‹ Don Carlos dans les IndesChapitre 29 sur 58 · LE BOUDDHA · texte numérisé non relu

LE BOUDDHA

Le Bouddha, qui, malgré l’opinioii de Wilson et de plusieurs indianistes, a parfaitement existé, vivait, et ceci est invinciblement démontré, entre 543 et 470 avant J. G. Le Bouddha, la neuvième incarnation de Vichnou, mais une incarnation trompeuse, était fils de Suddhodana, roi de Kapila-Vistu, de la caste des Kshatryas, de la tribu des Gaütanas et de la famille des Sakias. De là ses titres de Gaütana-Singha et de Sakia-Muni (le livre des Gaütanas, le sage des Sakias). Sa mère Mayadevi (la déesse de l’illusion) mourut huit jours après l’avoir mis au monde. 11 fut élevé par sa tante maternelle, qui était devenue l’épouse du roi son père. Le Lalita-Vistara, livre bouddhiste, raconte une série fantastique de miracles et de pierveilles sur cet enfant divin. Seulement

le Lalita-Vistara a été écrit après Tère chrétienne, et ce n’est qu’une rapsodie mensongère de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

L’enfant royal croissait en beauté et en sagesse ; mais on remarquait chez lui une mélancolie précoce que rien ne pouvait distraire. Devenu adolescent, sa tristesse innée, la profondeur réfléchie de son caractère, ne firent qu’augmenter. Évidemment, on se trouvait en présence d’un être extraordinaire, marqué par Dieu du sceau de la sainteté, de la grandeur ou de l’étrange. Absorbé par la méditation du problème de la vie et de la mort, il répétait souvent : « Rien n’est stable sur la terre, rien n’est réel. La vie est comme une étincelle produite par la friction de deux morceaux de bois : elle s’allume et s’éteint. Elle est comme le son d’une lyre, et l’homme sage demande en vain quelle est son origine et quelle est sa fin. 11 doit exister quelque intelligence suprême, dans laquelle nous trouverons le repos. Si je pouvais y alteindre, j’apporterais la lumière aux hommes; si j’étais libre moi-méme, je pourrais délivrer le monde entier. »

Plusieurs circonstances qu’il serait trop

long de raconter déterminèrent sa vocation et son abandon final de la vie du siècle et des honneurs de la royauté. Voilà quel fut le moment vraiment psychologique de sa destinée.

Un jour il aperçut un mendiant dont l’aspect calme et paisible le frappa. — « Quel est cet homme? » demanda le prince. — « Seigneur, lui répondit-on, cet homme est ce qu’on appelle un Bhikshu, un religieux mendiant. Il a renoncé volontairement à tous les plaisirs, à tous les désirs ; il mène une vie austère et essaie de se conquérir lui-même. 11 s’est fait religieux; sans passion, sans envie, il demande l’aumône. » — « Cela est bien, répliqua le prince ; la vie des religieux a toujours été louée par les hommes sages; elle sera mon refuge et celui des autres créatures ; elle nous conduira à une vie réelle, au bonheur et à l’immortalité. » Ayant dit ces paroles, il commanda de retourner au palais, ht ses adieux à son père, à son épouse, et, malgré leurs supplications, quitta le monde. Nous pourrions faire oliserver que la légende de saint Josaphat, plus ancienne que Lalita- Vistara, rapporte les mêmes détails sur ce

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saint ; mais peu importe, il est acquis que le Bouddha fut un sage, un homme de bien, dont la vie, sinon la doctrine, est irréprochable.

Il alla rejoindre un Brahme fameux qui réunissait autour de lui plus de 3ÜÜ écoliers. Sakia-Muni se surnomma bientôt lui-même Bouddha^ rilluminé, l’éclairé; puis il se rendit à Bénarès, l’Athènes indienne.il y exposa sa doctrine. Le plus illustre de ses disciples fut le roi Divodasa. Les livres brahmaniques racontent la conversion de ce roi de la façon la plus burlesque. Hostiles au bouddhisme, ils travestissent et dénaturent les faits; mais leurs efforts tournent contre eux-mêmes. En fixant certaines époques, ils mettent hors de doute qu’un très grand nombre d’hymnes du Rig-Véda ont été composés du temps de Bouddha. Et voilà encore la chronologie indienne qui croule sous le poids de ses fables et de ses invraisemblances.

La tribu des Sakias et la caste des Kshatryas se copvertirent au bouddhisme.

Sentant sa fin prochaine, Bouddha convoqua autour de lui les princes et les prêtres : — « Prêtres, leur dit-il, si vous avez quelques doutes sur les doctrines que je vous ai enseignées pendant quarante ans, je vous invite à les manifester à présent; autrement vous pourriez regretter plus tard de n’avoir pas profité de l’occasion de les exposer pendant que j’existais encore. Ou, si vous hésitez à me les communiquer et à me demander les explications nécessaires, confiez vos doutes les uns aux autres. »

Les prêtres ayant gardé le silence. Bouddha reprit: — ((Vous n’avez donc aucun doute sur lequel vous désirez être éclairés? Travaillez à votre délivrance avec diligence. Je vais au Nirvana; je vous laisse mes commandements. Les éléments de celui qni sait tou! vont se dissoudre; mais les trois pierres précieuses (c’est-à-dire la loi, la morale et l’assemblée) demeureront. »

En disant ces paroles, il expira tranquillement.

La crémation du corps se fit avec une pompe extraordinaire.

Après sa mort, comme i] n’avait rien écrit,

ses disciples recueillirent ses doctrines dans le Tripitaka (les trois corbeilles). Pour rendre hommage à la vérité, ces mêmes disciples témoignèrent une joie inconvenante d’être débarrassés de lui.

(( — Vénérés frères, ne pleurez plus ! leur 'dit le vieux moine Subadra, nous sommes heureusement délivrés du joug du grand Sramana (saint); nous ne serons plus ennuyés par ses éternelles répétitions. Nous pouvons désormais faire ce qui nous plaît et laisser de côté ce qui ne nous convient pas.»

Tel est le vrai Bouddha, le Bouddha souvent admirable et toujours respectable. Il n’a rien à faire avec les légendes ]3rahmaniques et celles de beaucoup de ses propres disciples. 11 n’est pas du tout prouvé qu’il crut en Dieu. Il garda un silence obstiné sur la divinité, et c’est là ce qui donna une puissance incroyable démultiplication à ses doctrines, puisque toutes les religions pouvaient les accepter. Mais, comme les Bralimes, pour

augmenter le nombre de ses adeptes, admettait-il les dieux élémentaires? N’est-ce pas insulter à la mémoire de cet illustre homme que de raconter des inepties sur son compte ? 11 serait allé, un matin, au Tragastrinsa, un ciel où il y avait trente-trois dieux. Après quoi il serait descendu sur la terre avec eux, chacun par un escalier séparé. Celui du Bouddha était en or, incrusté de pierres précieuses.

D’après d’autres, il aurait cru à un Etre suprême incarné en lui-méme. Il aurait été sa millième incarnation. Dans une existence précédente, étant le roi Sivika, il avait vu un pigeon attaqué par un faucon : il coupa un morceau de sa chair et la donna au faucon. Un autre jour il sacrifia mille fois sa tête pour nourrir de jeunes tigres. On n’est pas plus aimable. Tout ceci est absurde^ et n’a même pas le mérite de la création. 11 est certain que l’auteur de cette stupéfiante légende connaissait celle de saint François d’ Assise donnant son manteau pour racheter la vie d’un mouton.

La doctrine du Louddha est contenue dans ces quelques ligni3s.

La félicité suprême consiste dans la délivrance finale de la nécessité de renaître et l’absorption totale de faîne dans la divinité. Pour atteindre à cet idéal religieux que les , bouddhistes appellent Mnjana (le néant), il faut absolument travailler à éteindre en nous le désir d’exister. On y arrive, comme au palais de Versailles, par huit avenues sacrées et droites : une foi droite, une résolution droite, un langage droit, une droite manière d’agir, une vie droite, un droit effort, une pensée droite, une droite concentration en soi-même.

Le mot Nirvana désigne l’état dans lequel l’àme, dépouillée de son corps, est soustraite à la loi des renaissances. Pour y arriver, il faut anéantir complètement son esprit, sa pensée, ses désirs; sans cela, fâme ne meurt pas, et c’est à recommencer après la mort. (( C’est probablement pour indiquer ce dépouillement mystique pendant la vie, et réel après la mort, que certains bouddhistes osent vivre dans une complète nudité.

L’opinion que Bouddha par le Nirvmai en-

seigne le néant absolu est celle de Eug. Burnouf, Glough, Turnoiir, Schmidt, Bouleaux, Spence, Hardy, Wasilief, Barthélemy Saint- Hilaire. D’ailleurs le maître n’avait-il pas dit: « Tout phénomène est vide. Aucun phénomène n’a de substance propre. Toute substance est vide. Au dedans est le vide; au dehors est le vide. La personnalité elle-même est sans substance » ?

Le vide, qui répugnait si fort aux Grecs, était la conclusion suprême de Bouddha. Altier, audacieux disciple de Kapila, du même coup il anéantit Dieu, l’âme humaine et la nature elle-même transformée en une pure illusion de nos sens et de notre intelligence.

Quels qu’aient été les mérites du bouddhisme au milieu des populations corrompues de l’extrême Orient, il n’en repose pas moins sur des principes radicalement foux, puisqu’il a pour point de départ la négation de la nature et celle de Dieu même. — « S’il apprend â l’homme à dompter sa chair, à

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vaincre ses passions, à surmonter tout désir impur; s’il lui enseigne Tégaiité, la charité, l’humilité, il place devant l’humanité un idéal qui l’absorbe et détruit toutes les idées éternelles de sainteté, de vertu, de justice, de bonheur : la sainteté, la vertu, la justice ne .retournent pas à leur divin auteur ; non, tout cela a pour fin suprême le néant.

Le réformateur devait, d’ailleurs, éprouver lui-même plus que personne le besoin de repos, puisqu’il avait parcouru (toujours avec la bonne foi chronologique des Hindous), pendant des milliers de kotis, dont chacun se compose de dix millions d’années, toutes les existences de la terre, de la mer, de Lair, passé par toutes les formes animales, minérales et végétales, par toutes les conditions humaines : c’est du moins ce que nous apprend le Lalita-Vistara. 11 en résulte qu’il serait difficile de croire les légendes qui font naître Bouddha pur et immaculé, puisque la loi de la transmigration implique des crimes ou des actions mauvaises que l’on expie ou rachète dans des vies successives (1)*

(1) Encyclopédie du XIX’' siècle.

Maintenant, sans entreprendre une étude complète sur le bouddhisme, ce que nous espérons faire un jour, mettons en présence la seule vertu vraie du bouddhisme avec la vertu chrétienne correspondante.

Comparons le charité bouddhique et la charité chrétienne. La charité bouddhique est absolument passive. Elle s’abandonne, mais ne se donne pas. Il y a de la continence, delà résignation, deriiumilité; de la charité point. Si la charité a existé parfois dans le bouddhisme, c’est en dénaturant le bouddhisme, en sortant de sa nature, de sa doctrine. — « Arrivé à cet état (rextinction du désir), Thomme, dit M. Taine (première manière), semble dénaturé, pareil à une pierre, capable de tout souffrir, mais incapable de rien aimer. C’est justement dans ce renoncement parfait que la charité trouve sa racine. » Quel paradoxe ! Quelle erreur monstrueuse ! Dans cet anéantissement périssent à la fois Tégoïsme et raltruisme. La charité n’est pas un devoir dans le bouddhisme.

Un jour Bouddha se demanda si, oui ou non, il continuerait son œuvre de délivrance. Un sentiment de compassion lui fait prendre le parti de continuer ; mais il agit selon son bon plaisir, et non parce que sa conscience Vy force.

Vous aimerez Dieujjar-dessus toutes choses, et vos semblables comme vous-même pour V amour de Dieu. Voilà la charité chrétienne.

M. Taine prétend que la charité chrétienne est plus bornée, ])arce qu’elle ne s’étend pas aux animaux; moins métaphysique, en ce qu’elle ne s’appuie pas sur l’idée du néant universel. Inutile de discuter cette dernière assertion: elle ne soutient pas, une seconde, une discussion sérieuse. Quant à la première, il est clair que le christianisme, n’admettant pas la loi des transmigrations, ne met pas sur le môme rang l’homme et la bête. Mais encore là il y a erreur. Plus d’une fois le christianisme a élendu son aile de charité sur les animaux eux-mêmes. L’histoire de saint François d’Assise n’est pas isolée dans les annales de notre foi.

[1 n’en est pas moins vrai ([ue le bouddhisme a adouci les mœurs et a accompli un

acte de pacification sociale. Partout où il a régné, il a fait prédominer les affections bienveillantes sur les passions violentes.

(ç — Ce sont les apôtres du bouddhisme, dit Abel de Rémusat, qui, les premiers, ont osé parler de morale et de devoirs aux farouches conquérants qui venaient d’envahir et de dévaster l’Asie. Au temps de Gengis, une égale férocité distinguait les nations de race ' turque et celles de race mongole^ que la force avait réunies momentanément sous ses lois. Les premières sont toutes restées attachées à l’islamisme, et le fanatisme d’un culte intolérant n’a fait que renforcer leurs ha]3itudes turbulentes et leur disposition au carnage et à la rapine. Au contraire, les nations mongoles ont successivement embrassé la religion bouddhique, et le changement qui s’est opéré dans leurs mœurs n’a pas d’autre cause. Aussi pacifiques maintenant qu’ils étaient autrefois remuants et indociles, ils se livrent exclusivement au soin de leurs troupeaux. » Il en est de même au ïhibet. A Bangkok, ville de 400,000 âmes, il n’y a presque jamais de rixe.

D’après M. Taine, « le bon fleuve boud-

dliique » a répandu la bienveillance et rhumanité dans la vie sociale et domestique de TAsie. Je ne le nie pas. Mais les preuves données par Abel de Rémusat ne sont pas concluantes. A Florence, on ne se bat plus dans les rues à coups de poignard, comme au moyen âge, et pourtant la religion n’est pas changée. Dans une partie de la Chine, dans rAnnam, au Japon, où le culte de Bouddha est en honneur, les mœurs sont-elles moins féroces ?

Je quitte le Bouddha en suppliant mes lecteurs de se tenir en garde contre les impostures accumulées, non seulement par les Hindous, mais par les ennemis de la foi chré tienne. Tout ce qui a un rapport, une analogie quelconque avec le judaïsme, le christianisme, la hiérarchie, la discipline, les rites et les usages de TÉglise romaine, a été copié et pillé par les compilateurs brahmanistes el bouddhistes. Tout a été pris, jusqu’au pouvoir temporel des papes, dont la puissance terrestre du grand Lama est une copie servile.

N’oublions pas cfiie rincle a été en rapport constant avec la Judée, la Syrie, la Grèce, l’Égypte, l’Occident. N’oublions pas qu’il y a dans l’Inde des colonies juives plus anciennes que la plupart des livres saints hindous ; que l’apôtre saint Thomas a prêché le christianisme dans l’Inde avant que le Lalita-Yistara et le Gode de Manou fussent compilés ; que les papes envoyèrent, dès le premier siècle, des missionnaires dans l’Inde et en Chine ; qu’un des empereurs chinois s’est fait chrétien. N’oublions pas que, 500 ans avant Jésus-Christ, les Hindous pouvaient très bien ne pas ignorer cet édit de Darius le Mède : (c Que, dans tout l’empire de ma domination, tous craignent et révèrent le Dieu de Daniel; car c’est lui le Dieu vivant,, subsistant dans les siècles. Indestructible est son empire, et sa puissance n’aura pas de fin. C’est lui le vrai Libérateur et Sauveur qui fait des prodiges et des mer vailles dans le ciel et sur la terre » (Dan., ch. 0, v. 25-27;. — Un monument d’une importance cajiitale^ l’inscription de Si-Gau-Fou, ne prouve-t-il pas (ju’aux VIP et VHP siècles, le christianisme llorissait dans la Chine?

Le grand siège lamaïqiie des palriarclies Louddliistes dans le Thibet ne date que du temps de François L'L à une époque où tout à rentour des nations asiatiques entières étaient chrétiennes; c’est dans ces circonstances (( que fut fondé, au Thibet, dit Abel de liémusat, le nouveau siège des patriarches bouddhistes. Il est naturel qu’intéressés à augmenter le nombre de leurs sectateurs, occupés à donner plus de magnificence à leur culte, ils se soient approprié quelques usages liturgiques, quelques-unes de ces pompes étrangères qui attiraient la foule ; qu’ils aient meme introduit quelque chose de ces institutions de l’Occident que leur vanlaient les ambassadeurs du roi de France et du pape; que leur vantaient leurs propres ambassadeurs revenus de Lyon et de Rome, et que les circonstances les disposaient à imiter.

De là les monastères, le célibat, la tonsure, le bréviaire, les processions solennelles, les pèlerinages, une cour pontificale, etc. »

Concluons donc, avec le saint et éloquent Laouënan, que la vérité historique a été travestie; que, de tout temps, les doctrines, les traditions, le culte et forganisalion de

l’Église catholique ont été connus dans l’Asie centrale, la Chine et l’Inde, et qu’il a été facile aux bouddhistes et aux Brahmes de les lui emprunter.

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