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CHAPITRE XV

RACES SGYTHTQUES OU TURANIENNES

Presque toutes les populations non-aryennes de ITnde appartiennent à la race scythique ou turanienne.

Le savant Max Müller divise la famille des langues turaniennes en deux branches principales : celle du Nord, qui comprend les dialectes tamouls, mongoliques, turcs, samoyèdes, finnois et ouraliens; et celle du Sud, dans laquelle il place les dialectes qu’il appelle laïques ou siamois, malais, gangétiques, etc.

LTinité de grammaire, de déclinaison, de conjugaison et de syntaxe, l’identité des racines qui se retrouvent les memes dans

toutes les langues, démontrent qu’elles ont toutes une origine commune, et que les peuples qui les parlent appartiennent tous à la meme race. En même temps, les diversités qui les distinguent les unes des autres indiquent clairement que les peuples sont venus successivement s’établir dans l’Inde. Enfin, leur indépendance à l’égard du sanscrit, quoique dans la suite des temps elles lui aient emprunté un grand nombre de mots, prouve qu’elles existaient avant l’arrivée des Aryas.

Plusieurs font descendre les Scythes ou les Turaniens de Cham, les mettant en opposition, comme Cliamites, avec les Aryas et les Turaniens descendants de Japhet. Selon d’autres, et c’est probable, dit le savant évêque Laouênan, ils sont enfants de Japhet comme les Aryas. Le père des Aryas et des Turaniens serait Madaï, troisième fils de Japhet, tandis que celui des Scythes ou des Turaniens serait Magog, deuxième fils du même patriarche.

Les Turaniens portent le nom, dans flnde, de Siuiras^ artisans, ouvriers, manœuvres. C’est une race déjà bien supérieure aux pn-

rias. D’ailleurs, avec les bienfaits du christianisme et de la civilisation européenne, les parias eux-mêmes sont sortis en partie de leur misérable position (1).

Mes lecteurs ne s’attendent pas à ce cpie je leur décrive les mœurs de ces innombrables tribus. Je citerai, cependant, un trait qui indiquera la férocité des Garrows.

Lorsqu’une querelle, dit Laouënan, s’élève entre deux Garrows, le plus faible s’enfuit sur une montagne éloignée pour échapper à la vengeance de son antagoniste. L’un et l’autre plantent immédiatement un arbre appelé chatakcir : il produit un fruit aigre. Ils font le serment solennel de profiter de la première occasion favorable pour se couper réciproquement la tête et la manger avec le jus de ce fruit. Une génération s’écoule quelquefois avant qu’ils aient pu exécuter leur menace; en ce cas, l’inimitié est transmise

(1) Voici ies noms des tribus aborigènes de race turanienne : — — celles de Sirmour, de Konawar, du Népal, du Rhutan, les Garrows, les Abors, les Mihsmis, les Nayas, les Paharias (qu’il ne faut pas confondre avec les parias), les Khassyas ou Cassias, ies Cacharis, les Khukis. Il faut y ajouter les Jats ou Djhats du Pandjab et du Rajputana, les Palindas qui comprennent les Kôles, les Khunds, les Suars, les Bhills, et enfin celles du Deccan, du Guzarat, du Koukan, de la côte de Malabar.

comme un héritage aux enfants. Le parti qui réussit, ayant coupé la tête de son adversaire, convoque ses amis, fait bouillir la tête avec le fruit de l’arbre, mange le premier une portion de cette horrible sauce et distribue le reste entre ses convives. Alors l’inimitié est éteinte et l’arbre est coupé.

Terminons ce court aperçu sur les races turaniennes, en citant ces réflexions judicieuses de Hunter :

(( Les races nonaryanes, dit-il, ont toujours été représentées sous des couleurs défavorables. Les écrivains sanscrits les dépeignent comme des démons noirs^ sans nez, de petite stature et usant dun langage non articulé. Dans les deux grands poèmes épiques (1) et dans les Purânas, elles sont appelées rakshasas ou démons. Mais, durant les luttes qui eurent lieu entre la civilisation brahmanique dégénérée et les premiers temps impétueux de l’Islam, les princes hindous découvrirent la valeur de ces races aborigènes. Beaucoup de ces nobles chefs aryas ne purent maintenir leur indépendance qu’en s’alliant à elles;

(1) Le MaliâbJiârata et le lîamai/cwa.

d’autres fondèrent de nouveaux royaumes parmi les populations des forêts. Encore aujourd’hui, quelques-unes des tribus présentent une portion noire, vivant côte à côte et mêlée avec une portion au teint plus clair, issue du mélange des réfugiés avec des femmes aborigènes. Plusieurs princes indiens, et des plus grands, doivent se soumettre à une singulière cérémonie en montant sur le trône. Ainsi l’investiture du rajah rajpute du Mairwar n’est point complète jusqu’à ce qu’un de ses sujets aborigènes, un Mina, ait tracé sur son front un point rond avec du sang tiré de l’orteil d’un autre Mina. Sans cette reconnaissance formelle de son autorité souveraine^ il ne peut compter sur l’obéissance de ses sujets non aryas. Mais une fois qu’elle est accomplie, leur fidélité est absolue; ils ont la garde du palais et du trésor; ils tiennent entre leurs mains la sécurité personnelle du prince, et fournissent la seule escorte à laquelle, quand il sort, il confie l’honneur de ses femmes et de ses filles Le rajah d’Udeypur, (pii tient, })our fantiquité et la pureté de son origine, le premier rang parmi les souverains natifs de l’Inde, rend le même

hommage aux traditions de ses sujets aborigènes; avant qu’il monte sur le trône, son front doit être marqué du sang d’un Bhill. Dans rinde centrale, les petits souverains reçoivent également l’investiture par le sang d’un Kôle. »

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