DON CARLOS AU SECRET
s'empresse de reconnailre après l’avoir partagée Que ses fenêtres aient été garnies de barreaux, c’est peut-être plus vraisemblable * : le roi redoutait tellement un suicide provoqué par le désespoir, qu’on peut supposer au moins une défense absolue d’ouvrir les fenêtres pendant tout le premier mois : il est cerîain toutefois qu’en mars don Carlos fut affranchi de cet ordre rigoureux et qu’il eut la liberté de respirer l'air et de voir « la campagne et les passants 5 . » Néanmoins, il ne devait jamais rester seul, même la nuit : durant les cinq premiers jours, le duc de Feria * et, plus tard, le comte de Lerme curent leurs lits dressés dans sa chambre 5 . Chaque nuit, alternativement, des gentilshommes désignés et deux monteros veillaient dans une des pièces attenantes fl , les autres for-
* a Car le prince est prisonnier dans sa chambre, les fers aux pieds. » Dépêches rnanuscr. de Forquevnulx, 19 janvier. — « Lequel prince n’a point les fers aux pieds, comme l’on disoit, ains est servi comme par avant, a Ibid., ‘22 janvier.
4 « Con lenestre allé, piccole e ferrate. * üaggitaglio, etc. Ms. déjà cité. — « Il n’a pour tout son logis que ladicte chambre et la feneslrc bien grillée de fer. » Dépêches rnanuscr. de Forquevaulx, 5 février. — « Il demeure continuellement enserré sans sortir ny pouvoir seulement mettre la teste à la fenestre. » Ibid., 8 février.
3 Dépêches rnanuscr. de Forquevaulx, 9 mars 1568.
* a El duque mandô poner su canna en la cdmara de el principe. » Salazar de Mendoza, lococit.
5 « El conde de Lerma ténia su cama ilcbajo de la de el principe, y de nriche para dormir la ponia a los pics. » Ibid. — i Durmiese alli el conde de I.erma. » Cabrera, loco cil.
0 * Esta guarda de cavnlleros y monleros .se acomodé en una pieça grande y espaciosa en la lorre adelantc de cl aposento de el principe. . hacian la guarda cada nochb dos cavalleros y dos monteros, repartiéndola por lieras de manera que siempre ubiesse en pié y despierto un cavallcro y un monlcro. » Salazar de Mendoza, loco cil. — « Y uno dellos velasc mudandolcs y rcpartiéndoles. » Cabrera, ibid.
maicnt l’appartement du prince d Eboli *. Le jour, deux hallebardiers de la garde se tenaient à chaque porte et ne laissaient entrer personne sans l’ordre exprès de Ruy Gômez ou du gentilhomme de service *.
Les rapports des jeunes seigneurs et des vnonteros avec le prince étaient sévèrement déterminés. Il leur était interdit de lui parler en secret; bien qu’ils pussent librement s’entretenir, ils devaient s'exprimer assez haut pour être entendus de toutes les personnes présentes. Sur bien des sujets la conversation était permise, mais jamais sur la question de la captivité du prince : ici le silence le plus absolu était imposé. Aucune parole de l’infant ne devait être rapportée par eux au dehors ; sans la permission spéciale du roi aucun message ne lui pouvait parvenir : aucun message venant de lui ne franchissait le seuil de l’appartement 5 . Il fallait qu’il fût absolument isolé du monde extérieur. Ceux qui l’approchaient, quel que fut leur rang, ne portaient ni épée ni dague, conformément
1 « E l’allre si sono date al signer Ruy Gomez. » Dépêches manuscr. du nonce, 4 février.
* « Al principe no entra alcuno. » Ibid. « De dia estuvieron â cada puerta dos soldados de la guarda. » Salazar, ibid. — « Asistiesen dos alabarderos en la puerta dentro del cârccl que salia al patio, abriendo y cerrûndola â los que por érden de Ruy Gomez le fuese mandado, sin dexar entrar otra persona sin advertirselo primero, y en su. ausencia al conde de Lerma ô â cuàlquiera de los otros cavalleros que asistian al servicio del principe. » Cabrera, locti cil.
5 a Lo que mandase se havia de curnplir y haccr, no el recibir ni dar recado fuera de la câmara sin licencia de S. M., ni en la comunicacion tener olras prâcticas... escusando particularmenlc las de su negocio y causa... lo que se hallase alli se avia de enlcudcr por todos los présentes. . especialmenle lo que el principe hiciese y dixese que no se avia de rclerir luera. » Cabrera, loco cil. — Ferreras, loco cil.
DON CA H LOS AU SECRET, à l’étiquette, puisque le prince en était privé 1 * * * 5 . Sous aucun prétexte l’infant ne pouvait sortir de sa chambre, même pour entendre la messe et même pour scs repas. La messe était dite, par des chapelains désignés, dans une salle voisine transformée en oratoire : le prince l’entendait de sa chambre, dont la porte demeurait ouverte, et au moins deux gentilshommes demeuraient auprès de lui pendant loute la durée du saint sacrifice *. Quant à ses repas, voici quel en était l’ordre. Les cuisiniers apportaient les plats aux monteros , qui les transmettaient à la porte de la chambre au gentilhomme de service 1 ; la viande était coupée, car il était défendu de placer un couteau sur la table du prince *. Nous retrouvons là encore les précautions contre une tentative de suicide, et pour que la lecture au besoin pût le détourner d'un projet si redoutable, on prenait soin de lui remettre, pour le dis-
1 « Ceux qui le servent n’ont ni espée ni dague. » Dépêches manuscr.
de Forquevaulx, o février — « No luviesen espadas ni otras armas como
cra razon decente y del respelo que se dévia, pues no les ténia et principe. » Cabrera, loco cil.
* « Se le dixese misa en cl oratorio por los capeltanos scûalados y la oyese desde su camara .. y le asistiesen â lo menos dos cavallcros. » Cabrera, lococit-
5 o La coiuida traxesen los seis monteros hasta la primera sala y desde allî la sirviesen los cavallcros. • Cabrera, ibid. — « Les garçons de cuisine portent les plats jusques à la porte de sa chambre, où ceux qui le servent les reçoivent. » Dépêches manuscr. de Forquevaulx, 5 février
* « Tulto trinciato per non havcrli a mandar coltello. » Dépêches manuscr. du nonce, 4 février 1568. — «La viande qu’on luy porte est coupée, car il n’a pas seulement un petit couteau pour couper son pain. > Dépêches manuscr. de Forquevaulx, 5 février 1508.
traire, (les livres de dévotion, de bonne doctrine ou d’histoire*.
Du reste, il était servi en prince et avec douceur. Ses gardiens avaient ordre de lui obéir en tout ce qui n’était point contraire au règlement de leur conduite et de la sienne; et le roi tenait tant à savoir son fils traité avec tous les égards dus à son rang et à son malheur, qu’il écrivit le 2 mars une instruction, conlre-signéc par le secrétaire Pedro de Hoyo et destinée à Ruv Gomez. Il y entre dans les détails les plus minutieux sur la nourriture et les vêtements de son fils; recommande que l’on veille assidûment à la parfaite salubrité de la nourriture, à la propreté de l’appartement du prince, et il enjoint aux gentilshommes commis à la garde de l’infant d’agir avec le respect dû à une personne royale. Telle était la justice, et telle sa volonté 1 * 3 .
Ce devoir accompli, la vie du prince réglée, Philippe voulut, et ce désir fut suffisamment manifesté par sa propre conduite, que le silence se fit désormais sur la personne de l infant, et que don Carlos en prison demeurât inconnu. La cour sut comprendre, et feignit
1 « Los libros solamcnlcdc buena doctrinay devocion.si quisicsc lecr.» Cabrera, loco cil.
1 « Enlrcteniesc en leer blslorias de Espaiïa y de olras parles » Salazar de Mendoza, loco cil.
3 « El rcy, por inslruccion reclia â dos de março 1508, relrcndada de l’edro de Hoyo, dirlgida a Buy Gomez, le mandé luviese gran cucnta con et tralamicnto y servicio dei principe, proveyendo muy cumplidamcnlesu veslido, su comida y asco de su cumara, en que le dejé recogido, trnlândolc y asistiéndolc en su presencia él y los cavalleros scnalados para scrvirle y guardarlc con cl acalainicnto y respclo que se devin a su persona... puescra juslo y su voluntad. » Cabrera, loco cil.