CHAPITRE IV
La Tour du Silence. — Les croque-morts. — Encore les Parsis. — Le duc de Madrid et sir James Fergusson. — Le bijoutier Punanal Purunchund. — Départ pour Jaypour. — Gloire de la lune. — Douceur du miel. — Une ville rose.
De la Tour du Silence.^ à laquelle on arrive par un beau jardin embaumé de Heurs, on jouit d’une des plus belles vues des Indes : car on se trouve au sommet de la montagne de Malabar. Bombay, entourée d’une forêt de cocotiers, et l’île tout entière se déroulent à vos pieds.
L’accès, à l’intérieur de la Tout\ n’est permis qu’à des croque-morts. Ils portent des gants et ne peuvent toucher aux objets qu’avec de longues pincettes. D’après l’écrivain distingué Mantegazza, la Tour du Silence a 25 pieds anglais de hauteur et 176 de cir- * conférence. Elle est flanquée . de quatre tours plus petites, qui ont coûté chacune 20,006 livres sterling. Dans la tour centrale, il y a un trou : on s’y rend par des degrés. Il
donne accès à une terrasse divisée en trois zones concentriques avec un puits au milieu. « Dans la zone intérieure on expose les cadavres des enfants, dans celle du milieu ceux des femmes, dans la plus large ceux des hommes. )) — Ils sont tous nus. Aussitôt qu’un cadavre y est déposé, des milliers de vautours et de corbeaux l’entourent et se jettent dessus avec une telle voracité que les os restent dépouillés en moins d’une heure. Alors les prêtres, avec des pincettes, jettent les os dans le puits. On dit que ce qui reste est entraîné dans la mer par un courant souterrain. Ce qui est certain, c’est qu’il y a quarante ans que l’on jette des ossements dans la Tour du SileyicOj et le fond du puits n’a été exhaussé que de cinq pieds.
Les Parsis laissent manger leurs parents ; ils ne brûlent pas leurs morts; ils ne les enterrent pas non plus. Ils croiraient souiller la terre, l’air, l’eau, le feu. La chair humaine pour eux est considérée comme impure. Elle corromprait les éléments. Elle ne doit leur revenir que transformée par sa décomposition dans des corps étrangers. Et la parole de Zoroastre s’accomplit : « Que la mort est
faite pour réunir ensemble les pauvres et les riches. »
A côté de la Tour du Silence^ il y a un temple cyclopéen. C’est là que les premiers Parsis fugitifs auraient apporté le feu sacré. Ils le tiennent pour la divinité suprême, et il est constamment allumé. Il est confié, avec leur livre sacré, le Zend-Avesta, à leurs prêtres. Comme chez les anciens lévites, le sacerdoce est héréditaire dans leurs -familles. Ils n’ont aucun salaire et doivent, pour vivre, avoir quelque emploi civil..
Le duc de Madrid eut la surprise d’y rencontrer un officier espagnol, M. Sanchez Pedraza, lieutenant des hussards d’Almansa, régiment soulevé par Prim en 1867. Il fut obligé de se réfugier en Portugal. De Lisbonne il passa à Londres, de Londres à Pombay. Malgré ses opinions libérales, il offrit au duc de lui servir d’interprète, étant très versé dans les choses indiennes et très estimé à P>ombay. Don Carlos accepta avec plaisir.
En revenant de la Tour du Süence, les princes dînèrent comme d’habitude chez sir James Fergusson. Un grand bal succéda au dîner de gala. La ducliesse de Mecklembourg