‹ Don Carlos dans les IndesChapitre 27 sur 58 · LIVRES SACRÉS DU BRAHMANISME · texte numérisé non relu

LIVRES SACRÉS DU BRAHMANISME

Les livres sacrés sont les Védas, du mot Vid, savoir, et les lois de Manou. Les Védas sont divisés en quatre livres : le Rig-Véda, le plus ancien de tous, le Sama-Véda, le Yadjur-Véda, et TAtharva-Véda. Je m’occuperai seulement du Rig-VédO; et des lois de Manou. Le Rig-Véda un composé d’hymnes sans aucune valeur poétique : leur valeur mythologique et historique n’est pas plus grande. Excepté un hymne à T Aurore, fort beau, et des hymnes à Pridjapati et à Paramatma(au Dieu créateur et à l’âme suprême), qui sont, les deux derniers, absolument interpolés, les hymnes du Rig-Véda ne sont que des invocations de sauvages de T île de Robinson Grusoé. Cependant le Sôma, boisson eni-

vrante dont les Hindous faisaient un fréquent usage, les inspire un peu mieux ; et sur les 115 hymnes du Sôma dont, bien entendu, les hrahmes font un dieu, il y en a trois ou quatre où l’on trouve de l’enthousiasme. Après le dieu boisson, Sôma, ce sont Indra, Agni et les Aswin (les deux crépuscules) qui sont le plus souvent chantés dans le Rig- Véda. Les commentaires du Rig-Véda et des Védas s’appellent : les Brahmanes, les Pulinas, les Sutras, les Upanischads. Quant à l’ancienneté des Védas, on peut, dit Laouënan, leur appliquer ce que dit le savant Eugène Rurnouf de toute la littérature ancienne de l’Inde : — « C’est comme par un acte de foi que nous croyons qu’elle est ancienne; car, parmi tant d’ouvrages, on n’a pas encore rencontré de livres historiques... A ces preuves si variées et si frappantes d’une longue culture, il manque la preuve même de leur ancienneté, l’indication de leur date. ))

— Geylan, toute seule, dit Barthélemy

Saint-Hilaire [Journal des savais, mars 1866), Ceylan, toute seule, a, dans le monde de l’Inde, des annales régulières et qu’on pourrait presque appeler de l’histoire. Partout ailleurs l’histoire est absente, ou, si elle tente de se montrer, elle est tellement défigurée qu’elle est absolument méconnaissable. Qui peut découvrir, sous les légendes des épopées des Brahmanes, des Puranas, une tradition historique ? Quelque complaisance d’interprétation qu’on y appoite, qu’est-il possible d’en tirer d’un peu précis, d’un peu réel? Les plus grands événements de la société brahmanique se sont effacés dans une nuit impénétrable, et, malgré les efforts de notre érudition si puissante et si sûre, nous devons à jamais désespérer de ressusciter ce passé anéanti par ceux-là mêmes qui en furent les acteurs. L’Inde n’a pas voulu sortir de ses rêves; nous ne pouvons pas historiquement révoquer de son tombeau. »

Il n’y a pas de date certaine dans l’Inde avant Alexandre : c’est l’opinion générale des indianistes.

Pour donner une idée de la véracité des annalistes indiens, je citerai, d’après Laouë-

nan, le fait suivant : Le capitaine Wilfort faisait de grandes recherches pour mettre un peu d’ordre dans ces chronologies extravagantes des dynasties solaires et lunaires, si fameuses dans l’histoire de l’Inde antique. 11 employait à grands frais un pandit ou savant, qui passait pour être un homme très loyal, très honorable. Le capitaine s’aperçut bientôt que ce pandit n’hésitait pas à inventer des noms et à les insérer entre ceux des héros les plus célèbres, afin de grossir les listes et d’en mieux établir l’antiquité! Interrogé sur cette pratique déloyale, il répondit ingénument que telle avait été toujours la coutume de ses prédécesseurs.

Les lois de Manou portent les noms de Manava-Dharma-Sastra. Ce livre est comme le Pentateuque indien.

Son auteur prétendu est Manou, le fils de Brahma et la personnification humaine de ce dieu, le premier père du genre humain, la divinité ([ui préside au Kalpa ou création

actuelle de Tunivers. Les livres sanscrits supposent que la durée totale du monde se compose de quatorze Mamvantaras ou périodes de temps, dont chacune est présidée par un Manou. Chaque Man wan tara comprend soixante et onze fois le chiffre des années attribuées aux quatre Yugas^ ou soixante et onze fois trois cent six millions sept cent vingt mille années humaines ; d’où il suit qu’un Kalpa, qui correspond à un jour de Brahma, compte quatre milliards deux cent quatrevingt-treize millions quatre-vingt mille (4,293,080,000) années humaines. A la fin de chaque Manwantara, il se fait une destruction ou déluge ; après quoi l’ordre des créatures se rétablit. Six de ces périodes sont déjà passées, nous sommes dans la septième. Il en reste encore sept à venir après celle-ci; alors un jour de Brahma sera écoulé. Mais comme ce dieu doit vivre cent ans, et que chacun de ses jours représente la somme fabuleuse que nous venons d’indiquer, nous arrivons à 4,293,080,000 X 100 X 365, plus de 150,000,000,000 d’années (1).

(1) Laouenan.

DON (’.ARLOS

Manon, c’esl le rnens des Latins, le mein des Allemands, le man des Anglais, le mannum des Germains. — (c Célébrant Gerniani, dit Tacite, carminihus antiqim {quod unmn apnd illos m.e7noriæ et annalium genns est) Tuistonem deum terra editnm et fllinm Mo, n- ^ num origineni gentis cond/dores([ue » [Germa7iia^ cap. II).

Le Manava-Dhanna-Sastra a été rédigé entre le cinquième et le septième siècle après J. C. Les analogies si frappantes qui existent entre le Manava-Dharma-Sastra et le Pentateuque de Moïse ne doivent donc pas inquiéter la foi chrétienne, (c S’il y a eu emprunt, dit Mgr Laouënan, comme il est impossible d’en douter, ce sont les auteurs du Recueil qui ont copié Moïse, et non Moïse qui a imité le législateur indien. »

11 en est de même pour les légendes de Salivâhana, de Mandaviah ou Sulastlia et de Krichna, auxquelles, après coup, les écrivains brahmanes ont donné une couleur de ressemblance avec la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Relativement à la légende de Krichna, l’ignoranceet non la mauvaise foi du jésuite le

P. Calmette a fourni une arme à cette école haineuse de faux savants, qui accepte, les yeux fermés, toutes les absurdités, toutes les extravagances quand il s’agit d’une religion qui n’est pas celle de Jésus-Christ, mais qui fait flèche de tout bois pour combattre la foi chrétienne.

Le P. Calmette a traduit maladroitement el contre toute vérité le mot Vishnu Jësiichi par Vishnou Jésou. — « Au reste, dit le plus érudit des indianistes, l’éloquent Mgr Laouënan, aucune langue de l’Inde, antérieurement à rétablissement du christianisme dans ce pays, ne possède le mot ïesii et encore moins le Jezeus de M. Jacolliot, qui a bâti sa fable sur cette erreur grossière et regrettable. ))

Mais l’illustre éveque aurait dû ajouter que tous les ouvrages des P>rahmes ne sont qu’une encyclopédie de mensonges enseignée à leur bénéfice, un tissu de faussetés, d’extravagances, une théogonie monstrueuse; qifen buvant à la coupe d’une science faussée et empoisonnée, le peuple indien a traversé les siècles

dans un état honteux d’ivresse et de débauche morale et physique. Tout ce qu’on peut leur accorder, c’est d’avoir été habiles, heureux surtout; car, au jeu sacerdotal et social qu’ils ont joué, ils risquaient chaque jour leur existence comme caste, et, comme hommes, ils - jouaient Tindépendance du peuple indien.

Leur moralité n’a jamais existé ; et quant à leur soif du lucre et à leur cupidité, elles sont sans limites. Les rois et le peuple sont exploités par des prêtres souvent indignes. Les lois de Manou, qu’ils ont fabriquées à leur profit, ordonnent aux princes de léguer aux Brahmes leurs propriétés personnelles. Ceux qui touchent aux biens de l’fjglise passeront soixante mille ans dans un ver d’excrément. Ils déterrent continuellement des plaques de cuivre qu’ils oxydent au préalable. « A la stupéfaction générale, on y lit que le dieu Krichna ou autre leur a accordé, il y a deux ou trois mille ans^ les terrains qu’ils convoitent. »

La religion hindoue a des traditions sur Lieu, sur Taine, sur le ciel, sur Tenfer, sur le déluge. Ce dernier événement, rapporté par Manom a de grandes analogies avec le même événement raconté par Moïse. Mais « la tradition du déluge universel, dit Bossuet, se trouve par toute la terre... Plusieurs autres circonstances de cette fameuse histoire se trouvent marquées dans les annales et dans les traditions des anciens peuples. Les temps conviennent et tout se rapporte autant qiTon pouvait Tespérer dans une antiquité aussi reculée )).

Mais toutes les ressemblances que Ton trouve entre le Manava-Dharma-Sastra et la Bible sont le produit d’impostures et d’interpolations du compilateur. C’est encore Bossuet qu’il faut écouter à ce sujet. L’aigle de Meaux n’avait pas besoin d’avoir lu les manuscrits du Népal pour pressentir et enseigner la vérité.

(( — C’est pourquoi, dit-il, on voit tout venir de ces terres toujours habitées, où les fondements des arts demeurent en leur entier, et là meme où Ton apjirenait tous les jours beaucoup de choses importantes. La

connaissance de Dieu et la mémoire de la création s’y conservèrent, mais allaient s’affaiblissant peu à peu. Les anciennes traditions s’oubliaient, s’olDscurcissaient. Les fables cpji leur succédèrent n’en retenaient plus que les grossières idées ; les fausses divinités s’y multipliaient : c’est ce qui donna lieu à la vocation d' Abraham. »

On peut citer quelques belles strophes d’un sutra ou hymne philosophique hindou. Mais nous sommes bien loin des merveilles de la Bible ; car rien dans les livres sacrés, ni dans les poèmes indiens, n’approche, dit Max Millier, du moins beau des chants de David ou des prophètes. Il y a cependant du souffle et de l’inspiration.

11 résulte de tout ce (lui précède qu’aucun des livres sacrés du brahmanisme n’a pu

inspirer ou servir de modèle à Moïse. Le récit du déluge, dans les livres hindous, ressemble à celui de la Genèse. Mais ne tombe-t-il pas sous le sens que riiumanité tout entière a recueilli des traditions générales et primordiales qui sont le secret et l’apanage de toutes les races d’Adam? En outre, le livre qui renferme le récit du déluge, le Satapa-Brahmana^ est postérieur de plusieurs siècles à celui de Moïse. Il en est de même pour les doctrines dePythagore et d’Aristote, que l’on a cru trouver dans le Nyaya et le Védanta. Il n’y a que l’école éclectique d’Alexandrie, postérieure à l’établissement du christianisme, qui a recueilli quelques-unes des doctrines de la philosophie indienne pour combattn^ le christianisme. Mais le christianisme est invincible : Brahma et le Bouddha ont vu leurs croyants chaque jour déserter leur foi, et le christianisme, le catholicisme à sa tête, augmente dans des proportions qui doivent ras surer ceux qui aiment l’humanité, qui ne peut être sauvée que par la croyance et la civilisation chrétienne.

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