’hotel pour souhai- ‘ ter la bienvenue aux princes de la part de Son Altesse, et leur dire qu’elle les recevrait le lendemain à onze heures du matin. En effet, les princes y sont allés accompagnés par le comte de Sala. Ils ont été reçus à la porte du palais par les deux grands maîtres des cérémonies, Kalil-Pacha et Tonino-Bey. Le Khédive vint à la porte de ses appartements. Il les a fait entrer, ainsi que M. Melgar, chambellan du duc de Madrid, et le baron Durenthal, consul général d’iVllemagne. Aussitôt des domestiques apportèrent des chibouques ornées de pierres précieuses. Le café fut servi dans de petites tasses dont les sou-
coupes en or sont incrustées de pierres précieuses.
Tawfick-Pacha, fils dlsmaïl, est plutôt petit que grand, il est très blond, très blanc de peau, avec des yeux noirs. Il est fort et a un air de grande douceur. Il cause très affablement avec des apparences de timidité qui le rendent très sympathique. Il ne cacha pas ses angoisses patriotiques au sujet de la crise que traverse l’Égypte.
En sortant, les maîtres des cérémonies ont averti les deux chambellans qu’un quart d’heure après Son Altesse irait à l’hôtel rendre aux princes leur visite. Une escorte de cavalerie accompagna le Khédive. Il avait avec lui Kalil-Pacha. Pour le recevoir on avait tendu un tapis rouge depuis la rue jusqu’à l’appartement des princes. Sa visite dura une demi-heure. 11 invita les princes à dîner pour le lendemain. Ayant entendu dire que la duchesse désirait monter sur un chameau, il dit qu’il enverrait son chameau de prédilection. Il mit aussi à la disposition des princes
DON CAliLOS
son grand yacht de plaisance. Construit par Ismaïl à l’occasion de rinaiiguration du canal de Suez, il est tout en bois précieux avec de ravissants cabinets de toilette, salons, salle à manger ; toutes les chambres sont tendues en étoffes précieuses. Les boutons de porte et les serrures .sont en argent massif.
On fit une excursion aux pyramides. Les princes escaladèrent la pyramide de Chéops ; la duchesse arriva la ])remière. La seconde excursion eut pour but, dans le désert de Saccara, de contempler le tombeau du bœuf Apis et les admirables découvertes de Mariette-Bey.
Les princes utilisèrent le yacht du Khédive et parcoururent le Nil, pendant deux heures, avec le comte et la comtesse de Sala • et le baron Durenthal. Le tombeau du calife et Y arbre de la Vierge ne furent pas oubliés, ni le parc français pour l’élevage des autruches non plus.
Le 24, le duc de Madrid s’embarqua, à neuf
heures et demie du matin, sur YÉrymanlhe des Messageries françaises, pour gagner Naples et de là Viarregio. Le duc et la duchesse de Mecklembourg prirent, sur un bateau du Lloyd, la direction de Trieste.
Tel est le récit fidèle du voyage que le duc de Madrid a accompli aux Indes. C’est un événement dans Thistoire des voyages. Le rang, le caractère de l’auguste voyageur lui ont permis de voir et de bien voir.
Le duc de Madrid, on a pu le voir par mon récit, qui est le sien, a pris des notes avec un soin et une intelligence rares. Quant à moi, il m’a tellement intéressé que je me suis passionné pour les questions indiennes, et qu’à côté du voyage royal, dans le livre que je prépare, j’exposerai les idées que je me suis faites sur l’Inde au point de vue historique, artistique, et aussi religieux, en écoutant le duc de Madrid.
Le caractère du récit du duc de Madrid n’échappera pas aux catholiques de tous les pays.
En Espagne, il sera comme un nouveau témoignage de la piété, de la dévotion, de la foi du petit-fils des rois très chrétiens, des rois catholiques.
APPENDICE