DUN CARLOS
agit sur rimagiiiation d’une manière étrange. Le soleil n’éclaire pas, il colore les objets. Les vapeurs légères, la transparence de l’air produit des teintes harmonieuses. Les splendeurs pacifiques de la nature répandelit le calme et la sérénité dans l’ânie (1). »
Le 27, les princes firent une excursion à Khandalla, dans les montagnes. Un train spécial avait été mis à leur disposition. « On n’a pas idée, me disait Melgar, du luxe et du confort que l’on trouve dans les chemins de fer de l’Inde : bains, douches, cuisine, e tutti quanti. » On visita un camp, où l’on admira de magnifiques éléphants. On déjeuna dans la salle à manger du train, et on retourna à Bombay pour le dîner. *
Don Carlos s’était lié avec lord Meurin,
(1) Raber (Zahir-ed-Din-Mohammed-Baber), descendant de Tamerlan par son père et de Gengis-Khan par sa mère, ];arle de l’Hindoustan avec le même enthousiasme.
— « C’est un pays tout à fait étrange et qui, comparé aux nôtres, ])résente un monde entièrement nouveau. Montagnes, fleuves,jungles, j)laines, paysages, contrées, animaux, végétaux, peuples, langages, pluie et vent, tout y est diflérent de ce que l’on voit chez nous. {Mémoires de Baber., trad. de Pavet de Courteilles, tome II, pages 181-183.)
DAN 8 LES INDES
évêque catholique de llombay, prêtre ayant de rafîectioii pour les causes légitimes. Il demanda à monseigneur de célébrer pour lui la messe, le lendemain, à huit heures et demie, dans un couvent de Petites Sœurs des pauvres. Le prince et l’évêque consacrèrent toute la matinée à visiter les établissements de bienfaisance. Le collège des Jésuites est magnifique. L’illustre compagnie est protégée par l’Angleterre puritaine et protestante. 11 n’y a que la France, hébétée d’un faux libéralisme, pour ne pas comprendre la force civilisatrice d’un pareil apostolat, pour mettre, comme dil de Maistre, le pied sur une montre et lui crier : — « Oh! je t’empêcherai bien de nrarquer l’heure! »
Le prêtre qui assistait l’évêcjue pendant la messe et qui faisait fonction de diacre, était un grand jeune homme pale, maigre, avec des lunettes. A la fin de la messe il s’approcha du duc de Mecklemljourg. Le noble prince et la duchesse sa femme, (jui esl calholicpie, assistaient à l’office divin, à côté de don Larlos. C’était un baron allemand, ancien officier dans la garde royale. 11 avait été le camarade du duc de Mecklembourg. Touché par la
grâce, il avait quitté le sabre et s’était fait jésuite.
]jes princes, pour ne pas perdre de temps, déjeunèrent diWlioycU Yacht Cluh^ et de là, sur le vapeur du gouverneur, ils se rendirent aux cavernes d’Éléphanta, situées à une heure de Bombay, de l’autre coté du golfe.
La descente dans l’île d’Éléphanta est assez difficile ; lUcUs, une fois débarqué, les magnificences de la nature elïacent toutes les fatigues de la route. Les princes trouvèrent le temple bien inférieur à sa réputation. D’ailleurs, beaucoup des choses les plus intéressantes ont été transportées au Jardin zoologique de Londres, entre autres un éléphant taillé dans le roc, de treize pieds de longueur et le tout à l’avenant. La longueur du temple est de 130 pieds 1/2 anglais de longueur sur 130 pieds de largeur. Les bas-reliefs sont grotesques, mais imposants par leur grandeur.
]1 y a là la fameuse chapelle de la Limja, La Linga est la divinité infâme et principale de ce temple : Brahma, Vichnou et Siva eux-
memes ne sont là que des divinités secondaires.
Dans ce temple fameux élevé an Trimiirti, à la Trinité indienne, Brahma est sculpté avec un joyau splendide sur la poitrine. Comme il fait chaud, il a, dans la main, une gourde pour boire. Vichnou, lui, tient la fleur sacrée, la fleur du lotus. Siva joue avec un cobra (serpent capel). Il y a aussi le Siva hermaphrodite Ardalhan Arishwar. Brahma crée, ce bon Vichnou conserve, etTexcellent Siva détruit : il y en a pour tous les goûts.
Gœthe a composé des vers sur Éléphanta.
Je doute qu’en écrivant à sa belle et chaste amie Bettina d’Arnim, il lui ait expliqué ce que c’est que la Linga. Soumet parle aussi d’Elèphanta dans son poème Ja Divine Épopée.
Dans toutes les rues de Bombay, sur les trottoirs, dans les jardins publics et privés, partout on trouve des corbeaux. Ils sont sacrés, comme les pigeons à Venise. Nous verrons bientôt quelle est leur fonction lugubre et spéciale. L’écureuil jouit des mêmes pré-
DON OAKLOS
ro^aüves. 11 est très différent de celui de TEurope. Son corps, vert foncé et gris, est zébré. Il adore la musique et ne manque jamais aux représentations théâtrales : les salles de spectacle en sont remplies. Le 29, les princes visiteront la Tour du Silence. Nous retrouverons MM. les corbeaux à cette nécropole illustre.