LE ROI REFUSE DE LAISSER VOIR SON FILS
demanda qu'il lui fût permis de venir consoler don Carlos dans sa prison 1 . Philippe gratifia le gentilhomme d’une chaîne de mille écus, mais lit partir pour Lisbonne un personnage de distinction porteur d’un refus qu’il était aisé de prévoir *. Quelques jours auparavant, il avait fait savoir aux provinces d’Aragon, de Valence et de Catalogne, qui se disposaient à envoyer des députés à sa cour, que celte démarche serait contraire à son désir \ Sa sœur la princesse Jeanne, la reine d’Espagne ellemême, ne purent davantage obtenir de pénétrer auprès de don Carlos k . Philippe était trop jaloux de son autorité pour laisser personne s'immiscer dans les actes de son gouvernement : une telle concession eût été contraire aux traditions de sa politique; il était d'ailleurs trop profondément humilié de la situation mentale où se trouvait son fils pour souffrir patiemment qu’il devint l'objet d’une .curiosité même affectueuse; il comprenait qu’il
1 ail rc e regina veccliia di questo regno (Portugal' liauno innndalo quà un ambnscialore a far officio col rc Catolico per il principe dolersi del caso, et offerirsi di venir la delta regina propria a governarlo coine madré e s’ intende clie lia ancorn dimandato di vedere et parlare al principe.. . ma non si credc que l’ottenna. » — a ... L’ambasciatore di Portogal sc n’è poi ritornalo senza poler vedere il principe, ma del resto sodisfatto. » Dépêches manuscr. du nonce, 2 et 8 mars 1508.
* « L’ambassadeur portugais Francisco Dcssa est venu à la fin de lévrier. Il a faict instance pour voir le prince, ce qui luy a esté refusé... est retourné le 5‘ de ce mois, mais avec une chaisne de 1,000 escus... le roy fera partir le conte de Buendia ou auilrc personnage de qualité pour aller en Portugal. » Dépêches manuscr. de Forqucvaulx, 9 mars 1508.
3 Dépêches manuscr. de Forqucvaulx, 18 février 1508.
* « La mesme royne (Élisabeth) n'en peut sçavoir sinon autant que le roy luy en veultdirc. » Dépêches manuscr. de Forqucvaulx, 20 mars 1568. — « Y la reyna doua Isnbel y la princc.-a doua Juana... pero ni licencia para vcrle alcanzaron. » Cabrera, VU, ibid.
lui serait plus difficile de persévérer dans une résolution qu’il jugeait nécessaire, si des femmes justement vénérées, connaissant mal l'état du prince ou cédant aux inspirations d’une pitié respectable mais inopportune, venaient solliciter la liberté de don Carlos, donner à la cour le spectacle de leurs larmes, et apporter leur imagination^ leurs idées préconçues, leur propre jugement, au milieu ’ d’une affaire d’Etat.
Tandis que l’Espagne et les nations étrangères apprenaient cet événement, le roi examinait les papiers de son fils, trouvés dans le coffret remis au prieur don Antonio dans la nuit de l’arrestation. Disons d’abord que nous n’avons pas vu le texte authentique de ces diverses pièces : elles ont vraisemblablement été détruites après la mort du prince, .et nous n’en avons connaissance que par une dépêche du nonce. Or le nonce avoue lui-même indirectement ne les avoir pas lues, puisque après sqii bref résumé, il ajoute : « c’est là tout ce que j’ai pu en apprendre \ » Je sais bien que le manuscrit attribué à Antonio Perez parle aussi de papiers « qui prouvaient les intelligences de l’infant avec les ennemis de la couronne 2 , » mais outre qu’il ne donne pas d’autres détails, j’ai déjà démontré plus liant combien peu d’importance U convient d’attacher à un manuscrit évidemment sup posé. Le récit du nonce, beaucoup plus explicite, a sans
1 « Quesla è la somma di quanlo ho potulo intendere delle lcltere. » Dépêches manuscr. du nonce, 30 avril 1568.
* « Los papcles que probabnn las intcligeucias que conservava con los enomigos de la corona. » Ms. attribuée Antonio I'ercz. B. I. déjà
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