‹ Don Carlos et Philippe 2. Charles de MouyChapitre 10 sur 131 · LA PRINCESSE JEANNE · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE JEANNE

«sans père ni mère! L'aïeul est en Allemagne et Je père à Momon 1 . » Lorsque plus tard Philippe partit pour . l'Angleterre et conlia son fils à don Antonio de Rojas et à Onorato Juan, il ne semble pas qu’il ait l ien soupçonné, et on a vu que ses lettres des premières années aussi bien querelles de l’Empereur indiquent une parfaite sécurité. Ce fut donc seulement vers 1558 que le caractère du prince étonna d'abord, puis alarma ses maîtres : il entrait dans sa treizième année, et nous avons cité les lettres où don Garcic de Tolède et Onorato se déclarent impuissants devant des circonstances imprévues, en appellent l’un à Charles-Quint, l’autre à Philippe II, et attendent avec impatience soit des instructions nouvelles, soit le retour du roi d Espagne retardé dans les Pays-Bas.

Philippe avait remis, il est vrai, la haute surveillance de son fils aux régents d’Espagne pendant son absence, l'archiduc Maximilien, son cousin, qui fut depuis empereur d’Allemagne, ci sa sœur, la princesse Jeanne, veuve du prince de Portugal, après une courte union. Tous deux semblent avoir beaucoup aimé don Carlos : on verra plus loin que, lorsqu’il fut question de marier l’infant, Maximilien, en insistant pour sa propre fille avec vivacité, montra lui avoir conservé un souvenir affectueux. Quant à la princesse, l’épisode de son départ que je viens de citer et 1 intérêt tendre qu’elle prit plus tard aux malheurs

' a Fuceo.-a grande su desuidiimcnlo del infante que luvu ires dias cl lloiar del uno y del otro... antique scan ni noria s. no dejaré de decir quel decia : « El niùo (que asi se nomlira él â si ntismo) eomo lia de qnedar aqui solo sin padre ni sin madré, y leniendoel agüelo en Alcmania y ni i |tadrc en Monzou! » Lettre do Sariiiiento de Mendoza, déjà citée

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de son neveu révèlent la vivacité de ses sentiments. Néanmoins l’un et l'autre n’apportèrent à l’éducation de l’infant qu’une attention distraite. Maximilien était absorbé par les soins du gouvernement; la princesse, étrangère dans sa propre patrie, où les défiances de la politique portugaise l’avaient reléguée après son veuvage, séparée de son fils au berceau, d'un caractère sombre et un peu bizarre *, vivait au fond de ses appartements silencieux cl mornes, renfermée dans sa majesté mélancolique. D’ailleurs, ceux-là mêmes qui entouraient l’infant et qui étaient chargés plus spécialement de son éducation, étaient agités par d’étranges incertitudes. Il ne faut pas s’étonner que Maximilien et la princesse soient demeurés dans l'ignorance et n’aient pris aucun parti décisif, lorsqu’on voit qu’ après tout, et quels qu’aient été leur tristesse cl leurs pressentiments, don Garcie et Onoralo ne, s’étaient encore formé sur l’infant aucune conviction précise. Il se présentait en effet la complication d’un naturel affectueux, sincère, et de violences déréglées, de cruautés soudaines qui semblaient accuser parfois, dans la raison du prince, un vertige mystérieux.

Les historiens contemporains sont remplis à ce sujet de détails contradictoires qui portent également, dans une certaine mesure, l’empreinte de la vérité, et ceci s’explique aisément par la lutte de deux inclinations oppo-

1 La princesse Jeanne paraît avoir été, tomme la plupart des membres de la famille de Charles-Quint, sujette à certains égarements d’esprit. Quand elle recevait des ambassadeurs, elle portail un voile, puis leur demandait : Ne suis-je pas la princesse? Elle écartait alors un instant sou voile, puisse courrait de nouveau le visage jusqu à la fin de l’audience. ( Voy. ces détails dans Prescolt, 1.1

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