‹ Don Carlos dans les IndesChapitre 25 sur 58 · LE BRAHMANISME · texte numérisé non relu

LE BRAHMANISME

Le brahmanisme a une sorte de dieu unique nommé Brahrn. Il ne faut pas le confondre avec Brahma, la première personne de la trinité indienne ou Trimurti, A propos de cette Trimurti, la mauvaise foi des ennemis du christianisme éclate avec la plus rare ignorance. Ils prétendent que Tidée de cette trinité n’existe pas dans le Rig-Véda, le livre le plus ancien, le plus révéré de la religion brahmane. — « En vain on chercherait, dit Langlois, dans le Rig-Véda, au milieu de la multiplicité des rapports établis entre tous les dieux, la notion de la trinité (1). » Les trois personnes divines, il est vrai, s’appellent

(1) Introduction au Rig-Véda.

DON CAIILOS

alors le Feu, liiidra l’air, et Vichnoii le soleil; nous, n’en sommes pas encore à Brahma, Viclmou et Si va. Mais, dans ces dénominations primitives, le philologue et le théosophe de bonne foi trouve des preuves écrasantes d’un mystère expliqué par saint Augustin, saint Ambroise et Bossuet, avec des données d’une moindre valeur. Car Vichnou, en lui donnant la signilication de soleil, n’est-il pas le symbole le plus éclatant du fils engendré du père, le père étant le feu ? Et Rudra, le chef des vents, \e pleureur^ le génie de la tempête gémissante, n’est-il pas l’esprit saint ? N’est-il pas l’image de ce vent violent qui souffla, au cénacle, sur les apôtres? N’était-ce pas là la vraie tempête sacrée et gémissante?

— Dieu est, il se connaît, il s’aime; faine est, elle se connaît, elle s’aime. Semblable au Père, elle a l’étre ; semblable au Fils, elle a l’intelligence ; semblable au Saint-Esprit, elle a famour. « Il ne faut donc rien concevoir, dit Bossuet, d’inégal ni de séparé dans cette trinilé adorable; et, quelque incompréhen- ’ sible que soit cette égalité, notre àme, si nous l’écoutons, nous en dira quehjue chose.

Elle est; et quand elle sait parfaitement ce qu’elle est, son intelligence répond à la vérité de son être; et quand elle aime son être avec son intelligence autant qu’ils méritent d’être aimés, son amour égale la perfection de l’iin et de l’autre. Ces trois choses ne se séparent pas et s’enferment l’une l’autre : nous entendons que nous sommes, et que nous aimons ; et nous aimons à être et à entendre. Qui le peut nier, s’il s’entend luimême? Et cependant une de ces choses n’est pas meilleure que l’autre, mais les trois ensemble ne sont pas meilleures qu’une d’elles en particulier, puisque chacune enferme le tout, et que dans les trois consiste la féliché et la dignité raisonnable. Ainsi et infiniment au-dessus est parfaite, inséparable, une en son essence, et enün égale en tous sens, la Trinité (jue nous servons et à laquelle nous sommes consacrés par notre baptême. » (Bossuet, Disc, sur l'Hist, univ.., seconde partie. — La piété de la religion.^ œuvres complètes. Guérin, Bar-le-Duc, tome IV, page 180.)

Ce que les indianistes incroyants veulent détruire, c’est cette grande tradition de l’humanité qui affirme et corrobore toutes les

traditions du christianisme. — « Il n y a pas, dit Joseph de Maistre, un dogme chrétien qui n’ait sa racine dans la nature intime de l’homme, et dans une tradition aussi ancienne que le genre humain (1). »

Longtenips après l’époque où furent écrits les premiers Védas, la Trinité indienne est fixée définitivement. Et il est probable que, telle quelle est aujourd’hui, elle leur est venue de la Grèce, de l’école de Platon. On ne découvre d’ailleurs dans les livres hindous qu’un tissu de contradictions sur la Trimurti. Ils ne sont d’accord que sur les ‘ scélératesses, les crimes et les débauches infâmes de Brahma, de Vichnou et de Siva. La première de ces aimables divinités crée, la seconde conserve, la troisième détruit.

Voici le nom des principales divinités de l’Olympe indien. Je ne ferai pas â mes lecteurs l’injure de leur faire observer que c’est

(1) Soirées- de Saint-Pétersbourg .

à la fois le panthéisme et le polythéisme le plus complet : ce sont Indra, Mitra, Varuna, Agni, Yama, Matariswan (Rig-Véda). Mais de toutes les divinités du panthéisme indien, celle qui réunit dans sa personne le plus grand nombre des qualités divines, c’est Varuna, le dieu du ciel, de l’Océan, des nuages. « De tous les accidents du temps, de tous les points de l’espace, de toutes les parties des éléments, il (le brahmanisme) fait, dit Langlois, des êtres divins ; il en fait du sacrifice lui-même, du prêtre qui l’offre, de la prière, de la libation, des rites qui la composent, tout s’anime de la vie qui est en Dieu ; tout reçoit une personnalité qui est l’ouvrage de l’homme. »

Les Saktis, ou énergies femelles, sont les femmes et les maîtresses des dieux; Rhada, la maîtresse préférée de Krichna, et l’horrible Kâli.

Et puis, il y a les démons : les Rakshasas, les Pishasas, les Asuras. Ils descendent, comme les autres dieux, de Brahma luimême.

Le brahmanisme n’a pas inventé le culte du démon, celui du serpent, celui du Lingam

et du Yoni (1), les sacrifices humains et la polyandrie; mais il les a d’ahord tolérés, puis acceptés. Le catholicisme, je le répète, rejette de son sein tout ce qui n’est pas saint, pur, moral, honnête; le brahmanisme convoque, pour célébrer Bralim et son Trimurti, tous les sacrilèges, les infamies et les inepties de l’histoire humaine. En commentant la légende horriljle de Sunahsépla, rapportée avec de légères variations par le liamayana, le Bhâgavata et le Vayu-Puraiia, Max Müller fait remarquer {Ancienne lütérciture sanscrite^ page 415) que, « avec toute la civilisation si vantée des classes les plus élevées parmi les Aryas, il s’est trouvé, dans l’Inde, des Aryas auxquels un jeune prince a pu offrir d’acheter leurs enfants pour les sacrifier, et, ce qui est plus étrange, que le père lui-même s’est présenté pour lier et immoler le fils qu’il avait vendu pour cent vaches. )>

Les Brahmes, volontairement ou involon-

0) Les attri))uts des sexes.

tairement, ont trahi la cause de Dieu, de la vérité, de la justice dans les Indes. Prêtres d’une religion à mille faces aussi odieuses que grotesques, ce sont eux qui ont mérité entre tous cette éloquente apostrophe de saint Paul :

(( — Ils ont connu ce qui peut se découvrir de Dieu; car ce qu’il y a d’invisible en Dieu est devenu visible par le moyen de ce monde créé, et peut être compris par la connaissance que ses créatures nous en donnent; sa puissance éternelle et sa divinité meme éclatent dans ses œuvres, ilussi sont-ils inexcusables, parce que, ayant connu Dieu, ils ne l’ont pas glorifié comme Dieu et ne lui ont pas rendu grâces... Mais ils ont prostitué l’honneur et la gloire, qui ne sont dus qu’au Dieu incorruptible, à des images d’hommes corruptibles, d’oiseaux, de quadrupèdes, de serpents » [Ad Rom,^ I, 19-28).

Saint Paul aurait ajouté en s’adressant aux llrahmes :

(( — Vous avez toléré, encouragé les sacrifices humains, les hideux sattis; le Jupiter des Grecs et des Romains lui-méme fait honte â votre Rrahma; car un prêtre ayant offert

une victime humaine au roi des dieux fut changé en loup. Et il est très probable que c’est vous qui les avez enseignés au monde païen. Les Grecs, les Celtes, les Tyriens, les Ghananéens vous les ont empruntés. »

Certes, les hommes primitifs se sont crus coupables, a Les institutions générales, dit de Maistre, furent fondées sur ce dogme, en sorte que les hommes de tous les siècles n’ont cessé d’avouer leur dégradation primitive et universelle. » 11 était également dans la tradition humaine que « le ciel, irrité contre la chair et le sang, ne pouvait être apaisé que par le sang

Mais cette tradition, inspirée par le crime et la terreur, le Dieu de Moïse et le Dieu de l’Évangile l’ont foulée aux pieds. Dieu n’a autorisé qu’un sacrifice humain, celui de l’Homme- Dieu, pour sauver le monde. Et si Moïse, comme législateur, ordonne ou plutôt tolère les sacrifices d’animaux, c’est parce qu’il savait qu’être trop exigeant à fégard d’un peuple d’une férocité légendaire aurait été la compromission de son œuvre de régénération religieuse et sociale.

On (comprend qu’avec le dogme du sacri-

fice par le sang humain, il n’y a qu’un pas pour confondre un ennemi avec un coupable. Les Brahmes devaient aller plus loin encore. Du sacrifice humain, du sang des veuves et des jeunes filles, il devait sortir une source infâme de richesses pour eux et leurs sectaires. On brûlait les veuves pour enrichir les collatéraux, et, quant aux filles, on les égorgeait pour n’avoir pas de dot à leur donner. Gomme le voyageur et écrivain italien Mantegazza demandait à un Radjpute le pourquoi du meurtre de ces pauvres enfants : — (( Avez-vous des dots â nous donner? » répondit-il.

On lit dans le Ihulliiradhyaya^ traduit du Calica purana, nommé aussi le Chapitre sanglant : — « Le sacrifice d’un homme réjouit la divinité pendant mille ans, et celui de trois hommes pendant trois mille ans. »

A l’époque où le gouvernement anglais s’interposa entre ce peuple malheureux elles abominables entreprises des Brahmes, on brûlait trente-cinq mille veuves par an, et on égorgeait deux cent à deux cent cinquante mille petites filles. Mais les Anglais ne sont pas encore les maîtres absolus du terrain

et, dans les forets, les montagnes, clans les tribus qui vivent écartées, les sacrifices et les assassinats continuent au nom de cette horrible trinité de bandits, dont fun, Siva, dit Mantegazza, faisait des propositions sodomiques à Luckcliee, dont fautre, Brahma, voulait avoir sa fille pour maîtresse, et dont le troisième, Krichna, vivait avec la femme d’un autre. Et voilà ce que des historiens sans foi ont osé comparer à la Trinité chrétienne : le Père du Décalogue, le Fils du Calvaire, l’E^sprit de toutes les œuvres qui, du nord au midi, de l’orient à foccident, dans le monde visible comme dans le monde invisible, inspire et sanctifie l’œuvre du Père.

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